Mon père était un nomade d’Aram

Mar 26, 2021, 3:54, jour de publication dans le “Times of Israel Français”

Lien direct : “https://frblogs.timesofisrael.com/mon-pere-etait-un-nomade-daram/”.

Du “Aloof” au “tau”, l’année continue en faveur de la langue araméenne (c) Alexander W. F.

Les Chrétiens d’Orient ? Le scoop est presque trop buzzant en raison de la visite insolite et inédite du premier Evêque de l’Eglise romano-latin de Rome en Irak en ce mois de mars 2021. Il a fallu deux millénaires et une situation locale dramatique – quarante ans de massacres entre le 20-ème et le début du 21-ème siècle pour que l’Evêque de Rome, Chef de l’Eglise catholique, ait le courage, agisse dans un esprit de responsabilité et de communion chrétienne et se rende au berceau de notre père Abraham.

A l’heure de la mondialisation, de la multi-localisation que signifie l’Orient, d’où se sont répandues, dans le monde entier, la civilisation sumérienne, les traditions juives, musulmanes, chrétiennes et aussi la réalité occidentale ?

En Europe mais aussi sur tous les continents, on découvre les Chrétiens d’Orient comme par un slogan spasmodique. Il y a des Orientaux en Belgique, aux Pays-Bas, en Suisse, en Allemagne, à Sarcelles, à Lyon, ou dans le sud… mais qui sait que ces fidèles, souvent de langue araméenne, plus souvent arabe ou persane se sont déployés dans tout le Proche-Orient, l’Inde, le Kerala, l’Assam, le Tibet, la Chine jusquà la Mandchourie et même aux confins du Japon lors tout premiers temps de l’expansion du christianisme.

La Péninsule arabique fut chrétienne et de nombreux Juifs ont accompagné les Chrétiens dans leur expansion au Tibet et au Bhoutan. Lhassa fut un siège épiscopal de l’Eglise assyrienne; le Dalaï Lama ne le récuse pas, il sourit.

Bref, quand le Patriarche Sophronios de Jérusalem, à la tête de l’Eglise grecque-orthodoxe des Lieux Saints reçut Omar Ibn Al-Khattab en 637, donc en la 15ème année de l’Esprit (= Hégire où année musulmane alors très récente), il obtint que l’Islam naissant respecte les lieux chrétiens et assure la liberté de culte à toutes les communautés religieuses alors présentes, aux juifs comme aux chrétiens. Il y avait donc des Grecs (Chrétiens de culture hellénistique), des Coptes, des Abyssins (Ethiopiens), des Arméniens, des Syro-Orthodoxes (ou Jacobites) et des Assyriens. A cette date, antérieure au Grand Schisme entre Rome et les Eglises d’Orient en 1054, il n’y avait pas encore de Catholiques, ni, bien sûr de Protestants. Les Arméniens nommèrent un patriarche à Jérusalem lors de la destruction de Jérusalem en 638.

Pourquoi parle-t-on des chrétiens d’expression araméenne depuis des décennies sans vraiment prêter attention au très vaste héritage qu’ils ont préservé au cours de siècles d’assassinats effroyables et de négation par les chrétiens d’Occident. Il y a une puissante force ou inconscience morale qui poussent les Eglises chrétiennes à sauver des vies au titre de l’assistance humanitaire, de manière trop diplomatique, sans vraiment tenir compte de l’importance théologique et intellectuelle des Eglises “sémitiques”. Ou à entreposer les écrits comme mémoires pour bibliothèques.

L’actualité du centième anniversaire des massacres commis par les Ottomans contre les Arméniens en 1915 s’étire trop langoureusement dans les dédales des politiques nationales d’Occident et d’Orient.

Certes, il faut le souligner : ce sont les fidèles chrétiens d’origine et d’expression sémitique dont il est question ces jours-ci. Parce que l’araméen… c’est aussi la langue du Talmud, c’est aussi celle du Targoum Onkelos que seuls les Juifs yéménites continuent de vraiment lire chaque Chabbat. L’araméen est aussi la langue du Christ. Il continue d’être parlé dans certaines communautés juives issues d’Irak. Trop souvent, ce parler dialectal syriaque est fantasmé jusqu’à prôner une sorte de soutien ethnique et non spirituel par une association d’idées avec la libération des peuples de l’arabité.

Il est piquant et très sympathique que les étudiants des yeshivot du quartier juif de la Vieille Ville de Jérusalem s’arrêtaient chez le mukhtar (marguillier) de la communauté syro–orthodoxe proche, bien avant la pandémie, pour échanger sur le sens des termes talmudiques araméens communs au judaïsme et à la tradition des Eglises d’Orient. Ce contact n’est pas anodin.

Cela dit, il faut rester concret. L’ignorance des traditions syro-mésopotamiennes est stupéfiante dans tous les publics, dans toutes les Eglises chrétiennes. On peut vraiment parler de relations distancielles ! Combien de prêtres et de fidèles venus d’un peu partout sont sortis enchantés d’un office en syriaque ou en arménien (les langues n’ont pas la même origine) en s’interrogeant avec sérieux sur la validité de la succession apostolique des célébrants.

Le Pape Jean-Paul II voulait susciter l’unité parmi les Chrétiens. Il évoqua naturellement « les deux poumons de l’Eglise » : pour lui, il s’agissait de l’Eglise de Rome, catholique et latine et de l’Eglise orthodoxe, alors Constantinople, car les Orthodoxes étaient sous le joug communistes. Moscou était alors beaucoup trop lointaine, isolée ou en diaspora. Cette vision est évidemment complètement dépassée.

« Deux poumons », oui, mais le Pape pensait aux Eglises issues de l’Empire romain d’Orient et d’Occident : Rome, Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem. Bref, un pourtour méditerranéen qui s’arrêtait à la Perse, l’Iran actuelle. Le Grand Schisme de 1054 entre les Catholiques et les Orthodoxes, a créé le premier rideau de fer irraisonné et tenace, durable, qui scinde l’Europe en deux, prélude à d’autres fractures issues du protestantisme. Ces séparations continuent d’exister, inéluctablement. Le dialogue est une chose, les rencontres furent en vogue. Aujourd’hui la concurrence est tenace, féroce. Chaque Eglise tente d’ouvrir sa “succursale” et affirme une communion avec les autres qui ne procède que d’une pluralité. L’unité est plus émotionnelle et horizontale qu’enracinée dans la profonde verticalité d’une ouverture sur la totalité (plérôme) du Corps du Christ reçue et partagée dans la foi.

Pourtant, tout près des poumons qui donnent la respiration, il y a le thymus, cette glande qui régule et garantie l’immunité du corps humain. Elle grandit dans l’enfance et se réduit à l’âge adulte. J’ai toujours présenté ainsi les Eglises anciennes du christianisme, présentes en Terre Sainte depuis les tout premiers temps de l’Eglise : elles constituent le thymus toujours vivant, qui grossit, diminue et demeure indispensable pour la survie.

C’est pourquoi les Chrétiens d’Orient sont, d’une manière difficile à discerner, appelés à ne pas disparaître. Ils assurent l’immunité originelle de la foi en Jésus de Nazareth.

Il faut surtout accepter ces communautés d’expression araméenne (Syro-Orthodoxes, Assyriens Jérusalem, Arabie, Turquie, Syrie, Mésopotamie jusqu’à la Mongolie, le Sud-Est asiatique et sans doute le Japon), copte (Egyptiens), arménienne (Arménie et l’Est jusqu’à l’Inde), gheez (Ethiopiens ou Abyssins).

Dès les premiers temps de l’Eglise, tout fut défini en termes de problèmes d’unité, de pouvoir, de conquête, de martyre et surtout de langage. En 431, au Concile d’Ephèse, il n’y avait pas de tweets, pas de fax, pas d’ordinateurs, de Google ou Bing translation, de téléphone, de mobile, de textos, de E-Textes des Ecritures! Comment se mettre d’accord quand les mots expriment la réalité divine de manière apparemment contradictoire ? Cela reste d’une brûlante actualité.

Je partage chaque jour les informations et certains programmes pédagogiques en langue araméenne diffusés depuis différents points du globe, tant en dialecte turoyo syrien-occidental qu’en sureth oriental de la Plaine de Ninive. Les vidéos montrent les activités riches de tous les grands monastères de la Turquie méridionale (Tur Abdin, Mardin). Dans cette période de pandémie, les célébrations liturgiques sont diffusées à partir de tous les continents. L’araméen n’est pas du tout une langue moribonde contrairement aux dires obsolescents d’un théologien occidental pris de spleen byronien et auto-centré sur l’ère des colonies européennes.

Les Assyriens (souvent appelés Nestoriens) quittèrent l’Eglise indivise en 431 : comment une mère (Marie la mère de Jésus de Nazareth) peut-elle avoir engendré un fils plus âgé qu’elle (puisque le Messie existe dès avant la création du monde (cf. Jean 8, 58), tout comme le dit le Talmud Nedarim 39b et Pessahim 54a à propos du Nom du Messie) ?

La question était formulée en grec, à l’intérieur d’une Eglise essentiellement présente dans le Deir Roum, l’empire d’Orient et d’Occident  En 451, le Concile de Chalcédoine dût faire face à une autre interrogation : le monophysisme (une seule nature) ne reconnaissait pas la nature humaine du Christ, indissociable, selon certains, de sa nature divine. Les Coptes, les Syriens, les Arméniens et les Ethiopiens (Abyssins) s’écartèrent d’une Eglise qui se « rétrécit » alors aux limites de l’ancien empire d’Orient et d’Occident.

Il y a donc de profondes différences, des distances essentielles dans la foi chrétienne telle qu’elle est vécue, enseignée, confessée au sein de ces communautés que l’actualité présente pêle-mêle sous le logo identitaire des Chrétiens d’Orient. Il est vrai que l’Eglise catholique a « concédé la communion » à certains d’entre eux. Les Assyriens sont tardivement devenus Assyro-Chaldéens à Rome. L’Eglise de Rome a assuré un certain ordre et surtout permis de jouir d’un recours extérieur à un Croissant Fertile souvent enferré dans des conflits sanguinaires.

En revanche, la papauté imposa progressivement l’adoption de la langue et des dogmes latins alors que l’Orient a le plus souvent privilégié l’usage des langues locales pour confesser une foi chrétienne moins dogmatique. Il faut insister sur le caractère presque “sacramentel” que représente l’expression hellénistique de la foi. Elle est fondamentale dans la réapparition des Eglises orthodoxes après la dictature en Grèce et la chute du communisme pour les traditions slaves et roumaine, serbes.

L’Eglise catholique ne s’est vraiment tournée vers les rites orientaux que lors du Concile de Vatican II. Elle le fit avec difficulté. Les Eglises orthodoxes ont regardé ces communautés anciennes avec méfiance, soupçon. Alors que Rome a poursuivi un dialogue positif avec les syriaques, les Eglises orthodoxes sont plus réservées et soulignent jusqu’à l’excès l’héritage traditionnel des Pères grecs,. C’est mettre de côté tous les textes qui furent écrit en syriaque puis traduits vers le grec ou l’arabe, voire le gheez éthiopien ou l’arménien.

Que veut dire « nature » et « personne » ? Ce sont des mots distincts en latin : “natura” est lui-même participe du verbe latin “nasco”, naître, au sens du « fait de la naissance, le tempérament, le cours des choses. Le grec : «physis» est issu du verbe grec phuomai/φυομαι au sens de “qui a le sens du souffle”.

L’araméen est une langue sémitique. De ce fait, il s’oppose parfois, tout comme l’hébreu, à la sémantique grecque, au sens des mots et des phrases. La définition des hypostases divine et humaine, des natures abstraite et concrète de Jésus s’exprime selon un lexique araméen qui refuse toute dualité dans le Messie.

Comme le souligne Joseph Yacoub, spécialiste des traditions syro-assyriennes, “l’Eglise de Mésopotamie croit fermment qu’il existe une seule personne dans le Christ, ou “parsopa/ܦܪܤܘܦܐ” dans deux réalités humaine et divine, chacune avec ses propriétés distinctes, présentes et agissantes, une seule volonté et une seule majesté. Dans cette union « la divinité n’est pas dissimulée ni l’humanité enlevée” (Cf. Sur le vocabulaire de l’Eglise d’Orient, Louis Sako, Lettre christologique du patriarche syro-oriental Ishoyahb II de Gdala (628-646), Rome 1983) ».

Joseph Yacoub ajoute : “Or Byzance se croyait dépositaire de la vraie foi, y compris en terminologie et en vocabulaire, et imposait son hégémonie, ses schémas de pensée et sa façon de les formuler. Ce fut la rupture en 431 et 451. Byzance l’hellénique et la Syro-Mésopotamie sémitique appartenaient à deux civilisations, manifestement irréductibles. Et voilà que l’incompréhension terminologique et l’usage d’appareils conceptuels distincts ont fini par accentuer la séparation.” (Joseph Yacoub, le Moyen-Orient Syriaque, Paris 2019).

Aujourd’hui, les choses auraient été apparemment simples : on aurait fait des conférences par Skype, Whatsapp, Signal. On aurait échangé des courriels, des vidéos et les mots auraient fini, penserait-on, par désigner des perceptions acceptables pour tous – du moins une large majorité – sur une identité divine qui n’appartient à personne, sinon au Créateur. Encore que! C’est oublier du fait que professer le Tout-Puissant implique que l’être humain croyant est inévitablement confronté à la confusion de Babel. C’est de l’ordre du mystère, du secret divin.

En fait, les Chrétiens d’Orient savent pertinemment qu’ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes.

Sait-on qu’à la chute du communisme, les monastères bouddhistes de Mongolie et de Mandchourie ont rendu les livres liturgiques aux Assyriens et aux Syro-Orthodoxes. La Fédération de Russie aide les communautés assyriennes, présentes sur son territoire intérieur et dans le Caucase.

L’exode des Chrétiens est effectivement effroyable à partir des terres où est né le monothéisme.

Les Eglises anciennes se redéploient dans le Proche-Orient : les Arméniens, les Coptes, les Syrien-Orthodoxes, l’Eglise éthiopienne sont très dynamiques. Encore faut-il vouloir et pouvoir déchiffrer cette réalité, très sensible à Jérusalem et en Israël. D’autant que l’Etat hébreu leur garantit la liberté du culte. L’anti-judaïsme toujours sensible dans ces traditions, lié à des positions politiques antagonistes, rend plus difficile la tâche d’une réévaluation de la situation des Chrétiens d’Orient.

A ce jour, les liens entre le judaïsme et les traditions chrétiennes syro-mésopotamiennes se tissent lentement, progressant de manière positive et vivante. L’Université de Jérusalem, de Bar Ilan, de Beer-Sheva développent l’étude des dialectes parlés tant par les Juifs que les syriaques dans la plaine de Ninive, en Syrie, dans le Caucase. Les israéliens – tant juifs que chrétiens –  s’intéressent aux racines qui unissent des traditions chrétiennes au judaïsme antique. Ils découvrent partout dans le pays des vestiges de chaque communauté. Cela est d’autant plus possible que l’éducation  n’est soumis à aucun prosélytisme.

Les parlers judéo-araméens d’Irak reparaissent à la faveur d’associations “mixtes” juives qui sont en contact avec certaines Eglises sémitiques. Depuis deux ans, l’association “Aramit, Second Jewish Language” (Dr. Yaakov Maoz) scrute un héritage culturel et linguistique juif et chrétien. Il faut remarquer que les syro-orthodoxes d’Israel avaient reçu, voici de nombreuses années, le statut de “Nationalité” en tant citoyens israéliens de “Ashurim-Assyriens/אשורים”. Le gouvernement n’avait pas voulu les nommer “Syriens” pour éviter des malentendus politiques. De même, il existe une association orthodoxe composée aussi de catholiques grec-melkites dont les membres ont reçu le statut d’”Araméens/ארמאיים”.

Cet anti-judaïsme doit être pris en compte par les tenants des relations inter-religieuses, souvent nommées “oecuméniques”. Il est clair que le judaïsme actuel, surtout en Europe et aux Etats-Unis, tombe dans le leurre de décisions prises lors du Concile du Vatican II. La déclaration Nostra Ætate, les documents publiés depuis cinquante ans par l’Eglise de Rome en faveur d’un rapprochement voulu avec Israël et de la civilisation juive sont floutés par une autre réalité : celle d’un Orient chrétien qui n’a pas adhéré à ces décisions. Cela s’exprime souvent dans le catéchisme, un peu partout dans le monde, sinon les prédications.

Les patriarcats locaux d’Orient n’ont pas reconnu le judaïsme. Certains sont très conscients de l’enracinement scripturaire, biblique et même talmudique du message évangélique. Ces Eglises sont évidemment intéressées par la convergence sémitique. Les traditions grecques et slaves se sont plus profondément éloignées de cette révélation née pourtant à Ur en Chaldée, Ur-Kasdim, berceau de notre père Abraham.

Il faut être vigilant et tisser des liens, reconnaître ces anciennes et nouvelles communautés de la tradition syro-mésopotamienne. Il faut apprendre à les respecter pour ce qu’elles portent et ne pas se cacher la face en prétendant qu’elles sont moribondes.

Voici cent ans, les Eglises orthodoxes – longtemps ignorées par le christianisme occidental catholique et protestant – surgissaient des révolutions à l’Est. Elles ont irrigué l’Europe, l’Allemagne, l’empire austro-honrois, les trois pays du Bénélux, la Grande-Bretagne. A Paris, les deux Ecoles (Institut Saint-Serge et Confrérie Saint Photius) ont permis une redécouverte salutaire de l’Orient byzantin, de la cohésion nécessaire d’une certaine partie du christianisme qui est planétaire.

L’histoire de cette redécouverte s’est étendue sur tout le vingtième siècle. On peut penser que nous assistons seulement à l’aube du redéploiement de l’Orthodoxie byzantine devenue planétaire, à l’instar d’un catholicisme romano-latin qui essaie de s’adapter aux tendances du 21-ème siècle. Beaucoup des décisions conciliaires ont été prises par résurgence de l’héritage oriental par une tradition européenne et occidentale.

Les traditions issues d’Aram ont été contraintes à l’exil. Elles ont dû quitté le berceau de la foi, enraciné dans l’ancienne Mésopotamie, Sumer et la civilisation qu’elle avait su engendrer. En exil, les traditions sémitiques de l’Eglise apportent une sorte de nouvelle évangélisation dont il faut tenir compte de nos jours, grâce aux extraordinaires moyens techniques, l’étude des textes et leur préservation, la possibilité de transmettre les textes et de les actualiser, .

Il faut en prendre conscience : qui sait ? Dans cent ans, ces communautés d’expression araméenne auront peut-être repris leur souffle. On peut penser, dans la foi, qu’elles auront développé et partagé, à l’instar des communautés byzantine voici cent ans,  l’immense patrimoine qu’elle donnent à l’ensemble des traditions qui se réclament de la foi et des cultures nées du christianisme.

La récente visite du Pape François, venu de Rome, confère à cet événement une dimension par trop européenne, occidentale. Or l’Evêque de Rome est argentin et plus proche de Cuba et des Amériques où les syro-mésopotamiens se sont installés. Mais il faut aussi regarder comment les Eglises sont présentes à l’Est de l’Iran. Il faut compter sur l’extension des communautés pré-chalcédoniennes en Inde (Kerala et autres provinces) et dans divers lieux asiatiques.

Une remarque s’impose en ce moment : il semble que les communautés pré-chalcédoniennes, de traditions syriaque ou copte, éthiopienne – mais en particulier celles d’expression araméenne – savent mieux se défendre par elles-mêmes, indépendamment de liens avec les Eglises officielles de l’Occident ou de l’orthodoxie byzantine qui cherchent leurs marques.

Leur ancienneté, leur très longue expérience de l’adversité et surtout leur ancrage dans la foi les rendent très crédibles et, sur la durée, capables de dépasser les intérêts internationaux. Il est question de la vraie “ouverture sur tout” – de la catholicité au sens le plus profond, large, dynamique.

Cela peut sembler illusoire : les Chrétiens d’Orient ont de l’avenir, bien plus grand et, si Dieu le veut, digne de leur prestigieux héritage et de leur persévérance. à propos de l’auteur Abba (père) Alexander est en charge des fidèles chrétiens orthodoxes de langues hébraïque, slaves au patriarcat de Jérusalem, talmudiste et étudie l’évolution de la société israélienne. Il consacre sa vie au dialogue entre Judaisme et Christianisme.

The Sacrifice of Graces, Forty Years

Forty years and a wedding on January 19th, 1981. A very special encounter with my wife, first visiting the sick – then on the Kinneret, because of a work I made with late Rabbi Léon Yehudah Askenazi (Manitou at the Eclaireurs Israélites de France) in Jerusalem. The marriage was celebrated by Mgr Jean-Marie A. Lustiger, then Bishop of Orléans. He arrived and in the sacristy, he looked at me, breathed deeply and said “pray for me. I will be here in a fortnight”. The celebration was in French and Hebrew as the future archbishop had asked me to write (compose) a specific order of prayers for a small group of Christians, mainly Catholics, of Hebrew backgrounds. Most of them did not speak or read Hebrew, but it launched something. It came out in 1989: “
Le sacrifice de louange, fruit des lèvres qui célèbrent Dieu – Proposition de prière pour les communautés hébraïques de l’Église catholique – Alexandre Abraham Winogradsky – Préface du Bernard Dupuy – Louvain ; Paris : Éditions Peeters, 1989 (“https://alkindi.ideo-cairo.org/manifestation/112146“).
A long way began. Mgr J.M. A. Lustiger came to Paris on Feb. 2, 1981 on the feast of the Encounter, Presentation of the Lord in the Temple of Jerusalem. Forty years and now a quarantine. There are times and delays. Time to measure the Breadth, the Length, the Height, and the Depth of God’s selfless love. Things are to come up and slowly out. My wife and I make a “Sacrificium” of our lives for the sake of a unity that would sound “utopic, donquixotesque. Thirty-forty years is a trendy duration. Because the efforts of faith and our poco di fede style cannot lead to villainy, but to cure and to build. Silence leads to a moment when it is meaningful to speak and to bless, not to curse.

Naître et parler

(publié le 12 janvier 2021 dans le Times of Israel Français, lien direct : “https://frblogs.timesofisrael.com/naitre-et-parler/”

Il continuera de faire frais ou chaud, voire brûlant entre Jérusalem et Bethléem, Nazareth et les lieux fondamentaux du christianisme en Terre Sainte. Une tendance s’était précisée depuis une vingtaine d’années : des sortes de marées pratiquement hebdomadaires de pèlerins et/ou touristes de l’ex-Union Soviétique et des Pays de l’Est, venant passer un, deux ou quelques jours pour voir et toucher les lieux, les pierres “sur les traces de Jésus”.

Il serait sans doute utile de faire tomber quelques préjugés. Voici vingt-un ans, à la veille du début de la deuxième intifada, des foules compactes se rendirent sur les lieux du recensement et de la naissance de Jésus de Nazareth. Certes, on n’arrêtera pas de parler, de discuter, de scruter la personnalité du bébé qui naquit dans une “mangeoire” dans la ville davidique de Judée.

“Beth-lehem\בית-לחם”, demeure du pain, de “la viande = araméen: “lahma\ܠܚܡܐ”, cité du roi David, a pris une dimension quelque peu secondaire dans la pensée juive de notre temps. Peu à peu, au cours des quarante dernières années, il apparut que cette ville, berceau de la Nativité selon la foi chrétienne, devenait de plus en plus musulmane. C’est un fait accompli aujourd’hui, au-delà de toute prise de position politique.

Il y a, aux Etats-Unis, une ville nommée Bethlehem. On y fête Noël pratiquement toute l’année ! Mais en Judée, en Cisjordanie, Bethléem, que son maire voulut incorporer en 1967 à la ville de Jérusalem, reste la ville de la mangeoire, du lieu où Jésus naquit selon les traditions écrites en grec.

Il fut chanté par les bergers dans sa banlieue, à Beit Sahour, vénéré par les Mages venus d’Orient. Hérode fit assassiner les enfants premiers-nés : le salut rend effroyablement jaloux quand les hommes perçoivent un pouvoir et non un sacrifice de vie ! (Luc 2, 1-20; Matthieu 2,1-18).

En l’an 2000, il y eut de nombreux visiteurs et pèlerins. Beaucoup d’hôtels avaient été construits en vue du Millénaire. Il reste qu’il existe localement une autre interrogation. On peut discuter à loisir sur la date de la naissance du Christ, c’est vrai.

La naissance de Jésus reste curieusement un événement majeur, essentiel et pourtant très discret en Terre Sainte. Que ce soit les 24/25 décembre plutôt consacrés aux Eglises occidentales ou les 6/7 janvier pour les Eglises anciennes ou orthodoxes, voire encore les 18/19 janvier pour l’Eglise arménienne qui célèbre alors la naissance, le baptême et la théophanie du Christ en un seul jour, rien n’y fait.

La naissance, la révélation, la sanctification du Sauveur reflètent et accomplissent le fait indubitable que l’être humain a pris chair par le souffle divin “qui donna vie à toutes narines d’homme” (prière de Rosh HaShanah).

“Le christianisme en effet est la religion de l’incarnation et de la résurrection de la chair. “Je crois en un seul Seigneur, Jésus-Christ, […] qui est ressuscité des morts”, dit le Credo de Nicée-Constantinople, “de la chair” préfère celui que l’on nomme “des Apôtres”, écrivait Olivier Clément [“Corps de mort et de gloire, Petite introduction à une théopoétique du corps”, Desclée de Brouwer, 1995, pp. 15, 17, 25, 28-35]. Le philosophe-théologien poursuit : “L’expérience de la corporéité se révèle comme celle d’un immédiat qui coïncide avec ma présence. Ni chose, ni outil, mon corps c’est moi au monde, moi aux autres.”

Il ajoute : “Dans la Bible, l’homme est ainsi désigné soit comme “chair animée”, soit comme “âme vivante”. L’homme n’a pas une âme, il est âme vivante ; il n’a pas une chair, il est une chair animée.” (Ibid . p. 22).

“L’homme achevé est un ensemble qui forme une unité composée de l’âme, qui reçoit l’Esprit du Père, et qui est une avec la chair modelée selon l’image de Dieu”, affirme saint Irénée de Lyon (Contre les Hérésies, V, 6,1). Ce texte se réfère au façonnement de l’homme à l’image et la ressemblance de Dieu au sens où il s’agit bien de la totalité de la forme charnelle et non d’une partie singulière comme le visage.

Olivier Clément cite alors les mots “bassar/בשר” (chair) et “nefesh/נפש” (esprit). Une chair qui désigne l’être humain tout entier dans sa limite de créature, homme limité dans l’espace comme dans le temps et similaire à Dieu mais distinct de Lui. Car c’est Dieu – et non pas l’homme lui-même – qui “insuffla dans les narines (humaines) une haleine de vie, et l’homme devînt un vivant (Genèse 2,7), ce souffle étant, selon saint Grégoire de Nazianze, “jet de la divinité”. De ce fait, si l’on reprend la terminologie paulinienne, l’esprit lui-même devient “charnel” (Poèmes dogmatiques 8, PG 37, 452).

Toute l’année, y compris dans le temps de la Nativité, les Eglises d’Orient restent centrées sur la résurrection. Au point que les orthodoxes chrétiens aiment parler de la “Pâque (passage) hivernale” comme l’ont répété à loisir les fidèles et le clergé russes : “Zimniaya Passcha/Зимняя Пасха”.

Comme pour conjurer le sort de ce siècle nouveau. Le vingt-et-unième siècle après l’incarnation d’un Messie né au sein du nombril-même d’un Croissant Fertile toujours en mouvement dynamique et inattendu. Pourrait-on aussi discerner dans cette expression une interrogation profonde sur le surgissement du Covid-19, apparu voici un an tout juste et qui semble virer sa cutie, muter, tourner en variants venus sans bruit des continents les plus éloignés de la planète (Grande-Bretagne, Afrique du Sud). Cela jette un froid d’hiver brutal. Le salut et le monde des vivants se croisent toujours par l’entremise de venins mortels.

La naissance de Jésus de Nazareth parmi les hommes paraît presque “naturelle” puisque chacun de nous est créé à “l’image et à la ressemblance de Dieu” (Genèse 1,27). La résurrection va au-delà de l’incarnation tout en lui conférantfirmant une dimension “d’éternité”.

Il sera intéressant de voir comment  la Terre Sainte célébrera cette intime conviction de la foi juive pharisienne et chrétienne en l’an 2033… De nombreux groupes se sont déjà constitués dans les milieux chrétiens pour fêter cette date en mémoire de l’âge de la mort et de la résurrection du Fils de l’Homme confessé par les Eglises.

Le bimillénaire de la naissance de Jésus de Nazareth fut fêté voici deux décennies et un an. C’est un temps court pour un siècle qui s’ouvre sur les perspectives incalculables d’un rouleau d’éternité. Depuis cette date, la guerre se poursuit, faite d’interrogations, d’incertitudes, de raidissements idéologiques, politiques, stratégiques dans une région qui brûle comme les puits de pétrole avoisinants ou succombent aux mirages de ses déserts.

Il faut aussi tenir compte des mutations profondes et des mouvements significatifs de populations et de travailleurs expatriés (Asiatiques, Ukrainiens, Occidentaux). A cette heure, la Jordanie est sûrement un pays “chrétien” plutôt “cohérent”: des clergés orthodoxes, grec-melkites, latins cohérents sans compter les Assyriens, les Chaldéens qui ont trouvé refuge à partir de l’Iran et de l’Irak.

Dans ces deux pays, vieilles terres chrétiennes d’influence antiochienne et sémitique sur la route de Chine et de Mandchourie, la terreur est quasi quotidienne. Depuis quelques années, les pays du Golfe et même l’Arabie Saoudite sont devenus des pays “de présence chrétienne” en raison de vagues importantes de travailleurs immigrés, majoritairement venus de pays de tradition byzantine, orientale, des républiques de l’ex-Union Soviétique.

La Covid-19 a amplifié cet aspect car les pèlerins ne peuvent plus visiter la Terre Sainte. En revanche, ils sont obligés de subvenir aux besoins de leurs familles qui vivent dans des régions durement éprouvées par la guerre ou la pauvreté (Ukraine, Russie, Belarus, Moldavie et autres).

Le berceau du monothéisme implose sous la pression persistante, tenace, impitoyable d’un colonialisme économique qui s’acharne à méconnaître sinon éradiquer les premiers héritages de la foi. Les cèdres du Liban chancellent.

L’Etat d’Israël se raidit de manière contrastée, faisant face à la non-reconnaissance persistante des nations et des Églises. L’année commence sur une révélation diplomatique qui a couvé depuis plusieurs décennies en mineur : l’ouverture des Emirats arabes du Golfe, bientôt Oman, peut-être le Koweit… mais encore fallait-il, au cours de ces temps longs, discerner la venue de nombreux Arabes de ces pays, voire d’Arabie Saoudite.

Il a suffi de repérer et de lire la presse israélienne, arabe, d’écouter les observateurs avisés (Ksénia Svetlova en russe, hébreu et anglais, Mordechai Kedar et tant d’autres bien discrets). Ensuite, c’est un rouleau de cohérence géo-stratégique qui se déroulerait au temps voulu depuis les limbes des descendants des Enfants d’Israël. Une espérance rédemptrice et l’affrontement charismatique au danger de tribulations trop téméraires ou mortifères ?

Israël est continuellemment confronté à la pression d’un étau géo-stratégique qui est aussi un combat spirituel souvent difficile à déchiffrer. Il y a belle lurette que le Yémen, Dubaï, Qatar, mais aussi la Jordanie, l’Egypte ou encore l’Ethiopie constituent des points de surveillance directement reliés à l’axe du Nil à l’Euphrate, passant par la corne de la mer Rouge. La foi conduit-elle à la mort ? Ou bien conduit-elle à la pénitence ?

Le pardon implique-t-il la guerre et le meurtre quitte à ce que cela se termine par être marqué de manière indélébile par une marque comme le signe de Caïn ? Et Jésus, juif par naissance (Galates 4, 4), ouvre-t-il à un salut qui ne peut se libérer du sang et de la haine ? Il y a une manière plus en vogue de considérer les choses, sécurisante car plus compréhensible. Les médias et conseillers aiment à s’enliser dans des scenarios conceptuels. En 2010, l’actualité semblait faite d’incohérences ou de “turbulences sans queue ni tête”.

On voudrait souvent mesurer les Ecritures à l’aune d’une universalité humaine  rendue anonyme, usurpée ou, au contraire, hyper-nationaliste voire intemporelle. Le Fils de l’homme est né: il a donc ouvert ses poumons par un cri sonore.

Il y a cette dimension du langage. Il est, dans les langues sémitiques, à la foi “objet = davar/דבר” ou “parole = davar, ma’amar, memra\דבר – מאמר – ממרא”. Et pourtant, ce petit mot trilittère mue à l’occasion en “dèvèr/דבר” … “la peste”, l’une des plaies d’Egypte présente dans la Haggadah de Pessah (le récit de la Pâque juive de la Sortie d’Egypte).

La PESTE ! Elle s’est répandu comme ces bactéries impalpables, souvent moralement déhonorante dès que l’Occident a compris que la bébête qui grimpe – le Covid-19 – et détruit les corps et l’équilibre mental de manière apparemment trop sournoise ou adaptée à l’inconséquence sociétale fait penser, irrémédiablement à l’ouvrage d’Albert Camus. L’ouvrage a été immédiatement cité depuis Paris jusqu’aux Etats-Unis, l’Afrique du Sud, l’Australie ou Hong-Kong.

Bien avant l’invention de tous les magnétophones, magnétoscopes, MP3, DVD, mobiles, smartphones, la culture sémitique a affirmé que les sons étaient “matières” et ne disparaissent pas.De fait, “le Verbe s’est fait chair et a habité parmi nous” (Jean 1, 14) est tant la “bonne nouvelle” (bessorah/בשורה) d’une incarnation (bassar/בשר) que la nourriture qui dépasse la matière. Toutes deux donnent de la joie, sont sources de jubilation intense.

C’est pourquoi ce texte est aussi lu dans la nuit de la Pâque byzantine… L’”espèce”, la nation ou communauté humaine assiste à un modèle limpide de “renouveau de l’incarnation” et de la “résurrection” quand une langue réapparaît. Ceci est d’autant plus vrai que le fait n’est pas naturel. Et cela rend alors totalement caduque toutes les hypothèse émises plus haut sur l’avenir d’une région comme le Croissant fertile.

Il m’est souvent arrivé d’enterrer des personnes venues de l’ex-URSS qui décédaient trop jeunes. Dans le désert de Beer-Sheva, on ne peut se nourrir de produits hyper-caloriques arrosés de vodka ou autres spiritueux.

Comme j’enterrais un jour une jeune grand-mère de soixante ans en lisant des psaumes en hébreu (nous étions sur le site-même d’Abraham), les enfants me démandèrent pourquoi je ne célébrais pas tout l’office en slavon d’Eglise. L’un d’eux me dit: “Boubele est morte, une langue s’est tue, on ne l’entendra plus jamais”. C’est un peu comme si la mémoire d’une taïga immense, aux horizons sans fin s’enlisait dans le désert du premier patriarche et initiateur de la Foi.

Cela se passait voici quelques années et le fait était, reste assez fréquent pour la génération de ceux qui sont venus de l’”ailleurs”, de terres impériales, trops vastes, incroyablement disparates, composées des ethnies, des langues et des dialectes les plus étonnants. Il se passera du temps entre le moment où la “langue des aïeux” se sera tue et celui où l’hébreu  deviendra la langue familière, celle de l’âme et de la mémoire multiséculaire des enfants qui apprennent à l’utiliser, se l’approprier de manière évidente, innée.

Aller acheter un morceau de viande (bassar/בשר) au supermarché et faire le lien avec une “Bonne Nouvelle (mevasser\מבשר) relève encore de la pirouette cérébrale. En hébreu, le “corps et le sang” de Jésus ressuscité, partagé selon les traditions du repas eucharistique, fondement de l’unité et de la foi de l’Eglise comme corps du Messie n’a pas d’équivalent dans les langues non-sémitiques.

En hébreu, “corps et sang = bassar vadam = בשר ודם” exprime ce que Jésus dit lors de la Pâque partagée avec ses disciples. Mais l’expression, tant en hébreu qu’en araméen (ܦܔܪܐ ܘܕܡܝ / faghr wadem), indique que le “corps et sang” est un humain (le terme n’est pas sexué et ne le devient que par le lien avec le locuteur) et qu’il s’agit d’un être mortel.

La nature virginale de la conception de Jésus né à Bethléem, donc “[Fils de] la Maison du Pain”, offre un reflet singulier de la fécondité divine (nourriture [lekhem-lakhma/לחם-לחמא = pain, viande, repas], de l’espérance et de la vision [KHalom/חלום = rêve, révélation], de la solidité, de la préservation [Melakh/מלח = sel], du pardon [Makhal/מחל = pardonner], du combat (intérieur et eschatologique, cf. ceci de Jacob avec l’être indéterminé ou “ange”) [L(o)kham/ל(ו)חם = résister, résistance donc permanence et stabilité].

Je cite fréquemment le cas du Zimmûn/זימון ou “invitatoire” à bénir le Créateur qui, dans le judaïsme introduit tout repas de trois participants ou plus. Il est vrai qu’il est souvent omis. Mais les paroles sont typiquement eucharistiques au sens fort : “Nevarekh (Eloheinu) sheakhalnû mishelo/נברך (אלהינו) שאכלנו משלו  = Bénissons Celui (qui est notre Dieu) / Qui a) nous donne à manger.  Ou b) de Qui nous mangeons.” Les deux traductions – interprétations sont valides.

La plupart des liturgistes ont mis l’accent sur l’analyse du monde des bénédictions juives, tout comme la “Birkat HaMazon” ou prière d’action de grâces après le repas (cf. Louis Bouyer : Eucharistie, Théologie et spiritualité de la prière eucharistique, Desclée, 1966). Or, l’invitation à manger inclut en soi le partage reçu d’une substance fondamentalement divine et présente. Ce petit “Zimmûn” requérerait en soit tout une exégèse eucharistique…

Ces explications linguistiques et sémantiques devront être prises en compte lorsque le temps sera venu. Il faut d’abord que les mutations qui affectent les nations humaines dans leur ensemble en tant que collectivité de destinée sur cette planète soient suffisamment prégnantes, chargées de sens. Elles vont s’imposer non comme une suite de compétitions mais comme des facteurs de cohérences mentales, spirituelles, porteuses d’accomplissement.

La pandémie du coronavirus donne une fausse impression d’arrêt sur image, de frilosité paralysante. En 2020, toutes les Eglises chrétiennes, en particulier celles du Croissant Fertile, ont été tétanisées, cédant souvent à la peur, la distanciation envers soi et les autres, la difficulté à nourrir le plus grand nombre du “remède” sacramentel qu’est “l’Eucharistie” pour le croyant.

Le 7 janvier 1858 naissait Eliezer Ben Yehudah. En 2021, le 163-ième anniversaire de la naissance de Eliezer Yitzhak Perlman, cet homme passionné qui confirma l’hébreu comme langue parlée et féconde de la communauté d’Israël, reste confidentielle. Curieusement, il semblerait que l’anglais tente d’usurper constamment la place de cette langue dans la société israélienne, dans ses travaux scientifiques, intellectuels, industriels où sa sémantique exprime bien davantage que ce que nous percevons des réalités décrites par les parlers hébraïques…

Voici treize ans, le gouvernement israélien avait décidé que la date-anniversaire d’Eliezer Ben Yehudah sera désormais un jour dédié à la langue hébraïque. Le renouveau de cette langue comme miroir sonore et mental de l’âme attaché aux héritages multiples du judaïsme et la destinée juive les porte bien au-delà de toute forme de “boîte” culturelle. On pourrait même parler d’une sorte de “muscle fécond en contractions constantes”. L’hébreu a semblé disparaître. Il est toujours resté cette Parole de fécondité, née dans ce Croissant Fertile et marquant l’âme d’Israël jusque dans tout fuseau horaire et en tout paysage.

La renaissance  et le déploiement de la langue hébraïque, aujourd’hui parlée par les juifs de tous horizons et rassemblés de tous les points du globe terrestre, procèdent de cet inattendu “hors politique”. Je le souligne souvent: l’hébreu est sans doute la seule langue paternelle.

C’est cette langue que le “Père céleste” a parlée délivrant Sa Parole sous les formes les plus diverses, y compris l’incarnation de l’homme et du Messie. Eliezer Ben Yehudah partit du yiddish pour revivifier l’hébreu traditionnel. Il en fit un idiome sémitico-euro-asiatique ! Cette résurrection linguistique incite à voir bien plus loin que les évènements-flashes de la vie quotidienne.

Il y va de “l’accomplissement du temps des nations” (Luc 21,24) et d’un retour à la Parole du Père encore bien difficile à décoder comme une étape de l’incarnation. Ce sera un long et difficile itinéraire pour les Eglises chrétiennes, durement éprouvées dans la manière de partager les Sacrements en ces nouvelles années de pandémie coronavirale. Le virus ne fait pas de distinction entre les êtres humains. La foi en la résurrection est aussi impalpable et ne connaît pas de limite.

La nouvelle naissance, en notre génération, d’une langue réputée “morte” (ce qui est aléatoire dans le cas de l’hébreu) est d’une ampleur dont nous ne percevons pas encore la dimension prophétique porteuse de la fécondité divine et humaine de la conscience, du sens et de la présence de la rédemption. Elle ne confère aucun privilège à l’hébreu, elle n’écarte aucune langue. Elle naît et apporte un message d’espérance contre toute espérance.

Je joins à cet article l’interview que le journaliste israélien de langue française Michael Blum a réalisé voici quelques jours pour son émission diffusée sur Radio Qualita (Jérusalem) à propos de la fête orthodoxe de la Nativité qui a été célébrée le 6 et 7 janvier 2021 selon la tradition des Eglises orthodoxes et orientales de Jérusalem. à propos de l’auteur Abba (père) Alexander est en charge des fidèles chrétiens orthodoxes de langues hébraïque, slaves au patriarcat de Jérusalem, talmudiste et étudie l’évolution de la société israélienne. Il consacre sa vie au dialogue entre Judaisme et Christianisme.

L’empreinte Sadducéenne

Déc 2, 2020, 8:57

Publié dans mon blog du Times of ISrael Français,

Lien direct : https://frblogs.timesofisrael.com/lempreinte-sadduceenne/

L’année 5781 a commencé voici quelques semaines. On ne sait pas, habituellement, que les Eglises byzantines, sont en 5729 depuis le 1er/13 septembre 2020. Un nouveau cycle liturgique d’inspiration mésopotamo-sémitique et hébraïque. L’islam avance en l’an 1442 de l’Hégire. Les Assyriens de langue araméenne sont en 6770.

Est-ce que nous y prenons garde ?

Une année marquée au fer invisible d’un minuscule virus qui semblerait sorti de nulle part. Au bout de neuf mois (sans doute davantage) de coronavirus planétaire, la maladie ronge tous les tissus de la nature humaine,de l’identité des hommes et des femmes de tous âges, l’économie, les relations morales et physiques, les traditions confessionnelles. Tout. Neuf mois ? C’est peu. Il faudra vivre avec le virus. Il y aura des vaccins. Mais les systèmes financiers, les faillites se profilent. D’autres font fortune. Nous sommes partis pour de longues années d’endurance.

Jusqu’à créer des confusions ? Il semble épuisant d’être positif, de ne pas porter de jugements à l’emporte-pièce. A cet égard, les réseaux sociaux sont devenus, par le miracle de la technologie et de l’esprit mondialisé créatif, des lieux de délation, où les messages ne vivent que le temps accordé à des papillons, sinon quelques heures ; transmissions qui se contredisent selon l’humeur des fuseaux horaires et des erreurs de traduction linguistiques ou culturelles. Un message court peut tuer.

On ne peut nier aussi la solidarité, une sorte de rétrécissement élastique de l’espace et des idées, jusqu’à intervenir dans des situations périlleuses (guerres, sociétés enfermées, passe-muraille des frontières comme au Proche-Orient).

Il reste une sorte d’horizontalité de la pensée.

La virtualité n’a pas de corps sinon les touches qui transmettent des mémoires plates et extérieures au cerveau humain. L’âme est libre, sans partage, ou du moins elle possède, par nature, la faculté de rester « hors emprise » dans tous les cas de figures. La conscience, quant à elle, peut s’égarer par une mécanique habile.

Du coup, en quelques années des bibliothèques entières sont devenues accessibles, exposant le « savoir » d’un nombre impressionnant de traditions et de cultures. Il peut être partagé sans discernement, sans conscience ni connaissance ou études préalables.

L’informatique a transformé la communauté humaine – languissant après une unité perdue et sans cesse recherchée, rêvée. Certains s’imaginent pouvoir s’auto-gérer, se transformer en golems d’un corps religieux ou communautés qui se cherchent par des marées mouvantes d’inclusion puis d’exclusion.

Tout cela est banal.

Cela amplifie à outrance une tendance socio-culturelle du monde occidental : une hypertrophie de l’individu comme «électron autogéré» qui s’interroge sur les mutations drastiques des techniques et des modalités de vie selon les sociétés. Partout dans le monde euro-occidental, on s’interroge sur «la quête de sens».

En ce moment, «faire, avoir du sens» est une expression quasi-internationale, dans la plupart des langues. L’expression «to make sense» s’applique non seulement à l’intellect, les affects mais la réalité physique à trouver des points de pertinence  appréciés selon des critères variables et cyclothymiques.

Voici trente ans, apparaissait le besoin de sens en consonance au courant « hédoniste » issu de la deuxième guerre mondiale, venu de Scandinavie et de l’Amérique du Nord. J’ai pu y participer en lançant une première structure d’étude sur le “besoin de sens”.

Il s’agissait de tendances incitant à plus de mobilité, ouvrant la voie à des bifurcations dans nos parcours de vie, permettant de re-prioriser des choix personnels ou sociétaux dans le but de densifier voire rentabiliser l’existence du plus grand nombre. On aurait penser discerner, a contrario, comme une lutte intense contre le désespoir et la peur d’un vide chaotique et informe.

Il apparaît que, plus d’une génération plus tard, l’hédonisme continue d’étendre les tentacules de la culture occidentale vers les autres continents. En retour, l’Asie ouvre ses perceptions idéogrammiques/visuelles sur des forces qui prennent le contrôle de traditions qui se croyaient immuables. Les Coréens ont ainsi compris la puissance créative du Talmud et l’utilisent selon des critères extérieurs à l’identité judaïque.

Il existe des voies très diverses de se rattacher à un héritage totalement bigarré, sculpté et qui se présente souvent comme une structure mentale et identitaire invertébrée. Tout cela crée une véritable «circulation de germes suscitant la vie» extraordinairement prolixe. Dans tout autre contexte cela serait vraiment absurde ou vide de sens.

Au fond, «le sens» en hébreu est comparable à l’action de prendre une direction précise « kivvun\כיוון», donc avoir des «kavvanot\כונות» ou intentions spirituelles et le radical vient de «kûn\כון” = avancer, faire un sacrifice d’où «kohen\כהן» qui dit «oui = ken\כן». C’est ce que dit Jésus de Nazareth : “Que votre oui soit oui et que votre non soit non (“lo\לא” = en hébreu la négation de Et\אל = Dieu».

En fait, on assiste à des courses spirituelles où chacun disserte avec “l’autre” non pour le reconnaître vraiment, mais se substituer à lui si son contexte et position peut-être rentable.

La vraie théologie fait cruellement défaut dans les réunions de groupes modernes. En Occident, elle se fonde sur des opinions en voie de dogmatisation que l’on exhume lorsque que la nostalgie traditionnelle tente de réparer les carences d’opinions jugées trop hardies, voire pas assez latinisantes, slavonnes, hébraïco-araméennes ou grecques.

Certains s’accrochent au tréfonds de ce qu’ils perçoivent des “traditions” inspirées. C’est tellement pratique de figer ce qui est appartient au passé pour y puiser une nouveauté identitaire et restrictive. “Ma secte est plus authentique que la tienne”… devient un slogan mondialisée pour des systèmes de foi démultipliés au nom de l’unité – “at-One-ment” (pardon, réconciliation en anglais, ce qui est le top de unification sémantique).

Désormais on assiste à un retour en force du Diable, le terrible διαβολος – le diable, ange déchu, qui se manifeste à nouveau dans une Europe post-moderniste. Lui aussi s’est planétarisé sur deux mille ans. Un être qui fait obstruction à la route divine, bloque un chemin de lumière collectif ou hédonisto-personnel à l’excès.

Le diable continue de tuer, mais certains oublieraient qu’il s’acharne à réduire à néant l’intellect ou l’âme. Lorsque l’on croit l’avoir extirpé, il flâne un peu plus loin, pas vraiment au bout d’une lointaine vallée ou d’un pays. Non, il rôde, là, tout près et s’immisce par un dédale jusqu’à trouver le gîte et couvert appétissant de nos neurones.

Au moins, le Satan nous obstrue avec délice, bloque sans aménité et provoque des zizanies de choix. Il exècre la sainteté ou la probité, d’où ce prologue si haut en couleur et tellement vrai quant au fond du contrat – au demeurant moral – entre Dieu et le Satan où tous deux parient sur la fidélité de Job à Dieu (Job 1, 2).

Un prêtre orthodoxe slave est confronter, par évidence, au Satan, l’obstructeur (Satana – Сатана/לשטון ). Les fidèles accourent pour demander des exorcismes : je fais de multiples exorcismes – c’est un besoin inné pour que le migrant russe ou slave puisse atterrir dans un paysage non familier, qui semble d’autant plus l’agresser qu’il le considère comme étranger à son « chez-soi ».

On aura bien l’occasion d’y revenir. L’âme slave et proche-orientale vit avec ces êtres angéliques, salutaires et agents de la rédemption. Certains recommandent leur fréquentation. D’autres suggèrent des pilules homéopathiques ou des plantes médicinales ou encore le saut en parachute… pourquoi pas ? La lutte contre le péché, contre la mort face au vrai grappin fait partie de la vie ordinaire du croyant oriental, de tout croyant au fond.

Du coup, par bravade et comme pour mieux s’approprier un héritage en vogue de libération, les religions occidentales retournent en frémissant à leurs irrationalités de tout temps. Ou bien elles s’enfoncent dans les genres démultipliés, le droit du croyant à disposer de Dieu lui-même.

Il reste un problème majeur : celui de la tiédeur sinon de l’amoindrissement de la foi. La question a été soulevée par Jésus de Nazareth (Luc 18, 1-8). Car manier les rites, faire de belles célébrations, voire attirer, avec science et ruse parfois, les êtres en quête de chaleurs humaines suppose que l’on puisse dépasser les gestes effectués par réflexe, sans même réfléchir. Ce que faisant, on s’abandonnera volontiers à juger et corriger les siens et l’étranger.

Il faut alors mentionner un aspect souterrain puissant qui traverse l’histoire de la foi et des Services divins. La foi monothéiste, en tout cas juive et chrétienne, est fondée sur le pharisianisme. Elle repose sur la conviction affirmée que l’être humain est appelé à la résurrection. C’est particulièrement prégnant dans le lien qui unit – en grande partie de manière inconsciente – l’Orient byzantin à la prière quotidienne du judaisme. Il faut le redire car pareille évidence a vite fait de s’estomper pour des raisons psycho-religieuses, historiques sémantiques.

Le tropaire de la résurrection selon le rite byzantin affirme : “Le Christ est ressuscité des morts, par sa mort il a vaincu la mort. A ceux qui gisent dans les tombeaux, il (a) donne (donné) la vie”. Les mots suivent ce qu’expriment la prière de la Amidah/Prière des 18 Bénédictions juive : “(Béni sois-Tu, Seigneur notre Dieu, Roi de l’univers) / Tu ressuscites les morts dans ta grande miséricorde [viens en aide à ceux qui tombent, guéris les malades, délivres les captifs] et gardes ta confiance envers ceux qui dorment dans la poussière [cf. les tombeaux des ancêtres à Hébron]”.

Comme en regard, de manière tout aussi souterraine, impalpable, mais traversant les siècles de manière imperturbable, il y a la négation de la résurrection. Comme si la Révélation – dite du vieux ou premier Testament et la Bonne Nouvelle du Messie en Jésus de Nazareth ne pouvait s’affranchir d’un profession de foi plane, horizontale sans vie ou survie par-delà la matérialité et l’expérience de cette ère historique auquel nous appartenons.

Nous connaissons la caste sadducéenne par Flavius Joseph. Ils assuraient le service dans le Temple et donnèrent l’impression de disparaître lors de la destruction du Temple de Jérusalem. Ils n’acceptaient que la Loi Ecrite contrairement aux pharisiens qui se référaient tant à la Loi Ecrite qu’à la Loi Orale.

Le christianisme s’est rapidement distancié des sources orales réputées avoir été transmises à Moïse lors de la théophanie du Sinaï, puis du Talmud dans ses formes qui ont été transcrites dites de Jérusalem et de Babylone, souvent en hébreu et en araméen. Certaines sectes juives commes les Karaïtes de Crimée, mais aussi les Abbyssins juifs n’ont pas admis la tradition de la Mishnah et de la Gemara. De même les Samaritains (souvent confondus avec les sadducéens par les rabbins).

Les sadducéens n’admettaient pas la résurrection des morts et niaient l’eschaton, le “olam ha’tid/עולם העתיד” [le monde à avenir, qui vient jusque dans l’éternité]. (Marc 12, 18-27, Actes 4, 1-2, 23, 6-8). De même, ils ne croyaient pas à l’existence des anges et des esprits. Enfin Flavius Joseph affirme que les sadducéens pensaient que le corps meurt/s’éteint avec l’âme. Le thème reste très en vogue de nos jours.

Cette profonde empreinte sadducéenne est aussi sensible dans la non-reconnaissance d’une Destinée. Ainsi, l’âme peut choisir entre le Bien et le Mal, chacun devant faire un choix “en conscience”. Les sadducéens n’admettent pas la “survie (Gr. την διαμονην) de l’âme, le séjour punitif dans le Hadès ou toute forme de recompenses au-delà de la mort (Guerres Juives 2. 164).

Ils aiment à exaggérer les règles de pureté : les mains (Yadayim 4,6), le jugement rigoriste (Makkot 1,6), la crémation de la vache rousse (Parah 3,7), l’impureté des femmes sadducéennes (Niddah 4,2) et la longueur de la marche autorisée le jour du Shabbat (Eruvin 6,2). Ce sont là des questions pour un temps de COVID-19.

Au point que , toujours selon Flavius Joseph, les pharisiens étaient aimables les uns envers les autres, et promotaient l’esprit de concorde, tandis que les sadducéens utilisaient la ruse (το ηθος αγριωτερον) et pouvaient être retors envers leurs pairs ou les étrangers (La Guerre des Juifs, 2.166).

Les sadducéens s’opposent aux membres de l’Eglise naissante de Jérusalem (Actes 4, 1 – 5,7) et l’appel de Paul de Tarse aux pharisiens crée un débat confus lors de la session du Sanhédrin (Actes 23, 6-7 ss.). Paul et les pharisiens s’attachent à l’affirmation de la résurrection des morts, le développement positif et libre de la destinée humaine.

Les saducéens ont toujours existé. Il ont participé à toutes les diasporas du peuple juif comme à l’essor apostolique du message chrétien. Il est plus délicat de repérer leurs influences au cours des siècles dans le judaïsme et le christianisme.

Du côté juif, la question fut souvent évoquée par le Rav Léon Yehudah Askénazi (Manitou). Au centre de la question, le sens des “générations” interroge en tant que processus historique et méta-historique, la perspective messianique. Il est question de scruter ce que signifie le dévoilement final, le rassemblement exprimé par les Maximes des Pères (Avot 1, 1 : “Tout fils d’Israël a part au monde à venir”). En termes eschatologiques, la participation “au monde à venir” s’ouvre sans exclusive à l’ensemble des générations d’êtres humains, englobant tous les temps.

La pratique de la foi en la résurrection a demandé des siècles de maturation mentale, culturelle, théologique. Il y va aussi d’une confrontation constante avec l’expérience mystique. Il faut tenir compte de l’accompagnement historique fondamental des sadducéens sur la route qui les a conduits à servir en priorité dans le Temple de Jérusalem, Lieu vivant (qayam/קים). Celui-ci fut détruit et les sadducéens disparurent progressivement dans leurs fonctions rituelles et sociétales. Les pharisiens ont alors souligné leur adhésion à une forme de reinvigoration / rappel à la survie, à la vie, aux forces de mutation par-delà le trépas.

Ils furent suivis par les chrétiens dont la foi se fondent sur l’expression unique, singulière, personnelle de la résurrection de Jésus né à Bethléem. Nul ne naît chrétien et la qualité christique implique le baptême de chaque personne qui rejoint le plérome de l’Eglise. Ainsi, le chrétien doit, à chaque génération, renouveler le caractère (sphragis, kharaktèr) de son identité ecclésiale.

Curieusement, il est appelé à dépasser ainsi la barrière presque sadducéenne d’un temps qui aurait dû interrompre la poursuite de la transmission de la foi. Juif ou païen (Gentil), l’Eglise n’est pas innée. Elle se renouvelle par le sceau des sacrements reçus au nom du Christ confessé dans la plénitude de l’Eglise.

Nous nous limiterons ici, dans une sorte d’article en forme de préambule, à souligner combien l’espérance de la survie, de la vie auprès du Créateur de tous les hommes a été un moteur puissant au cours des deux milles ans passés.

Le Temple fut brûlé et “assassiné”, cessant de vivre selon l’expérience de la visibilité. Il n’a pas disparu : la Shékhinah, Présence invisible accompagna le peuple juif dans ses turbulences sur le globe. Soixante-dix ans auparavant, Jésus de Nazareth, confessé par un embryon encore attaché à la collectivité identitaire judaïque, était mort, crucifié sur la Croix au Lieu dit du Crâne, en hébreu-araméen “Golgotha/גולגתא”, non pas un crâne fixe, inerte, mais désigné par un mot qui indique un “roulement, retournement, d’une identité vers une autre”.

La tiédeur de la foi s’exprime par un désespoir fréquent. Il est universel. Il est matérialiste ou scientifique, culturel. Ainsi s’exprime une forte séduction sadducéenne comme par une vocation à n’exister que le temps imparti en ce monde-ci. Il n’y aurait pas de vie éternelle. La pureté, les rites, voire des attitudes, souvent figées – parfois imposées comme des règles immuables, permettraient-ils de figer le temps et l’espace en des écrins réducteurs, voire effrayants.

Comme le note le Rav Jonathan Sacks, citant le livre d’Alasdair MacIntyre “After Virtue” (1981), nous continuons à parler en utilisant les mots qui ont exprimé les valeurs essentielles de la morale. Or, nous avons perdu le sens d’une vraie moralité. Nous n’en comprenons plus les codes et les exigences tout en feignant de nous y soumettre. On peut parler de fractures mentales, quasi schizoïdales. Comme si nous entrions dans des détournements qui frisent les questions de “la haine consciente” face à “la haine irraisonnée”.

Faut-il aimer, respecter, soigner, aider son prochain ? La réalité est tissée d’abus physiques ou mentaux, sociaux. “Aimer son prochain comme soi-même” (Lév. 18, 19) parce qu’”il est prescrit (comme élément de dynamique vitale) d’“aimer Dieu de tout son coeur, âme et forces (= ressources économiques)”, nourrir l’affamé (et quid du Yémen, de l’Inde et de tant de régions du monde ?), de guérir les malades, agir par solidarité – tout cela se fonde sur l’instinct d’espérance. Mais les païens aussi peuvent exprimer leur souci de vivre correctement.

Vivre avec la conscience d’un rachat venu du Maître de l’univers est d’une autre nature : cela consiste à bannir l’égo-centrisme que je définirais comme “mnémocide”, c’est-à-dire visant à détruire la “mémoire” comme force qui attire toujours vers le futur. Il y a une force qui s’ingénie à détruire, éradiquer, faire la seule faculté mémorielle. Quand les sons, les phonèmes et les étymons s’estompent de la sphère d’une pensée transmissible, historique.

De nos jours, la tentation sadducéenne s’instille subrepticement comme une contre-mémoire invariante qui lutte contre l’espérance par le moyen d’un rigorisme stagnant. En hébreu, “Yizkor/יזכור” n’est pas seulement le mémorial des êtres et des tragédies. Le mot indique “une semence” qui est tirée comme par un arc de vie vers un futur en vue d’appréhender notre destinée. C’est un mouvement “pharisien” car il s’ancre dans la puissance de la résurrection, de la vie plus forte que le désespoir, la bonté et – dans la cohérence chrétienne, les Sacrements de la Présence.

L’empreinte sadducéenne peut être contrecarrée par la prise de conscience réelle, profonde – parfois perçue comme utopique ou fantasque – de notre route vers (ce) Qui est Un.

[Alors, il ne faut surtout pas se gauser de fadaises, mais donner dans le parler-vrai !].

La modernité de Saint Jacques de Jérusalem

Nov 24, 2020, 12:13

Publié dans le Times of Israel Français : “https://frblogs.timesofisrael.com/la-modernite-de-saint-jacques-de-jerusalem/” (Lien direct).

Selon la longue tradition de l’Eglise de Jérusalem, le Patriarcat grec-orthodoxe de Jérusalem, Sion et de toute la Palestine célèbre la fête de son saint patron, Saint Jacques, Mar Yakoub, Hagios Yakovos\Αγιος Ιακωβος ou Mar Yakov HaTzadiq\מר יעקב le 23 octobre selon le calendrier julien.

Cela correspond au 5 novembre dans le calendrier grégorien. L’Eglise dite « grecque-orthodoxe » est en réalité de langue et de culture hellénistiques.

Elle représente le versant originel de l’Eglise née à Sion après la mort et la résurrection de Jésus de Nazareth, puis celle de l’Empire d’Orient et d’Occident, uni par Constantin, le fils de l’impératrice Hélène qui découvrit les restes de la Croix au lieu actuel du Saint Sépulcre ou Eglise de la Résurrection.

Cette Eglise d’expression grecque s’est répandue dans tout l’Ekoumène (le monde connu dans l’Antiquité) de l’Empire romain jusqu’aux frontières de la Perse ancienne. A Jérusalem, comme dans une grande partie du Moyen-Orient jusqu’à l’apparition tardive de l’arabe au 6e siècle, l’araméen fut la langue vernaculaire des Juifs et la lingua franca utilisée à l’Est que l’on retrouve dans les Evangiles avec de nombreux sémitismes judaïques dans les textes néo-testamentaires en grec.

L’Eglise locale se réfère à cet empire romain, «roum» en arabe et en hébreu : l’Eglise de Jérusalem est la « Mère de Toutes les Eglises de Dieu », titre conservé officiellement, parfois contesté par d’autres Eglises.

Elle a indubitablement une primauté historique qui, en grec, affirme qu’elle est «une, sainte, catholique et apostolique». Elle est «romaine orthodoxe» en ce qu’elle garde l’ancienne tradition des Pères tandis que l’Eglise de Rome, scindée des quatre autres Patriarcats du pourtour méditerranéen, se définit comme « catholique romaine ».

Je souligne souvent que le Canon Romain ou Première Prière Eucharistique du rite latin affirme, uniquement dans la version latine de sa prière : «et omnibus orthodoxis atque catholicae et apostolicae fidei cultoribus / et tous ceux qui pratiquent fidèlement la foi orthodoxe (droite, authentique), catholique (ouverte sur la plénitude, le plérôme) et apostolique (en ce qu’elle est un mouvement dynamique qui avance dans le temps et l’histoire)».

L’Eglise de Jérusalem célèbre Saint Jacques dont le titre grec est particulier : « proto-hiérarque de Jérusalem, premier évêque de Jérusalem, frère du Seigneur (Jésus de Nazareth) selon la chair et frère de Dieu (Adelphotheos/Αδελφοθεος = Αδελφος του Θεοθ, Matthieu 13, 55, Marc 6, 3, Luc 6, 14, et Galates 1, 19).

Il est aussi nommé « Jacques le Juste » et fut assassiné entre l’an 62 et 69. Jacques jouissait d’une excellente réputation parmi les Juifs, était proche des classes sacerdotales qui servaient dans le Temple et il est cité positivement dans le Talmud Gittin. La tradition orientale, en particulier byzantine orthodoxe, considère qu’il serait né d’un mariage antérieur de Joseph, comme les autres « frères de Jésus », ce qui préserverait la virginité de Marie, la cousine d’Elisabeth, épouse du prêtre Zacharie et mère de Jean le Baptiste, également mentionné dans le Talmud – tout en conservant une origine « charnelle ».

Il est important de souligner cet enracinement. L’Eglise de Jérusalem fut toujours une Eglise «orientale», e nfait située au berceau centrale d’une foi venue d’Ur en Chaldée.

Elle fut attestée de haute antiquité malgré des ajouts, célébrée en grec, traduite oralement en araméen par un interprète appelé metargouman comme en hébreu – tel était l’usage au Saint Sépulcre. Dans le rite syriaque occidental (Edesse), les paroles de la consécration en araméen sont calquées sur l’ordre des mots grecs, tandis que les Assyriens ont conservé une formule araméenne orientale d’une concision typiquement talmudique.

Liturgie matricielle de Jérusalem, proche de l’anaphore (prière eucharistique) d’Addai et Mari, elles n’est plus utilisée dans l’Eglise de Jérusalem, sauf rares exceptions en langue slavonne au jour de la fête. J’ai pour ma part l’autorisation de l’utiliser en slavon et en hébreu à certaines occasions. Le Patriarcat de Jérusalem possède une version singulière de la Liturgie de Saint Jacques dite des « Pré-Sanctifiés », réservée au temps du Carême ou Grand Jeûne.

On suppose trop souvent qu’il existe une proximité liturgique entre les Eglises et les prières des traditions juives. Il fut très en vogue d’en parler au 20-ème siècle. Le 21-ème siècle est plus frileux. Il est possible de faire des rapprochements, de déceler des formes parallèles. Ceci est vrai des prières, du rythme de sanctification du temps : toutes les Eglises suivent le même ordre du temps que les « z’maney hayom/זמני היום = heures de la prière » du judaïsme.

Il existe bien un lien : celui de l’Ecriture. Cela n’implique pourtant pas de proximité directe ni de perspectives eschatologiques communes. Il s’agit de «faux amis» entre des discernements qui semblent communs et des réalités qui s’apparentent plus à une incommunicabilité irréductible dans la perception présente de la foi et de ses modes d’expression.

Ce constat n’est pas négatif, ni négationniste : il faut être pragmatique et accepter les choses, en particulier celles de la foi et de l’espérance, pour ce qu’elles expriment sans fantasme et se bercer d’illusions plus néfastes que l’ignorance systématique de la réalité sémitique.

Les études liturgiques sont récentes et plus encore les vraies recherches comparatives entre judaïsme et traditions chrétiennes. En fait, les chrétiens se sont le plus souvent inspirés de la Bible, à partir de leur propre interprétation communautaire, donc en s’inspirant de « l’ancien » sans que le judaïsme vivant ait directement participé, en sa qualité de cohérence judaïque, à l’ébauche de textes qui offrent donc des similitudes verbales mais non dogmatiques.

Lors de travaux que je fis régulièrement avec le Père Bernard Dupuy (+2014) [1], nous avions eu l’occasion de souligner cet aspect qui intrigue, fascine et suscite des dérapages de l’entendement.

Un exemple que nous avions détaillé : la Liturgie byzantine connaît un rite de «Proscomédie ou Préparation des Dons». Le célébrant (prêtre) coupe le pain, dégage un « Agneau » qui deviendra, après consécration, le « Corps du Seigneur ». Depuis les temps les plus anciens, il fait une entaille avec une « lance » – rappel du geste fait par les soldats romains pour voir si Jésus en Croix était mort – en disant : «Et aussitôt sortit du sang et de l’eau/αιμα και υδωρ» (Jean 19, 34).

L’araméen de la Peshitta s’aligne sur le grec:  ” דמא ומיא -dema wamey » alors que le grec « kai-και/et »est phonétiquement identique à l’expression hébraïque « dam k-mayim/דם כמים » (Pessahim 22a, 16b sur Exode 17 et 30). Il s’agit d’un cas d’euphonie possible entre le grec christique ou même judaïque qui a été traduite sur un mode externe à ce qu’exprime l’hébreu biblique et talmudique.

Lorsque je célébre en hébreu, est-ce trahir le sens des mots que de revenir à l’expression sacrificielle « dam k’mayim/דם כמים » et non plus « דם ומים-dam vemayim = sang et eau » ? Ceci peut être considéré comme hérétique pour la tradition chrétienne de rite byzantin.

Ou bien, au contraire, ne serait-ce pas le moyen d’introduire une notion de plénitude liturgique sans exclusive. Les exemples de dissemblances de ce type sont très nombreux et c’est une chance de vivre cette réalité liturgique comme une participation active à la tradition de l’Eglise de Jérusalem.

Le Père Bernard Dupuy, sensibilisé à de nombreuses traditions, proche des explications talmudiques d’Emmanuel Lévinas mais aussi de nombreux rabbins contemporains, réfléchissait à ce que les traditions chrétiennes orientales slaves, hellénistiques et assyriennes, mises en perspective avec l’héritage hébraïque et yiddishisant pouvaient apporter à la compréhension du Mystère divin.

J’ai pu poursuivre cette réflexion en l’exprimant dans la réalité de la célébration orientale en hébreu et en diverses langues avec David Flusser qui, malgré lui avait accepté d’enseigner la tradition chrétienne sur l’insistance de Gerschom Scholem. Il avait cependant refusé de donner ses cours en hébreu à l’Université Hébraïque de Jérusalem. Il était soucieux de souligner cette altérité fondamentale qu’il affirmait entre judaïsme et christianisme, traditions orales et écrites de l’hébraïté et celles de l’Evangile.

Le même hiatus s’exprime dans les clés d’interprétation entrouvertes par Geza Vermès. Ces questions avaient été approchées au 19e siècle par Daniel Chwolson [2], né à Vilna, devenu professeur de judaïsme et de tradition talmudique aux Académies théologiques orthodoxe et catholiques de Saint-Petersbourg.

La fête de Saint Jacques est fondamentale pour l’Eglise de Jérusalem. Elle souligne la fidélité de l’Eglise, née à Sion, à une succession apostolique que l’Eglise locale orthodoxe rappelle comme née du sein-même du judaïsme et du «frère du Seigneur». Elle aurait pu ne faire remonter cette lignée qu’à partir de 136 (après 135 et la destruction de Jérusalem). De Jacques à Juda (mort en 134), les patriarches de Jérusalem sont restés d’extraction juive alors que les évêques de Rome, de Constantinople, d’Alexandrie et d’Antioche appartenaient déjà à la Gentilité.

A cette heure, l’Orient chrétien n’a pas révisé ses positions et son opposition frontale au judaïsme. Ceci s’exprime clairement dans l’approche des Eglises grecques ou slaves, voire assyriennes et les communautés d’expression sémitiques. Il existe une réelle dichotomie entre des «conversations courtoise» tant juives que chrétiennes orientales et la véracité d’une réflexion déséquilibrée par des siècles d’absence, de prises de distance que Hans Urs von Balthasar appelait «Entfremdung ou estrangement« .

L’avantage actuel de la position de l’Orient chrétien – cinquante-cinq ans après le Concile de Vatican II – réside en ce qu’il évite de perdre ses repères identitaires ou de s’imaginer que la voie juive et chrétienne ont résolus leurs dissensions. Les approches  évoluent, certes. Elles restent pourtant inchangées, comme par paradoxe – dans un affrontement théologique et social, historique et culturel, donc sur la mesure du temps.

Nous réfléchissons trop souvent sans nous référer à la «totalité» des éléments qu’il est nécessaire de prendre en compte pour ne pas nous abuser par des décisions parcellaires qui nous sembleraient « universelles ».

En 787, le 7e Concile Oecuménique de Nicée II fut et demeure le dernier concile réellement oecuménique, commun tant à l’Eglise byzantine d’Orient qu’à l’Eglise catholique de Rome et d’Occident. Les décisions de ce dernier concile furent admises par ces « deux poumons » selon la perception exprimée par l’Evêque de Rome, en l’occurrence le Pape Jean-Paul II, bien qu’il ait été un concile majoritairement oriental. C’est dire que Rome comme l’ensemble des cinq Patriarcats initiaux (Constantinople, Alexandrie, Antioche, Jérusalem [après 451]) ont gardé en commun le dépôt de la même foi précisé à ce concile de Nicée II.

En 787, le Concile oecuménique rétablit le culte (vénération) des icônes.

Dans le même temps, l’article 8 précisait : « Dans la mesure où certaines personnes qui ont été trompés dans leurs conclusions à partir de la religion des Juifs et ont jugé bon de se moquer de Christ notre Dieu, tout en faisant semblant d’être chrétiens, mais secrètement et en gardant clandestinement le sabbat et à faire d’autres actes juifs, nous décrétons que ces personnes ne seront pas admis à la Communion, ni à la prière, ni à l’église, mais qu’ils doivent être Juifs ouvertement conformément à leur religion; et que leurs enfants ne soient point baptisés, ils ne pourront point acheter ou acquérir un esclave. Mais si l’un d’entre eux devaient être convertis en raison de foi sincère, et confesser de tout son cœur, répudiant triomphalement leurs coutumes et des affaires, en vue de censurer et de la correction des autres, nous décrétons qu’il sera accepté et ses enfants seront baptisés, et être persuadé de se tenir à l’écart des particularités juifs. Si, d’autre part, si cela n’est pas le cas, ils ne doivent pas être acceptés dans d’autres circonstances que ce soit. »

L’article 8 semble reconnaître la spécifité juive, mais dans le but de la rejeter de la société des baptisés. Ce texte fait toujours autorité dans l’ensemble des Eglises orientales de rite byzantin et de tradition romaine orthodoxe tout comme il n’a jamais été révoqué ou rendu caduque par quelque décision qui aurait été prise par l’Eglise de Rome ou catholique romaine. Seul un concile commun entre l’ensemble des communautés catholiques romaines et l’ensemble des représentant des Eglises romaines orthodoxes pourrait, après un accord parfait entre elles, déclarer que l’article adopté sous l’impulsion de l’Esprit Saint et de manière commune en l’an 787 pourrait être déclaré nul, voire supprimé.

Nostra Ætate relève d’une incidence prémonitoire. Il est évident que la Déclaration fut rédigée par des Européens occidentaux, formés aux Ecoles théologiques allemandes, françaises et leurs théologiens ayant formulé avec insistance et réalisme une déchirure de l’absence (F. Lovsky). Il est évident que ce travail est exemplaire, fragile et ténu. Il n’abolit pas l’accusation de « déicide » qui reste vivace en Orient.

La reconnaissance de l’aînesse du peuple juif concerne exclusivement la manière dont une fraction de l’Eglise dans sa totalité (Occident et Orient) se perçoit : Rome a senti qu’en dépit d’un rayonnement mondial, l’Eglise latine a besoin de la complétude des autres traditions qui assurent sa véritable respiration spirituelle. Il manque le consentement réel et canonique par la confirmation des décisions de Vatican II par chacune des Eglises orientales unies à Rome. De plus, il manque surtout l’accord encore bien lointain des Eglises de la tradition romaine orthodoxe. En revanche Nostra Ætate a ouvert à un dialogue authentique vers l’unité de chrétiens séparés.

La Déclaration incite à étudier la tradition juive, certes, mais comment faire pour que cette étude ne soit pas le fruit d’un christianisme sensibilisé à des traditions hébraïques sans un authentique enracinement. Ceci requiert des décennies de formation et de dialogue à parité. En outre, les Eglises catholiques extérieures à la pénétration missionnaire européenne (Inde, Afrique, Asie, Amériques) n’ont pas manqué de revendiquer la reconnaissances de leurs propres traditions tribales ou nationales. Enfin, cela n’engage pas la position des communautés juives, ni israéliennes telles qu’elles se déploient en ce temps de l’histoire.

Ce sont les chrétiens qui parlent d’une chute d’Israël, d’un manque de foi, d’un endurcissement ou encore du rétablissement d’un peuple juif aux nombreuses facettes synchroniques et diachroniques. Elles s’expriment à Jérusalem et dans une vitalité renouvelée à travers le monde contemporain. Les tribulations du judaïsme sont interprétées selon le dépôt de la tradition judaïque, rarement explorée dans les Eglises.

Bien que la question semble presqu’ »absurde ou illogique», aucune communauté juive n’a envisagé sérieusement de se réunir pour reconsidérer la position du judaïsme à l’égard du christianisme, c’est-à-dire envers les six Eglises locales présentes au Saint Sépulcre, treize Eglises chrétiennes reconnues selon les firmans admis par la Sublime Porte… sans compter les quelques 500 groupes divers qui se réclament du christianisme au sein de la société israélienne actuelle.

Le judaïsme orthodoxe continue de contester le caractère monothéiste des croyants en Jésus de Nazareth en tant que «vrai homme et vrai Dieu» selon la séquence araméenne de l’Eglise d’Orient (Koushapa et Ghanta). Rachi a soutenu que les «Gentils [chrétiens] de notre temps ne sont pas des idolâtres» tandis que Maïmonide refusa de considérer les chrétiens comme des monothéistes non-idolâtres.

Le Père Kurt Hruby, qui fut consulté pour la rédaction de la Déclaration Nostra Ætate, confiait à l’écrivain Pierre Assouline : « J’ai appris à me méfier d’une certaine terminologie un peu trop facile. Pour qu’il puisse y avoir un vrai dialogue, il est indispensable qu’à l’intérieur même du christianisme un changement d’attitude soit définitivement acquis. Or, il ne faut pas croire qu’en vingt ans on va remonter une pente vieille de dix-neuf siècles.

Je ne voudrais pas qu’une rencontre soit marquée par une inégalité des positions de départ. L’aboutissement de l’effort actuel serait qu’on arrive, dans le monde chrétien, à une vraie reconnaissance du fait de l’existence du peuple juif en conformité à son patrimoine propre, comme une nécessité. Cette position n’est pas acquise. Elle ne peut pas l’être à ce niveau-là. Notre théologie est trop marquée par l’antagonisme séculaire. »

Il s’agit aussi de savoir ce que l’on comprend, dans le cas du lien qui semble intrinsèque, par le besoin d’un dialogue judéo-chrétien alors qu’il s’agirait plutôt, dans une perspective romaine, d’une approche christiano-juive, voire christico-judaïque. Le judaïsme est resté distant voici plus de cinquante ans. Il le reste majoritairement aujourd’hui malgré des relations avec les chrétiens selon des réflexes acquis au long des siècles, même dans le cadre de rencontres et de partages plus ouverts.

Le Père K. Hruby ajoutait : « Je me refuse à réduire le christianisme à une expression du judaïsme. Certes, il n’en est pas moins essentiel de considérer la perspective de continuité. Il n’y a pas que les Evangiles, il y a aussi les affirmations pauliniennes.

Le point de départ de tout cela, la seule qui pourra modifier quoi que ce soit dans ce domaine – ce n’est pas encore acquis, loin de là – c’est la reconnaissance du fait juif comme une dimension nécessaire de ce que la théologie chrétienne appelle le plan du salut ou la démarche de Dieu avec l’humanité… Mais cette reconnaissance du fait juif par les Eglises depuis et après le Nouveau Testament – et plus seulement avant l’avènement du christianisme – ne se fera sûrement pas de mon vivant ni du vôtre bien que vous soyez notablement plus jeune que moi…

L’idée de dialogue signifie que les deux interlocuteurs sont à niveau égal, ce qui n’est pas le cas. On ne décrète pas un tel changement. Il faut qu’il soit préparé. Un tel travail demande des siècles. Il faut des siècles pour effacer, pour réparer des siècles. Je travaille pour la postérité, pas pour le présent. Je prépare le terrain, c’est une option de vie. » [3]

C’est à cette tâche qu’il faut nous atteler, en prenant bien notre inspiration pour une action à long-terme et comme en apnée. A cet égard, il ne peut y avoir de compétition dans l’ordre de la foi, un slogan qu’il faut ruminer à l’année dans un milieu dit « judéo-chrétien » souvent informel et rongé par des affinités sélectives. On ne se choisit pas, ni dans un appel in utero au caractère judaïque ni dans la convivialité ecclésiale. Il y de la joie et un vrai devoir du coeur à se reconnaître humains et contemporains par une Volonté qui dépasse notre entendement.

Dans le « Bréviaire de la Haine », Léon Poliakov soulignait : « Seules en leur genre peut-être, les passions antisémites du monde occidental, lorsqu’on cherche à en atteindre le fond, ne permettent pas de déceler aucun support (ennemi à abattre, richesses à conquérir…). Aussi loin qu’on les sonde, ce ne sont que vestiges archaïques, ressentiments confus, prétextes illusoires » (p. 356). Il reste à affronter ces grappins dans un voyage par-delà l’illusion.

C’est à ceci que je participe. Un travail qui peut paraître solitaire, d’autant que je pars naturellement du vaste héritage juif dans ses langues (hébreu, yiddish). Cela ouvre sur d’autres étapes où il faudra bien plus que quelques décennies pour creuser le sillon d’un dialogue pour lequel tout reste à faire. C’est justement là que l’on mesure le sens de la réparation, la valeur du temps, de la patience.

[1] Cf. la préface du Père Bernard Dupuy à mon euchologe hébraïque « Le Sacrifice de Louange » – Peeters 1989, répertorié dans l’ouvrage qui rassemble ses écrits : B. Dupuy, Quarante ans d’études sur Israël, Paris 2008. A signaler l’hommage que lui rend Bruno Charmet : « Juifs et Chrétiens, partenaires de l’Unique Alliance », Paris 2015.

[2] Daniel Chwolson (1819-1911), né à Vilna (Vilnius), théologien russe, spécialiste de l’antisémitisme. Ses livres sont peu connus, abordés actuellement à l’Université Hébraïque de Jérusalem. Mes investigations se réfèrent en général au petit livre de Hans Urs von Balthasar : »Einsame Zwiesprache, Martin Buber und das Christentum », Köln 1993 et aux ouvrages de Gerschom Scholem.

[3] Pierre Assouline, « Les Nouveaux Convertis », Albin Michel 1982

Kislev 5781, l’hiver sera viral

Nov 18, 2020,

Publié dans le Times of Israel Français : “https://frblogs.timesofisrael.com/kislev-5781-lhiver-sera-viral/” (lien direct)

Depuis 2006, je parle régulièrement de « confusion, « bilbul – בילבול » en hébreu. La Terre Sainte est naturellement portée à une sorte de nonchalance blasée : le pays se raidit quand les « autres » veulent exercer leur pouvoir. C’est un problème de Who’s who.

On découvre un peu partout des formes de nationalismes ethno-centriques qui redistribuent les territoires aux grés de puissances mouvantes. Le processus a largement été initialisée dès la fin de la Première Guerre mondiale, donc voici cent ans.

Nous y sommes ! Tant que les puissances coloniales ont déterminé au cordeau les territoires que chacun s’attribuait de manière souvent népotique, les choses se passèrent mal, mais elles furent décidées, habituellement au détriment de populations déplacées-replacées.

Les frontières de l’Europe actuelles semblent définies voire même stables. Elles correspondent à la décision de vainqueurs en 1945 au nombre très réduit de décideurs. Roosevelt, Staline et Churchill – en l’absence d’un de Gaulle insularisé – ont fixé des frontières, des zones d’occupations temporaires qui ont duré plus de quarante ans. Pas plus. On a oublié la Sublime Porte et l’islam.

Le 21ème siècle sera religieux… ! Que diantre ! Oui, mais qu’est-ce à dire ? Encore faut-il savoir de quoi l’on veut parler. A nouveau, l’Europe christianisée, bâtie sur un substrat souvent hébraïque, refait surface après des interrogations fondamentales et la séduction de la « foi à la carte » dans le monde catholique ou protestant. A nouveau, l’Orient chrétien d’Europe, marqué au fer rouge de la discorde théologique, vient se rappeler à l’histoire de l’Occident.

Les mouvements migratoires de la fin de la deuxième guerre mondiale, la dimension planétaire, les restructurations communautaires ont provoqué des crises graves de conscience qui se poursuivent. Dans les pays scandinaves, à l’exception des Iles Féroé, les Eglises populaires luthériennes d’Etat (danoise, suédoise, norvégienne, voire finlandaise – l’Islande reste trop « pieuse » en mode rénové par les femmes) ont vu fondre leurs effectifs, souvent tentés de rejoindre l’Eglise catholique, parfois orthodoxe – aujourd’hui par le biais des Evangéliques…

La Grèce – comme Chypre – est exsangue financièrement tandis que l’Eglise orthodoxe grecque maintient une identité régulièrement sauvée au cours des siècles et trop absente de la Communauté Européenne où elle ne dispose pas du rang historique qu’elle a acquis par l’extraordinaire diffusion de ses cultures, antiques et théologiques.

L’Europe traverse, un peu comme toute la planète des crises internes à elle-même. Il y  a aussi les crises qu’elle a imposées et continue de marteler, de manière voilée, par sa rage de pouvoir et ses richesses accumulées, sa créativité.

Dans ce contexte, de nombreuses communautés juives ont existé à travers l’Europe. Jusqu’à quand ? Une présence marquée par un pendule qui exclut puis rappelle des juifs incertains de lendemains sécuritaires. Comme si la parole de l’hôte était crédible puis prenait le visage hideux de l’altérité haineuse.

1492 : Expulsion d’Espagne, puis du Portugal. 1648 : pogrom du hetman Bohdan Khmelnytsky, vassal des Ottomans, tuant et déportant plus de 600 000 Juifs. 1932-33, le Holodomor tue aussi les Juifs d’Ukraine. 1945 : Le judaïsme allemand était décapité. Les Juifs russes ou des républiques soviétiques s’assimilent ou sont dans les camps.

Trois hémorragies (le concept fut lancé par Manitou, Rav Yehudah Léon Askenazi) qui, comme par étapes, ont exterminé la sève hébraïque du continent européen. Nous en étions là, lorsque, entre 1975 et 1992, la marée soviétique sortit de la « prison socialisto-slave » pour rejoindre Israël par Schönau (Autriche), voire d’autres pays. La vocation israélienne fut et demeure beaucoup plus problématique.

Donc, à bien compter, cinq hémorragies de la sève humaine, de l’expérience religieuse, talmudique à partir de l’Europe christianisée. Il faut alors ajouter l’hémorragie qui a conduit à l’exode de la très grand majorité des Juifs originaires des pays arabes, lors de l’indépendance de l’Etat d’Israël. L’Europe, comme la plus grande partie du Machrek et du Maghreb ont perdu une partie essentielle de leur âme, de leurs sources spirituelles et civilisationnelles.

Le monde arabe et les sociétés européennes christianisées ont été vidés de la sève vivante qui conférait une assise radicale, originelle au christianisme, aux différentes formes des obédiences qui se sont séparées au cours des siècles jusqu’à enfler et devenir, avec le temps, une réelle apostasie mentale et théologique dont on ne saurait faire abstraction.

Certes, il y a eu des justes au temps de l’Holocauste nommée Shoah/שואה ou ‘Hurban/’Hirb’n/חורבן selon une terminologie qu’il faudra préciser dans les décennies à venir. Telle est la valeur existentielle de la sainteté qui s’affirme en tout groupe humain. Elle atteste précisément que la conscience de l’être vivant est capable de distinguer entre le bien et le mal.

L’actuelle question du « blasphème » qui apparaît dans les cultures européennes, en phase de sécularisation dès le Siècle des Lumières, rejoint, par un parallèle inexploré au regard de l’apostasie chrétienne en masse en Europe pendant la Shoah, l’incapacité sociale d’exclure, d’excommunier vraiment par un ‘Herem/חרם devenu inefficace au sein des communautés juives du continent. La multiplication de « herem/חרם » ou anathèmes dans les groupes juifs les plus divers sont inefficaces sur le fond.

Dans les juridictions chrétiennes, il apparaît que la notion-même de « blasphème » et la possibilité d’exclure une personne en raison de manquement(s) avéré(s) à ce que les Eglises définissent comme des normes essentielles au chemin vers la sainteté, la sanctification de l’âme et du corps est devenue plus théorique que réelle. Dans l’Eglise catholique latine et dans les communautés chrétiennes orthodoxes, des comportements généralisés interrogent : que ce soit les divorcés remariés, les situations de « concubinage notoire » (eh oui, ce n’est pas admis par l’Eglise, selon les normes canoniques…), les règles de vie sexuelle ou familiale, le respect d’autrui et l’honnêteté, la vértié ou le mensonge.

Il reste qu’indubitablement, même si l’on peut légitimement dire que l’ »excommunion » peut être profondément injuste, elle souligne une vraie capacité de régulation entre les membres de chaque groupe, au regard d’une Loi morale et confessionnelle qui repose sur une foi authentique. authentique, car il y a un devoir de justice et non de combinazioni.

Ces constats, établis au regard des évolutions des sociétés d’Europe occidentale ou orientale, sont-ils cohérents au vu de ce qui se passe dans les nombreux attentats et meurtres perpétrés au Proche-Orient, en Turquie, en Syrie, Irak, Yemen, Pakistan, Afghanistan ? Ils se multiplient de manière plus pressante dans les pays de l’Europe de l’Ouest (Angleterre, Norvège, Allemagne, Belgique, France, Espagne, et aussi certaines franges de la société fédérale russe), au Canada, les Etats-Unis et l’Afrique couvrant le monde habité.

La Communauté Européenne a adhéré, par évidence historique, à des blocs issus de l’histoire fondée sur des Etats et des Empires occidentaux issus d’une Europe colonisante. Une destinée historique qui fut certes glorieuse – du moins, se percevait-elle comme telle assurant le bien-être de responsables co-optés selon les territoires qu’ils ont contrôlés.

La réalité contemporaine n’a de sens qu’à partir du moment où l’on est prêt, au niveau mondial, à l’appréhender, donc à l’interpréter par le prisme polymorphe de calendriers qui se complètent en s’opposant. Or, ils sont concomitants par définition.

Des ruptures se sont produites : l’une primale qui reste celle du Sinaï, les autres s’enracinant dans les comportements et pensées psycho-religieuses qui se sont manifestées au sein du judaïsme d’Israël, de Babylone, des diasporas… puis par les scissions intra-chrétiennes qui se sont multipliées jusqu’à l’excès. Ceci explique le paradoxe de prédications actuelles centrées sur l’impératif de rechercher « l’unité dans la diversité ».

L’Hégire musulmane ouvre sur une perspective qui oblige à passer d’une longue époque de ténèbres totalement opacifiantes couvrant l’ensemble du monde habité à une « temporalité violemment contrastée » dont la révélation fut aussi brutale que la théophanie du texte coranique  (Marek Chebel, l’Imaginaire arabo-musulman, PUF, 1993, p. 101). Cela induit que le comput calendaire de l’islam est porteur de sens. Contrairement à des opinions trop souvent négatives, il arrache à l’irrationalité de la « djahiliya ou temps de l’ignorance ».

Le 20 Raby-al-Awal 1436 / 7-11 janvier 2015, période des meurtres des caricaturistes et de l’hyper-cacher à Paris, correspond au temps de la naissance du Prophète Mohamed.  Le 14/15 juillet 1099 a une signification particulière en Orient puisque c’est le jour où Jérusalem fut prise par les Croisés qui établirent le Royaume de Jérusalem ou Royaume Latin d’Orient. Cette date signifie la fin à la première croisade marquée par les meurtres en masse des chrétiens orientaux, de nombreux juifs et musulmans perpétrés par les croisés occidentaux.

Hasard ou confrontation temporelle de dates qui échapperaient au sens commun ?

Le 22 juillet 2011 – voici donc neuf ans – Anders Behring Breivik, attaquait le siège du gouvernement norvégien au centre d’Oslo, faisant exploser une voiture bourrée d’explosifs dans le Regjeringskvartalet, siège du Premier ministre, provoquant la mort de 8 personnes et plus de 200 blessés. Il était plus de 15 heures dans l’après-midi.

Deux heures plus tard, il se rendait par bateau à l’île d’Utøya où avait lieu le camp d’été de la jeunesse socialiste norvégienne. Il y assassinait 77 personnes et faisant plus de cent blessés. Ce fut le premier meurtre de cette ampleur en Norvège depuis la deuxième guerre mondiale. Le pays est ultra-libéral. Le gouvernement refusa alors de prendre toute mesure restrictive susceptible de limiter la liberté personnelle et démocratique. Il y sera contraint, d’une manière comprise comme étant contraire à l’essence des lois norvégiennes.

Lors de son procès, A. B. Breivik expliqua qu’il avait conçu le projet des attentats dès 2002. On notait alors pour la première fois l’importance de l’internet, des forums anti-islamiques, la virulence des attaques anti-musulmanes dans un pays ultra-libéral, de tradition luthérienne en phase de perte des repères chrétiens traditionnels. Le terroriste avait pu, en toute liberté, créé une ferme qui ne produisait rien sinon qu’elle lui permit de stocker des armes lourdes. Ceci se poursuit en ce moment un peu partout en Europe et dans le monde.

Il s’est alors passé une chose qui doit être prise en compte à l’heure actuelle. Anders Breivik avait prévenu dans un document en ligne « 2083: A European Declaration of Independence »  que le remodelage de l’Europe, à la fin de la deuxième guerre mondiale, « aurait favorisé l’implantation de populations islamiques ». Il s’était auto-défini comme « fasciste, national-socialiste » puis « ethno-nationaliste », refusant d’être considéré comme un chrétien fondamentaliste mais affichant sa fascination pour les croisés et le « devoir de lutter pour une Europe chrétienne »…

Il expliquait, en outre, sa vénération pour Odin et les sacrifices païens de la mythologie européenne. Ce sont précisément ces tendances qui, sous des formes apparemment « raisonnables », se sont dangereusement répandues sur le continent européen et ailleurs dans cette courte période de cinq années.

En 2012, son procès souleva un problème particulièrement important : quel était l’état mental de Anders B. Breivik au moment où il a commis les deux attentats, soigneusement préparés ? Les deux psychiatres criminologistes qui l’interrogèrent après son arrestation avaient conclu que le terroriste souffrait de schizophénie paranoïde et qu’il était irresponsable au moment des faits. Une contre-expertise donna un avis contraire, considérant que Breivik était responsable de ses actes et que le pronostic de sa maladie mentale n’était pas établi.

Irait-on jusqu’à parler de « normalité » ? Anders B. Breivik a été condamné, selon la loi norvégienne, à 21 ans de prison… condamnation qui, passé ce délai, peut être reconduite par des périodes de cinq années. Le terroriste avait reconnu les faits. Il plaidait non-coupable car « il ne reconnaissait pas l’autorité de la Cour de justice ». Celle-ci accepta plus tard sa réclamation faite à l’autorité pénitentiaire : il n’était pas bon pour sa santé (sic) d’être totalement isolé en cellule de haute sécurité…

A nouveau, où se trouve le point d’orgues de la normalité ? Après les attentats à Oslo et Utøya, les nombreux résidents de confession musulmane ont été livrés à la vindicte d’une population plutôt tolérante.

Cinq ans plus tard, la terreur djihadiste en Scandinavie et l’afflux en masse de migrants-réfugiés incertains ont conduit à la fermeture des frontières. En totale contradiction avec le droit en usage dans les pays scandinaves, beaucoup de personnes furent expulsées et ils continuent d’être renvoyé sur l’extérieur. Or certains jouissaient de la citoyenneté locale depuis de nombreuses années.

L’islam ? Qui compte les jours selon les usages de La Mecque ou de Médine ? Connaissez-vous la valeur de vos jours, de nos mois, des années selon les calendriers qui se superposent et coexistent dans des monologues ineffables et étranges, perçus comme anecdotiques ou identitaires ? Ces mesures du temps cohabitent irrémédiablement en Israël et dans tout le Proche-Orient. Elles s’étendent, parfois trop imperceptiblement, à tous les pays du monde.

L’histoire ne fait que commencer. Certains ont cru bon d’affirmer qu’on était à l’aube du christianisme. De fait, deux mille vingt / vingt-et-une années sont à peine un petit grain de sable dans les milliards d’années qui nous ont permis d’atteindre cette époque.

L’islam ne fait que commencer. Cela trouble, perturbe, dérange. Je ne cesse de répéter, à longueur d’année et sans doute dans un désert post-colonial trop engoncé dans sa propre histoire, que le christianisme proche-oriental est soumis, depuis l’an 638, 15ème année de l’Hégire, à la Charia, la loi musulmane.

Le Décret concédé par Omar Ibn al-Khatab au nom de l’Umma a conduit à une certaine tolérance envers le culte chrétien à Jérusalem et Bethléem est toujours valide… et respecté ou craint par les Eglises traditionnelles du pays. Dans ce contexte, il devient impératif pour toutes les communautés chrétiennes d’essayer de parvenir à un dialogue bienveillant avec les autorités de l’islam. Le judaïsme et Israël ont d’emblée récusé toute validité à ce Décret.

L’islam ne fait que commencer parce qu’il représente une perfection et une vérité qui rassemblent la tradition judaïque et chrétienne en une Révélation dont la Vérité ne se discute pas au regard du temps de l’histoire.

C’est cela que le sultan d’Alexandrie avait affirmé à Napoléon Bonaparte fortement impressionné par cette capacité naturelle de l’islam à patienter par-delà le temps et l’espace… C’est tellement évident puisqu’il s’inscrit hors de l’histoire. Il y a méprise sur le sens du « mektoub » faussement fataliste. Il s’inscrit dans l’immensité incommensurable de la Parole.

L’islam – comme tout monothéisme – chancelle entre fondamentalisme, ouverture, exclusion, recherche et savoir, ignorance et ritualisme, dogmatisme et repli sécuritaire. Il a été bien trop humilié au cours des siècles de colonisations étrangères. C’est une chose que de juger ses méthodes, ses lois. C’en est une autre de comprendre la valeur intrinsèque d’une tradition qui a trop souvent été réduite à la duplicité  envers les infidèles.

Le Ahl-al-Khittab concède l’existence de « peuples disposant d’un Livre sacré ». L’infidèle reste et demeura « l’autre » qui, de plus, ignore, par inculture ou non-sens, qu’il est un mahométan de naissance sans le savoir. Cela s’apparente à une scène tragique ou inculte du Bourgeois Gentilhomme jusqu’à la venue du Grand Mamamouchi.

La question n’est pas le rite, l’apparence, le langage. L’islam – à l’instar du judaïsme et du christianisme – ne peut être caricaturé en une sorte de fast-food para-théologique, aux allures de junk-food  à la va-vite, autodidacte, égotique. Il y a cependant un vrai malaise, un mal-d’être indubitable qui peut ronger par vagues tous les adeptes des religions et philosophies.

La foi musulmane est directement née de la confluence entre la réalité concrète, prophétique du désert et une finitude totalement accomplie qui domine le rouleau indéchiffrable de l’histoire. Pour comprendre cela, il oblige à une élévation spirituelle pour saisir les liens distendus entre les tribus de l’arabité, le judaïsme et le christianisme diversifiée (grec, jacobite, copte et abbyssin).

Ceci est malmené par la misère, de la haine irrationnelle et beaucoup trop d’ignorance qui réapparaissent dans des temps de confusion. Cela conduit les civilisations occidentales et européennes contemporaines à ne pas comprendre la fertilité du message né de l’Hégire. La jalousie et la concurrence tenace entre les sectes monothéistes décrédibilisent gravement le message d’unité et de vérité.

Il n’y a pas de vraie distinction entre les trois monothéismes. Le Rav Jonathan Sacks, que sa mémoire soit bénie, soulignait combien ils étaient trop proches et s’écartelaient quand ils était question d’avoir le pouvoir. Or, on est dans le domaine de la gratuité.

Tous trois sont ou ont été fortement prosélytes (cela se sent dans le retour au judaïsme en Israël tant par des mouvements orthodoxes). L’élan missionnaire et prosélyte chrétien est impétueux, masquant la tâche simple d’agir de manière apostolique comme les disciples de Jésus de Nazareth : porter témoignage et vivre de sa foi.

Il y a une sorte de martyre-témoignage silencieux  qui, en ce moment, contraint de très nombreux fidèles musulmans à annoncer le Dieu Un et Grand alors qu’une macabre mascarade assoiffée de puissance meurtrière fait rage parmi les fanatiques assassins, s’attaquant à eux comme aux « autres » de manière indistincte.

La Basilique Saint Sophie d’Istanbul, considérée comme une mosquée par l’islam, est désormais vouée au culte musulman. Jusqu’à voiler les remarquables fresques byzantines qui n’offensent personne. L’islam turc se saisit des lieux les plus sacrés d’un christianisme qui se déchire sotto voce, prétendant chercher une « fraternité, solidarité, unité » fictive et trompeuse. Chacun prêche au raz d’un champ que chaque communauté s’approprie sans conscience historique ou eschatologique.

Il n’y a rien de plus inconséquent que la confusion des langages, surtout lorsqu’elle est instrumentalisée pour justifier la position prétendument véridique des uns envers les autres.

Toute prière d’unité authentique est exaucée selon la foi au Dieu vivant et Un.

Nous sommes dans les jours de Kislev 5781, mémoire de la destruction du Temple, des haines irrationnelle, puis rationnelle. Nous sommes dans les jours eschatologiques de Gog et Magog dont la version musulmane est la lutte apocalyptique de Dabîq. C’est une marche curieuse vers la fête de Hanouccah. Un vent viral, morbide, lethal, assassin confine tous les humains dans un arrêt paralysant.

Chez les chrétiens, on en arrive à vouloir « sauver Noël » pour éviter de sombrer dans des faillites économiques et sociales. Sur la Croix, alors que Jésus de Nazareth agonisait, les soldats aussi se moquaient de lui; s’approchant et lui présentant du vinaigre, ils disaient: « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même! »  Il y avait au-dessus de lui cette inscription: « Celui-ci est le roi des Juifs.… » (Luc  23, 37) ou encore : « Il a sauvé les autres, et il ne peut se sauver lui-même! » (Matthieu 29, 42).

Le vaste déroulement du rouleau de vie ne suppose pas la fin du monde. Il fait passer par des horreurs faites de guerres, de haines, de courage et de couardise. Il y a les lampistes et il y a ceux qui sont prêts à sauver autrui. Il y a surtout  un temps long de dévoilement dont nous ne percevons qu’une infime parcelle de seconde.

Il est temps d’être bon.

From Moscow To The West Of Rue Daru

As there was a sort of general obsession seized the world with the US election, all continents were also driven by the fear or anger or violence and the uncontrolled development of the coronavirus, the first anniversary of the reunification of the former Exarchate Archdiocese of the Orthodox Churches (parishes) in Western Europe did not make the buzz. The frenetic atmosphere that took place a year ago in Moscow, the “Back home, return to the Mother Church” decision voted by some hundred clergy people had ended in the composition of a new jurisdiction within the framework of the Patriarchate of Moscow. On November 3rd, 2019, history got compacted and coherent again. Realism, saga, living dream that finally came true. Things went smoothly in fact. Some decided to change and quit the Eulogian Archdiocese, in particular in the different countries of the large European region where the Patriarchate of Moscow wisely had created a new Exarchate in Western Europe (Met. Antonyi of Korsun), an archdiocese in Spain and Portugal (Abp Nestor of Madrid, Spain, and Portugal) that enlarged and completed the structure of the Russian Orthodox Church along with the eparchies that exist in Germany, the Netherlands Great-Britain, and Italy.

The name of the new Archdiocese is also on the move: the jurisdiction of the Orthodox parishes (or churches, it depends on who and where you speak of the structure) in France and Western Europe. True, the main remaining parishes and bodies are located in France, want to make use of French. But at this point, the Eulogian inspiration is either reduced to some heritage of the past Schools of Paris (Saint Sergius Institute of Theology, Saint Irenée’s Institute, the heritage of Vladimir Lossly and the Orthodox professors and whizzes of the century at St Sergius Hill). There is and was a strong, heavy, meaningful and at times side-thrust of the new French Orthodox believers, and a lot of clergy and laypeople desire to switch from Slavonic to French. Similar projects do not exist to such an extent in the other regions of Europe, where English, German, Dutch, Norwegian, inter alia, made their way calmly, in a rather isolated way, throughout the decades.

Was it an anniversary of a godovschyna\годовщина, a one-year memorial day?

The celebration had been scheduled for Sunday 8th of November, on the feast of Saint Dimitrios of Thessaloniki, and took place, without the Moscow patriarchal Exarch, Met. Antonyi of Korsun because of the present rules in force in France regarding the rising threat of the coronavirus.

In the course of the past year, some priests have left the “Rue Daru” structure and joined, in France, a new Vicariate on the build that remains in the Ecumenical Patriarchate.

Let’s put it this way: on November 8th, the Sunday Divine Liturgy in Slavonic was broadcasted online from the renowned parish “The Virgin of the Sign” led by Archpriest Vladimir Yagello. On the feast of the saint, the community served a panichida (memorial service) of the twelfth anniversary of the repose of Hypodiakon André Schmemann, the brother of Protopresbyter Alexander Schmemann, who had served in this church for fifty years and also at the Saint Alexander Nevsky Cathedral of the Rue Daru. The old man had spent his life with the hope that one day, he would be again a true Russian citizen and see his homeland. President Vladimir Putin had given him (back after long years) his Russian passport in Paris on June 6, 2004.

While Met. Jean (Renneteau) of Dubna, Head of the new Archdiocese, celebrated online and live from the St Alexander Nevsky Cathedral, with Bishop Elisée (Germain) of Reoutov. They were assisted by the clergy of the cathedral and the choir was conducted as always by Protodiakon Alexandre Kedroff. Some chorists used to sing in the choir of the Moscow patriarchal cathedral of the Holy Trinity. Some switched more or less permanently in the Daru choir. One can feel now mutual traditional influences, which is great.

The context was not easy this year. The metropolitan and the bishop often used French. Protodiakon Ioann (Dobrot) made the ectenies in Slavonic and some French. No other tongue from the Archdiocese was used, not even Moldovan-Romanian. Quite normal. The use of the French language develops among the Orthodox parishes and jurisdictions. It is evident because of the intertwining of the migrants and foreign workers. Protopresbyter Anatole (Rakovitch) made a special homily in Russian, after the reading of the Gospel (Poor Lazarus and the Rich Man), on the important Orthodox tradition of commemorating the departed. He underscored how nice and human and spiritual, a church tradition is to remember those who lived before us and whose names are to be inscribed in Heaven, sealed in the hope of redemption and everlasting life. Saint Dimitri’s day is a special feast of memory of what the Church really is: it encompasses the living and the dead from the origins of humankind till the end of times.

In between, the Covid 19 framed the churches in Europe and in Paris too. Then, there was no representative priest of the Exarchate in Western Europe on this first anniversary of the new Archdiocese. In Great-Britain, the Dean had his own birthday. In the Netherlands, the Archpriest and Dean chuckled when he received the message that the new Archdiocesan (Daru) ecclesiastical calendar for 2020 had been published!!!! He referred to the email that had been sent out by the archdiocesan administration to all the clergy of the… former Archdiocese! This means that some priests had left the new structure a long time ago, others had died, and, anyway, the new year was not considered though, God willing, we should reach out to 2021! One could hope, that in the near, very near future, such mishmash could be avoided. It requires a real staff, competent persons, and a bit of common sense and connectedness among the members and the governing staff of the structure. The Church cannot rely upon clerical awards and bombastic titles. The Eulogian spirit is really born in poverty, abandonment, service, and constant prayers.

Most of the Orthodox “experts” – whether priests or laypeople – who were definitely excited one year ago, seemed to be unconcerned by the hierarchal Liturgy. Canon Law Archdiocesan specialist, Fr. Jivko Panev, served online via Facebook. In Italy, isolated in Brescia, Archpriest Vladimir Zelinsky could not serve in his parish because of the threats of coronavirus but his assistant priest, Fr. Lazarus (Leonardo Lenzi) came from Milano to replace him. Still, he feels alone in a very Eastern rite context of Ukrainians, Russians, and other migrant faithful of all backgrounds and jurisdictions. The new Archdiocese has also now a singled-out Canadian parish-chapel which makes it a very “brave new world” structure so far. Met. Jean ordained several deacons and priests in the course of the past months.

There is a need for order. The consecration of two French “vicar” bishops in the past months, with the blessing of the Moscow patriarchal Synod, is an important step. It is positive, and it became real. A breach in the Orthodox “way of life” that focuses on the consecration of “Russian national” bishops. This is the case for the Russian and the Greek Churches. So now, it became an hapax, newness, or exception.

A Thanksgiving Service was served at the end of the Divine Liturgy. The Moleben was also broadcasted. Met. Jean of Dubna introduced the Service in French and focused on the mission. He mentioned the “elders, the founders, the fathers,” who held tight to the tradition of “our” Church. He did not mention the “Russian tradition”. Mgr Jean underscored the faithfulness of those who marked the history of the mission of the Orthodox Church in the country. Europe as such rarely appeared in his words. Indeed, the mission is at the very core of the reflection and the actions conducted by the Russian Orthodox Church.

Met. Jean (Renneteau) of Dubna (aka and formerly of Charioupolis, Ecumenical Patriarchate), had lived and frequented the traditional Russian tradition of Orthodoxy at the Institute of Saint-Sergius indeed. He had lived there and he had encountered a lot of persons who came from the different traditions of the Byzantine heritage, mostly in Europe. He had presented the “Orthodoxie” program on the French national TV with the help of French theologians and thinkers and Russian heirs of the prestigious backgrounds of the two Paris Schools.

On the other hand, when he was appointed in Genève by the Phanar in order to create a French-speaking parish at Bossey, he spent most of his time serving in French and according to the Greek Orthodox Byzantine rite and way to celebrate. When he was assigned as a bishop (against his will he always opined) in the former Archdiocese of the Russian parishes of Russian tradition in Western Europe, he used to celebrate after the Greek rite and this remains something special for him at the present in the “full Slavonic” new Russian archdiocese, in his quality of a hierarch. This is not the case of the two vicar bishops that he recently consecrated with the blessing of the Patriarchate of Moscow.

“Eulogianism” in the Russian Orthodox Church historically corresponds to something else that included the mission, indeed, but focused on the reality of a true practice of authentic traditions, that allow to transmit a life-giving and not ritualized treasure of Faith. It means constant help to the refugees, to the poor, the disabled, the visit to the sick and the prisoners, and the service of the Brother. This costs a lot in terms of time, money, self-dedication, true contacts. This requires means and the funds are not always at hand or shared in other places.

Patriarch Kyrill had clearly expressed that he wanted to gather all the body of the Mother Church of the Russian Orthodox tradition. Therefore, the return of a certain number of faithful priests and of a flock scattered in Western Europe was very important for most of the Russian Orthodox believers and the jurisdiction. Could it turn to become a way to trap some “survivors”? Definitely not at a large level and from the part of the Moscow patriarchate and Holy Synod. Only a few “long-term serving priests” in the Archdiocese who were present at the Union and, someway, the Patriarchate of Moscow rescued them warmly.

In the course of the year, some involvements of Met. Jean of Dubna and, incidentally, of the “highly respected master of tradition”, Protopresbyter Anatolyi (Rakovitch) could seem special. When the Church of Moscow inaugurated the Church for the Army and the Victims of the Wars, the ongoing discussions on the so-called Stalin and Putin icons, “communist icons” could be solved locally… Met. Jean and Fr. Anatolyi sent a letter of support to Patriarch Kyrill of Moscow. Well… Then, the recognition of Mother Maria (Skobtsova) of Paris, canonized (glorified) by the former Archdiocese with the blessing of Constantinople is also fully revered by the Russian Orthodox believers. Some experts made pressure that she could have a memorial plaque at the Russian Orthodox Sainte Geneviève-des-Bois cemetery. She was added as a Russian resistant/fighter in France. It depends on what jurisdiction (the Archdiocese and/or Moscow or the Russian government) exercises, at the present, control over the internationally renowned cemetery.

The Archdiocese is also in the pangs of new birth, just in a low-gear mood. It needs new personalities and has to avoid a tendency to self-framing in some (viral) entre-soi. Would Met. Jean plays the role of a “go-between” who could persuade some priests and faithful to follow him into his “rescuing” request to be admitted in the Patriarchate of Moscow? Some people did join him because they respected the man and they followed an “individual”, who is very up-to-the-minute in our days. While the new St. Sergius Institute of Theology returned this Fall to the historical site of the Hill, the staff remains limited, the obedience to the Head of the Archdiocese will have to evolve in the coming months and years adequately. It remains formal or based upon a sort of local agreement.

They play their own stance, hopefully with enough credits and competent lecturers and professors. Although some of the professors are in contact with a lot of scholars and researchers of diversified circles, they would need a refresh if not a revamp and be associated with vivid Russian institutions that also developed or are interested in the intuitions of Met. Eulogii in the homeland and in the diaspora.

Serbian, Georgian, Polish, Greek priests or lecturers or members of other Churches (Catholics and Protestants – these lodged the Institute for some time before the revival this year) did not show at the anniversary at the cathedral. There is the virus and also the duty to serve in the Archdiocesan parishes. There is a feeling of prudence too. Quite often in the Orthodox Churches, “obedience” also means that one thinks it is possible to act independently once the “hierarchal blessing or kissing of the right hand”, if any, has been granted.

There is a special French “exception”. It is not strictly and solely “Orthodox” and it also shows in the constant “Gallican” drifting-away process. One can speak of new Gallican Orthodox tendencies. These are built on a mixture of national aims to revive the French Christian heritage that is profoundly Latin Catholic and rooted in the See of Rome in Western Europe. The rush of the refugees and migrants from the Slavic and Greek and East-European countries one century ago, allowed them to reconnect with the Roman Catholic traditions of the West. It also gave the opportunity to meet with the local historical splits (Anglicans, Protestants) that were quicker than the Latins to welcome the Orthodox scholars.

Others felt that the West was subject to a harsh process of secularization, even apostasy (esp. during World War II), and there came up the deep in-born Russian Orthodox motto and spirit of missionary activities in the West. A century ago, the Russian refugees, Met. Evlogii (Georgievsky), had to supply their fellow people with spiritual assistance. They had arrived with very unsecured projects. But they also wanted to find the theological atmosphere that reminded their home country. They provided real nourishment to the Orthodox believers in dire days of impoverishment in foreign and European contexts.

Met. Jean (Renneteau) of Dubna accepted the yoke to be appointed as an archbishop while he was peacefully installed in the nice environment of Switzerland. A French-speaker from Bordeaux, who had lived at Saint-Sergius Institute of Theology. He belongs to the followers of Saint Sophrony of Essex, thus lining on the spiritual teaching and theological influence of Saint Silouane of Mount Athos. He is from the French Aquitaine with relatives in long-distanced French Polynesia. He was appointed in order to heal a local situation that was not European, not even “Russian Orthodox”. He supposedly had to bring some therapy to a Church structure that was exhausted. He is not a Russian, does not speak the languages of the Archdiocese as it was five years ago. He had been consecrated by His Holiness Bartholomaios of Constantinople, and subsequently, he was recognized as an Exarch at that time. I maintain that he could fathom to set up the new Archdiocese because the Ecumenical Patriarch did not ban the then-Archbishop of Charioupolis and did not stop the movement that continues to develop on its own line. Mgr Jean does not speak Greek but was cheerfully applauded by a lot of clergy and laypeople of the Archdiocese because he speaks nicely, welcomes everybody.

This is definitely what Patriarch Kyrill expressed went he spoke of his encounters with the then-priest Jean in Geneva: always welcoming the guests, cheerful, warm, thus showing hospitality and international connectedness to all in French, the Bordeaux way upgraded with a touch of Helvetic neutrality. He is also a businessman, pragmatic. Things have to go. He went through nightmares till the “Archdiocese” harbored back in the bosom of the Russian Mother Church of Moscow. It was an “impossible mission” and – maybe due to the present ravaging pandemic – the silence that makes things plain and in a sort of “entre-soi” does not mean that the body evolves smoothly.

Everybody seems to be eating some sorts of “rillettes de la Sarthe” at the present in the new Archdiocese. The zakuski turned into a very “French country-side delicatessen”. This tracks back to some insights into how the structure is being revamped. Patriarch Kyrill and the Holy Synod of the Patriarchate of Moscow did not bless the consecration of a British bishop elected by the members of the new Archdiocese. It may happen in the future, but the Church of Moscow mainly admitted a French innovation. It was maybe a part of the price to accept for the return of the exiled portion of the Patriarchate that had left a century ago, and had surfed on swinging waves till the final touch, in November 2019. And… a Sarthois spirit of newness seems to be developing in the overall renewal of the Patriarchate of Moscow in Western Europe.

At Saint-Mars-de-Locquenay, in the Sarthe region, the Orthodox Monastery of Saint Silouane (of Mount Athos) had been created, in 1990, by Fr. Symeon, a former Cistercian monk, who had become a priest at the French-speaking parish of Notre-Dame de Joie-des- Affligés – a long-term French-speaking church of the Patriarchate of Moscow, the parish of Vladimir Lossky and many historic Russian Orthodox clergy and may people interested in inculturation. Now Bishop Symeon (Cossec) of Domodedovo founded the monastery with the blessing of his spiritual Father, Fr. Sophrony of Essex within the Patriarchate of Moscow. All things being equal, the development of the monastery showed to be very interesting over years.Mgr Symeon had been banned by the then-representative of the Patriarchate of Moscow and submitted to a very severe epitimia. He then turned, with the community, to Archbishop Gabriel (de Vylder) of Comana and they were accepted in the Archdiocese of the Parishes of Russian Tradition in Western Europe, thus in the Ecumenical Patriarchate.

The situation should be considered accordingly. Archimandrite Symeon gathered a certain number of Orthodox faithful from several Orthodox and other circles that were rooted in the long history of the presence of the Russian Eastern tradition in France. He is known to the Patriarchate of Moscow. Incidentally, he could eventually be elected as Archbishop heading the Archdiocese when Mgr Gabriel of Comana passed away. His journey through the Patriarchate of Moscow in his first service as a priest had to mature and wait for the switching transition of Mgr Jean from Charioupolis to Dubna.

The Orthodox monastery in the Sarthe is also resourceful because two other Orthodox monks are members of its community. Mgr Marc (Alric), Vicar Bishop of the Romanian Orthodox Archdiocese in Western Europe has been spending a long time at the monastery. He participated in the consecration of Archimandrite Symeon as a bishop and, on the same day, of Higumen Elisée (Germain), the rector of the French-speaking parish of the Très-Sainte-Trinité (Rue Daru) where FFr. Pierre Struve, Boris Bobrinskoy, Alexis Struve had served.

Rector Elisée (Germain) was elected by the Archdiocesan Assembly in order to be the other assisting Vicar Bishop to Met. Jean of Dubna, with special a special mission among the French-speaking parishes. His path is truly deep-seated in the Saint Alexander Nevsky Cathedral, in the history of the Archdiocese since his early childhood. And still, he has been involved in ecumenical circles, contacts with the Carmel spirituality. He explained with much emotion how he felt to be called to be “a monk in the city”, as Mother Maria (Skobtsova) had been accepted as a nun in the city by Met. Eulogii. This is a part of the heritage of the Orthodox School of Paris and the Service of the Brother.

Fr. Elisée had become a monk at the Monastery of Saint Silouane. There is a direction that connects the two French new archdiocesan bishops from Paris to Levallois-Perret to Saint-Mars-de-Locquenay.

Would the Sarthe region be the sign of the rising future of the Orthodox presence in Western Europe?

Other priests and a deacon were present at the special celebration of the first anniversary of the “Union”. Some are of Ukrainian, backgrounds – this has been a general trend in the history of the Archdiocese, as also the presence of some Baltic clergymen. As for now, there are many Moldovans. There is also Archdeacon Ioann Dobrot who explained in some TV interviews how his family and some hierarch of the Church of Moscow had been assassinated during the Revolution.

The good tidings come at the present from this Sarthe region, a nice area of the French paysage. Why? The Russian Church can also be fascinated by the inspiring French parlance and culture. Hieromonk/monk-priest Alexandre Siniakov was ordained a priest in Vienna (Austria) in 2006 by Met. Hilarion (Alfeyev) of Volokolamsk, now in charge of the External Affairs of the Patriarchate of Moscow, then serving in Central Europe. An important location in the present development of the Churches. Die Wiener Stimmung has always been marked by all Russian citizens, scholars, passers-by, refugees, and promoters of the future.

Monk-priest Alexandre Siniakov wrote his biography and path from the Old Believers from the Caucasus bordering Russia, his family back from exile in Turkey. He explained how he learned French. He is also a representative of the Orthodox Church in Brussels and is very close to the Catholics (Dominicans, Jesuits). Since 2008, he is the rector of the Russian Seminary Sainte Geneviève located at Epinay-sous-Sénart in the Western suburb of Paris. He just opened a new “spiritual compound” in the Sarthois region located at Sougé-Le-Ganelon, not too far from “Les 24 Heures du Mans”. His activities include dogmatics, Greek, rectorate, horse and donkey care, and stables, races along with quails and fish. He is now a farmer and also has dogs and the seminary produces honey and participates in The Voice and songs. Definitely resourceful.

He would seem to be attracted by the very spirit of the Archdiocese, i.e. the respect and acceptance of the decisions taken by the Russian Council of Moscow in 1917-18 which is at the core of the ongoing reflection of the School of Paris and the Eulogians. Many Russians reflect on the possibility to serve in the local languages, namely French in France and Belgium, Luxembourg and Canada as also Russian in the vast territory of the Russian Mother Church in her homeland.

One year has passed. The coming years require insightful redevelopment outside of the Sarthois spirit. Challenging years will show, in the context of the hardships due to pandemics and discernment.

Quo Vadis, Paysagix ?

Two short “posts” on the “event” of the baptism of the renowned French actor. No real judgment at all on him but a reflection on how things evolve in the new structured (in the process of a restructuring process) of the Archdiocese in Western Europe. Number 2 commences the texts and is followed by the second post in French “N° 1” and then the Russian text published in the online journal “Prichod/Приход”.

2] Quo Vadis, Paysagix (1) ?

(1) In the Asterix albums, there is a significant different between the Gaulois druide Panoramix who resides and work in the Gauls and the same wondermaking man who is based in Helvetia (Geneva) and whose name is then Paysagix. Actually, Met. Jean (Renneteau) of Dubna spent a lot of years in Helvetia where he set up the French-speaking Orthodox parish and he is still connected there.

Good enough, things are done. The Day of the Resurrection of the Lord is at hand and the new Eastern Orthodox servant of God Gérard (he did not tell his new name) will communicate and this, hopefully will remain private, away from the media.


Maybe a last (?) glimpse: since G. Depardieu has indeed a lot of contacts with the Russian Orthodox clergy and, seemingly, may have been told by the Hierarch of Pskov (remember late murdered Fr. Pavel Adelheim) Tikhon who is told to be the spiritual father of the Russian president V. Putin, the question is not raised why he was baptized, not in Russia but in the Archdiocese that recently joined the Patriarchate of Moscow. It is as fresh as the move of conversion of some persons.


Then, – just in case, but why was he not baptized on the other side of the River Seine, i.e. in the brand new and nice Cathedral of the Holy Trinity? The place had been consecrated by Patriarch Kyrill in person and President Putin had paid a visit to the church and the compound that is very active at the present. Or is there any noblesse oblige background, a touch of old Russia that can be felt in the traditional way of the celebration, highly beautiful and spiritual?


On the other hand, maybe, perhaps one could speak of some spirit of openness: as Belarus is heating up and Depardieu is a friend of Lukashenko (note that I went thrice to the Holy with the Belarusian president and did appreciate him pretty much) and also a friend of Putin (I also met him some times at the night Liturgies in Jerusalem and he is very friendly indeed) or is it a bit “twisted”? The new Archdiocese appears to be rather young at the present, awkward at times – the Hierarch does not speak Russian, is a good “businessman” and knows how to blow in the wind.


No way – anyone can be baptized anywhere, in dire or rich conditions, but could this important and profound event be performed in some remote skete or “monastery” and remain undisclosed as the “secret of the Great King, Lord Jesus Christ”? It was too flashy the way the actor can be.
The last point that should be underscored: in France, only “people news” spoke of the “event” and the far-rightist paper “Valeurs Actuelles” [VA] that had just clashed over the week apropos a French black “député” (of the Parliament). The article published about the “event” was due to the son of the “regent” of the cathedral, a young man who perfectly knows the celebration. But only in France and in French did the news provided by VA initially and also published by Sputnik France (attacked by president Macron during the visit of President Putin) mentioned in ambiguous ways Depardieu’s future wish, if any, of converting to Judaism. In Russia, in all the articles published in Russian, this was not mentioned at all. the search and appreciation for a real and profound credit of spirituality of the Orthodox faith can easily be challenged by “fake whizzes”, quick to judge, and see some odd “yike” influence.
In this case, Gérard Depardieu’s choice responded to the choice of God, not gossips and false judgments. Many years, ad multos, многая лета!

1] Quo Vadis, Obelix ?

Serait-ce le “dernier métro” avec ou sans masque dans une période d’entre-confinement dans un VIII-ième huppé, chic, paupérisé ? “La tête en friche” ou “Potiche”” dans le remake d’un “Paris, je t’aime” en retour de Mordovie, non loin de la frontière belge. On pense alors à la défunte Annie Cordy, née à Laeken, Tata YoYo. Joue-t-on du yoyo spirituel entre islam, bouddhisme, hindouisme et les textes de Saint Augustin pour l’acteur français le plus exceptionnel de sa génération, brisé par des vies de souffrances, gargantuesque, immense comme la Russie quand elle est amour et charme, sensualité et vulgarité à la foi(s) ?

Ou encore, tranchant avec le panel mouvant de valeurs toujours réactualisées qui serpentent comme “Les valseuses”, voit-on aussi le nez de “Cyrano de Bergerac” humer au-dessus d'”Un pont entre deux rives” quel est, ces jours-ci, le plus “Tartuffe” qui sert un “Buffet froid”… Y a-t-il eu de l’Inspecteur la Bavure” dans une célébration publique et d’aucuns de prétendre que le néophyte byzantin s’orienterait vers un parcours mosaïque fantasmé ou pervers, mentionné pour flétrir le nouveau chrismé “sous le soleil de Satan”. Le nouvel illuminé croyant Gérard, ayant revêtu sa “Tenue de soirée” avait lançé comme une boutade utopique à son “Père, ce Héros”, la chimère d’une ultime “Green card” vers Sion. Les “Anges gardiens” pensèrent de suite à le rependre : “Tais-toi”, et de le jeter au “Placard”.On ne peut que prier pour le serviteur de Dieu Gérard et tous les siens : “Les compères” ou “Les fugitifs” ! Qui donc fait “La chèvre” dans cette lutte vers la beauté et la rédemption ? C’est aussi le temps où l’Archevêché et son Gardien des Huiles Saintes Paysagix (il vient d’Helvétie, Panoramix en Gaule Emmanuelienne) trouvent leur Astérix et tentent de résister encore et toujours du côté de la fin des terres européennes et gauloises. Entre une petite faim de sangliers juteux et la jugeotte du toutou Idéfix.

Жерар Депардье принял Православие в русском соборе в Париже

05.09.2020

4 сентября 2020 года в Александро-Невском соборе Парижа принял Православную веру знаменитый актер Жерар Депардье, сообщает Sputnik France со ссылкой на издание Valeurs actuelles. В Архиепископии западноевропейских приходов русской традиции (Московский Патриархат) порталу «Приходы» подтвердили достоверность информации о крещении артиста.

На этом торжественном событии присутствовало около 30 человек. По сообщениям СМИ, Депардье также стал крестным маленькой девочки, которая крестилась в тот же день.

По словам актера, ему «нравится православное богослужение», он много общался с православным духовенством. В частности, своим духовным наставником он считает митрополита Псковского и Порховского Тихона.

Как известно, Жерар Депардье долгое время находился в духовных поисках: в 60-х годах он принял ислам, позже интересовался индуизмом и буддизмом.

Mémoire éternelle, Вечная память, père Boris !

https://5f2e68c955ffd.site123.me/?fbclid=IwAR13d3l_UzcK2w7YZi15akUehdVf48byyuyXxRUA7jvXMG8WFdyTNQhZXEI” (site du Monastère orthodoxe ND de Toute Protection ouvert pour les funérailles du prot. Boris Bobrinskoy).

Au coeur d’un été pandémique, l’Eglise orthodoxe de France, russe dans sa tradition, monacale à Bussy-en-Othe au Monastère orthodoxe de Notre-Dame de Toute Protection, liée au patriarcat oecuménique, enterrera ce mardi 10 août/28 juillet 2020-7528 le protopresbytre Boris Bobrinskoy. Sa mémoire est célébrée ces jours-ci dans beaucoup de langues, dans beaucoup d’obédiences chrétiennes et autres comme celle d’un homme de foi profonde, un témoin – parmi les derniers sans aucun doute – de l’époque de croissance de l’Eglise orthodoxe russe en Europe occidentale. Et plus généralement de la foi byzantine orientale venue à la rencontre des traditions occidentales du Christ, à la suite de la révolution russe mais aussi dans les nombreux pays de l’Europe orientale.
Un mot seulement : voici plus d’un an, l’Archevêché au sein duquel le père Boris a consacré la majeure partie de son service sacerdotal, a pris une route particulière en paysage français. Les choses se sont exprimées autrement dans les autres pays d’Europe. En France, le choix du patriarcat de Moscou, pour une partie orthodoxe de tradition russe sur le territoire français, donna lieu à des d’autres orientations. C’est ainsi que le Monastère ND de Toute-Protection resta sous l’omophore du patriarcat de Constantinople et que le père Boris resta dans cette obédience.
Son enterrement dans ce haut-lieu de la spiritualité orthodoxe de tradition russe, ancrée dans le patriarcat oecuménique invite à réfléchir sur la longueur du temps et de notre union dans la foi au Christ ressuscité, plus forte que nos choix historiques, géographiques, juridictionnels. En effet, au cours de son propre parcours spirituel, linguistique, liturgique, le père Boris Bobrinskoy a souvent dû “transfigurer” les murailles souvent tenaces – souvent irascibles, irrationnelles même – qui mettraient l’accent sur la séparation. Il y a encore la “tentation” de choisir le silence alors que le protopresbytre Boris a conduit tant de personnes et de groupes, suscité des groupes de fraternité orthodoxe, ouvrir la voix de la perestroika en son temps et entrevoir un renouveau international de l’Orthodoxie pour le 21-ème siècle, en particulier en Europe occidentale. En cliquant demain sur ce lien Facebook qui permet de participer, même à distance, à ces funérailles, il est aussi proposé au chrétien d’exprimer ce profond désir de nous confier les uns aux autres et toute notre vie au Christ notre Dieu.
Liens pour diffusion: page FB ou sur la chaîne YouTube du “Vicariat Sainte Marie de Paris et Saint Alexis d’Ugine”.
Протопресвитер Борис родился в Париже 25-ого февраля 1925 г. в семье, эммигрировавшей из России после революции 1917 года.
Более 50 лет, с 1954 по 2006 год, он преподавал догматическое богословие в Свято-Сергиевском богословском Институте, одновременно совершая пастырское служение в французскоязычной приходе Прсвю Троицы в крипте Александро-Невского Собора на улице Дарю в Париже.
У отца Бориса и его супруги Елены было трое детей и несколько внуков.

«Во блаженном успении вечный покой подаждь, Господи, усопшему рабу Твоему и сотвори ему вечную память»

Похороны отца Бориса Бобринского состоятся во вторник, 11 августа, в Свято-Покровском монастыре в Bussy-en-Othe, и будут транслироваться в прямом эфире на странице в Facebook: page FB ou sur la chaîne YouTube du “Vicariat Sainte Marie de Paris et Saint Alexis d’Ugine”
8:30: Божественная литургия
11:00: Чин отпевания и погребения

La sagesse en ses murs

https://frblogs.timesofisrael.com/la-sagesse-en-ses-murs/”

Le monde religieux et politique s’esbaudit: “Perdita est Hagia Sophia”…, c’est vraiment très triste. Les regrets pleuvent comme une pluie virale sur la transformation de l’un des édifices les plus prestigieux de l’histoire du christianisme.

Les murs incarnent-ils la présence-même du Créateur et de la Sainte Sagesse, du Fils unique et Messie ? Certes, les murs peuvent être imprégnés de la mémoire, des souvenirs vivants du passage des visiteurs ou des habitants qui se sont appropriés un espace, des styles architecturaux. Les murs conservent quelque chose de l’invisible édifié au long des siècles. Les siècles ne sont pas l’éternité. Les murs ont été construits et rebâtis par des êtres humains. Les parois ne tracent pas un chaînon qui mènerait “du monde éternel qui était avant tous les commencements jusqu’à l’accomplissement de toute l’éternité dans le monde à venir”.

En avril 2019, alors que la cathédrale Notre-Dame de Paris était en feu, Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris, a demandé au chef des pompiers – qui est aussi prêtre – de se rendre à la “Sainte Réserve” où étaient gardés les Dons eucharistiques. (Le “Corps du Seigneur”, consacré selon le rite catholique latin) afin de les extraire du lieu en flammes et les sauver. L’archevêque avait ajouté, de manière perspicace, que les murs sont des murs mais que les petits morceaux de pain consacrés étaient la Présence-même, authentique, du Seigneur ressuscité, sensible jusque dans ce pain ténu et les parcelles consacrées.

Pour beaucoup, le fait de sauver ce qui ne serait “que des miettes de main” relèverait de l’ubuesque. Il parlait bien de cette Sagesse qui a bâti sa maison, confessée comme celui qui avait pris chair à Bethléem et avait sauvé le monde, selon la foi chrétienne, trois jours après avoir été crucifié à Jérusalem.

Qui est vénéré en Agyasophia ? La magnificence d’un édifice ? La merveille architecturale et le savoir artistique des compétences humaines habiles à concevoir et construire des structures remarquables et précieux, donnent cours à l’intelligence mathématique. Ils ont donné corps à des convictions nées de la foi ? Est-il vraiment question de cacher ou de dévoiler, de préserver l’univers chrétien des icônes ou les traits calligraphiques et stylisés de la révélation coranique ?

A Hagia Sophia, seul compte le Nom du Saint et Unique Créateur du ciel et de la terre, le Dieu vivant et source de vie, le Père de toutes le âmes vivantes et de toutes les créatures. Médiatiquement, c’est peu vendeur en cette année de pandémie 2020 – 1441 de l’Hégire. Une année où toutes les confessions monothéistes font directement face à des confinements réducteurs, à des enfermements communautaires.

Cela fait des lunes que tous les chefs d’Eglises essaient de tisser un dialogue avec l’Islam : l’ouverture de Vatican II aux religions non-chrétiennes s’est aussi exprimée par le Décret Nostra Ætate qui, avant de mentionner la piste de relations nouvelles avec le judaïsme, a évoqué le souhait de renouveler les contacts avec la foi musulmane. Depuis lors, Paul VI, Jean-Paul II et plus particulièrement Benoît XVI puis le Pape François ont tracé des lignes nouvelles d’un dialogue espéré avec les sources islamiques légitimes et diverses.

Les Eglises orthodoxes ont été bien plus discrètes – et sans doute pragmatiques – sur la nature des relations avec la Oumma musulmane. Elles ont reparu dans le concert ecclésial, juridictionnel et théologique voici seulement un peu plus d’une trentaine d’années. Les patriarcats et les Eglises autocéphales canoniques ont subi des confrontations multi-séculaires avec la Sublime Porte et restent sur des positions relativement immuables. Il faut remarquer le silence persistant des Eglises sur l’actuelle validité de l’Achtiname ou “Décret de tolérance” accordé en 636-637 (15-ème année de l’Esprit ou Hégire) au patriarche Sophronios, chef de l’Eglise grecque-orthodoxe de Jérusalem. Il reste la référence fondamentale pour ce patriarcat tandis que les autres juridictions chrétiennes font mine de l’ignorer (cf. “https://www.terresainte.net/2012/03/le-pacte-domar-ou-leglise-protegee-par-lislam-2-2/”).

Or, depuis les papes Benoît XVI et François, les contacts répétées avec les autorités palestiniennes (les Territoires sous leur contrôle sont soumis à la Charia) soulignent le désir de l’Eglise catholique de préserver des biens, des structures ecclésiastiques, des écoles, des lieux de formation.

La presse internationale n’a pratiquement pas relayé le cent-soixante-dixième anniversaire de la Mission Ecclésiastique à Jérusalem du patriarcat de Moscou en février 2017. Les fondations de la “Palestine russe/Русская Палестина” avaient été jetées en Terre Sainte le 11 février 1847 afin d’accueillir les nombreux pèlerins de l’Empire russe, presque dix ans avant la conclusion de la guerre de Crimée (1856 et le statut du Saint Sépulcre) qui confirma le primat de l’Eglise grecque-orthodoxe sur les Lieux Saints de l’Anastasis (Jérusalem) et de la Basilique de la Nativité (Bethléem).

L’Eglise orthodoxe russe de Moscou est fortement implantée au Proche-Orient. Elle se redéploie sur le territoire canonique du patriarcat du Jérusalem jusqu’à ces derniers temps, elle a témoigné d’une capacité subtile à négocier ses positions avec l’Autorité Palestinienne et, par ailleurs, le roi Abdullah II de Jordanie.

Alors que le monde pleure le transfert de Hagia Sophia à l’autorité musulmane, s’époumone en mineur contre une trahison des lois de respects prétendument édictés par le régime “laïc” de Kemal Atatürk, le buzz s’exprime ailleurs. Mais il est bien plus délicat de montrer les connexions naturelles qui ont germé depuis des décennies et sortent au grand jour d’une manière trop légitime pour un monde chrétien qui vit dans le passé, le remodelage des ses territoires, ses gloires passées et ses scandales latents. Sans compter ses soifs internes de compétitions vengeresses et irréductibles.

Il ne faut pas trop rêver : en 1945, le Vatican était persuadé que la chute du communisme à l’Est de l’Europe lancerait la conquête romaine sur les “vénérables traditions de l’Orient russe”. En 1915, le gouvernement français spéculait sur la nécessité de confier Sainte-Sophie à l’Eglise catholique romaine… (1) En Terre Sainte, la Sublime Porte ottomane confirma l’Eglise orthodoxe grecque. En 2019, les Franciscains fêtaient les 800 ans de la rencontre, à Damiette, de saint François d’Assise et du sultan.

Pourtant, malgré des rencontres dans les Emirats du Golfe, le dialogue bégaie. Alors que se pose le statut de Hagia Sophia, la Cour Suprême de Palestine, a refusé de confimer les droits de la Mission ecclésiastique russe de Jérusalem sur les terrains de l’église orthodoxe du Chêne de Mambré à Hébron (El-Khalil) demandant qu’ils soient rendus aux propriétaires arabes musulmans locaux (8 juin 2020) – [“https://tass.ru/obschestvo/8676563”%5D. Des problèmes similaires s’expriment ouvertement contre l’administration du patriarcat grec-orthodoxe de Jérusalem, à Bethléem, Beit Sahour, Jérusalem à propos de la vente de vastes parcelles foncières.

Par ailleurs, le 24 juin 2020, une Cour de Jérusalem “mettait fin” à seize années d’un marathon juridique dont le scenario peut encore rebondir. La Cour entérinait “de manière définitive” que les deux hôtels du patriarcat de Jérusalem (l’Imperial Hotel et le Petra Hotel) situés à la Porte de Jaffa avaient bien été vendus à l’association “Ateret Cohanim” par des responsables de la première structure ecclésiale du pays [“https://www.haaretz.com/israel-news/.premium-jerusalem-court-approves-disputed-sale-of-greek-church-property-to-settler-group-1.8947012” (anglais), “https://www.haaretz.co.il/news/law/.premium-1.8946719”, (hébreu)].

Juifs, chrétiens et les musulmans partagent la proclamation du règne du Dieu Un et unique. En cette année si atypique de coronavirus, pandémie sévère et morbide, qui parlerait avec foi de l’unicité divine et qui en témoignera ? Une année chahutée où les porte-paroles de l’autorité invisible du Maître de l’univers sont restés sans voix. Les épidémies ont rythmé l’histoire de la planète. Les interprétations ont surtout consisté à innover par les moyens techniques ou trouver des méthodes pour que le pouvoir spirituel reste dans les instances dirigeantes…. sans parler de la nécessité de faire face à la perte substantielle de nombreuses ressources financières. Ou disserter sur l’art de communier chrétiennement avec foi, sans danger.

Les représentants du monothéisme auraient-ils agi d’une manière instinctive, archaïque, primaire ? Le monde virtuel navigue par exclusion ou sélection des uns et des autres. Cela a mis en relief des pulsions sensibles de déshumanisation, donc de violences. La distance – tantôt sociale ou physique – a scandé des rythmes qui s’opposent à la communion, la communication, l’union charnelle et affective, mentale. La virtualité a pu se transformer en vecteurs de dérives phantasmiques. On peut penser que les trois monothéismes abrahamiques – en affrontement permanent – finissent par s’exiler de la foi en l’unité divine, cédant à une distanciation compulsive et au refus d’agir de manière responsable à servir Celui qui unit tous ?

Il n’est pas anodin qu’apparaisse alors l’évocation du Troisième Temple de Jérusalem. Mirage et intuition sortis de régions proche-orientales dont l’Occident ignore les tribulations humaines et leur a préféré les derricks pétrolifères.

Il y a évidemment une intention “prophétique” comme pôle eschatologique du rassemblement des exilés à Sion et Jérusalem. Il faut tenir compte des calendriers de chaque tradition. Ce 19 Tammouz 5780 (11 juillet 2020), le judaïsme est entré dans les trois semaines qui mèneront au jour du 9 du mois de Av 5780 (30 juillet 2020). De quoi est-il question ? Depuis la destruction des murailles de Jérusalem jusqu’au deux destructions des Temples, le circuit proposé par ces semaines est de cheminer sur le sens de l’histoire. Des temps et des délais. Le premier Temple avait été détruit par une haine voulue et rationnelle. Le dernier Temple est mort/a été abattu en raison de la haine irrationnelle qui a dévoré le peuple.

Jésus de Nazareth a dit autre chose : “Détruisez ce sanctuaire, en trois jours, je le relèverai. Il parlait de son corps” (Jean 2). A Jérusalem, il y a deux Lieux Saints où la Présence divine a habité : le Mont du Temple et le Saint-Sépulcre que les orthodoxes appellent Anastasis (Lieu de la Résurrection). Deux maisons situées l’une en face de l’autre. Toutes deux sans Présence.

Qui garde et qui partage les miettes ?

(1) Journal inédit du Père Yves de La Brière, s.j. –
15 mars 1915 “…Si les Alliés s’emparent de Constantinople, que fera-t-on de Sainte-Sophie ? Le Vatican a prié le cardinal Amette de faire proposer au Quai d’Orsay qu’en ce cas Sainte-Sophie devienne une église catholique (latine) sous protectorat de la France. Commission faite par Jules Cambon. Réponse : impossible d’obtenir et même de demander une chose pareille. La France demandera la solution des Lieux saints, c’est-à-dire un co-partage (simultané) entre les diverses communions chrétiennes. La Russie, très impérieuse à vouloir que Sainte-Sophie devienne exclusivement orthodoxe, slave et russe. Exclusion même des Grecs. Rien que l’Eglise russe (…)”. à propos de l’auteur Abba (père) Alexander est en charge des fidèles chrétiens orthodoxes de langues hébraïque, slaves au patriarcat de Jérusalem, talmudiste et étudie l’évolution de la société israélienne. Il consacre sa vie au dialogue entre Judaisme et Christianisme.