Haine et enseignement du mepris

Le saint synode du Patriarcat grec-orthodoxe de Jerusalem a nomme, avec l’accord du nouveau patriarche Theophilos III, trois nouveaux eveques au cours de sa reunion le vendredi 2 decembre. Il ne fait pas de doute que la nomination d’eveques arabes et de pretres arabes israeliens constitue un fait nouveau pour notre epoque. Le patriarcat grec-orthodoxe redecouvre son devoir d’inculturation locale, reussie en Jordanie, jamais totalement assuree en Israel et dans les Territoires palestiniens.

Mais ce soir, alors qu’une fois de plus les tirs de qassams-snipers sur Ashkelon et Sderot a partir de Gaza se font insistants – il y a eu un nouvel attentat a Netanya, meurtrier. Le climat dans lequel nous vivons ici permet rarement d’eviter de meler religion et politique. Mais en l’occurence, le mot "paix" est galvaude et "denature". Les membres de l’Eglise ont un devoir de garder la tete froide et surtout de rappeler l’exigence d’une vie spirituelle sincere et ouverte au plus grand nombre.

Le probleme des Eglises locales de Terre Sainte, et du Proche-Orient, est de trop s’immiscer dans des valeurs politiques sans perspectives de mises a jour theologiques indispensables. Mais que penser alors de notre situation dans le cadre de l’Eglise-Mere de Jerusalem? A ce jour, l’Etat d’Israel reconnait encore – plus ou moins – le patriarche Irenaios Ier depose par le Saint Synode. A la suite d’un synode pan-orthodoxe sans precedent a Constantinople-Istanbul sous l’autorite du Patriarche oecumenique Bartholomaios, le clerge du patriarcat de Jerusalem a elu un nouveau Patriarche, Theophilos III. Il n’a ete en rien mele aux agissements "suspects" menes au sein du patriarcat depuis plus de vingt ans. Il est indiscutablement un homme de foi et paix, ouvert au dialogue. Il desire resoudre les egarements survenus au cours des deux decennies passees.

Passant outre la demande precise du ministre de Jerusalem, Tsachi Hanegbi, de ne pas etre intronise a une date predefinie, le 22 novembre dernier,  sans l’accord du gouvernement israelien, le Patriarcat grec-orthodoxe s’est considere dans son droit, a depose une plainte aupres de la Cour Supreme israelienne. L’intronisation du nouveau patriarche a eu lieu sans attendre la reponse de la cour supreme et contre l’avis du ministre representant les autorites israeliennes.

En principe, les Eglises sont libres de prendre en charge leur destinee. L’histoire de l’Eglise orthodoxe de Jerusalem a ete tragique au cours des deux derniers millenaires. Deux periodes de 400 ans chacune d’assujettissement a l’autorite ottomane, puis un mandat britannique. Enfin, depuis 1948, un lien avec le royaume de Jordanie et le nouvel Etat israelien. Depuis 1967, les principaux lieux saints sont sous le controle de l’Etat des Juifs. Cette situation constitue un "hapax" – un precedent totalement extravagant pour des Eglises dont le message evangelique se situe en affrontement-negation avec la realite juive et, par consequent, des formes subtiles de negation de tout gouvernment israelien lie aux diverses communautes juives. L’archimandrite Emile Choufani, appartenant a l’Eglise greco-catholique, a ecrit que, revenant en Israel apres 1967, il avait compris que desormais la nation arabe devait accepter l’existence de l’Etat hebreu, d’une maniere positive. Mais ceci reste trop souvent theorique et les souffrances sont encore beantes. Comme je l’ecrivais dans une note precedente, "il faut des siecles pour remonter des siecles d’ignorance reciproque". A ce niveau, il faut donc avancer avec prudence sur la route a peine esquissee par la publication de Nostra Aetate, voici 40 ans par l’Eglise catholique romaine.

L’Eglise grecque orthodoxe de Jerusalem est de fait au service de tous les fideles orthodoxes de Terre Sainte. Mais, puisqu’elle a demande et obtenu la reconnaissance du nouveau Patriarche par le Roi de Jordanie et le Chef de l’Autorite Palestinienne, il est pour le moins surprenant qu’elle n’ait pas attendu une reponse de la Cour Supreme israelienne aupres de laquelle elle avait depose un recours en vue de la reconnaissance du Patriarche Theophilos III par l’Etat hebreu. Il semblerait meme que la reponse du Patriarcat au Gouvernement israelien lui donnant injonction "de se depecher de reconnaitre le patriarche" soit un peu "outranciere". Il est douteux que l’Eglise orthodoxe de Jerusalem se serait ainsi exprimee si elle avait du requerir une reconnaissance du roi de Jordanie…

De meme, si le Patriarche de Jerusalem est en droit de nommer des eveques – bien qu’il n’y ait aucune urgence en la matiere, ces nouveaux eveques sont, de facto -comme partout dans le monde et pour toutes les Eglises – confirmes par les gouvernements locaux. Alors que s’ouvre une "ere nouvelle" pour le Patriarcat de Jerusalem, est-il utile de proceder unilateralement aux ordinations des trois eveques au cours des trois samedis prochains? Alors que les relations sont tendues avec les autorites israeliennes.

Ce soir, un nouvel attentat-suicide vient de se produire au sein de la societe isarelienne. Il touche aussi la population arabe israelienne. Que penser, dans ce contexte, de la nomination du pere Attallah-Theodosios Hanna comme eveque de Sebaste? L’homme est trepidant, actif au niveau social. Mais, il a publiquement affirme etre d’abord arabe avant d’etre chretien. Il a soutenu les attentats-suicide contre la population israelienne. Il etait un proche de Yasser Arafat et aujourd’hui de l’establishment palestinien. Il est l’un des rares membres du clerge a parfaitement maitriser l’usage de la langue arabe des chretiens et des musulmans.

Voici quelque temps, le pere Attallah a ete interroge par la Police israelienne qui lui a confisque un passeport du Vatican dont on ignore comment il l’avait obtenu [il se rendait dans les pays arabes alors que cela est interdit aux citoyens israeliens].

Ceci amene a se poser des questions simples? les relations entre la communaute juive, la societe israelienne sont-elles a ce point minees par l’impossibilite d’un dialogue ouvert et constructif? Ce qui doit apparaitre comme une avance positive envers l’Eglise locale, a savoir l’inculturation et le service des chretiens arabes risque, a cette heure, de prolonger, de maniere figee, une attitude de mepris et de non-reconnaissance de l’identite juive en tant que societe legale, cuturelle, spirituelle israelienne. Tout Etat a droit au respect. Il serait utile que les consciences s’ouvrent pour  permettre une rencontre fructueuse. C’est certainement se situer au-dela de ce qui est humainement possible a cette heure. Mais il y va aussi de l’authenticite de la Revelation divine et de la maniere dont nous en sommes les temoins.

One thought on “Haine et enseignement du mepris

  1. Tout Etat a tendu à la réflexion. Il serait nécessaire que les expériences s’ouvrent pour admettre une entrevue féconde. C’est assurément se placer ultérieurement de ce qui est charitablement réalisable à ce temps. Cependant il y va autant de la conformité de la Confidence céleste et de la façon duquel nous en totaux les spectateurs.

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