“Visions d’autruche”

Voici plusieurs annees, j’ecrivais pour la premiere fois, dans
"Itonit",  que la situation des chretiens en Terre Sainte s’apparentent
au verset eschatologique des paroles de Jesus: "Jerusalem sera foulee
par les paiens [the Gentiles] jusqu’a ce que soit acheve le temps des
paiens" [Luc 21, 24]. Il est interessant d’assister sur une longueur de
temps relativement restreinte par rapport a l’histoire, au veritable
effondrement du christianisme dans des contextes varies, mais qui se
precisent dans le temps. Il y 30 ans, on m’avait "demontre" que Bethleem
n’etait pratiquement plus qu’un musee du christianisme et que la ville
allait rapidement basculer vers l’islam avec un exode massif des
chretiens, toutes confessions confondues. Il faut faire le constat que
la ville de la naissance du Messie est aujourd’hui une ville fermee,
mais surtout que le christianisme a, de fait cede le pas a l’islam.
Sans parler des conversions a l’islam plus ou moins forcees de jeunes
filles chretiennes qui acceptent cette situation comme au temps des
Ottomans.

Aujourd’hui, l’usure est d’une autre nature. Au fond, le
monde juif et israelien peut donner l’impression d’hesiter a incorporer
de maniere definitive et irreversible Jerusalem comme une ville
fondamentalement juive. Teddy Kollek, alors qu’il etait maire de
Jerusalem, etait un homme de pluricultures par definition. Il
appliquait a Jerusalem, apres 1967, une politique de developpement
polyculturel: il a ouvert un nombre important de bibliotheques arabes,
des centres culturels arabes tout comme des centres juifs. Il etait,
dans un contexte particulier, un fils de la Vienne de Theodore Herzl,
capitale d’un empire austro-hongrois aux dimensions "Societes des
Nations" d’une Europe centrale et orientale aujourd’hui revolue.

Aujourd’hui, Jerusalem pourrait sembler en attente des
prochaines elections israeliennes. Il n’en est sans doute rien. Trois
fois par jour, les Juifs ont repete, pendant 2000 ans d’exil, une
demande a Dieu "de rebatir son temple de nos jours et de notre vivant
et d’y replacer le lieu de sa gloire en son milieu = le Temple". Les
faits etaient deja clairement evoques voici 25 ans. Je travaillais
alors a Jerusalem avec l’un des rabbins les plus reputes du judaisme
occidental, il prevoyait que la societe israelienne "risquait
d’imploser" en raison de sa priere fervente et permanente de retourer a
Jerusalem et d’y rebatir le "Mishkan Kvodekha" [Demeure de Ta Gloire].
Or, en 25 ans, dans la foulee de l’unification de Jerusalem en 1967, la
ville a pris sa pleine dimension spirituelle juive. Et cela ne fait que
commencer. La aussi il faudra des siecles pour compenser des siecles
d’absence. Il y a plus: en entrant sur le mont du Temple, Moshe Dayan
avait stupefie les Arabes musulmans en leur rappelant que les Juifs
n’avaient pas, pour le moment, le droit de se rendre sur le mont du
temple {Har HaBayit] car le lieu du Devir ou "Saint des Saints" est
inconnu. Au lieu de voir dans cette decision sans precedent un element
de relexion theologique majeur, les musulmans se sont "agrippes" au
jebel al-haram et les mosquees les plus prestigieuses du monde. Car si
l’on considere le geste de Moshe Dayan, il a, en meme temps,
parfaitement explique la raison de la presence et du retour des Juifs
en Terre d’Israel: la Terre ancestrale. C’est un cas unique de memoire
collective puissante fondee sur un don recu de Dieu. Une "location
permanente" mais ou le locataire a ete majoritairement absent pendant
2000 ans ou bien empeche de s’y rendre.

Dans le meme temps, le christianisme local a connu tres vite les separations internes. La stabilite n’est guere l’apanage de toute la region. C’est un lieu de passage. De fait, il devient tres difficile pour le Eglises de comprendre que le peuple juif, par le biais de l’Etat d"israel, est desormais de retour chez lui. Cela a des implications territoriales qui seront definies au cours des 500 prochaines annees; il faut du temps.nParler d’un minimum de temps chiffrable en centaines d’annees ne releve pas de l’utopie, mais de la realite de ce que chaque generation pourra apporter a une "greffe" qui defie le sens commun.

Mais le probleme consiste en ceci: normalement, un chretien sait que toute la Terre Sainte est le lieu unique du salut acquis en Jesus de Nazareth. Comment se fait-il des lors que la population arabe chretienne – donc indigene depuis de nombreux siecles – ne ressentent pas ce meme lien d’amour et de soins envers ce pays. On peut evoquer le mouvement "apostolique" qui appelle ailleurs. Il y a aussi une manducation tres specifique du peuple juif qui respecte la realite humaine et agricole de cette terre qui les a attiree.n

Quel est le lien avec le nouveau Patriarche Theophilos, son predecesseur le "moine Irenaios" et meme leurs predecesseurs, dont Benediktos qui assista a l’independance d’Israel et ne fut pas reconnu par l’Etat hebreu pendant plusieurs annees? n

Dans le cas present, le patriarche Irenaios est un homme cultive, mondain qui s’accroche au-dela du raisonnable a une tache dont il a ete demis par ses pairs et avec le consentement de la totalite des Eglises orthodoxes byzantines – a l’exception du Patriarcat de Georgie – lors du synode pan-orthodoxe reuni a l’initiative du Patriarche Ecumenique Batholomaios de Constantinople. Il lui fut clairement demande de donner sa demission. Il faut noter d’ailleurs qu’Irenaios avait lui-meme dit que si un synode lui demandait de demissionner, il quitterait ses fonctions. Depuis lors, il reste a son poste, reduit a la qualite de moine, entoure de trois pretres. Normalement son passeport diplomatique grec lui a ete retire. Il vit – chose extravagante – a l’interieur du grand monastere de Jerusalem, c’est-a-dire au Patriarcat grec-orthodoxe meme et il y recoit ses invites, fideles, conseillers israeliens, avocats! Au moins, il y avait une certaine distance geographique entre Rome et Avignon lorsque des situations analogues ont affecte l’Eglise romaine! Encore que…n”,1]
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Dans
le meme temps, le christianisme local a connu tres vite les separations
internes. La stabilite n’est guere l’apanage de toute la region. C’est
un lieu de passage. De fait, il devient tres difficile pour  les Eglises
de comprendre que le peuple juif, par le biais de l’Etat d’Israel, est
desormais  de retour chez lui. Cela a des implications territoriales
qui seront definies au cours des 500 prochaines annees; il faut du
temps.
Parler d’un minimum de temps chiffrable en centaines d’annees ne releve
pas de l’utopie, mais de la realite de ce que chaque generation pourra
apporter a une "greffe" qui defie le sens commun.

Il faudrait etre a la limite de l’inculture – le mot parait fort, pourtant il est simple et reel – pour ne pas sentir a quel point la percee du Hamas est significative et spirituellement porteuse de sens. Le resulat etait evident. Facile d’ecrire cela? Apparemment. J’ai une "fille spirituelle" israelienne et russe dont la vie est a l’instar de ce kaleidoscope qu’est Jerusalem a ce jour. Me rencontrant vendredi dernier dans la rue, elle m’a decrit avec une extraordinaire perspicacite comment ce resultat etait "limpide". Reduire le phenomene a un choix politique stricto sensu serait errone. Ce matin, un Israelien originaire de Nouvelle-Zelande, partageait le meme avis: il faurdra des siecles pour remonter des siecles d’opacite a accepter positiver l’identite juive donc arabe de Palestine; reciproquement aussi d’accepter, pour le monde juif, le pari de la confiance envers une population arabe tres diversifiee par ses origines.

Les commentaires manquent de perception spirituelle sinon theologique sur ce qui se passe.  Il faudra bien plus que 58 ans pour que le monde arabe puisse accepter l’identite israelienne souveraine et independante dans la region. Lorsque le president iranien a commence, voici quelques  mois, a expliquer que la Shoah n’avait jamais existe, il etait clair que le Hamas trouvait un soutien fort. Les nations christianisees manquent de credit humain et de densite theologique. Elles sont souvent embourbees dans des querelles de Statu Quo en Terre Sainte. Il est aussi evident que le droit international excluant Jerusalem de tout droit de controle privilegie juif, musulman [au detriment d’un christianisme tres divise] n’a aucune realite dans le contexte. Nous l’avons bien vu lors du siege de la basilique de Nativite a Bethleem. Il avait alors fallu 2 mois [sic] pour les les negociateurs israeliens et palestiniens s’apercoivent que les Eglises avaient un droit a exprimer leur moyens de sortir de crise. Mais nul n’avaient pense au Statu Quo!!

La dimension theologique n’apparait pas. En revanche, l’exclusion violente de toute realite juive et israelienne est un "invariant" dont il serait urgent de clarifier les elements rationnels et irrationnels pour une lente prise de conscience de certains bouleversements de l’Histoire.

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