Le Dimanche du Pardon

Le Dimanche du Pardon :  l’Eglise locale et universelle

Ce dimanche 5 mars 2006 (20 fevrier 2006 selon le calendrier julien en usage dans les Eglises orientales orthodoxes de Jerusalem), alors que se termine le shabbat "Trumah – תרומה" sur les Offrandes, l’Eglise orthodoxe de Jerusalem va celebrer le Dimanche du Pardon. C’est le temps du Grand Jeune, de l’abstinence; le temps de parfaire, reparer, reconsiderer sa propre vie; le temps de corriger/ameliorer la vie d’une communaute, de l’Eglise. A ce jour, a Jerusalem, l’Eglise Rum ou grecque orthodoxe qui a le soin des ames de tous les chretiens orthodoxes d’Israel, de Palestine, Jordanie, des Emirats, Eglise qui se trouve au lieu meme du Golgotha et de la Resurrection, va proposer cette priere de reconciliation. Cela depasse presque l’entendement dans la situation actuelle, telle qu’elle parait sur le plan humain et spirituel. Voici seulement quelques jours, le nouveau Patriarche Theophilos III (reconnu par pratiquement toutes les Eglises orthodoxes a la suite du synode pan-orthododoxe convoque par le Patriarche Bartholomaios Ier de Constantinople) a eu une violente altercation physique avec l’ancien patriarche depose, le Moine Irenaios. Cela s’est passe dans le lieu meme du grand monastere orthodoxe de Jerusalem. Le Moine Irenaios a trois pretres fideles "reguliers", quelques "transfuges selon les humeurs". Il est "protege" par la Police et l’Armee israeliennes… dans sa maison au sein du patriarcat!

Le Patriarche Theophilos III est un homme de piete et de paix. Il dispose d’environ une quarantaine de membres du clerge. Voici 9 ans nous etions plus de 150. Mais comment parler chiffres  en ce Dimanche du Pardon?  Jesus le dit: "Il faut pardonner 70 (ou 77) fois 7 fois", reprenant en fait les paroles de la Genese 4, 24 sur Cain qui avait tue son frere Abel par jalousie. 70×7 = 490, c’est la "middah – מידה" ou mesure parfaite du Pardon qui est exprimee dans le pardon au Jour de Yom Kippour ou Jour des Expiations.

Or, chaque jour, l’Eglise celebre, notamment dans l’Eucharistie, qui recapitule tous les Sacrements, a la fois le Kippour et la Paque. Il est certain que la fete du Kippour est centrale pour l’Eglise. Il faut rappeler l’affirmation du caractere propritiatoire du sacrifice du Christ:
"Maintenant, sans la Loi, la justice de Dieu s’est manifestee, attestee par la Loi et les Prophetes, justice de Dieu par la foi en Jesus Christ a l’adresse de tous ceux qui croient – car il n’y a pas de difference: tous ont peche et sont prives de la gloire de Dieu – et ils sont justifies par la faveur de Sa grace en vertu de la redemption accomplie dans le Christ Jesus: Dieu L’a expose, instrument de propitiation par son propre sang au moyen de la foi…" (Romains, 3, 21-25).

L’Eglise orthodoxe de Jerusalem – en fait tous les chretiens dignes de ce nom – est acculee cette annee a un signe particulier de pardon de la part de Dieu. Jusqu’ou peut aller l’enflure de l’arrogance, du rejet d’autrui – et donc de soi-meme d’une certaine facon? Qui aurait l’outrance de "virtuellement" celebrer un rite de pardon sans la foi intime et existentielle de le rendre visible, sensible et reel, effectif?  A la fin de la Divine Liturgie que j’ai celebree ce samedi (jour  normal dans ce pays), les fideles se sont rendus dans la vallee de la Gehenne (Gey Hinnom) u etait envoye le bouc emissaire au jour de Kippour. Serpentant a travers Siloe, le lieu vestige de la guerison de l’aveugle de naissance gueri par Jesus, nous avons finalement visiter le monastere Saint Onuphrios juge en hauteur. Certains y situent le Hakel Dam חקל דם, – le Champ du Sang – achete avec l’argent verse a Judas pour rappeler que le Messie a verse Son Sang comme des multitudes enterres dans ce lieu. Nous y avons prie en russe et en hebreu pour que nous puissions vraiment supporter ce que chacun porte ici; des annees de guerre, de silence dans les familles, de haines tues et indicibles; de coeurs endurcis, d’irraison, d’orgueil et de souffrances "coupables" non-exprimees.

Le Pardon maintenu dans l’Eglise orientale byzantine implique un moment d’eclaircissement interieur. C’est rare, precieux. La realite depasse le sens du mot "Pardon". Il est question de la vie de l’Eglise sur la terre ou elle est nee.

Sans pardon, l’Eglise vit-elle de la foi en la Resurrection? Les paroles proclamees des le debut du Grand Jeune et chantees avec exultation dans la nuit pascale: "Le Christ est ressuscite des morts, par Sa mort Il a vaincu la mort et a ceux qui gisent dans les tombeaux, Il donne (a donne, donnera) la vie" procedent des deux plus anciennent benedictions juives tri-quotidiennes: "Beni sois-Tu, Seigneur notre Dieu, Roi de l’Univers / Qui ressuscite les morts (mekhayeh metim מחיה מתים) et "Qui dans Sa fidelite revigore ceux qui gisent dans la poussiere (i.e.: "les tombeaux des Patriarches a Hebron").

Le Pardon coute souvent tres cher; notre sang, notre ame, nos annees, notre vie. le Pardon est aussi la mesure d’une vraie conscience au-dela de ce qu’elle peut cerner ou percevoir en totalite.

(cette note s’ajoute a celles sur "l’Eglise locale ou Eglise nationale", a suivre)

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