Chretiens en Israel et syndrome irakien

Nous sommes a quelques jours de la fete juive de Pessah  – פסח – la Sortie
d’Egypte qui a permis au peuple hebreu de passer de "l’esclavage a la
liberte – מעבדות לחרות – me’avdut lekherut"; c’est-a-dire de la prison avilissante mais souvent plus
routiniere a une liberation qui a ete un moment de redemption, de
rachat, de souffle unique de liberation. Un passage de la mort
spirituelle a la survie ou plutot a un avant-gout de la resurrection.
Pessah designe en hebreu autant l’agneau de la Paque que le fait que
Dieu a "parle" (Peh siakh = פה שיח).

Il n’est peut-etre pas fortuit que le terme "memra – ממרא", en arameen,
designe autant la "parole, le logos, le dire"  et trouve saracine
dans "imra/e – אמרא.ה" qui veut autant dire : "parole, dire" que  "agneau
sacrificiel". Mais un sacrifice qui conduit a vivre davantage, une
parole qui contient tellement de significations qu’elle imprime notre
ame sans que nous puissions jamais saisir totalement le sens de cette
revelation.

La fete de la Paque chretienne est de meme nature. Tout d’abord le 16
avril cette annee pour les catholiques, puis le 22/23 avril pour les
orthodoxes, en particulier la majorite des Eglises de Terre Sainte, la
celebration de la Resurrection dans Sa chair de Jesus de Nazareth.
Centree sur la personne-meme de Jesus en tant que Messie, il jaillit
cette meme conviction que l’humanite peut passer, dans la foi, de la
mort a la vie, de la servitude a la liberte en plenitude. "Christ est
ressuscite des morts, par Sa mort, Il a vaincu la mort, a ceux qui
gisent dans les tombeaux, Il (a) donne la vie". Ce tropaire de la
Resurrection de l’Orient chretien prend toute son intensite a Jerusalem
des l’apres-midi du Samedi Saint. Et rares sont les juifs comme
d’ailleurs les chretiens qui ont conscience de proclamer cette force
inouie de la resurrection. Ce tropaire pascal chretien est constitue de
deux des plus antiques benedictions juives; elles sont aujourd’hui
recitees au moins trois fois par jour par les juifs: La demande est
formulee en tutoyant Dieu et Son action affirmee a la troisieme
personne du singulier. "Beni sois-Tu Roi de l’Univers / Qui ressuscite
les morts ("מחיה  – מתים" – "mekhaye metim") et "Qui, (dans) Sa fidelite, revigore ceux qui dorment dans
la poussiere" ( "ומקים אמונתו לישני עפר" – "umeqayem emunato keishney efer"). Il s’agit de la poussiere des tombeaux de Hebron,
c’est-a-dire des Patriarches fondateurs et confesseurs de la foi au
Dieu Unique.

Cette experience de la Resurrection a traversee en germe, de maniere
fragmentee, selon les paroles de Saint Paul (Hebreux 1, 1) toute
l’histoire de l’humanite. Elle s’est inscrite en contre-point de cette
attirance fondamentale, "basic instinct", que l’etre humain humain a
pour le meurtre, le suicide – l’avilissement, la haine gratuite et tout
simplement "stupide". Comme le notait Emmanuel Levinas dont certaines
"Etudes talmudiques" ont ete publiees l’an dernier en hebreu, Dieu nous
prend par paradoxe. Il avait declare cela en mangeant le bouillon
traditionnel de kneidlech (boulettes de farine azyme) au cours d’un
Seder de Pessah (repas de la fete de la Paque juive). Il s’etonnait que
la premiere des benedictions matinales juives celebre les talents d’un
animal, un gallinace, le coq – le meme qui cria trois fois pour que
Pierre comprenne qu’il avait renie Jesus, c’est-a-dire, Dieu fait chair
: "Beni sois-Tu, Seigneur, Dieu de l’Univers / qui donne a coq de
distinguer entre le jour et la nuit
= hanoten lakhesvi bina lehavkhin beyn yom uveyn layla – באהאמ"ה הנותן לחשוי בינה להבחין בין יום ובין לילה
".  Le mot "khesvi –  חשוי" a un double sens: "coq" pour designer l’animal et
"conscience" !  L’histoire humaine tendrait a montrer que nous nous
conduisons plus souvent de maniere bestiale et sans pouvoir emerger de
notre torpeur au matin. Voici vingt ans je lancais ainsi la Semaine Sainte sur Radio Notre-Dame ("Paroles d’Evangile, Memorial d’Israel", Fayard). Deux decennies plus tard, a Jerusalem, ces mots ne font que continuer a frayer le chemin vers plus de conscience (et, cette annee, de prier pour la sante des volailles).

Les Chretiens d’Israel et de Palestine, de l’ensemble du Proche-Orient
sont pris dans une turbulence effroyable. Un tourbillon ou le mot
"force, puissance, pouvoir" devient de horipeaux pour des croyants
en fin de ritualisation. Il y a des "born again" (re-nes), des sectes
de tous bords, il y a meme un "born again old believer" (un vieux
croyant -normalement russe, lui est indetermine – re-ne)!  Il y a l’apparente
puissance de l’Eglise catholique, la fragilisation inexorable des
Eglises orthodoxes. Il y a la fracture interne du Patriarcat grec-orthodoxe de
Jerusalem.

Lors de son election en ete dernier, j’avais ecrit un mot de soutien et
d’obedience au nouveau Patriarche orthodoxe de Jerusalem, Theophilos
III, lui citant ce tropaire de la Resurrection du Christ qui est
proclame chaque jour a Jerusalem. Et je lui avais indique son
enracinement dans la tradition juive.

Il faut souhaiter que la priere et la meditation qui ont ete si
constante sur cette terre depuis les temps les plus recules de la
conscience humaine empechent les chretiens de tomber dans le piege de
la panique face au syndrome irakien qui semblerait se rapprocher de la
Terre Sainte. Un syndrome de confusion destructrice, de concurrence
ridicule et indecente entre les Eglises. Inaugurant Son ministere a
Cana de Galilee, Jesus fait un miracle pendant un mariage.

Les juifs ont un proverbe: "que fait Dieu depuis qu’Il a cree le monde? :
Il fait des mariages". L’Eglise fait de meme tissant les liens de la
Resurrection.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s