Paskha 2006

Il_patriarch_theophilosiii_20062En cette Semaine Sainte 2006 qui mene les Eglises
orientales, en particulier l’Eglise -Mere de toutes les Eglises qu’est
le Patriarcat grec-orthodoxe de Jerusalem, vers la fete de Paskha – la Paque
(de l’arameen au slave d’Eglise) peut inciter a de nombreuses
reflexions variees.

Voici un an, j’assistais le Vendredi Saint au soir – au Golgotha (dans le Saint Sepulcre ou Anastasis – Lieu de la Resurrection – a
une bousculade violente et breve. Alors que le clerge etait peu
nombreux, le Patriarche aujourd’hui depose frappa le responsable des
monasteres (“dragomanos” en grec); tres surpris par ce geste alors qu’il etait
simplement alle se prosterner au lieu de la Croix, il “rebondit”
brievement contre la tete de l’ancienne consule de Grece.

Cette annee, il y a un nouveau Patriarche, Theophilos III, nomme a la
suite d’un synode extraordinaire convoque par le Patriarche Bartholomaios
Ier de Constantinople, Patriarche oecumenique, a l’initiative d’un archeveque puis
quelques hierarques du Patriarcat de Jerusalem. Il faut etre franc: on ne m’a
jamais autant demande comment va ma sante! Au point que la derniere
fois, j’ai interpelle de maniere amusee, la personne qui me posait la
question. Elle a convenu que c’etait surtout notre situation ecclesiale
qui lui paraissait une epreuve tres dure. On entend des propos
similaires de la part de nombreuses personnes.

Il ya un passage que nous meditons pendant cette Semaine Sainte et qui
se trouve dans l’Evangile selon Saint Matthieu. Le contexte est le
suivant: les disciples interrogent Jesus a propos des constructions du
Temple. Et Jesus leur repond: “Vous voyez tout cela? En verite, je vous
le dis, il ne restera pas ici pierre sur pierre qui ne soit jetee bas”
(Matthieu 24, 2). Les disciples demandent alors au Maitre quel sera le
signe de la “fin du monde”? Leur repondant sur le monde
eschatologique qui etait tres courant a son epoque, Jesus leur declare:
“Alors on vous
livrera aux tourments et on vous tuera; vous serez hais de toutes les
nations a cause de mon Nom. Et alors beaucoup succomberont: ce seront
des trahisons et des haines intestines. Des faux prophetes surgiront en
nombre et abuseront bien des gens. Par suite de l’iniquite croissante,
l’amour se refroidira chez le grand nombre. Mais celui qui aura tenu
jusqu’au bout, celui-la sera sauve. Cette Bonne Nouvelle du Royaume
sera proclamee dans le monde entier, en temoignage a la face de toutes
les nations. Et alors viendra la fin.” (Matthieu 24, 9-14).

nNous voyons souvent la fin comme un terme acheve. Le mot arameen “qetsan- hebreu qets ” suggere “la moisson” (Matthieu 13, 39) de l’ete, doncncelle qui inaugure principalement la fete de Paque et parachevee aunbout de 49 jours par le Don de la Torah, le Don de l’Esprit Saint pournles Chretiens qui ont deja recu d’ailleurs la Torah. Mais c’est unn”eschaton”: un temps en deploiement sur une fin dont nul ne connait lenterme, comme le souligne le Christ Lui-meme (Marc 13, 32).

nQue peut dire l’Eglise de Jerusalem en ces temps tres perturbes? Il y anune tentation; elle est comprehensible. Nous pouvons precher etnexpliquer ce que d’autres que nous-memes doivent faire pour corrigernune serie de situations qui paraissent “iniques” et le sont souvent.nMais est-ce alors etre dans la coherence du “lavement des pieds” qui,nchez l’Evangeliste Saint Jean est la seule mention de la Paque. Car,ntout, dans cet Evangile, est eschatologique, centre sur l’unicite denDieu, du Christ, du genre humain. C’est en Saint Jean que la questionndu Temple se pose avec le plus d’acuite. Des le debut, en Jean 2, 19,nJesus annonce que la destruction du Temple implique sa reconstructionnen trois jours. Il voulait parler de Son propre Corps. C’est-a-direnaussi de l’Eglise faites de pierres vivantes.

Or, l’Eglise n’a aucune lecon a donner. Elle vit. Elle vit, a “temps etna contre-temps”, de la Resurrection pascale. L’Eglise n’a rien d’autrena dire sinon que “Le Christ est ressuscite des morts, par Sa mort, I lanvaincu la mort – a ceux qui gisent dans les tombeaux, Il donne la vie”.nC’est un “kerygme – katerouzatha” (en arameen). Une conviction intime quinbalaie tout autre parole. L’Enseignement ets que cela depasse toutenmise a mort et toute forme de meurtres, de tourments. Il est doncnbien evident que l’Eglise reprend les paroles de Jesus : ” Ils ne sontnpas du monde comme je ne suis pas du monde; sanctifie-les dans lanverite” (Jean 17, 19). “,1]
Nous voyons souvent la fin comme un terme acheve. Le mot arameen “qetsa –
קצא – hebreu qets – קץ ” suggere “la moisson” (Matthieu 13, 39) de l’ete, donc
celle qui inaugure principalement la fete de Paque et parachevee au
bout de 49 jours par le Don de la Torah, le Don de l’Esprit Saint pour
les Chretiens qui ont deja recu d’ailleurs la Torah. Mais c’est un
“eschaton”: un temps en deploiement sur une fin dont nul ne connait le
terme, comme le souligne le Christ Lui-meme (Marc 13, 32).

Que peut dire l’Eglise de Jerusalem en ces temps tres perturbes? Il y a
une tentation; elle est comprehensible. Nous pouvons precher et
expliquer ce que d’autres que nous-memes doivent faire pour corriger
une serie de situations qui paraissent “iniques” et le sont souvent.
C’est une evidence pour tous, meme si l’on prefere la voiler. Mais est-ce alors etre dans la coherence du “lavement des pieds” qui, chez l’Evangeliste Saint Jean, est la seule mention de la Paque? Car, dans cet Evangile, tout est eschatologique, centre sur l’unicite de Dieu, du Christ, du genre humain. C’est en Saint Jean que la question
du Temple se pose avec le plus d’acuite. Des le debut, en Jean 2, 19,
Jesus annonce que la destruction du Temple implique sa reconstruction
en trois jours. Il voulait parler de Son propre Corps. C’est-a-dire
aussi de l’Eglise faites de pierres vivantes. Or les disciples ne l’avaient pas compris.

Or, l’Eglise n’a aucune lecon a donner. Elle vit. Elle vit, a “temps et
a contre-temps” (2 Timothee 4, 2), de la Resurrection pascale. L’Eglise n’a rien d’autre
a dire sinon que “Le Christ est ressuscite des morts, par Sa mort, I la
vaincu la mort – a ceux qui gisent dans les tombeaux, Il donne la vie”
.
C’est un “kerygme – karezutha – כרזותא” (en arameen). Une conviction intime qui
balaie tout autre parole. L’Enseignement est que cela depasse toute
mise a mort et toute forme de meurtres, de tourments. Il est donc
bien evident que l’Eglise reprend les paroles de Jesus : ” Ils ne sont
pas du monde comme je ne suis pas du monde; sanctifie-les dans la
verite” (Jean 17, 19). n
nL’Eglise de Jerusalem traverse une epreuve totalement singuliere. Ellenest la fondation sur laquelle le Christ a bati son Eglise. Elle a prisnun visage bien different de ce qu’elle fut a l’origine. Mais ellenrassemble toutes les nations. Et nous savons, en ce 21eme siecle, quenle kerygme du Christ a ete proclame dans tout le monde habite. On peutndiscuter sur les moyens mis en oeuvres. Il reste le fait de l’annonce.nMais nous sommes appeles a vivre ici de maniere tres particuliere cenque le Messie Jesus a declare sur les tourments et les trahisons.

C’est en repondant avec humilite et attente de Dieu par ce chantnde la Resurrection que les nations pourront peut-etre voir que nousnvivons de la Resurrection.C’est la que la Croix n’est pas l’instrumentnde torture uniquement; elle correspond a la derniere lettre hebraique,nle TAV qui marque l’achevement.

Nous ne pouvons faire peser une responsabilite sur tel camp contre unnautre. Nous sommes alors partisans et ignorants de la realite. Il estnsouvent hors les limites humaines – mais proches des dons divins d’agirncomme Paul de Tarse “qui s’est fait tout a tous… pour sauvernquelques-uns” (1 Corinthiens 9, 22). Pas nous-memes, mais quelques-unsnqui ont besoin de la tendresse divine et de Sa nourriture.

Caiphe le Grand-Pretre qui dechire son manteau et envoie jesus etrenjuge par Ponce Pilate porte le meme nom que le disciple Caiphe ounSimon-Petrus/os-Pierre. Tous deux renient et trahissent Jesus, commenvrai homme et comme vrai Dieu. Mais cette dimension nous gene car ellendemande une profondeur de pensee et de vie spirituelle.

Je fais souvent remarquer, dans la vie quotidienne, qu’en hebreun”beged” (vetement) a une racine proche de “begidah” (trahison). Il estnfrappant a quel point, ce qui aurait ete inimaginable il y a 20-30 ansndans ce pays, peut induire en erreur sur l’identite reelle d’unenpersonne a cause de son vetement. Non a cause de son “etre”, maisnuniquement son “paraitre”. Et c’est effectivement une trahison qui peutncouter cher. Nous vivons une epoque tres “fashion”, ou le vetementndevient accessoires varies et plus important que l’etre qui cherche anse cacher. L’Evangile de Judas tombe a propos. L’enveoppe charnelle dunChrist serait tuee par un traitre devenu bon serviteur. Mais il estnevident que Judas a agi sur injonction de Jesus! Il suffit de lirenl’Envagile qui precise meme qu’alors “Satan penetra en Judas”! “,1]
L’Eglise de Jerusalem traverse une epreuve totalement singuliere. Elle
est la fondation “initiale” sur laquelle le Christ a bati son Eglise. Elle a pris
un visage bien different de ce qu’elle fut a l’origine. Mais elle
rassemble toutes les nations. Et nous savons, en ce 21eme siecle, que
le kerygme du Christ a ete proclame dans l’ensemble du monde habite. On peut
discuter sur les moyens mis en oeuvres. Il reste le fait de l’annonce.
Mais nous sommes appeles a vivre ici, de maniere tres particuliere, ce
que le Messie Jesus a declare sur les tourments et les trahisons.

C’est en repondant avec humilite et attente de Dieu par ce chant
de la Resurrection que les nations pourront peut-etre voir que nous
vivons de la Resurrection.C’est la que la Croix n’est pas l’instrument
de torture uniquement; elle correspond a la derniere lettre hebraique,
le TAV qui marque l’achevement.

Nous ne pouvons faire peser une responsabilite sur tel camp contre un
autre. Nous sommes alors partisans et ignorants de la realite.Nous la restreignons aux limites de nos peurs. Et l’Eglise a souvent peur meme si elle ne le dira pas facilement. Cette situation se place hors les limites humaines – mais proche des dons divins d’agir
comme Paul de Tarse “qui s’est fait tout a tous… pour sauver
quelques-uns” (1 Corinthiens 9, 22). Pas nous-memes, mais quelques-uns
qui ont besoin de la tendresse divine et de Sa nourriture.

Caiphe le Grand-Pretre qui dechire son manteau et envoie Jesus etre
juge par Ponce Pilate porte le meme nom que le disciple Caiphe ou
Simon-Petrus/os-Pierre. Tous deux renient et trahissent Jesus, comme
vrai homme et comme vrai Dieu. Mais cette dimension nous gene car elle
demande une profondeur de pensee et de vie spirituelle.

Je fais souvent remarquer, dans la vie quotidienne, qu’en hebreu
“beged – בגד” (vetement) a une racine proche de “begidah – בגידה” (trahison). Il est
frappant a quel point, ce qui aurait ete inimaginable il y a 20-30 ans
dans ce pays, peut induire en erreur sur l’identite reelle d’une
personne a cause de son vetement. Non a cause de son “etre”, mais
uniquement son “paraitre”. Et c’est effectivement une trahison qui peut
couter cher. Nous vivons une epoque tres “fashion”, ou les vetements
deviennent accessoires varies et plus importants que l’etre qui cherche a
se cacher. L’Evangile de Judas tombe a propos. L’enveoppe charnelle du
Christ serait tuee par un traitre devenu bon serviteur. Mais il est
evident que Judas a agi sur injonction de Jesus! Il suffit de lire
l’Evangile qui precise meme qu’alors “Satan penetra en Judas” (Luc 22, 3)! n
nToute trahison est un mystere humain et spirituel profond. Il reste quenl’Eglise ne peut donc temoigner que d’une seule chose: elle a trahi et,npourtant, ni Dieu ni le Christ n’ont rejetee l’Eglise. Et qui sont lesn”Caiphe” ou les pierres du Temple de nos jours?

Si seulement nous ne pouvions partager qu’une chose: “Tous (les etres)nont ete enfermes dans la desobeissance pour que Dieu fasse a tousnmisericorde” Romains 11, 30-32).


האב הזקן אלכסנדר וינוגרדסקי-פרנקל
прот. Александр Виноградский-Френкель
prot. Alexander Winogradsky-Frenkel
Greek (Rum) Orthodox Patriarchate n
Jerusalem – ירושלים – Иерусалим – IL
(00972) 528 50 67 17 “abbaleksandr@gmail.com”
Toute trahison est un mystere humain et spirituel profond. Il reste que
l’Eglise ne peut temoigner que d’une seule chose: elle a trahi et,
pourtant, ni Dieu ni le Christ n’ont rejetee l’Eglise. Et qui sont les
“Caiphe” ou les pierres du Temple de nos jours?

Si seulement nous ne pouvions partager qu’une chose: “Tous (les etres)
ont ete enfermes dans la desobeissance pour que Dieu fasse a tous
misericorde” Romains 11, 30-32).

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