Une voix passe, Yossi Banai z”l

Le grand acteur, chanteur, metteur en scene et auteur israelien Yossi
Banai – יוסי בנאי est decede ce jeudi 11 mai (13 iyyar) (ז”ל = זיכרונו לברכה = a lui memoire eternelle). Israel est en train de
passer une frenetique periode de soif de chansons et d’ouvrages
francophones, entre Georges Moustaki et “Voila”, une reprise d’un
spectacle presente a Tel Aviv et qui montre les propos de Patrick
Poivres d’Arvor, initialement televisuels.

Dans le cas de Yossi Banai, ne en 1932 dans le “faubourg” du Mahaneh
Yehudah, le grand marche qui fait face a Mea Sherim actuellement en
reconstruction, c’est un moment important pour la culture israelienne
et hebraique. Il avait un don particulier pour etre acteur et pourant
ne pas porter de masque. Entrer dans d’autres personnages, integrer
d’autres cultures tout en restant prodigieusement lui-meme. Un “gamin
du Mahaneh Yehuda” qui a su dire vrai et faux tout en restant lui-meme
et creatif. Car l’hebreu se developpe lentement. Non la langue en tant
que moyen d’expression. Elle s’enracine dans les sons les plus anciens de
l’ame et de la culture humaines. Mais comme langue vivante qui faconne
a petits pas – parfois de grande enjambees – l’identite d’une societe
qui se cherche parfois avec dramaturgie, l’hebreu a trouve son chantre.
Sa force a ete de maitriser parfaitement le lexique, de savoir innover
jusqu’ a provoquer des sourires. Mais il s’est surtout appuye sur le
grand repertoire des chansons francaises, poetiques (Brassens, Brel.
Cela lui a permis de traduire en hebreu des textes souvent tres riches
et forts par les sons, les rendre en une langue que Ernest Renan
appelait “langue aux lettres comptees, mais ce sont des lettres de
feu”.

Sa voix etait proche de celle d’un Brassens ou meme de Brel, avec un sens
inne du recitatif qui s’accorde avec toute la tradition hebraique.Il
avait recu le Grand Prix d’Israel et mis en scene un nombre importants
de pieces de theatre. En cela, il faut signaler cette authenticite. Le
monde juif a donne a la culture internationale des acteurs et des
metteurs en scene exceptionnel, de meme que des genies de la
filmographie. Ici, il faut saluer la creation, comme dans le Neguev de
Ben Gourion, d’une maniere israelienne – l’israelitude – ישראליות – israeliyut – des arts
de la scene et de la chanson, de la poesie scenique. A sa facon, Yossi
Banai, dans son domaine qui est fondamentalement verbal, a participe au
renouveau de la langue hebraique dans la suite de Eliezer ben Yehudah
ou Bialik. Mais il a surtout su traduire et faire du midrash
(commentaire) par des chansons belles sur une langue qui joue sans
cesse de ses voyelles ou inverse avec bon sens les consonnes. n
Voici quelque mois nous avions eu le depart de Shoshana Damari, venuentoute enfant du Yemen. Une memoire qui avait chante a chaque moment denl’histoire vibrante et fragile d’Israel. Dans le cas de Yossi Banai, ilnse produit autre chose: l’identite israelienne a perdu une voixnalors que la culture naitonale se cherche et se trouve avec bonheur etnjustesse dans le tresor lexical qui integre d’autres traditions, ennparticulier la chanson francaise.

Voici quelques annees j’enterrais au nouveau cimetiere situe a cote denBeersheva une grand-mere russe. C’etait un jour “agnifique” si l’onnpeut dire. Un jour de “sharav” (“hamsin” en arabe u003d sirocco puissant dundesert). Il est “orange” en hebreu, “jaune” en russe et en arabe. Selonnla tradition chretienne orthodoxe, le cercueil etait ouvert. Le corps anvite ete recouvert de ce vent mele de gouttes de pluie de courte duree.nLe ciel etait noir et il y avait des eclairs. J’ai commence l’officenpar les paroles “Dieu Saint, Saint et Fort, Saint et Immortel” tandisnque les ouvrier juifs israeliens, nes a Beershava ou etait basenAbraham. Je l’ai d’abord chante en hebreu, puis en slavon d’Eglise. Denmeme pour les psaumes. A un moment, un petit-fils de la defuntenm’apostropha en me reprochant de priere en hebreu: “ce n’est pas unenlangue d’Eglise”, dit-il. Il faut avouer que dans cette ambiance de finndu monde, il pouvait etre ebranle. Il ‘etait surtout par la perte de sangrand-mere qui, dans un pays occidental, aurait eu encore de longuesnannees devant elle et etait arrivee peu auparavant en Israel. Tandisnque nous voyions tout en orange (ou jaune), je lui ai explique qu’ilnposait une excellente question. Mais que nous etions ici tousnIsraeliens, presents en tant que tels par un bouleversement denl’histoire difficilement comprehensible. Mais surtout que nous etions anBeersheva, la ou le patriarche Abraham accueillait tout le monde sousnsa tente. Et qu’ici, au point le plus “originelle” de la foi en Dieun(donc celle de l’Eglise dans le Messie), alors que nous etions tournesnvers Jerusalem selon la coutume, l’henreu cesait d’etre un “esperanto”nde travail quotidien, mais bien la langue de la Revelation. Qu’ennrevanche, il etait evident que ce jeune homme, fraichement marie,nsentait qu’une langue – un etre humain s’est tu – sa grand-mere et quendonc, pour lui-meme comme pour la communaute, il y avait une personnende moins a parler russe. Et il m’a ensuite dit, apres le repas denfunerailles, qu’effectivement il se rendait compte qu’une voix cherenavait disparue. Dans son cas cela lui posait aussi la question d’unenautre culture, neuve et innatendue pour lui.”,1]
Voici peu nous avions eu le depart de Shoshana Damari – שושנה דמארי, venue
toute enfant du Yemen. Une memoire qui avait chante a chaque moment de
l’histoire vibrante et fragile d’Israel. Dans le cas de Yossi Banai, il
se produit autre chose: l’identite israelienne a perdu une voix
alors que la culture naitonale se cherche et se trouve avec bonheur et
justesse dans le tresor lexical qui integre d’autres traditions, en
particulier la chanson francaise.

Il y a quelques annees j’enterrais au nouveau cimetiere situe a cote de
Beersheva une grand-mere russe. C’etait un jour “magnifique” si l’on
peut dire. Un jour de “sharav” (“hamsin” en arabe = sirocco puissant du
desert). Il est “orange” en hebreu, “jaune” en russe et en arabe. Selon
la tradition chretienne orthodoxe, le cercueil etait ouvert. Le corps a
vite ete recouvert de ce vent de sable mele de gouttes de pluie de courte duree.
Le ciel etait noir et il y avait des eclairs. J’ai commence l’office
par les paroles “Dieu Saint, Saint et Fort, Saint et Immortel” tandis
que les ouvrier juifs israeliens, nes a Beershava ou etait base
Abraham travaillaient alentours. Je l’ai d’abord chante en hebreu- une maniere aussi de respecter cette terre et les ouvriers – puis en slavon d’Eglise. De
meme pour les psaumes. A un moment, un petit-fils de la defunte
m’apostropha en me reprochant de prier en hebreu: “ce n’est pas une
langue d’Eglise”, dit-il. Il faut avouer que dans cette ambiance de fin
du monde, il pouvait etre ebranle. Il ‘etait surtout par la perte de sa
grand-mere qui, dans un pays occidental, aurait eu encore de longues
annees devant elle et etait arrivee peu auparavant en Israel. Tandis
que nous voyions tout en orange (ou jaune), je lui ai explique qu’il
posait une excellente question. Mais que nous etions ici tous
Israeliens, presents en tant que tels par un bouleversement de
l’histoire difficilement comprehensible. Mais surtout que nous etions a
Beersheva, la ou le patriarche Abraham accueillait tout le monde sous
sa tente. Et qu’ici, au point le plus “originelle” de la foi en Dieu
(donc celle de l’Eglise dans le Messie), alors que nous etions tournes
vers Jerusalem selon la coutume, l’hebreu cesait d’etre un “esperanto”
de travail quotidien, mais bien la langue de la Revelation. Qu’en
revanche, il etait evident que ce jeune homme, fraichement marie,
sentait qu’une langue – un etre humain s’est tu – sa grand-mere et que
donc, pour lui-meme comme pour la communaute, il y avait une personne
de moins a parler russe. Et il m’a ensuite dit, apres le repas de
funerailles, qu’effectivement il se rendait compte qu’une voix chere
avait disparue. Cela lui posait aussi la question d’une
autre culture, neuve et inattendue pour lui. En russe, “язычники” – “yazychniki” = les nations (paiennes, du monde) qui parlent “les langues” (iazyka). Il est bien question du parler. Dommage que le terme soit pejoratif aujourd’hui… n
nEn mettant en terre dans kibboutz de Givat HaShalosh le createur YossinBanai, la societe israelienne gagne une voix dans le renouveau d’unenlangue qui plonge au trefonds de la destinee juive mais qui aujourd’huinredevient une langue de verve et de beaute tout en restant, par paradoxn- a mon sens – la seule langue paternel, la langue du “Pere qui est auxncieux – Avinu shebashamayim”. Alors d’autres viendront, de l’Orient etnde l’Occident dit l’Ecriture… ce sont des mailles qui tissent la vie,ntout doucement…

האב הזקן אלכסנדר וינוגרדסקי-פרנקל
прот. Александр Виноградский-Френкель
prot. Alexander Winogradsky-Frenkel
Greek (Rum) Orthodox Patriarchate
Jerusalem – ירושלים – Иерусалим – ILn
(00972) 528 50 67 17 “abbaleksandr@gmail.com”
En mettant en terre dans le kibboutz de Givat HaShalosh le createur Yossi
Banai, la societe israelienne gagne une voix dans le renouveau d’une
langue qui plonge au trefonds de la destinee juive mais qui aujourd’hui
redevient une langue de verve et de beaute tout en restant, par paradox
– a mon sens – la seule langue paternel, la langue du “Pere qui est aux
cieux – אבינו שבשמים – Avinu shebashamayim”. Alors d’autres viendront, de l’Orient et
de l’Occident dit l’Ecriture… ce sont des mailles qui tissent la vie,
tout doucement…

Et puis, les chanteurs “populaires” sont tres importants dans la vie quotidienne. En Orient, ils expriment l’ame d’un peuple. Il m’arrive souvent, avec des jeunes qui ne font que “citer” un classique tres recent de la chanteuse israelienne kurde Sarid Haddad, de reprendre le refrain. Cela ouvre bien des contacts… La radio israelienne (Reshet Beit – 2eme programme) propose chaque semaine une longue emission de nuit. L’animatrice est Mimi Karim. Une voix incroyable; elle ecrit le nom de chaque auditeur qui appelle, cela peut prendre du temps car elle egare ses lunettes ou epele les noms a sa facon! mais les chants qu’elle propose sont tires de la memoire d’avant 1948, alors qu’elle-meme faisait partie des groupes combattants.

C’est la que l’on decouvre l’aspect tres “international” des chants en hebreu moderne, depuis l’arabe au ladino d’Espagne, le yiddish, le russe… Il est passionnant de suivre ce processus d’inculturation.
Le sketch de Yves Montand adressant un telegramme d’amour sa bien-aimee est devenu un classique de Yossi Banai qui, avec sa complice feminine en guise de postiere – donne un ton “impayable” en hebreu.

Il y a des passionnes de la chanson ou des livres populaires d’autant que, comme le fait de cultiver le sol, on connait le prix du langage humain. Cela me rappelle Isaac Bashevis Singer, Prix Nobel de Litterature (yiddish) qui nous avait dit qu’a sa mort, les anges l’accueilleront au ciel en lui demandant quel etait le dernier best-seller en yiddish.

Ici une voix rauque comme les sons semitiques a pu donner les derniers news La-Haut, Yossi Banai, z”l.

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