Jeroboam ben Nabat

Ce mardi 22 aout (9/08 selon le calendrier julien oriental) correspond au 28 du mois de Av 5766. C’est le jour ou l’on s’apprete a passer au mois nouveau de Ellul, temps de
transition entre le mois-memorial des destructions du Temple: Av et le mois de Tishri qui marquera le nouvel An juif 5767, en ces fetes d’automne.Les Russes adorent le temps d’automne ou “osen’ – осень” lorsque les forets se parent d’une multitude de feuilles qui virent au jaune, passant par un orange brillant et encore chaud d’une tiedeur de l’ame, douce et prelude au froid hivernal. Meme en Israel, l’automne reste pour les anciens Sovietiques un temps particulier ou il ne fait pas trop chaud, ou le coeur ne brule pas trop comme pendant les canicules permanentes du sirocco ou sharav/khamsin etouffant qui monte du desert. Un temps ou il est possible de respirer.

Tel est aussi le mois de Ellul. Apres la tension du rappel des
destructions des deux Temples, commemorees pendant les mois de Tammuz et Av, la communaute juive atteint un temps plus neutre. Le mois de Ellul est habituellement un temps de vie “ordinaire”, centree sur la meditation de l’annee qui s’acheve et la possibilite d’ameliorer, de developper, de se reprendre a tous les niveaux de notre vie morale, spirituelle, societale, civique, professionnelle, familiale ou autre. Le choix fondamental reste celui des deux Voies ou –Shtey Drakhim שתי דרכים– proposees en Deuteronome 18. De rechercher les benedictions et non les
maledictions.

Ceci reste une demarche difficile. Il est rare qu’un etre
humain demande a Dieu de le maudire ou de le couvrir d’un anatheme paralysant. En revanche, selon la foi d’Israel, Dieu est Maitre de chacune de nos destinee et de toute chose qui se produit dans le monde, dans notre univers. Il connait le nombre des planetaires du systeme solaire bien mieux que nous et leur “fonctions” bien davantage que ce que nous venons tout juste de redefinir au plan astronomique. En revanche, notre vie n’est pas une loterie. Elle implique une confiance totale dans le Ribbono shel olam – le Maitre de l’Univers. Tel est le principe de l’observance des mitzvot ou des Commandements. Elle suppose
une foi de chercheur de Dieu tout en sachant que Lui seul dispose de la coherence du monde ou notre tache est de perfectionner la beaute et bonte de Son oeuvre.

La communaute d’Israel traverse des temps particulierement eprouvants. La premiere etape d’une guerre qui a dure un mois et reste encore innommee ce qui est pratiquement sans precedent
constitue un element nouveau dans l’histoire tourmentee de l’Etat hebreu.

En soi, l’Etat d’Israel a la faiblesse commune a tout pouvoir de ne pas vouloir reconnaitre ses erreurs ou manquements. L’hebreu – meme quotidien – est profondement impregne du langage de la foi – n’en deplaise aux seculiers (terme plus adequat que “laics”). Israel sait, au trefond de son ame collective qu’il succombe trop souvent ces dernieres annees a la tentation d’un veau d’or qui mene a la confusion. Seul Israel peut se permettre un tel jugement. Si ce jugement n’apparait pas au grand jour, il faut respecter cette discretion et ne pas s’arroger un droit “usurpateur” a condamner cette jeune-ancienne nation; et ne pas la condamner avec un malin desir qui peut se tapir en
arriere-plan: le pays disparaitra car le “peche” est mortel par
definition. Soyons francs. C’est ainsi qu’agissent la majorite des
puissances politiques et des Etats de ce monde.

Il y a une sorte de reflexe en miroir lorsqu’il est question
d’Israel. Ce sont les “autres” (Europeens et autres) qui ont mauvaise conscience mais continuent de penser qu’ils seraient en droit de dicter a Israel la position a tenir, la strategie a adopter. Le syndrome “Drakkar” d’une force francaise devenue soudainement duegne effarouchee lachant la bride face au desir israelien d’engager un leadership de controle militaire international sous la conduite des Italiens! Curieux; et franchement cela manque de cohesion, de coherence et surtout de courage pour des Etats qui ne peuvent, a ce jour, faire le deuil
de leurs Affaire Dreyfus, collaboration active et antisemite ou
fasciste. Il ne s’agit pas d’appeler la vindicte de quelque malediction sur des peuples par ailleurs chaleureux. Au fond, Israel a la courtoisie de ne pas suggerer, avec insistance et une pointe d’arrogance, que la France cede la Bretagne a la formation d’un Etat des Celtes; ou bien que le Pays Basque rejoigne le cote espagnol quittant la Republique ainsi que le Languedoc qui rejoindrait une repulblique occitane dont la capitale serait Barcelone! Israel n’exige pas le retour de l’Irlande du Nord a la republique d’Eire ni la partition de l’Italie en deux Etats, l’un du Nord, l’autre du Sud et un petit reste pour augmenter un Vatican devenu “etroit”! Hypothese ridicule? Pas tellement. I y a une arrogance sans borne des Etats d’Europe a s’imaginer qu’ils puissent, d’une maniere ou d’une autre, inflechir la destinee d’un Etat dont les habitants sont les rescapes des pires exactions menees pendant des siecles contre l’unique Israel de Dieu. Et dont ils ont recu les connaissances scientifiques,
economiques, sociales, medicales; et bien souvent l’argent.

Et si, de surcroit, ces Etats d’une Europe ayant partout recu le bapteme au nom du Christ, s’imaginent avoir encore quelques “restes de proprietes foncieres” en Eretz Israel – et ceci est vrai de beaucoup d’Etats – Israel et le peuple juif savent, a ce jour, renvoyer des pretendants a leur chaumieres – ou tours de banlieues a risques, parfois meme avec un dedain malheureureusement requis face a de tels aveuglements.

Le temps des Croisades est fini, de meme que celui des
colonisations diverses. La situation inattendue du peuple juif revenant sur sa terre est un episode dans l’histoire du judaisme qui est le point le plus important de cette destinee. Il reste que les Nations du monde se montrent pleutres, sans courage et ne peuvent meme – dans le cadre europeen en construction – definir leur propre identite sur celle d’un judeo-christianisme qui a pourtant faconne l’ame europeenne.

Voici 60 ans, tous les mouvements protestants des pays
scandinaves etaient sans reserve en faveur du retour des Juifs en Terre Sainte. A ce jour, les Eglises lutheriennes danoise, suedoise et surtout, en ce moment, norvegienne sont prise d’un reel “syndrome de drakkar” ou ces vieux amis d’Israel en viennent a contester “l’election du peuple de Dieu”. Celle-ci n’est pas un privilege de domination, mais de service; elle n’est pas un droit que les Juifs possedent pour eux-memes: c’est un appel gratuit de Dieu. Comment donc des peuples tellement nourris par l’Ecriture s’enfoncent-ils dans un brouillard confusionnel, si comparable, somme toute, a l’idolatrie du veau d’or.

Israel en a une longue experience: combien de fois des
non-Juifs ont usurpe, pour des prestiges douteux, les droits
inalterables d’Israel clairement rappeles par Saint Paul en Romains 9,4. Israel sait que son pire ennemi se manifeste lorsqu’une nation de la gentilite prend conscience que le principe de substitution (Election gratuite par Dieu) n’existe que virtuellement et par irrationalite.

Le roi Salomon a gravement peche – bien qu’ayant eu la tache
de construire avec sagesse le Temple; ses nombreuses epouses et multiples concubines l’ont entraine a se detourner du Dieu Un et Unique et se laisser seduire par les divinites paiennes de ses compagnes. Aujourdhui, l’hedonisme ambiant, la versatilite molle qui permettrait d’etre un peu juif, un peu catholique, un peu protestant, un peu orthodoxe (et dans combien de juridictions!) avec quelques grammes de zen, de boudhisme, de soufisme, d’islam et au fond autant de maitresses potentielles, nous placent dans cette situation de tourbillon inconsistant.

Le Talmud est clair ainsi que les midrashim (commentaires
rabbiniques): seul un brouillard cerebral puissant – et voulu par Dieu – a pu empeche des habitants d’un lopin de desert du Sinai a ne pas trouver la sortie apres l’idolatrie du veau d’or.

Israel n’existe comme Eretz Israel, c’est-a-dire composante avec la Torah et le Service (Avodah) ainsi que les Gemilut khasadim (oeuvres de charite) que dans la mesure ou la tribu des kohanim (pretres) ne possede aucun bien et aucune propriete fonciere! Tout comme la regle fondamentale qui s’applique aux
croyants en Jesus de Nazareth (Matthieu 10, 10 – Marc 6, 8).

La meme question se pose depuis une soixante d’années
pour l’Etat d’Israel. Est-ce l’Etat des Juifs ou un Etat, voire un lieu
ou enfle le meilleur sans que le pire ne puisse etre vraiment maitrise?
C’est ainsi que certains ont cru pouvoir traiter David Ben Gourion de “Jeroboam ben Nabat” (2 Chroniques 13 & ss.), le fils de Salomon qui retablit le culte du veau d’or en Israel. A cette heure ou la corruption semble marquer au fer rouge l’establishment et une grande partie de la population israelienne, l’imprevision militaire et economique, les pulsions sexuelles des uns alliees aux machinations boursieres aux allures de delits d’inities des autres…. Pourtant!

Nul ne peut s’arroger le droit de juger negativement ce qui
se produit dans l’Etat d’Israel. Car nous sommes dans un temps qui ne remonte pas le cours de l’histoire.

Nous sommes dans le temps d’un deploiement inattendu et d’un remodelage du judaisme dans sa totalite. Le judaisme n’a que faire de ce que pensent les nations de la gentilite.
Il leur est “obeissant par nature”. C’est le roi perse Cyrus “Messie
non-juif” qui acheve le TaNaKH ou Bible hebraique dans le deuxieme Livre des Chroniques 36, 20 : “que tout homme qui appartient a ce peuple (juif) parte a Jerusalem pour construire la Maison, veya’al – ויעל = et qu’il y monte”.

Les Juifs les plus seculiers ont senti ce meme besoin
“d’obeissance” lors du vote historique de l’ONU en 1947 a San Francisco qui “permettait” la creation et la reconnaissance (meme fragile) de l’Etat d’Israel pour ce temps de notre devenir humain et spirituel. Et nul doute que cette question habitait un homme comme David ben Gourion. Deja son fils, sujet brillant a l’avenir prometteur, avait du s’ecarter du pouvoir en raison de ses malversations frauduleuses. Au fond, alors que le pays traverse une interrogation profonde a ce jour, Ariel Sharon a ete terrasse par les “affaires”. Il demeure, a cette heure, un “temoin
silencieux” (toujours vivant) tandis que d’autres personnalites
exemplaires semblent tanguer entre le veau d’or et le defunt Rabbi Kaduri.

Ne serait-ce pas la le veritable prix, le veritable enjeu et
pari de la “sainteté”? “Qadosh” pour “l’etre saint” et “qedashta” pour les prostitues males et/ou femelles (Talmud Y. Sabb. 7, 2). Comme si il y a un espace infime entre la puerete la plus pleniere et la depravation morale, comme le suggere en paradoxe la racine du mot.

Il y a un point qui rendrait caduque toute critique portee sur
le caractere judaique et traditionnel de l’Etat: le fait que, dans
cette periode aleatoire, un Etat, la republique moderne d’Iran, pratiquement dote de l’arme nuclaire, affiche son desir de “rayer Israel de la carte”. Cela depasse toutes les tergiversations des autorites politiques europeennes, americaines ou russes a expliquer ce qu’Israel doit faire.

L’enjeu est celui de la perennite du judaisme au sein de la
race humaine. Il ne peut disparaitre, tel est precisement ce qui place Israel et le peuple juif dans un combat singulier a chaque generation et en fait la matrice du salut (cf. Saint Jean 4, 22).

Il est indispensable, dans un contexte de cette amplitude, de
s’interroger sur le silence quasi total – en tout cas localement en
Israel – des Eglises du Christ sur l’epreuve a laquelle la communaute juive est soumise.

Curieusement cette attitude de silence est le reflet dans le
meme miroir du culte du veau d’or impose par le fils de celui qui avait rebati le Temple et rayonne par sa sagesse.

C’est un temps de tourbillon inconsequent. En hebreu,
“milkhamah” – מלחמה = “guerre”. C’est le temps ou il n’est plus possible – sur une periode deraisonnable et indeterminee – de “partager un repas ensemble” : mi- מ(de, part de) et lekhem – לחם ‘pain) ou lakhma – לחמא(viande). C’est un temps de kherem – חרם ou de “mise en dehors de la communaute de partage des aliments de vie”, d’excommunication pour employer un terme plus technique.

C’est lorsque les pulsions de mort s’expriment avec force ou
bien quand le desir de vie ne peut etre defini et exclut avec violence les notres et les autres.

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