Dormition et elevation

En ce 28/15 (calendrier julien) aout
2006, les Eglises orthodoxes traditionnelles, en particulier celle de
Jerusalem, celebrent la Dormition de la Vierge Marie, Mere de Dieu.
C’est une fete importante sur le plan local. Les fideles se rendent de
tot matin a Gethsemani – Gatshemaneh – non loin de la montagne de Sion,
aux pieds du mont des Oliviers, lieu ou Marie a ete enterree.

Les fetes de la Mere de Dieu – ou Theotokos en grec, Bogorodica en slavon, Yoledet-El
en hebreu – ont conserve un caractere de discretion, surtout a
Jerusalem. Au fond, sa vie nous est tres peu connue par les Ecritures.
Ce sont davantage les ecrits intertestamentaires et patristiques qui
ont “decrit” des faits qui restent souvent a decrypter correctement. La
vie de Marie, fille de Joakim et Anne, reste confidentielle, de meme
que sa mort. Nous savons qu’elle est morte a Jerusalem et non a Ephese
comme cela fut largement diffuse depuis le 19eme siecle suite aux
visions de Catherine Emmerich qui ont peu de fondements historiques.

On peut s’interesser a la naissance de Marie, Sainte Mere
de Dieu. Sa mort presente des questions bien plus interessantes car elle
est directement reliee a la vie-meme et aux actions de son Fils, Jesus
de Nazareth. La mort de Marie ne prepare pas a celle de Jesus comme
intercesseur et sauveur. De meme, tous les titres habituellement donnes
par l’Eglise indivise (Mere de Dieu, Toujours-Vierge) ne decoulent pas
d’attributs personnels de Marie. C’est en raison du fait, que, dans la foi, le chretien
croit que Jesus est vrai homme ET vrai Dieu, que Marie peut etre
appelee “Mere de Dieu”; Sa sepulture au pied du mont des Oliviers qui
est le lieu eschatologique par excellence du judaisme est aussi un
symbole fort. Beaucoup de theologiens se sont poses la question de savoir si Marie
avait aussi ete soumise a la mort. A titre de comparaison, Jesus n’est
pas mort selon la tradition musulmane ; de ce fait, sa mere aurait
egalement ete preservee de ce “passage” (Maryam,
Sourate 19, qui ne mentionne pas Joseph, mais Harrun, le “frere” de
Marie, suggerant une assimilation avec Moise, frere de Miryam et de
Aaron).

Il est donc essentiel que l’Eglise enseigne et
celebre la mort de Marie, Mere de Jesus. En effet, Jesus fut pleinement
homme en ce qu’il connut tout de la condition humaine hormis le
peche. De ce fait, Sa Mere ne pouvait etre soustraite a l’experience la
plus fondamentale de l’etre humain dans son devenir et sa destinee
humaine et metahistorique: ou bien la mort arrete notre destinee et y
met un terme comme le percoivent et l’ont percu des generations de
fideles apppartenant a diverses confessions. Ou bien, la mort ouvre sur
un prolongement que nul ne saurait predefinir mais qui a pris son sens
en particulier dans la mort et la resurrection de Jesus de Nazareth. Au
4-5eme siecle, c’est d’abord chez le pretre Timothee de Jerusalem ou
d’Antioche que s’est exprimee l’opinion de la mort et, au-dela de son
endormissement dans la mort, de l’entree de la Tres Saint Mere de Dieu dans la Vie.

Selon la tradition juive, les etres ne meurent pas seulement:
ils dorment. Tout comme cela se dit dans la tradition byzantine et, en
particulier, en slavon, “un croyant

est endormi dans la mort”. “yoshnei afar” rappelle
dans la priere juive des 18 Benedictions que les morts “dorment dans la
poussiere (= des tombeaux des patriarches, allusion a Hebron). Cette
formule est aussi celle conservee par la tradition orientale qui recuse
“l'”assomption” de Marie en tant que dogme formule par l’Eglise
catholique (Pie XII). L’endormissement de Marie comme Mere de Dieu
implique sa resurrection et la foi accepte son elevation sans en
preciser le moment.

La tres belle icone byzantine exprime magnifiquement la
destinee humaine: sur l’icone de la Dormition, Marie repose a
Jerusalem et le Christ se tient, ressuscite, au-dessus d’elle, tenant
un enfant dans ses bras. Il tient Sa propre Mere qu’Il porte a la
naissance aupres de Dieu. Cela donne sens: Marie rassemble et unit en ce monde comme dans l’eternite, l’ensemble des
etres humains.

Ceci doit surtout nous inciter a mieux lire les textes
neo-testamentaires. Il est un fait que la tradition judeo-chretienne de
l’Eglise primitive proposait une lecture “messianique” centree sur le
salut de la naissance de Jesus d’une vierge (Matthieu 1-2, dans l’ordre
chronologique normal; et Luc 1-2 dans l’ordre remontant dans le temps).
Ceci etait egalement vrai dans le monde hellenistique. En revanche, le
monde de la Gentilite a davantage mis l’accent sur la “naissance
miraculeuse dans le sein d’une vierge”.

Ainsi, a la fin du jeune le plus dur de tradition orientale
orthodoxe (celui d’aout – fete de la Dormition), l’Eglise rejoint d’une
maniere specifique les celebrations du judaisme en ce meme temps d’été
et de “Moisson (
qayitz : moisson; qetz
: fin). On peut comparer ce temps a celui des “destruction du Temples”
dans la mesure ou celui-ci est comme la “matrice” qui soutient la foi,
tout comme Marie est nommee “Matrice de Vie” car elle a portee le
salut.

Il y a aussi le lieu du mont des Oliviers face a la montagne de Sion. Marie est vierge selon
Luc 1, 34. Il faut mettre en parallele la “virginite” et
“l’immortalite” de Marie afin d’ouvrir au mystere divin et non
retracter la connotation a un sens etroit et limitatif.

Le mot grec parthenos correspond a trois termes hebreux: betulah (vierge), naarah (jeune fille),
almah (jeune femme). Betulah
indique un etat virginal sans contact sexuel, ou bien l’impossibilite
d’avoir des regles (Niddah 49a). Le terme hebreu originel

almah suggere un enracinement plenier: jeune femme car “engendrant au monde = olam; ou passant de l’invisible au visible ilam”.
Cette dimension de la foi est bien plus importante que de rendre etroit
un terme sans que nul ne puisse disposer de demonstrations ou de
preuves.

Ce mont des Oliviers est le lieu du retour eschatologique,
tout d’abord pour le judaisme, alors que doit venir le prophete Elie.
Il n’est precisement pas mort. Il est monte au cieux dans la
merkavah, le char de feu (2 Rois, 2-11). Il est le prophete attendu qui doit venir (Matthieu 11, 14; 9, 4 – Transfiguration).

Cette
fete de la Dormition est celle de la victoire sur la mort. Et celle
d’un engendrement constant de la nature humaine. A considerer tout ce
que les hommes doivent supporter comme blessures et heurts, haines et
violences, atteintes aux droits, ce monde de la foi semblerait ridicule
ou pueril.

Dieu est bien au-dela de tout ce que nous pouvons concevoir. Le Prophete Elie, lui-meme betulah
(vierge) dans la tradition biblique est certainement un exemple unique
de la foi; il occupe une place centrale pour le judaisme, le
christianisme, l’islam, les druzes, bref tous les fideles presents aux
Proche-Orient.

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