Le pavillon de Ta paix – סוכת שלומיך

Le temps de
Sukkot –   חג הסוכות – Fete des Tentes est marque par une certaine fraicheur
climatique et une disposition a se deplacer a travers le pays pour en
decouvrir des lieux inedits. Les radios ont ainsi des emissions
hebdomadaires: les auditeurs appellent et peuvent s’enquerir de
certains itineraires pour se rendre vers tel site ou demander des
conseils sur des lieux a decouvrir. Cette soif de voyage a travers un
pays petit et dans une periode de guerre ou de precarite de la paix est
un element important en Israel depuis deux decennies. Au fond, c’est un
moyen tres realiste de se relier a d’antiques racines. L’amour du Juif
pour Eretz Israel – ארץ ישראל s’est maintenu au travers des prieres et des
differentes formes de litteratures au cours des siecles. Les fetes de
Rosh Hashanah permettent de cheminer a travers le pays de maniere
souvent touchante: arret devant des arbres qui sortent a peine de terre
ou des fleurs dont les couleurs sont chatoyantes. Il est aussi possible
de relier le renouveau de la langue hebraique a cette enracinement dans
le sol.

Il a des scenes sympathiques. En general, la plupart des gens
sont d’accord pour dire que durant le recent conflit, chacun a pu
decouvrir des facettes positives chez des voisins ou des citoyens
qu’ils auraient prealablement juges de maniere assez negative. Cet
apres-midi, un petit garcon de deux ans fetait son anniversaire –
c’etait surtout le fait des parents, mais bon! – dans un excellent
restaurant japonais de Jerusalem. Il est situe dans une ruelle  et  la
famille s’etait reunie avec un nuee d’amis et d’enfants,  occupant le
milieu de ce passage dans des fauteuils et sur des chaises
brinquebalantes. Une atmosphere de rires et de joies; le contact etait
ouvert tandis que passaient toutes sortes d’habitants de Jerusalem et
quelques touristes.

Un peu plus loin, le KhaBaD – חב"ד, le mouvement hassidique du Rabbi
de Lubavitch, avait organise un spectacle sous une grande sukkah –
tente; on assistait en direct a l’explication des sukkot/tentes, le
temps de pelerinages dans le desert apres la sortie d’Egypte et la
visite des sept ushpizin – אושפיזין ou "invites d’honneur" qui vont d’Abraham au
Roi David. De grands eclats de rires jaillissaient de la sukkah, chacun
tenait des ballons. Le tout degageait un sentiment de paix et de
profondeur spirituelle, humaine.

"sim sukkat shlomekha – שים סוכת שלומך – etends le pavillon de Ta paix": tels
sont les mots de la priere. La paix est celle de Dieu. Il faut etre
concret a cet egard. Dans le Neguev (desert du Sud apres Beersheva) on
a construit de frele "tentes de la paix – ohaley hashalom – אהלי השלום" pour que,
toute l’annee, les gens puissent, en route vers le Sud, faire une
halte-reflexion et prendre le temps de la meditation. Tout comme
Abraham recevait les visiteurs "bekhom hayom – בחום היום – au plus chaud du jour" (Genese 18, 1).

Les journaux – et aussi les blogs se font l’echo de la
conversion ou de la meditation spirituelle de gens "ordinaires" comme
du commandant en chef de l’Armee. C’est une tendance actuelle dans une
societe qui sent intuitivement, de maniere difficile a formaliser en
mots clairs, que la conscience a besoin de s’exprimer et de "se
purger", ce qui est le propre du Kippur et est une chose positive,
voire souvent courageuse.

Il est d’ailleurs curieux de voir que, dans ces heures agitees, Ariel Sharon continue de dormir dans sa chambre d’hopital.

Il
faut un courage certain pour depasser le temps de la medisance, du
mal-dire qui a donne la racine "maudire". Cette tendance a la medisance
est tres serieusement considere comme l’un des peches essentiels par la
tradition juive. La "lashon haraah – לשון הרעה – ou langue de la
malice/malveillance" est condamnee dans la tradition juive et fait
partie d’une des premieres choses a corriger durant le temps de
renouvellement du Kippur.

Il est cependant interessant de souligner que les Apotres et
les disciples des premiers temps d l’Eglise furent extremement
sensibles a cette puissance d’un mal cause par le plus petit muscle qui
peut cependant tuer humainement. L’epitre de Saint Jacques (reference
au Sacrement de l’Huile c’est-a-dire la guerison des malades) rappelle:
"Ne meditez pas les uns des autres,
freres. Celui qui medit d’un frere ou qui juge son frere medit de la
Loi et juge la Loi.Or si tu juges la Loi, tu n’observes plus la LOi,
mais tu la juge. Il n’y a qu’un seul Legislateur et Juge, Celui qui
peut sauver ou perdre. Et toi, qui es-tu pour juger le prochain?"
(Jacques 4, 11-12).

Ces versets sont a la fois profondement judaiques,
catholiques (katholiki) en ce qu’ils obligent a l’ouverture maximale et
orthodoxe (foi authentique et droite) car elle se fonde sur Dieu comme
source et destin de tout etre humain.

A lire de maniere tres naturelle cette petite epitre si
significative de la tradition chretienne la plus ancienne, on ne peut
s’empecher de penser aux paroles-memes du Christ dans la parabole du
pauvre Lazare et du riche: "Pere Abraham, si quelqu’un de chez les
morts va les trouver, ils se repentiront." Il lui repond: "Du moment
qu’ils n’ecoutent pas Moise et les Prophetes (la Loi Vivante = Torah),
meme si quelqu’un ressuscite d’entre les morts, ils ne seront pas
convaincus." (Luc 16, 27-31).

Tel est l’enjeu veritable du Kippur et de la foi en la
resurrection du Christ Jesus. A chaque Grand Careme, la priere de Saint
Ephrem rappelle: "Donne-moi de ne pas juger mon frere (дай ми не осуждати брата моего)".

Il ya
des temps de chaos, sans forme et vide de toute substance concrete,
tohu vabohu – תוהו ובוהו. Le peche le plus frequemment mentionne par les
personnes de culture russe ou sovietique, comme d’ailleurs les Juifs
non chretiens, est celui du jugement (negatif) porte sur autrui "осуждение  (לשפוט ולחוב – lishpot ulekhov en hebreu) ".

C’est pourquoi le pardon a une valeur qui depasse les capacites directes ou spontanee de l’etre humain. Le pardon implique le depouillement, l’abandon de quelqu’un (a comencer de soi-meme) ou de quelque chose (nos "proprietes", "biens"). Il y va aussi de la comprehension tres lente de ce qu’implique et signifie la plenitude de la redemption.

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