Le berceau est en feu

James Mar (Mor) Yaakov – premier eveque de Jerusalem – מר יעקב הרעיא הראשון בירושלים

Il est un fait devenu quotidien
et banal: chaque jour des dizaines de personnes meurent en Irak, en
consequence d’une guerre longue et qui, une fois de plus, temoigne de
l’irrationnalite.

Le Patriarche de l’Eglise assyro-chaldeenne unie a l’eveque de
Rome, Mar Emmanuel III Delly, a opportunement rappele, voici quelques
jours, que les Eglises de l’Irak et d’ancienne implantation dans la
region, sont en train de disparaitre “alors que le monde reste silencieux”. Il est interessant de remarquer que ses propos, reiteres au Liban
pendant la reunion des patriarches catholiques orientaux du
Moyen-Orient au siege armenien-catholique de Bzoummar (AsiaNews
19/10/06), font echo a la phrase qui est inscrite dans le hall du Musee
de la Diaspora de Tel Aviv a propos de la Shoah/Hurban – שואה-חורבן: “En son
temps, les Allemands et leurs complices exterminerent six millions de
juifs… tandis que le monde gardait le silence.”

Voici
peu, ce fut le pretre syrien-orthodoxe Paulos Eskandar qui fut
sauvagement torture et decapite. Il etait connu pour
etre un homme de foi et tres modere. Cette situation peut interpeller a
differents niveaux.

L’Eglise assyro-chaldeenne, parfois appelee “nestorienne” a
garde l’une des formes les plus archaiques ou plutot “premieres” de la
tradition et de l’expression semitique orientale. Alors que la
tradition syriaque occidentale (Edesse) jouit d’un prestige indeniable,
et fut egalement largement persecutee lors du genocide perpetre par les
turcs envers les armeniens en 1915, elle est davantage marquee par un
substrat grec indeniable. La tradition assyrienne utilise une langue
arameenne aujourd’hui fragilisee, mais qui, dans les textes
liturgiques, en particulier les paroles de la Consecration, temoigne
d’un tres ancienne impregnation linguistique. “Hana’u faghri” (ceci est Mon Corps) – “Hana’u Demi”
(ceci est Mon Sang) est d’une concision quasi talmudique. Certains ont
evoque que les Mages venus d’Orient avaient ete instruits par les Juifs
qui vivaient en Mesopotamie et n’etaient pas revenus a Jerusalem apres
l’edit de Cyrus (II Chroniques 36, 23).

L’Eglise assyrienne a vu le jour en Mesopotamie. Selon la
tradition, c’est l’Apotre Thomas (dont la fete est celebree aujourd’hui 19/10
par l’Eglise orthodoxe de Jerusalem) qui, partant d’Antioche, passa par
Edesse ou, assiste d’un autre apotre Addai (ou Thaddee), puis Mari et
Aggai, fonderent cette premiere Eglise d’expression syriaque (arameen occidental, dialecte dit /o/). Thomas
poursuivit son chemin jusqu’en Inde ou il mourut comme martyr. Au
Kerala, on continue de dire les prieres consecratoires en arameen.

Dans le cas de l’Eglise de Babylone, un lien particulier fut
etabli entre l’Eglise de Jerusalem et les Mages (sans doute d’origine
zoroatrienne ou mazdeenne qui fut sans doute la forme la plus ancienne
de “monotheisme paien”), les dons de la Pentecote et les descendants
des juifs du pays.

La Mesopotamie fut le berceau du monotheisme d’Abraham. Sumer
– nous avons l’occasion de le souligner dans des blogs du temps de
Tammuz – fut considere comme le Gan Eden – Paradis et en partant de
Ur-Kasdim אור כסדים(Chaldee), Abraham resta en relation ainsi que ses fils avec
cette region particuliere. Saint Thomas, puis Addai et Mari, ont
developpe l’Eglise de Seleucie-Ctesiphon, puis au 4eme siecle, le texte
de la Bible fut finalise par Rabbula dans la version dite “pshitta – פשיטא”
(version simple) qui suit largement le texte du targum arameen utilise
au temps de Jesus et qui demeure une norme de nos jours chaque shabbat
(redigee par le proselyte Onqelos).

L’Eglise assyrienne se developpa sous l’empire perse, dans un
contexte national different de la maniere “imperiale” qui fut la regle
tant en occident et en orient. L’Eglise d’Orient suivit la doctrine
condamnee lors du Concile d’Ephese et, de ce fait eut un developpement
original, souvent meconnu ou combattu par les Eglises en lien avec
Constantinople et Rome.

En revanche, elle se developpa largement a travers le nord de
l’Inde, fut presente dans le Tibet (metropolie de Lhassa), dans le
Turkmenistan, toute l’Asie centrale, la Mandchourie. L’aphabet mandchou
est typiquement syriaque (tres influence par l’ecriture serto mais
adoptant la maniere chinoise d’ecrire de haut en bas et de droite a
gauche).De meme, dans le Sin Kiang chinois, et en Mongolie. On sait que
l’Eglise assyrienne parvint au Japon (Iles de Kiu-Shu) et se deploya
dans toute cette frange de l’Asie jusqu’au 14eme siecle. Il y eut aussi
une certaine evangelisation de l’Indochine et de Palembang-Indonesie.

Cette Eglise orientale originale et originelle se heurta
neanmoins a l’apparition de l’Islam, la preeminence du bouddhisme et
des cultes locaux. Elle fut tantot soutenue tantot torturee par les
Perses, les Mongols. C’est sans doute en raison d’une trop grande
forme d’assujettissement a Gengis Khan que l’Eglise finit par
s’effondrer en Extreme-Orient. Par ailleurs, les missionnaires romains
latins ne comprirent pas la signification d’une Eglise aussi
apostolique dans son deploiement dynamique. Ils ne supporterent ou ne
surent comprendre l’importance des rites et l’enjeu de cette
inculturation, en particulier en Asie centrale, en Chine (stele de Sin-An-Fu de 788 en chinois et syriaque) et sans doute
au Japon. Les rivalites internes et une forme certaine d’isolement par
rapport aux autres centres chretiens affaiblirent l’Eglise. Une partie a ete reconnue en communion avec Rome, tout d’abord en 1445, quand Mar Timothee de Chypre se rallia a Rome. Mar Yohannan
Sulaqa fut proclame Patriarche de l’Eglise chaldeenne par le Pape Jules
III le 20 avril 1553 dans l’eglise du Latran.

De nos jours, l’Eglise assyrienne orthodoxe a deux patriarches
dont le plus connu est Mar Dinkha, tres actif sur le plan du dialogue
de son Eglise avec les diverses obediences. L’Eglise chaldeenne a eu du
mal a elire Mar Emmanuel III Delly et la situation en Irak est
dramatique.

Il reste que ces Eglises ont vu le jour avec les temoins de la
Resurrection et de la Pentecote. Il faut ausi souligner combien elle se
rattachent, par la langue restee vivante et la tradition, avec l’acte
de foi initial d’Abraham et de son periple spirituel tout-a-fait
singulier.

Cette Eglise, comme toutes celles de la tradition semitique
originale, doit aussi faire face a l’activite de missionnaires
occidentaux ou nord-americains protestants evangeliques qui ne tiennent
aucun compte du caractere venerable de leurs tradition. Et surtout des
clefs multiples que ces formes ecclesiales pourraient apporter pour une
meilleure comprehension des conflits.

On ne peut nier le travail tres utile accompli par les
Dominicains de Mossul. Mais dans ces temps-ci, la chretiente de
Mesopotamie est peut-etre tellement abandonnee que son avenir est
incertain. Certes l’Eglise d’Afrique du Nord a disparu. Ici l’enjeu et le contexte de l’histoire est autre.

Comme a Bethleem, la Mesopotamie chretienne – et bien anterieurement remontant a Abraham – est la marque du passage de Dieu parmi les hommes.

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