pulsa d’nura, disques cinglants de feu

Depuis plus d’une semaine, Israel, la societe israelienne et ses diverses composantes traversent des moments de puissantes forces de violences. Celles-ci s’expriment de maniere contrastee: la manifestation des Ethiopiens rappellent la difficulte d’integration d’un segment tres significatif a ce jour d’immigrants representant une forme originale du judaisme africain. Au fond, l’adoption de la loi permettant le retour de Falash-Muras ethiopiens dont on sait que la majorite n’est pas juive mais chretienne pose une question liee a l’identite – comme toujours – et a l’appartenance a la destinee judaique. La question peut etre etendue au retour egalement accepte des Beit Menashe (Fils de la Maison de Manasseh), tribu “perdue” d’Israel qui pratiquait une forme de judaisme dans les regions reculees de l’Assam (Inde) et qui ont pu, apres avoir accepte de passe par le bain de la giyur ( גיור), etre recus en Israel. Un nombre important est attendu en Israel dans les mois a venir. Il se trouve que je suis en rapport avec les initiateurs de ce projet de retour des Beit Menashe. Juifs ultra-orthodoxes, ils ont decide ce projet et ne mettent a aucun moment en doute le fondement d’une telle “montee a Sion”. La question est bien plus epineuse et reelle pour les Ethiopiens dont le rapport au christianisme est traditionnel. De fait, les Ethiopiens se referent au prestige de Menelik, fils de la Reine de Saba et du Roi Salomon. Puis au bapteme confere par le diacre Philippe a l’envoye du Roi d’Ethiopie, ce qui cree une sorte de double appartenance qui aurait perdure jusqu’a ce jour. En revanche, les Ethiopiens sont tres reticents a venir en Israel sous la condition de passer le rite de la giyur qui leur confere leur veritable identite judaique.

Dans le meme temps, les troupes israeliennes sont prises dans une rare escalade de violences avec des raids aeriens qui ont tue, a cette heure, plus de 60 personnes dans la bande de Gaza. De meme, l’Autorite Palestinienne semble n’exercer aucun controle des differents mouvements (Hamas, Fatah). La Palestine s’enfonce chaque jour davantage dans une tragedie humaine et economique particulierement grave. Il faudrait noter que cette situation se presente comme en miroir de cette perte de repere reelle qui traverse la societe israelienne dans toutes ses instances de gouvernement et de vie spirituelle.

II y a enfin cette “Parade des gays et lesbiennes” qui avait enflamme les esprit deja bien en amont, c’est-a-dire au mois d’aout lors de la premiere decision d’interdire cette manifestation en raison de la guerre du Liban.

Toutes les autorites spirituelles se sont elevees contre cette manifestation a Jerusalem. Le Patriarche Theophilos III de Jerusalem a souligne combien cette manifestation constitue un outrage a la foi et au respect de la Ville de Jerusalem, ajoutant que, sur le plan individuel (chaque personne concernee par cette “parade”), il reste un espace de misericorde.

Dans une interview, le Custode franciscain des Lieux Saints, le Fr. Pierbattista Pizzaballa ofm, a precise que, dans le contexte actuel, tant les Israeliens que les Palestiniens ou autre partie engagee dans la guerre du Liban, ne sont en mesure de “reconnaitre sa propre defaite” ou de changer une situation ou chacun “perdrait la face”.

Nous assistons effectivement a autre chose. Un deferlement de violences multiples et qui se multiplient comme en parallele les unes “contre” ou “par rapport” aux autres. Il est tout-a-fait habituel, dans le monde ultra-orthodoxe (haredi – חרדי), en particulier les groupes de Mea Shearim qui reconnaissent difficilement l’Etat d’Israel, de bruler en effigies tels ou tel chef de certains mouvements. Cette pratique est hebdomadaire a New York ou reside une grande majorite du groupe de Satmar, violemment anti-sioniste.

Cela fait plusieurs soirs et nuits que les quartiers haredis de Jerusalem sont en feu, au sens reel; la police a ainsi mis en prison des dizaines de religieux juifs et compte de nombreux blesses. Le Maire de Jerusalem, Uri Lupoliansky, a ete frappe avec des pierres avant-hier. Il est le membre tres liberal de l’un des groupes haredis les plus importants. Dans un article , le maire a demande a toutes les parties concernees de revenir a la raison et d’assurer la paix citoyenne et inter-comunautaire qui a pu etre preservee a ce jour dans la ville si composite et pluriculturelle, profondement universelle, de Jerusalem.

Son maitre spirituel, le Rav de la communaute lithuanienne Yosef Shalom Eliashiv soutient la possibilite d’arriver a une entente, de meme que le maitre spirituel du Shas, le Rav Ovadia Yosef. Le Rav Itzchak Tuvya Weiss, representant les groupes les plus ultra-orthodoxes et d’autres ont menace de lance une “pulsa denura – פולסא דנורא” – disons dans un premier temps “une malediction solennelle” contre les organsateurs et participants de la Parade gays-lesbiennes, mais aussi contre tout membre decisionnel israelien (depuis le President, le premier-ministre et les ministres et tous les representants de la paix civile). Il faut noter d’ailleurs, que, toujours a cette heure, le President Katzav echappe a tout ire ou critique publique.

Sur Reshet Bet (Deuxieme Canal de radio israelien), un commentateur sociologue vient de souligner que cette “Parade homo-lesbienne – הומולסבי” eclipse, pour un instant, les terribles problemes qui assaillent Israel de maniere tres grave a ce moment de l’histoire: les “erreurs techniques” qui ont provoque les tues de Beyt Hanun, les victime de qassams a Sderot et Ashkelon, le survol du Nord-Liban, les accusations de grave corruption lancee contre certains membres du gouvernement.

En revanche, la menace reelle ou supposee de prononcer une “pulsa d’nura” par les representants les plus extremistes du mouvement ultra-orthodoxe pose une question bien plus essentielle. C’est LA question identitaire sur l’Etat israelien, hebreu.

Il est interessant de constater que ces violences – en dehors du contexte de la parade – ont commence lors du 11eme anniversaire de l’assassinat du premier-ministre Itzchak Rabin envers lequel cette “malediction” avait ete prononcee de maniere repetee pendant les sept mois qui avaient precede sa mort.

“Pulsa denura – פולסא דנורא” est une expression specifquement talmudique, reprise de maniere plus developpee par les mouvements de la Kabbale. “Pulsa – פולסא” est un terme arameen: “disque ou plaque ronde, ou bien une bague egalement ronde qui fut initialement utilise comme mesure de poids ou comme monnaie – “piles- pilas – פילס” comme indique dans le Talmud Baba Metsia 47b. ou “pulsin – פולסין” (Leviticus Rabba 37). Il serait peut-etre important de se rappeler que l’argent et la moindre piecette a une dimension de valeur et d’appreciation dans toute la tradition juive comme dans les Evangiles.

Par extension, “pulsa” en terme compose: “pulsa d’nura – פולסא דנורא” etaient des disques chauffes “a blanc – incandescents” que l’on attachait a des fouets mentionnes dans le Talmud Baba Metsia 85b: “(dans les cieux) ils lui (a cet homme) infligerent ce chatiment en lui donnant 60 coups de fouets “pulsey d’nura – פולסי דנורא= avec des disques incandescents). Ce verset est absent dans certains editions et est lie au Grand Pardon dans Talmud Yoma 77a. L’expression est presente dans le Talmud Hagigah 15a. Rachi considere que le verset de Baba Metsia 47b “indiquerait une menace d’excommunication envers une personne”.

C’est dans ce sens qu’il faut sans doute comprendre le mot. Dans le Zohar, le terme apparait une seule fois (Raya Mehemna – רעיא מחמנא , 3:263). De fait, il y a une constante fascination envers le desir ou la pulsion de maudire plutot que de benir – ce qui est coeur de la pensee et de la vocation juive (Genese 22, 18).

Restant sauves les condamnations a mort – au demeurant impossible de nos jours en raison de l’absence du Temple et des sacrifices prescrits – les excommunications (kherem – חרם), le judaisme n’autorise personne a maudire qui que ce soit. La vie quotidienne, en particulier a Jerusalem – pourrait faire croire le contraire car certains ont la malecdiction facile et quasi-automatique. Il est vrai que “benir” demande beaucoup de foi en ce que Dieu peut nous utiliser comme Ses instruments.

On situe au Siecle des Lumieres le moment ou le “kherem- חרם” ou l'”excommunication” est devenue impossible dans la societe juive, voire la civilisation de la “yiddishkayt” en raison de la reconnaissance des Juifs par la societe seculiere. Certains pays ont vite assimile des pans importants de la societe juive. Mais cela ne fut pas la regle generale. J’ai connu des personnes qui ont prefere s’exiler de Pologne, Russie pour echapper a une eventuelle excommunication. On mentionne souvent le kherem prononce contre les Juifs chretiens. C’est un fait tres relatif en Israel contre les Messianiques – meshikhim – משיחים. Marc Chagall, Schalom Asch ont bien failli etre exclus de la communaute juive en raison de tendances christianisantes (peintures; ecrits sur la vie de Marie, mere de Jesus).

En revanche, la “pulsa d’nura” comme “malediction de mort” a souvent ete evoquee, de maniere persistante a propos de personnes fondamentales dans la creation et le developpement de la societe israelienne. C’est ainsi que, malgre des refutations peu claires, il semble que le premier a avoir recu cette malediction fut le linguiste Eliezer Ben Yehudah, le “revitalisateur” de la langue parlee hebraique moderne.

La raison pour une eventuelle “malediction de mort” (contraire a toute decision biblique ou talmudique) dans le cas de Eliezer ben Yehudah est la meme que celles prononcees par la suite ou recemment ou evoquee comme menace: la relation conflictuelle entre le monde religieux de la Foi juive et la coherence ou incoherence de la communaute juive mise en danger dans son existence comme Temoins de Dieu.

Est-il licite ou illicite de cesser de parler toute langue – y compris le yiddish – pour developper et rendre vivante la langue hebraique, langue sainte (lashon haQdesh – לשון הקודש)? Le choix de Eliezer Ben Yehudah s’est heurte a un rejet violent. Or, l’hebreu a toujours ete ecrit et servi de langue vernaculaire si besoin. Ben Yehudah a ouvert la langue sainte au monde de la secularisation et cela pose une question existentielle pour les Gardiens de la Foi qui ont preserve, parfois dans un contexte inhumain, le temoignage juif, en particulier du Talmud.

La “pulsa d’nura” a ete evoquee dans certains cas de chercheurs en archeologie qui effectuaient des fouilles dans des lieux particulierement “saints”. Mais c’est surtout avec la menace contre Itzchak Rabin, suivi de son meutre, le rejet de la candidature de Shimon Peretz par le Rav de Ger et l’election de Moshe Katzav avec le soutien du defunt Rav Itzchak Kaduri et l’assentiment du Rebbe de Lubavitch alors que cela pose actuellement un probleme juridique majeur; la decision de se retirer de la Bande de Gaza et donc la “malediction” (rumeurs) contre Ariel Sharon suivie de son coma (il etait un homme deja souffrant) – tous ces faits viennent en soutien d’une problematique societale tres profonde.

Le sionisme haredi s’est toujours mefie de la societe civile juive et de sa capacite a vouloir abandonner le “ol hamitzvot – עול המצות” le joug (leger car “elevant” comme dans l’Evangile) des Commandements au profit d’une secularisation outranciere. Le judaisme est a la fois fascine par la saintete et le monde de la foi, de la priere, de l’intercession et la redemption. Par ses infrastructures, l’Etat d’Israel est-il le temoin d’une action prophetique? On pourrait dire que le renouveau de la langue hebraique constitue surement un element tres positif et totalement inattendu dans la communaute juive et internationale. Le defunt Rav Yeshayahu Leibowitz y voyait de fait une dimension unique et novatrice.

Voici trente et meme seulement 15 ans, les inscriptions demandant aux femmes d’etre “modestement vetues” etaient affichees en yiddish a Mea Shearim. On entendait peu l’hebreu – en tout cas bien moins qu’aujourd’hui dans tous les groupes haredis. Cela pourrait indiquer un changement sur le long terme.

A cette heure, le commandement de l’amour de Dieu et du prochain, de l’etranger reste une priorite pour tout habitant de Jerusalem – Yerushalayim ירושלים – Hierosolymon. La paix celeste et terrestre. Le nom de la ville est au pluriel en hebreu et en grec.

Il suffirait de se souvenir que chaque office du matin juif commence par les paroles du prophete Bilaam qui avait recu la mission payee de maudire Israel. Son anesse, le faisant tomber opportunement, provoqua sa conversion inattendue et il prononca des paroles de benedictions: “Que tes tentes sont belles, Jacob; tes demeures, Israel”.

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