Lettres turques – 2

L’Hebreu, langue liturgique de l’Eglise?

(texte de l’intervention que j’ai donnee en anglais a l’occasion du 40eme anniversaire de la “Ecumenical Theological Research Fraternity in Israel” au soir du 30 novembre en la mettant en perspective avec la rencontre du Phanar ou le Patriarche Bartholomaios I recevait le Pape Benedictus XVI comme enjeu de l’Unite).

Je n’aurais pu imaginer que, a l’occasion de ce 40eme anniversaire de la “Ecumenical and Theological Research Fraternity in Israel”, j’interviendrai pour dire ces quelques mots sur la langue hebraique et son usage dans l’Eglise de Jesus Christ. Et, de plus, de prononcer ces mots au Centre Ratisbonne (aujourd’hui centre de formation des Freres Salesiens), a deux pas du Heikhal Shlomo – היכל שלמה, la grande synagogue de Jerusalem.

Il ya meme plus ce soir. Le Pape Benedictus XVI et le Patriarche Oecumenique Bartholomaios de Constantinople se rencontre au Phanar en cette fete du Saint Apotre Andre, Premier-Appele selon la tradition du calendrier nouveau style et occidental. Le Patriarche Bartholomaios avait rendu visite a la “Fraternity” en 1994. Mais l’evenement de ce soir entre les eveques de Rome et de Constantinople se produit dans le pays-meme ou furent ecrits la plupart des textes saints chretiens du Nouveau Testament. Comme le remarquait Mgr. Francis Dvornik dans son article “Eglises nationales, Eglise universelle” redige en 1943, l’Eglise primitive a utilise des langues diverses pour des raisons particulieres: le grec fut une sorte de “lingua franca”, de meme que l’arameen. La tradition grecque s’est toujours montree plus souple a l’egard des mythologies du monde paien dans les peuples du Proche-Orient, elle s’est averee plus indulgente pour les divinites paiennes orientales. C’est ainsi que la celebration des Divines Liturgies et des Offices se repandirent assez rapidement dans le monde de culture hellenistique. Il fut plus indulgent et sage a autoriser d’emblee une grande diversite de langues si l’on compare l’attitude de la tradition latine qui “balaya” les mythologies occidentales et imposa la langue et la culture latines. Cette attitude spirituelle de quelle maniere les Europeens ont procede pour annoncer, dans le monde de la gentilite, le message du Christ selon une tradition occidentale differente de celle en usage a l’Ouest. Ce qui furent encore un processus different de la maniere utilisee dans l’Empire perse qui accepta simplement les langues semitiques.

Il reste que le grec est tres interessant par la maniere dont nous pouvons aborder l’hebreu en tant que langue liturgique dans les Eglises. Certes, l’Eglise a tot fait usage de langues variees, a cote de l’arameen, comme l’armenien, le copte, et le fait que l’Eglise a connu un deploiement important en langues semitiques au sein de l’Empire perse; le grec a cependant et, pendant des siecles la langue de nombreuses communautes juives, en Terre d’Israel – – comme dans la diaspora. Les Juifs ont prie en grec en Crimee, a Athenes, Alexandrie. La culture hellenistique a ainsi naturellement passe le pont du paganisme au christianisme et, jusqu’ a ce jour, le grec et l’hebreu se developpent et creent leurs mots nouveaux selon des modalites tres proches. La Septuagint a profondement marque l’ame grecque et il est, des lors, interessant que la traduction de la Bible de Saint Jerome en latin (Vulgata) a partir de l’hebreu exprima un choix spirituel qui passa outre, dans une certaine mesure, la position de base de la tradition grecques qui d’emblee autorisa l’usage de differentes langues liturgiques. La Liturgie de Saint Jacques reste, au fond, le texte “natif et original” de l’Eglise de Jerusalem, dont le texte montre une redaction grecque qui refletent dans la version syriaque (Paroles de la Consecration) tandis que le texte assyro-chaldeen reste tres concis dans un souci de brievete tres semitique.

Peut-on considerer l’hebreu comme une langue liturgique? La question dut posee par le Pape Pie XII au cardinal Eugene Tisserant, sans qu’il semble que ceci ait ete de l’ordre de la plaisanterie tant le propos peut etonner a premiere vue. Le cardinal demanda au Pape dans quelle langue etait mentionne le titre de Jesus comme “Roi des Juifs” dans l’Evangile? c’est-a-dire en saint Jean 19:19. Le Pape donna son assentiment et sa benediction pour que les quelques membres demandeurs – dont certains auraient pu etre parmi nous ce soir – puissent prier en hebreu et en arameen tout en utilisant le rite oriental chaldeen.

Certains auteurs (P. Lapide, “Hebraeisch in den Kirchen”), mentionnent la presence de l’hebreu au 9eme siecle. L’hebreu, en sa qualite de langue scripturaire fut plus ou moins acceptee par la tradition occidentale tandis que les Eglises grecques et orientales se referaient au texte en langue grecque et sa traduction du TaNaKh si impregnee de semitismes. Il ets donc admirable que la Bible hebraique fut publiee par Daniel Bomberg ou que tant de grammaires hebraiques ou yiddish furent ecrites par des chretiens. Cela ne signifie pas que les chretiens puisent l’arroger le droit de s'”approprier” l’hebreu. L’hebreu est “une langue ou les mots ont peu de lettres, mais ce sont des lettres de feu” (Ernest Renan). C’est sans doute la seule langue paternelle au niveau psychologique ou psychanalytique, certainement pas une langue maternelle en ce qu’elle est la langue de Avinu shebashamayim (Notre Pere qui est au cieux – אבינו שבשמים ) ou Avinu Malkenu (אבינו מלכנו – Notre Pere, notre Roi) qui a parle a la nation qu’Il s’est choisi.

J’utilise le texte de la Divine Liturgie de Saint Chrysostome en hebreu telle selon la traduction du pere Levinson qui recut la benediction du Saint Synode de Moscou en 1840. L’Eveque anglican Salomon Alexander Pollack publia le “(Anglican) Book of Common Prayers” en hebreu vers la meme epoque et les celebrations en hebreu selon ce rite continuerent jusqu’en 1947. En 1948, les Jesuites publierent un petit fascicule de la Messe en rite romain occidental, en version bilingue latine et hebraique. Le “Se’udat HaAdon” ( סעודת האדון) ou “Cene du Seigneur” en hebreu pour le rite latin connut diverses versions depuis lepoque du P. Semchovsky jusqu’ nos jours. Dans la tradition byzantine, il existe une quantite appreciable de traductions realisees au sein de l’Eglise grecque orthodoxe (P. Michaelis) ou d’autres agissant au sein de l’Eglise grecque-catholique.

Est-on cependant en droit de parler de “l’hebreu comme langue liturgique de l’Eglise”? Au cours du 19eme siecle, il y a eu diverses tentatives de traductions au sein des Eglises protestantes, en particulier pour certaines communautes d’Europe orientales qui n’avaient pu ete reconnues comme membres potentielles de l’Eglise orthodoxe russe. Certaines traductions reposent sur l’hebreu courant tel qu’il se developpa lors de la reviviscence de la langue initialise par Eliezer Ben Yehudah. Ce mouvement procede d’une forme de “resurrection”. De fait, c’est un miracle lorsque des etres humains peuvent echanger des idees dans une langue commune. Cela peut donc signifier que l’hebreu est bien une langue liturgique, a l’usage de fideles chretiens locaux, vivant dans la societe israelienne ou dans l’Etat des Juifs (Judenstaat) ou n’importe ou dans le monde ou la resurgence de cette langue “des ossements desseches” peut etre consideree, pour partie, comme une sorte de Resurrection. Je n veux pas entrer trop avant dans ce type d’interrogations. Aujourd’hui, l’hebreu existe dans les Eglises d’Israel, un hebreu souvent “courant” ou plus elabore, plus rarement enracine dans les traditions juives. dans sa substance ( mamashut/mamushes -ממשות) – c’est une langue qui parle le Talmud et est une langue semitique. En faisant appel au trefonds de l’experience spirituelle, le langage talmudique hebreu et arameen renvoie a l’etude pragmatique et quotidienne de l’etude normale, banale de la daf yomi – דף יומי- la page du jour proposee par le judaisme traditionnel. La question interroge egalement les Eglises en raison du effroyable distance qui existe entre le judaisme et le christianisme et qui est devenu un “estrangement” selon le mot du cardinal Hans Urs von Balthasar. Il est pourtant clair que des fideles prient en hebreu dans les Eglises. Mais on ne peut dire qu’ils prennent en compte – a titre individuel ou comme Eglises ayant conscience du fait – l’immense influence spirituelle qui a permis, dans le judaisme, de comprendre l’esprit de la Bible, du TaNaKH. Ceci ne fut jamais le cas, au plan officiel de l’Eglise universelle en ce qui concerne l’Evangile et le Nouveau Testament.C’est une une raison pertinente pour prevoir un “meeting point” et de prendre rendez-vous dans 500 ans d’ici, si Dieu le veut, mais c’est aussi un point de l’enjeu pour l’Unite.

Enfin, si l’hebreu est utilise pour que l’Eglise et les fideles chretiens comprennent davantage le judaisme, c’est surement une “bonne chose”. Mais surement pas si le veritable but consiste a verser dans une sorte de folklore, voire de “christianiser” (to christen) l’essence du judaisme (Jewishness – Yiddishkayt) et peut-etre meme “la realite israelienne” (Israelity). La Communaute d’Israel repose sur le TaNaKh ou Loi Ecrite et la Loi Orale. Tout juif eduque a conscience du fait que Dieu “comprend toute langue” (Sota 7, 1). L’Hebreu releve en fait un defi: celui de temoigner du fait que Dieu a pu rassembler des etres de “toutes races, peuple, nations, langues” pour affirmer l’Unite de Son Regne (Apocalypse 5, 9).

Il y a de fait une autre question. Prenons le cas du yiddish: il ressemble a un dialecte allemand, mais – dans sa substance ( mamashut / mamushes – ממשות) – c’est une langue qui parle le Talmud et est une langue semitique. Faisant appel au trefonds de l’experience spirituelle, le langage talmudique hebreu et arameen renvoie a l’etude pragmatique et quotidienne de l’etude normale, banale de la daf yomi – la page du jour proposee par le judaisme traditionnel. La question interroge egalement les Eglises en raison du effroyable distance qui existe entre le judaisme et le christianisme et qui est devenu un “estrangement” selon le mot du cardinal Hans Urs von Balthasar. Il est pourtant clair que des fideles prient en hebreu dans les Eglises. Mais on ne peut dire qu’ils prennent en compte – a titre individuel ou comme Eglises ayant conscience du fait – l’immense influence spirituelle qui a permis, dans le judaisme, de comprendre l’esprit de la Bible, du TaNaKH au moyen du Talmud. Ceci ne fut jamais le cas, au plan officiel de l’Eglise universelle en ce qui concerne l’Evangile et le Nouveau Testament.C’est une raison pertienente pour prevoir un “meeting point” et de prendre rendez-vous dans 500 ans d’ici, si Dieu le veut, mais c’est aussi un point de l’enjeu pour l’Unite.

Enfin, si l’hebreu est utilise pour que l’Eglise et les fideles chretiens comprennent davantage le judaisme, c’est surement une “bonne chose”. Mais surement pas si le veritable but consiste a verser dans une sorte de foklore, voire d’essayer de “christianiser” (to christen) l’essence du judaisme (Jewishness – Yiddishkayt) et peut-etre meme “la realite israelienne” (Israelity). La Communaute d’Israel repose sur le TaNaKh ou Loi Ecrite et la Loi Orale. Tout juif eduque a conscience du fait que Dieu “comprend toute langue” (Sota 7, 1). L’Hebreu releve en fait un defi: celui de temoigner du fait que Dieu rassemble des etres de “toutes races, peuple, nations, langues” pour affirmer l’Unite de Son Regne (Apocalypse 5, 9).

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