Entre guerre et Lumiere

La fete juive de Hannukah – חנוכה (Dedicace du Temple) rappelle la lutte des Maccabees contre l’empereur syro-grec Antiochus Epiphane en 167 av. J.C. et la reprise du culte dans le Temple par le moyen d’une fiole d’huile miraculeusement preservee. C’est la fete de la Lumiere et il convient que chaque famille, magasin, allume des “hanukkiot – חנוכיות ” speciales pour marquer ce temps de victoire.

Il serait ridicule de rappeler que cette victoire continuerait de s’appliquer aux Grecs de notre temps. On peut regretter vivement que certains habitants d’Israel ignorent les points communs qui existent de maniere positive entre le monde chretien grec et la societe israelienne religieuse. Je reste convaincu que cette dimension doit etre etre exploree. Le chapeau ecclesiastique grec est d’origine mesopotamienne et correspond exactement a la description de la coiffe du Grand Pretre qui sert dans le Temple. Les vetements apparemment somptueux mais qui serve surtout a devoiler la gloire de Dieu qui recouvre le serviteur qui les porte, tout cela et bien des prieres, gestes devraient moins inciter des jeunes Juifs souvent ignorants de leurs propre tradition a ne pas moquer systematiquement l’habit des autres comme j’en fais l’experience. En retour, il est evident que le monde chretien a le devoir de decouvrir l’origine biblique et parfois talmudique de baucoup d’objets ou de conduites de la tradition chretienne orientale – tout comme occidentale.

Mais en cette fete de Hanukkah 5767, il y a un point qui est interessant: le jeudi qui a precede le debut de la fete, le Beyt HaMishpat HaElyon – בית המשפט העליון – la Cour Supreme israelienne a tente de resoudre, sous la guidance du Prof. Aharon Barak, qui a recemment quitte son poste de president de cette institution nationale israelienne ayant encore un vrai prestige national, la conduite a suivre dans le cas de “meurtres cibles” par l’armee israelienne. La question est de savoir s’il est possible de prevoir des meutres de personnes ciblees a l’avance en raison de leur hostilite ou du danger qu’ils representent vraiment pour la societe israelienne ou bien s’il fallait a tout pris preserver les civils comme ne faisant en rien partie des terroristes ou opposants actifs. Est-il legitime ou non de s’en prendre en tuant des personnes innocentes a une population civile qui n’agit pas pas necessairement comme certains dirigeants fanatiques?

La question est tres interessante. Il est aussi tre sinteressant de voir qu’elle a pu faire l’objet de dialogue en conscience par de juges constamment “happes” par les questions de justice les plus difficiles a regler.

Il est bien evident que je n’entre en rien ici dans une question touchant aux plaintes deposees a la Cour Supreme par le Patriarcat grec-orthodoxe de Jerusalem qui dispose d’un droit legitime a etre reconnu par l’Etat hebreu et dont le chef actuel, Theophilos III, attend d’etre confirme, comme patriarche regulierement elu par le Saint Synode, par le gouvernement israelien.

La question des “meurtres cibles” va bien au-dela d’actes terroristes ponctuels. Certains terroristes palestiniens – qui evidemment se considerent comme des militants ou resistants du mouvement palestinien – ont ete tues de maniere violente et directe, parfois dans des situations de precision et de rapidite stupefiantes par l’armee israelienne.

Est-ce que cette attitude est legitime ou non? le fait que la Cour Supreme decide de s’interroger sur une question de cette nature sans arriver a une conclusion satisfaisante est fondamental.

Dans le cas de l’experience juive, la fete de Hanukkah rappelle une victoire sur un ennemi paien (donc non croyant au Dieu Un et non monotheiste) dont le projet est d’empecher le peuple juif de suivre des regles qui sont vitales pour sa vie et sa survie en tant que communaute qui rend temoignage au Dieu Un. L’interdiction de celebrer les mois nouveaux, le shabbat et de pratiquer la circoncision s’est alors exprime comme un oukaze qui obligeait le peuple a s’assimilier a une autre culture et surtout a abandonner son identite. La question a ete de tout temps. Du temps des grecs, les juifs qui desiraient participer aux Jeux Olympiques, se faisaient operer pour effacer le signe de la circoncision. La decision du premier synode de Jerusalem et l’ecrit de saint Jacques, premier eveque d’un christianisme encore tres juif, ne dit rien sur ce que les juifs sont ou non autorises de faire dans l’Eglise. Il libere les non-juifs du joug des Commandements, donc de la circonciison aussi. Au plan social, la decision de 1840 prise par la communaute juive de Francfort de ne plus circoncire les enfants males, procede de ce long debat interne: comment etre juif et pourtant etre assimile a une nation particuliere. La reponse de Hanukkah est de preciser que l’assimilation est une sorte de “meurtre spirituel, voire un suicide culturel”. Neanmoins, le judaisme a toujours prefere la solution de mourir plutot que de provoquer la mort d’autrui. Cela peut se discuter, la revolte e tresistance de Massadah restant un exemple, ainsi que les sieges de Jerusalem, d’une resistance qui ne fut pas uniquement passive.

Le point essentiel de Hanukkah est celui de la passivite dont a fait preuve le peuple juif sous le regne de Antiochus-Epiphane. Avant de prendre la voie de la resistance, il faut aire le constat d’une tres large assimilation et surtout d’un affaiblissement spirituel considerable du judaisme en tant que tel. Il a fallu que le grand-pretre voit l’un des paiens sacrificer un porc sur l’autel du Temple pour que se declenche veritablement la revolte. C’est assez tardif comme raction. Or, cette reaction d’apathie spirituelle s’explique surtout par un art de vie qui fut celui des grecs, mais aussi de l’ensemble des differentes societes ou vecurent les juifs. Le combat pour la foi prend alors un tournant en se resaisissant sur le plan de l’enseignement spirituel, de la foi.

Il en est de meme dans le monde chretien. Tout comme le principe du Pikuakh Nefesh – פיקוח נפש (transgression possible d’un commandement en vue de sauver une vie), le chretien est appele a offrir sa vie pour autrui sans en titre gloriole ou avantage, masi seulement en etant un “serviteur quelconque/inutile” (Luc 17, 10) et un croyant. A cet egard, l’Eglise occidentale a trop souvent utilise la ruse, la force, la puissance ou le blaspheme (comment oser mettre des prostituees sur les sieges patriarcaux de Constantinople et de Jerusalem) ou vouloir s’emparer de lieux qui, par definition, appartiennent a l’heritage commun de l’ensemble des chretiens. Comme dans le cas de Hanukkah, les Eglises ont souvent ete traversees par une sorte de desir de puissance qui s’est incarnee par la puissance exercee sur des Eglises parfois affaiblies dans leur respect des traditions. C’est souvent ignorer ou faire fi de la tragedie de l’histoire de l’Eglise de Jerusalem.

La question des “meurtres cibles” s’aligne alors sur des siecles de pratique de ce genre. “Tu ne tueras pas – לא תרצח” a pu etre interprete comme l’interdiction de tuer les siens, ceux de sa tribu, clan, nation, communaute religieuse sans etendre cette interdiction a une loi fondamentalement universelle et qui respecte toute etre vivant. Longtemps, les guerres ont pu paraitre des actes militaires professionnels. Ce fut toujours plus ou moins faux dans la mesure ou les soldats ont crus etre autorises a tuer, piller, violer, affamer sur leur passage. Aujourd’hui, la question est autre – et fait partie de la question evoquee par la Cour Supreme: un helicoptere, des soldats peuvent se tromper de cible ou tuer des civils. Ou bien des civils qui auraient cesse des activites terroristes et militaires.

Lo tirtze’ach – לא תרצח = tu ne feras perir (personne), tu ne pourfendras personne est un element essentiel de la pedagogie spirituelle qui doit etre la notre dans une situation de guerre. Celle-ci a pour consequence d’affaibli considerablement les references morales. Dans une situation d’akedia (grec pour apathie quasi maladive de l’ame – עצלותעצלנות “atzlut, atzlanut en hebreu), les references spirituelles cedent le pas a une sorte d’assimilation au monde ambiant. Or, contrairement a l’epoque des Maccabees, nous sommes confrontes, a notre epoque, a des formes montheistes qui ont du mal a se supporter, dialoguer et surtout voir que nous sommes, en tant qu’etres humains crees “a l’image et a la ressemblance de Dieu”.

Il n’est pas fortuit que les Maccabees aient ete canonises par l’Eglise et que les deux Livres des Maccabees sonient des points de reperes sur la route d’une resistance qui fut celle du martyre.

Il n’en reste pas moins vrai que toute societe, fut-elle juive, chretienne ou musulmane ne peut eluder la question difficile de savoir comment gerer des moyens modernes en vue d’epargner des souffrances humaines, de ne pas faire perir et de s’interroger sur la maniere dont la conscience est vraiment active en cas de conflit pouvant entrainer la mort. Et de considerer s’il existe ou pas une selection professionnelle militaire ou pas.

Car le but est de prevoir le jour ou la Lumiere pourra vraiment panser les etres blesses et surtout permettre de marcher au-devant de la route.

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