Braises de Foi (2)

Le 4 aout correspond au 22 juin dans le calendrier julien utilise par l”Eglise orthodoxe de Jerusalem, mais aussi de Russie et d’autres contrees. L’Eglise latine fait memoire de Saint Jean-Baptiste Marie Vianney, le cure d’Ars dont la vie est captivante et totalement hors les normes. Quant a Marie-Madeleine, de Magdala/Magalit/Magdelena elle suivit Jesus et fut presente au moment de sa resurrection. Pour les reste, rien n’est particulierement clair ou connu en ce qui la concerne et il est possible que l’on confonde en realite trois differentes Marie (Myriam). Sa fete est celebree, dans l’Eglise latin le 22 juillet qui correspond au 4 aout dans le calendrier julien vieux-calendariste.

C’est ainsi que cette annee, en ce shabbat Ekev עקב – ou Dieu insiste sur l’obeissance comme etant un commandement qui n’attend aucun privilege en retour. Cette mitzvah est totalement gratuite sinon qu’elle vise a etre en communion avec Dieu et de proclamer Son Regne, de L’aimer e tout son coeur, de toute son ame, esprit et de tout son pouvoir. Cela prend une certaine densite de voir que les Eglises celebrent en ce jour-la deux personnes dont les vies furent entierement centrees sur ces braises de foi afin de proclamer la gloire de Dieu avec leurs vies rachetees, sauvees et marquees de dons qui chevauchent sans cesse le defi de l’impossible humain.

Je suis toujours surpris et amuse, bien que le fait soit plutot tragique, par l’extraordinaire capacite humaine a susciter la haine ou la suspicion, le bavardage et la medisance (lashon haraah – לשון הרעה) au demeurant consideree comme une maniere de meutre d’autrui et, d’une certaine facon, de la Presence de Dieu dans l’ame. En ce qui concerne la foi en Dieu, le doute et l’incertitude ont toujours amene les hierarchies a abuser d’un pouvoir de vie et de mort sur autrui, ce qui reste vrai dans de nombreuses cultures et societes, pays. Le christianisme oriental peut etre tres violent dans sa definition de qui est “heretique” et ne conforme pas sa vie a la foi authentique. Il est perceptible. Les heresies appartiennent au vecu des premiers chretiens. Des le debut – et au fond cela se poursuit de bien des manieres variees aujourd’hui – Jerusalem fut et reste une ville ou la confiance entre les fideles pouvait facilement etre considere comme un delit courant et pourtant destructeur d’unite.

Un peti detour: prenons les recits qui nous sont parvenus des tous premiers siecles chretiens. A Jerusalem, les pretres etaient facilement declares heretiques. Il suffisait que les fideles se soient disputes avec eux, ils s’adressaient alors a d’autres, ou bien par des reves, des saints Anges ou Jean le Baptiste venaient leur conseiller de s’adresser a tel ou tel pretre souvent en raison de conflits latents. Le catholicisme a longtemps eu des attitudes de persecutions par tortures ou mises a mort de ceux qui etaient consideres comme “autres” ou heretiques. Si ceci a majoritairement disparu de nos jours, les accusations de sorcellerie ou de magie noire ont pris le relais a une situation de jugement negatif. La vie de foi peut etre extremement versatile, d’autant qu’elle ne repose sur aucun element tangible et “prouve, demontre” de l’existence de Dieu.

Les deux saints celebres ce 4 aout/22 juillet sont particulierement interessants a ce niveau. En effet, tous deux ont suivi Jesus de Nazareth dans une evolution personnelle qui releve du prodige de la foi. Tous deux furent condamnes par des hommes qui pretendaient confesser une foi authentique. C’est pour cela qu’on peut comparer leur “kenose ou aneantissement face a Dieu” comme un chemin qui provqua, de la part de certains dans l’Eglise, un desir de condamnation et d’accusation. Dans un article precedent, j’ai montre comment le judaisme a ainsi defini une condamnation ou excommunication appelee “pulsa de nura פולסא דנורא- feux cinglants” et qui exclut jusqu’a la mort une personne hors de la communaute juive ( Bava Metzia 47b, une condamnation d’excommunication selon Rachi).

Prenons le cas de Marie-Madeleine. Il ya donc trois femmes dans l’Evangile dont les destinees ne semblent pas vraiment se recouper.En particulier pour les la tradiiton grecque. La tradition latine considere que, dans les trois situations qui paraissent differentes, il s’agit de la meme et unique Marie de Magdala. Tout d’abord, en saint Luc 7, 36-50, une femme se presente a Jesus alors que le Maitre parle avec le Pharisien Simon. Elle se jette a ses pieds, les embrasse, les couvre de larmes et d’huile alors que sa reputation est celle d’une femme prostituee. Jesus repond a Simon qui s’etonnait qu’elle verse un parfum de grand prix, que l’on fera memoire de son geste dans les siecles.

En saint Jean 12, 3, la soeur de Marthe et donc de Lazare que Jesus aimait comme un ami privilegie est aussi une Marie qui verse un parfum de tres grand prix sans qu’il ne soit fait mention de ses peches. Enfin, en saint Luc 8, Marie de Magdala/Myriam haMagdalit en hebreu fait partie du groupe de femmes qui suivent et aident Jesus. Elle est presente a la Croix (Jean 19) et elle estm, selon la tradition orthodoxe la “premiere des Apotres” (celebree tous les samedis) car le Maitre lui apparait dans le jardin ou aujourd’hui se trouve le Tombeau Vide. Elle pouvait etre du village de Magdala en Galilee, mais il faut aussi noter que le terme est present dans le Talmud comme nom de nombreux Sages (Bava Metsia 25a; Taanit 64b, Yitzchak). On peut aussi signaler que le mot “megadelet מגדלת= nourrice, celle qui aide a faire grandir un enfant” (Levitique Rabba 36) ou encore… “coiffeuse” (gadelet-גדלת). La vie de Marie de Magdala n’est pas marquee par le peche en ce qui concerne la tradition orientale alors que la tradition occidentale insiste davantage sur le fait que Jesus l’avait guerie des sept demons, ce qui ne se limite ni n’inclut formellement la prostitution.

Il est plus opportun de souligner que – comme pour le Cure d’Ars – Marie-Madeleine devient le premier apotre de la Resurrection du Christ. Et qu’elle est guerie, donc sauvee alors qu’elle aurait plutot ete exclue ou en marge de la societe avant de suivre le Maitre.

Je suis toujours frappe, au Saint Sepulcre par cette icone simple et unique de la tradition byzantine qui se trouve en face de la chapelle latine qui lui est dediee. Curieusement, il pratiquement impossible de trouver, a Jerusalem, une icone de Marie Magdala rencontrant Jesus dans ce lieu ou il fut crucifie et ou il ressuscite sans qu’elle ne le reconnaisse. Un lieu qui etait alors un jardin et elle prit d’abord Jesus pour le jardinier (Jean 20, 15).

Cette situation est fascinante et magnifique. Une femme reconnait Jesus a ce qu’il l’appelle par Son nom et elle lui repond “Rabbuni -רבוני – mon Maitre” en arameen, ce qui authentifie l’evenement d’une certaine facon. Dans ce jardin, nous sommes comme de retour au Gan Eden (Jardin d’Eden et le tombeau vide garde par les anges en son milieu). Marie de Magdala est une des plus grande sainte, car elle inverse definitivement les roles et fonction entre feminite et masculinite, devenant prophetesse et surtout Envoyee alors qu’elle etait perdue et que les apotres commencerent par croire qu’elle avait perdu la tete (Luc 24, ou elle est accompagnee de Marie, mere de Jacques).

Alors que le Adam qadmon – premier Adam etait dans une situation desespere, isole et sans etre semblable, Dieu fit tomber sur lui un sommeil profond et il se reveilla en trouvant “la chair de sa chair et les os de ses os” ainsi qu’un “ezer kenegdo עזר כנגדו= un aide qui puisse aller contre sa volonte” (Genese 2, 23-24). Dans ce cas dupremier Adam, Eve vient sauver le genre humain et l’etre en tant que male. Et le commandement de “s’attacher a sa femme” reste un commandement pour tout etre humain en tout temps et tout lieu.

Dans le jardin de la resurrection, Jesus refuse d’etre retenu par Marie de Magdala qui devient l’image de l’aide-assistante de celui qui s’etait, comme Adam, endormi, mais dans la mort et qui au temps de la resurrection decouvre en celle qui etait perdue celle qui allait annoncer le temps de l’Eglise. Mais sans que cela soit restreint a une juridiction/denomination: il s’agit de l’Eglise katholika = ouverte sur la plenitude et qui inclut le particulier et “orthodoksia = confessant la foi authentique, celle de la Vie”.

Il est evident qu’en ce lieu (epi tou avto) la rencontre entre Marie-Madeleine et Jesus fait basculer l’expulsion du Gan Eden par la desobeissance d’Adam et d’Eve en un surcroit de grace qui prolonge la creation de l’Eglise en tant qu’Eucharistie.

Quelles que soient les modes et les desirs charnels de certains qui veulent a tout prix que Jesus ait eu pour compagne Marie de Magdala, il est bien plus fecond spirituellement de relire toute l’histoire du salut comme un temps ou le kerygme de la resurrection passe tout d’abord par la femme qui ne peut retenir le Maitre qui “monte vers son Pere et notre Pere” (Jean 20, 17). Et pourtant la sainte s’efface devant la Mere de Jesus qui sera avec les apotres lors du souffle du Saint Esprit et la premiere Eucharistie.

A regarder la situation actuelle de la femme dans la societe, il est evident que l’Eglise a souvent cru preferable de maintenir un etat de subordination. Ceci est parfois moins evident dans la tradition orientale ou les higumenes femmes ont des fonctions tres importantes. Or, ceci n’importe guere. Ce qui compte, en cette fete, cest precisement l’humiliation sauvee et rachetee malgre le jugement negatif des humains.

Le Saint Cure d’Ars est, quant a lui, ne a minuit (c’est sur!), sans doute, peut-etre le 8 mai 1786, a trois ans de la Revolution francaise, dans l’Ain, a Dardilly dans une famille pauvre de paysans. Le grand-pere avait heberge (saint) Benoit Labre. Des gens pieuses, fermiers et excellents chretiens, qui accueillirent les pretres refractaires. Alors que, dans le village, les fideles etaient convaincus que Jean-Marie Vianney deviendrait pretre, ses parents ne pouvaient envisager une telle eventualite . La route fut un veritable calvaire pour un jeune homme qui savait apeine lire et ecrire et n’avait aucun don pour le latin. En 1809, il aurait u partir pour la guerre en Espagne, mais il tomba malade. Il trouva aide et comprehension aupres d’un pretre tenace et tetu, mais aussi convaincu de l’action de Dieu dans ce jeune garcon, l’abbe Balley, cure d’Ecully. Celui-ci tenta de le presenter au seminaire. Il dut le quitter par deuxfois et fut accueilli chez l’abbe Balley qui l’obligea a tenter d’apprendre un peu de theologie et de la lire en latin. Il fut ordonne pretre le 13 aout 1815 simplement en raison du grand manque de pretres a cette epoque. Il commenca par assister son maitre a Ecully, puis apres samort, il fut nomme dans un petit village, Ars qui comptait alors 230 paroissiens.

La vie du cure d’Ars fut un long et dur chemin vers la saintete. Il fut tres logtemps la risee du clerge. Conscient de ses lacunes theologiques, il faisait souvent des erreurs en chaire, insistait sur l peche comme cela etait de rigueur a son epoque. En revanche, il s’imposait des penitences particulierement dures (cilice). Mais petit-a-petit, se nourissant de maigres maffins de pommes de terre. Une vie ascetique et pourtant une ame qui lit de plus en plus dans les ames et confesse pratiquement jour et nuit. Mais son combat est contrele “grappin”, le demon qui vient le hanter et tenter du lui nuire. Ce qui paraitrait appartenir a l’ordre du surnaturel et non de Dieu devient chez lui une ecoute curative ou le doigt du Seigneur vient en aide aux plus humbles et progressivement a des ames en quete de Dieu.
Alors qu’il etait encore deserteur aux Noes, le futur cure avait cree une petite ecole pour les enfants du bourg. Il fit de meme a Ars en fondant “la Providence” destinee a l’education des jeunes filles.

Saint jean-Marie Vianney avait une proximite particuliere pour la Vierge et une predilection pour la priere solitaire.Dans le village qui, progressivement allait changer de maniere drastique et revenir a une forme de pratique religieuse qui s’est maintenue longtemps, les gens venaient se confesser. Le cure etait un homme de bon sens, intuitif et charge de premonitions sur le passe comme le futur.

Il a surtout vecu une profonde intimite au travers de l’Eucharistie et il dit meme un jour que si un pretre savait ce qu’il celebre dans l’Eucharistie, il mourrait sur le champ. C’est dire a quelle hauteur il situait la realite de la vie de l’Eglise dans un climat et un milieu qui pouvait sembler un peu “fruste” et ne l’etait pas. “Dieu m’avise et je l’avise” avait coutume de dire l’un de ses paroissiens; une parole qui le decrivait aussi, exprimant ainsi un dialogue profond avec le Createur et sentant la presence du Christ. Dans son remarquable ouvrage biographique sur le Cure, Mgr Daniel Pezeril (“Pauvre et Saint Cure d’Ars”, Livre de Vie) souligne des points forts commun aux pretres. Il ecrit: “Peu de pretres, dans l’histoire, auront du se lever chaque matin et s’endormir chaque soir, pendant des annees, aussi injustement frustres de leur honneur que l’abbe Vianney”. Une femme l’accuse d’etre le pere de son enfant!Laparoisse ne fut pas ebranle mais la calomnie fut tenace. “Et lui, que repond-il? s’interroge Mgr Pezeril. Rien, sinon: “Les saints ne se plaignent jamais”. Le biographe poursuit: “Il semble dresse au-dessus de l’histoire et de la terre. Que valent tous les projecteurs et tous les lampadaires en comparaison du passage incandescent de tant d’etres? Un pretre (le P. Lebreton parlant a Mgr Pezeril) disait un jour “qu’en ce monde nous ne discernons que la boue et les tenebres des hommes, mais que, si nous avions des a present un peu du regard de Dieu, ce ne serait partout que trainees de feu”. (op. cit. p.279).

Tel fut la destinee du saint patron des pretres de paroisse selon la tradition romaine latine.

Au fond, voila un etre, vivant avec une intensite sans pareille la Communion. Il developpa l’Adoration eucharistique si typiquement occidentale. Or, il aurait pu etre rejete et il le fut. Etre excommunie en raison de son grappin et de ses penitences. Il voyait et surtout il contemplait. Car son coeur brulait de la chaleur chaude de Dieu.

“Si nous avions des a present un peu du regard de Dieu, ce ne serait partout que trainees de feu.” Cette sorte de saintete est celle qui propulse les ames et les bonifie, de meme qu’elle espere et unit l’Eglise.

Le 4 aout est aussi la date de venue au monde du Pere Georgyi Tchistiakov qui est recemment decede. Memoire eternelle!

Bечная память!

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