Der Feuilleton II: Logos: Actions et Paroles

Une communaute fut chargee de prier pour que la pluie ne tombe pas sur Paris pendant la celebration de la messe. Environ 260 000 personnes y assisterent entre les Invalides et la place Vauban dans un esprit paisible d’interiorite et de rare serenite. Il est clair que le style du Pape Benoit XVI tend vers la tradition. Il aime la beaute sans tomber dans des exces d’esthete en recherche de modernite. Il sait economiser ses gestes. Il est volontiers timide et peu expansif, allant directement  a l’essentiel. Benoit XVI parle clair et ceci est surprend une France tissee de doutes et de recherche identitaire.

Voici un chef d’Eglise dont le role historique est de presider “a la charite” – au sein de la pentarchie, des cinq Eglises patriarcales Meres du pourtour de la Mediterranee: Pierre-Kaiphas-Simon bar Iona[s] fut d’abord a la tete de l’Eglise d’Antioche ou les croyants recurent le nom de “Chretiens – khristyanei/ܒܪܝܣܜܝܥܐ כריסטיאני et non “meshikhei/ܡܫܝܚܐמשיחי” dans la version arameenne de la Peshitta.

L’eveque de Rome est successeur de Pierre car il fut confirme, apres la resurrection du Maitre, dans son role de pasteur des brebis qui devint le primus inter pares de l’Eglise primitive. Son statut ne fut jamais conteste par les membres de l’Eglise. A Jerusalem, il faut tenir compte du fait que Yaakovיעקב – Jacques resta a la tete de la premiere communaute des chretiens issus du judaisme comme de la gentilite habitant a Jerusalem. C’est lui qui lut l’acte de la decision synodale non compte comme concile: entre 49-52, il confirma la decision d’ouvrir les portes de l’Eglise naissante aux non-Juifs sans exiger qu’ils pratiquent les 613 Commandements – Tariag Mitzvotתרי”ג מצות. Il n’interdit nullement de les pratiquer. Il autorisa les Gentils, les paiens, a entrer dans la communaute sans que les hommes recoivent a la circoncision. Rien n’est precise en ce qui concerne les femmes. Mais l’edit prononce par Jacques, premier eveque de Jerusalem, comporte l’obligation de respecter la plupart des lois noachiques. Les sept lois noachiques restent en vigueur, en particulier dans le judaisme en renouveau. Les Eglises ne sont guere concernees par ce renouveau noachique dans la communaute juive. Il serait temps que la question soit etudiee, a partir de cette regenerescence en Israel.

Si l’on reflechit en termes de martyre de Pierre, proestos – chef de l’Eglise de Rome, il faudrait sans doute que le titre de l’eveque de Rome (Occident) inclut “successeur des Saints Apotres Pierre et Paul”. Tous deux subirent le martyre a dans l’ancienne capitale de l’empire romain. Par ailleurs, Paul de Tarse fut un Juif lettre de la diaspora hellenisee et un citoyen romain selon le droit.

Il est interessant d’apprehender cette dimension universelle proclamee par deux etres juifs, de cultures differentes, mais aussi confirmes par Jesus apres sa resurrection. Tous deux l’avaient renie et recurent la tache de batir la communaute naissante.

Avec Jean-Paul II, l’Eglise a pris un tournant favorable au judaisme. C’est une position de base qui semblerait fondamentale. Elle est de fait essentielle, mais il n’est pas certain que les raisons du dialogue avancent de maniere tres optimiste. Il faut reprendre le pragmatisme du Pere K. Hruby: il faut des siecles pour corriger des siecles d’ignorance. Les chretiens ont de plus developpe un esprit de mepris et de rejet du judaisme qui, dans cette Europe, berceau occidental de l’Eglise indivise, conduisit a la catastrophe de la Deuxieme guerre mondiale et le projet dementiel de la Endlösung – solution finale (extermination des Juifs d’abord, puis d’autres etres humains).

D’emblee, le Pape Benoit XVI affirme que l’anti-judaisme conduit a l’anti-christianisme. Il souligne l’enracinement des Sainte Ecritures et de l’Evangile dans un contexte juif. La conference qu’il donna dans le superbe “college des Bernardins” renove a grands frais a visiblement deroute plus d’un “intellectuel”, penseur, philosophe, artiste ou createur. Son discours a surement pris de court les sept cents personnes qui entendirent Benoit XVI de visu, . Ils ecouterent un homme parlant un francais parfait, un etre de grande simplicite, humilite; un homme dont la foi est profonde et pourtant sensible car a fleur de peau.”Du jamais vu – unheard – unerwartet”.

Une certaine frange du christianisme francais fut surprise. Cette rencontre en un lieu “remboursable sur un temps d’eternite” toucha divers intellectuels et des acteurs au sein de la societe francaise. Ceci montre combien les enjeux de la foi et des valeurs religieuses sont ignores ou ne font qu’affleurer timidement.

En 1997, le pape Jean-Paul II vint a Paris pour les Journees mondiales de la jeunesse. Le cardinal Jean-Marie Lustiger recevait le chef de l’Eglise catholique romaine dont il partageait les visees ecclesiales, le rapprochement avec le judaisme. Chacun avait des limites: le pape polonais pouvait difficilement etablir un contact avec les Eglises orthodoxes, notamment de Russie. Il se rendit en Ukraine.

Le cardinal Lustiger est ne a Paris. Il fut baptise dans la cathedrale d’Orleans a l’age de 14 ans, concentra tous ses efforts sur la formation des chretiens. Il desirait les responsabiliser et assurer une relance de la pratique dans une societe profondement secularisee. Etant d’origine juive, il ouvrit des pistes de contacts entre les responsables. Mais il ne pouvait esperer aller trop loin. Comme le pape, il fut un homme d’idees, creatif dans le domaine liturgique. Il etait mediatique et, comme Jean-Paul II, avait le sens sinon le don de la mise en scene artistique, une maniere quasi theatrale d’innover grace a des intuitions fortes.

En 1997, le pape Jean-Paul II et le cardinal-archeveque de Paris et d’Ile-de-France avaient encore un autre point commun qu’il est utile de souligner. La vision “irrealiste” (sic, aux dires de nombreuses personnes) de la restauration du couvent des Bernardins pour en faire un lieu de la culture a finalement ete menee a terme. Ces deux personalites majeures de l’Eglise catholique romaine sont aujourd’hui decedees.

En revanche, il faut s’arreter sur un element significatif: ce sont leurs collaborateurs les plus proches et les plus fideles qui ont la charge de poursuivre les actions qu’ils avaient pressenties et initialisees: la nouvelle evangelisation et le renforcement de la culture chretienne. Le Cardinal Joseph Ratzinger fut le collaborateur le plus proche de Jean-Paul II des 1981 sur le plan dogmatique, canonique et de la reflexion sur l’histoire de l’Eglise.

Aupres d’un pape polonais, de culture allemande et proche de la tradition de l’empire austro-hongrois, le cardinal Ratzinger a oeuvre en theologien issu de la rencontre entre la grande tradition allemande et l’enseignement des theologiens francais comme le cardinal H. de Lubac, les PP. Y. Congar et M.D. Chenu. Le pape allemand marque un interet profond pour les ecrivains chretiens francais comme Peguy, Bernanos et Claudel.

Au fond, le professeur de Tübingen devenu cardinal-archeveque de Munich centra son enseignement sur “Dieu qui se dit dans l’histoire” (H. de Lubac). Il fut ouvert a de nombreux courants allant de Hans Küng a Edward Schillebeeckx. Il sut garder ses distances car cette distance lui est naturelle. Elle correspond a ce que d’aucuns appellent sa timidite ou encore simplicite. Il y eut aussi Karl Rahner mais surtout le lancement, avec Hans Urs von Balthasar, de la revue theologique internationale Communio.

Le parcours du grand theologien Hans Urs von Balthasar fut aussi atypique: quittant la Societe des Jesuites, il fonda une fraternite Johannes Bruderschaft et se lanca dans le renouveau de la foi ancree sur le Christ.

Le cardinal Lustiger poursuivit les memes objectifs, avec une grande ouverture et des audaces liturgiques au sein de sa paroisse. Il s’engagea sur le plan de l’etude theologique mais aussi le renouveau musical d’une grande rigueur,  parfois un peu ardue. Ses textes, d’abord enracines sur le modele de Lucien Deiss, ont des tonalites proches des cantates lutheriennes ou des chants liturgiques centres sur la Parole. Il s’agissait alors d’une veritable audace de creativite, en phase avec la recherche scripturaire menee par Joseph Ratzinger.

La reflexion portait aussi sur la tragedie humaine et l’action salvifique de la Croix. Les deux hommes d’Eglise ont ete conduits a definir comment survivre a l’indicible catastrophe. Tous deux eurent certainement a consolider leur propres identites dans la puissance de la Parole divine.

Comme en miroir du “binome” Jean-Paul II – Joseph Ratzinger, le P. Andre Vingt-Trois accompagna le P. J.M. Lustiger sur deux decennies, jusqu’au deces du cardinal francais le 5 aout 2007. De la paroisse Sainte Jeanne de Chantal, avec un bref retour au Seminaire Saint-Sulpice, le pretre d’origine dauphinoise developpa la catechese, la formation de responsables vivant de la Parole, de l’etude des Ecritures par le moyen des Sacrements de l’Eglise. Il y eut donc l’appel a des vocations sacerdotales et la mise en place d’un Studium parfois excentre sur d’autres villes ou pays.

Le cardinal Lustiger l’appela naturellement pour le seconder des sa nomination episcopale a Paris. Il est egalement certain que Mgr Vingt-Trois eut la responsabilite de la majeure partie de projets developpes dans le diocese de Paris. Ce “binome” parisien est parallele – mais non similaire – a celui de Rome. L’accent mis sur la liberte, la nouvelle evangelisation, la catechese, la formation s’exprima pour le cardinal Ratzinger, dans une action fondamentale dans le cadre de la Congregation pour la doctrine de la foi (ex-Saint Office). Mgr Vingt-Trois s’engageait sur le terrain de la morale et de l’ethique. Ceci implique, en toile de fond, une lecture dans la foi du Droit Canonique comme article de vie dans la foi.

A Rome comme a Paris, on decele un projet de meme nature. I s’agit d’assurer une certaine perennite dans la mesure ou la situation de l’Eglise catholique francaise comme celle de l’Eglise catholique romaine et  de son “gouvernement” temoignent d’une rare stabilite de quatre personnes. Il est inutile de les comparer. Ce serait vain. Mais il ne fait pas de doute que l’histoire nous montrera dans quelques dizaines d’annees que le cardinal Ratzinger comme Mgr Vingt-Trois ont suscite, appuye, conforte des projets et des decisions au nom de la Parole vivante. Ils ont agi sur les intuitions de ceux qu’ils etaient appeles a aider, certainement en lancant des actions selon leur propres personnalites.

Un tel parcours s’enracine dans les actions et les paroles du Messie. Le cardinal de Lubac ecrivit: “Nous avons vu, entendu, touche”, disait l’Apotre Jean. La revelation, dit pareillement le Concile, s’est accomplie “gestis verbisque”. “Gesta”: ce ne sont pas seulement des faits, ni seulement des actes: cesont des actes, mais en tant qu’ils produisent leur effet; des operations, mais en tant qu’elles s’objectivent en oeuvres (“opera”)…. Une assez bonne traduction serait “la Geste”, si ce mot n’offrait l’inconvenient de ne pas comporter de pluriel… et il serait archaique d’en faire un emploi generalise” (“Dieu se dit dans l’histoire”, p.30-31).

Benoit XVI incarne ce qu’ecrivit le theologien francais, Henri de Lubac: “Dieu parle, mais sa parole (dabar) est toujours active; elle a double valeur noetique et operatrice de salut. La Parole de Dieu opere infailliblement ce qu’elle dit; elle est a la fois ‘creatrice et interprete de l’histoire'”. (op. cit., p.31).

Le pape Benoit XVI vient en France dans la continuation de son predecesseur pour affirmer que les avoirs, l’argent, les richesses de l’ame ou du savoir s’enracinent dans la seule Parole de Dieu et la Presence divine du Christ dans les Sacrements.

Cette demarche s’inscrit dans le combat des Eglises a “devenir semblables a Celui que [les fideles] recoivent”, en particulier dans le Sacrement eucharistique. C’est pourquoi la visite du pape de Rome dans un pays au bord de l’etranglement societal, en mutation et quete de verticalite, s’aligne sur l’experience du renouveau des Eglises orientales, en particulier les Eglises orthodoxes d’Europe de l’Est.

Il y a un midrash connu: Abraham etait un enfant paien et habitait dans une grotte. Il sortit le soir et vit la lune. Il la trouva belle et decida de la venerer. Puis il vit le soleil dans la journee. Le jeune Abra[ha]m qu’il etait encore plus legitime de le venerer. Au soir, il alla dormir dans la grotte. A son reveil, il comprit que lune et soleil alternaient selon les heures et le deroulement du temps. Il comprit que seul Dieu pouvait avoir tout cree et continuait Son oeuvre de creation.

Les Eglises orthodoxes sortent de grottes profondes, de catacombes. Ces cachots continueront encore longtemps de hanter les ames et les corps. La Parole de Dieu est vivante; elle n’enferme personne. Comme en Ezekiel, la Parole fait sortir des tombeaux (ch. 37). De meme, Lazare sort a l’appel de son ami Jesus. Benoit XVI appelle pausement, avec une force interieure tranquille a aimer, a ne rejeter personne. C’est le probleme de toutes les communautes patriarcales ou autocephales de l’Orient chretien. A Jerusalem, le Tombeau est vide car il est le lieu de l’Anastasis -de la Resurrection. Des generations entieres furent fascineees par les cimetieres.

Le college des Bernardins quitte les horipeaux de cachot carceral apres une longue renovation. La demarche devrait, dans la foi, etre fondee sur l’experience de Bernadette de Lourdes, libre malgre l’extreme pauvrete de sa famille. Elle sortit du cachot familial pour abreuver d’eau vive et guerir ceux qui souffrent dans leurs ames et leurs corps.Elle sut ecouter les paroles de la Dame qui lui parla patois dans la grotte de Massabielle.

En cela, le Logos ou Verbe de Dieu est actif comme le notait avec insistance Saint Irenee (venu de Smyrne a Lyon au temps de l’Eglise indivise): “Les deux Testaments ont ete etablis par un seul et meme pere de famille, notre Seigneur Jesus Christ, qui s’est entretenu avec Abraham et avec Moise”.

Les Traites Nedarim 39b et Pessahim 54a affirment que sept choses (devarimדברים/paroles) existaient avant la creation du monde: la septieme est le “Shem HaMashiahשם המשיח – le Nom du Messie”, c’est-a-dire le Messie en personne.

(a suivre)

One thought on “Der Feuilleton II: Logos: Actions et Paroles

  1. Cette pas se voie dans le choc des Eglises a “évoluer comme similaires a Icelui que [les fideles] acquièrent”, remarquable dans le Sacrement eucharistique. En conséquence la rencontre du pape de Rome dans une région au bord de l’étouffement sociétal, en évolution et recherche de stabilité, se classe sur la formation de l’accroissement des Eglises orientales, surtout les Eglises orthodoxes d’Europe de l’Est.

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