Holodomor +75

 

Cet été, l’Eglise d’Ukraine a joyeusement fêté la conversion du grand-duc Vladimir de Kiev voici 1020 ans. L’Eglise orthodoxe n’avait pas encore de siège métropolitain à Moscou. Kiev marquait le début d’une histoire qui s’est déployée sur des siècles de tourmentes. Une terre à la jonction entre l’Orient et l’Occident. L’Ukraine fut certainement peuplée aux temps les plus reculés de l’histoire indo-européenne. La population fut scythe, juive, grecque, turco-altaïque, arménienne. Les Slaves sont apparus tardivement. “Ruotsi” continue à désigner en finnois la terre de Suède. Les Vikings envahirent l’Europe occidentale tandis que leurs cousins variagues pénétraient dans les immensités de l’Europe de l’Est, en route vers la Perse, le Caucase, l’Asie centrale et la Sibérie.

La rupture européenne la plus profonde apparut en dépit d’une volonté d’affirmer l’unité fondamentale du message chrétien. Les apôtres Cyrille et Méthode – grecs par la naissance – proposèrent la traduction des textes liturgiques en une langue slave commune, avec l’approbation conjointe des évêques de Rome et de Constantinople. Ils firent face à l’hostilité tenace des Francs de rite occcidental, attachés au latin. Depuis 1054, la fracture semble irrémédiable. Disons que les parties concernées semblent ne pas connaître le mot de passe leur permettant de dialoguer à parité.

Il y a une faim réelle de rencontre et de dialogue. Le monde de la foi et de la spiritualité est réduit aujourd’hui à l’horizon déconcertant de l’internationale planétaire. Or, l’Ukraine reste une terre frontalière – za kordonu veut dire en ukrainien “sur le cordon”, région immense et riche en blé, en terre productive. Une terre féconde au regard de l’histoire. Elle restera une terre dont les frontières juridique restent difficiles à preciser et protéger.

En juillet 2008, l’Eglise commémorait le baptême et l’adoption officielle de la foi chrétienne en terre de Rus kiévienne, voici 1020 ans. Ce fut un acte d’unité et non de division. A ce jour, les enjeux paraissent politiques, culturels, marqués par les brisures du temps, les conquêtes ou influences venues d’ailleurs

Le quatrième samedi de novembre, l’Ukraine célèbre un autre évènement majeur: le Holodomor ou meutre par famine planifié par les autorités soviétiques. Cette extermination par la faim fut mise au point par les membres du comité central de manière précise. Il visait à eradiquer par la faim la population d’Ukraine, de capter les récoltes, dépouiller et spolier les fermiers d’Ukraine. Cette décision visait aussi à se débarasser des intellectuels ukrainiens et membres des mouvements nationalistes. Ils furent tués par manque de nourriture. En fait, ce génocide (terme contesté pour cet acte criminel) provoqua la mort d’un nombre à confirmer. De 1932 à 1935 _ et plus tard encore – 2 800 000 victimes et ce chiffre est souvent porté à une dizaine de millions. Les victimes furent ukrainiennes, mais aussi tchèques, russes, juives, arméniennes… Toutes nationalité multiples d’une Ukraine dont la population appartient à diverses nationalités.

Il est aujourd’hui facile de se documenter sur cette histoire tragique et contemporaine. Pourtant cet événement meurtrier, perpétré de manière concertée par des instances officielles, reste unique. Il est singulier et pratiquement passé sous silence. Nous savons combien l’homme peut être vil ou bas sinon raffiné dans ses instincts morbides. La faim fut une clé pour assassiner les déportés dans les camps de concentration. Ici, seule la faim fut l’instrument d’une famine visant des masses populaires.

Il est intéressant de rapprocher un moment de joie comme le baptême de la Rus de cette haine sociétale qui eut pour but d’anéantir un peuple et les minorités perçues comme perveses pour la mise en plqce d’une idéologie. Au fond, Jérusalem fut souvent affamée et cela prit une dimension spirituelle perceptible dans le livre des Lamentations (Eykha est le titre et le premier mot de ce livre biblique et veut dire “Quoi, comment ?!”).

L’Ukraine fut un lieu de rencontres et d’espérance, de combat tenace pour la vie au cours de siècles d’invasions. Au début du XXème siècle, elle était le grenier de l’Europe. A ce jour, elle est un noeud gordien servant au règlement de compte de l’histoire et de ses contradictions morales, historiques et religieuses, sociales et économiques.

C’est donc une dynamique de vie qui continue d’être affirmée au début du XXIème siècle à la face de l’Europe et de la communauté internationale. Cette dynamique est susceptible de se déployer de manière inattendue. L’Ukraine est soumise à un appauvrissement effroyable. Par milliers, les ukrainiens quittent le pays et se déploient dans le pourtour méditerranéen, en Europe occidentale, en Amérique et en Australie. C’est une terre terriblement meurtrie mais dont la mémoire ouvre sur des créations qui, en dépit de tout, restent à découvrir au commencement de ce siècle.

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