Vautours, cadavres et survie

Jésus de Nazareth a eu un propos fascinant : “Là où est le corps, se rassemblent les vautours” (Luc 17, 37). Diverses interprétations sont possibles. J’ai toujours considéré que cette parole renvoie à une expérience humaine et spirituelle plus vaste ; il est tout à fait probable qu’il s’agisse d’une allusion à la tradition madzéenne. Dans la foi de Zaratoustra, il est normal que les corps soient placés, après la mort, sur une haute montagne pour être déchiquetés très rapidement par les vautours. Il se trouvent que cette pratique existe toujours à Bombay avec les “tours de la mort” : les cadavres des mazdéens sont déposés et “avalés” en quelques minutes par les vautours.

 

 

Cette perspective provoque un sens très aigu de la vie, de la nécessité de savourer la vie car le départ pour l’au-delà est pour le moins brutal, peu “appétissant”. Or, la foi zoroastrienne a certainement influencé le judaïsme et la position juive de Jésus de Nazareth. Le combat entre le bien (tovטוב) et le mal (raרע) a une cohérence particulière dans le judaïsme. On ne peut ecarter une influence venue aussi d’au-delà du plateau persique donc on veut trop souvent faire abstraction. Ce soir, l’Inde cesse d’être pour les jeunes Israéliens le havre d’une paix et d’une amitié non-violente. Je croise à l’année des jeunes ayant terminé leur service militaire en Israël et qui sont partis faire la route vers la béatitude amicale et non-agressive d’un univers hindouiste idéalisé. Il est vrai que le continent indien offre toutes les apparences d’une paix irénique, même dans un climat de pauvreté absolue qui ramasse les morts dans la rue. C’est un espace d’avenir, de productivité, de développement – tout comme la Chine et le Sud-Est asiatique.

Gandhi était le fils très pieux de la foi jaïniste, qui lui inculqua un sens inné de non-violence absolue, doublé d’un dépouillement réel. Nous en sommes loin. Il avait fait le constat, lors de son séjour en Afrique du Sud, de l’inaptitude des chrétiens à s’inculturer en terre indienne. Selon lui, il s’agissait d’un rendez-vous manqué. Car dans ce continent, les âmes sont naturellement portées à des messages comme celui de l’enfant de Bethléem. Les Juifs ont toujours été présents au nord comme au sud de ce continent et n’y furent pratiquement jamais inquiétés, à Cochin comme aussi les Beit Menashé récemment “revenus” en Israël à partir de l’Assam. L’Eglise de Mar Thomas (Saint Thomas) s’est implantée au Kerala où elle continue d’utiliser quelques paroles araméennes tandis que les marchands judéo-perses ont pénétré avec les Assyriens “nestoriens” par-delà l’Himalaya vers le Tibet. Lhassa fut un siège métropolitain de l’Eglise assyrienne, vivant en bonne intelligence avec les Boens bouddhistes et tantriques ; ils continuèrent la route jusqu’en Mongolie et en Mandchourie. L’alphabet mandchou est d’origine syriaque. Les Portugais furent horrifiés que le christianisme utilise l’huile de noix de coco pour le baptême et les coloniaux s’empressèrent de détruire ou semer la zizanie dans des communautés vivantes qui ne se reproduisaient pas par des onctions d’huile d’olive. Une ignorance lourde qui fit disparaître un christianisme longtemps présent dans des terres orientales. Aujourd’hui, l’Eglise orthodoxe russe vient d’ordonner des prêtres en Thailande et au Pakistan – la compétition est ouverte entre les missionnaires de toutes huiles et encens.

Le Chabad-Lubavitch juif est connu pour son grand centre sur le toit du monde et surtout à Katmandou. Ill est aujourd’hui durement touché par la violence qui se déploie à Bombay. C’est peut-être l’occasion de souligner combien le continent indien et pakistanais, le Cachemire et le Bengale, le Tibet, la Chine et aussi les pays turcs d’Asie centrale furent des lieux séculaires de rencontres entre le judaisme et l’islam et d’un antique déploiement du christianisme – une rencontre possible et trop brève avec des traditions naturellement portées au dialogue oublié par les Européens d’aujourd’hui.

Il ya une vraie quête de sens qui a toujours existé. Elle se change parfois en une féroce bataille pour des conquêtes spirituelles. On ignore trop que l’héritage judéo-chrétien fut longtemps en contact avec l’altérité asiatique.

Il y a un axe ancien et neuf à la fois : il continue inlassablement à tracer dans le désert  une route inprimée dans la mémoire. Il s’avance vers l’Est, depuis Jérusalem et de la Mecque, vers les lieux les plus antiques de la spiritualité, du discernement entre le Bien et le Mal. Ce soir, le judaisme entre dans le mois de Kislev qui annonce la survie inespérée de la fête des Lumières (Hannukah – 25 Kislev = 21 12/08). Le monde tremble sous les coups des chutes de la Bourse, et anticipe la Noël du 25 décembre ou 7 janvier des calendriers chrétiens. Encore faut-il que les armes tombent pour que les âmes acceptent de dialoguer. Eh ! D’où vient le thé ?

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