Lumières

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Lumières

par Av Aleksandr

 

La fête de Hanukkahחנוכה a commencé le 21 décembre/24 Kislevכ”ד דכסלו par l’allumage de la première bougie à l’aide d’un « shamashשמש – allumeur de  service », de droite à gauche, puis de gauche à droite. C’est la fête de la « Dédicace » du Temple de Jérusalem. Il s’agit du rappel de la victoire des Macchabées sur l’empereur helléno-syrien Antiochus Epiphanes en 167 av. J.C. Le grand-prêtre Matityahu ben Yohanan mène ce combat qui dépasse de loin une altercation belliqueuse. Une fiole d’huile fut providentiellement trouvée ; Elle brûlera pendant les huit jours de la dédicace du Temple. Nous traversons une période particulièrement trouble. Elle est faite de pertes des repères traditionnels, de recherche identitaire qui conduirait volontiers à une exclusion socioculturelle. L’exclusion paraîtrait plus facile à gérer que la tolérance.

 

La question centrale posée par la fête de Hanukkah est celle du combat « jaloux » entre la foi et l’idolâtrie. Il ne s’agit nullement de religiosité, de retour  du religieux ou de choix culturel. Il n’est même pas question d’une opposition unilatérale entre Juifs et Grecs, les Fils d’Israël et les Gentes (Nations du monde). Le Dieu des vivants est-Il vivant pour les vivants et ceux qui nous ont précédés ? Ou bien n’est-ce qu’un rêve, une utopie trompeuse, un besoin compulsif de croire pour vaincre le désespoir ? Est-ce une Lumière que personne ne peut s’approprier ou bien l’instrument jouissif de plaisirs personnels ?

Disons-le franchement : beaucoup de Juifs ont aussi douté et continuent de le faire. Franz Kafka souriait à l’évocation d’une fiole qui brûlait miraculeusement dans le Temple. D’autres ont visualisé  le passage de la Mer Rouge en des scènes hollywoodiennes. Or, le phénomène est connu et très circonscrit géographiquement. En Israël, la fête de Hanukkah a tendance à se dédoubler : le monde juif de la foi y voit le rappel du salut du peuple par sa foi en Dieu et la reprise du culte dans le Temple. D’autres, apparemment plus consensuels, parlent de « chag ha’ourimחג האורים », la fête des Lumières. Ce n’est pas inexact ;  cela prête à confusion. La véritable question est d’avoir sauvegardé le shabbat comme temps où l’homme est à l’image de Dieu. Et de rappeler qu’il est essentiel de se reposer comme Dieu le fit ; pour des raisons qui ne se limitent pas à l’économie de marché. Hanukkah rappelle aussi que la circoncision est une marque d’alliance et non uniquement  un moyen d’éviter des infections vénériennes, ce qui est aussi appréciable. Curieusement, nous avons besoin de plus de verticalité d’âme.

Car tout baigne dans la lumière en cette aube de 21ème siècle. Les bougies sont à la mode : de tous modèles, couleurs, senteurs, usages. De la baignoire en passant par la salle à manger, les déodorants parfumés avec effets narcotiques, une rave party ou un concert langoureux. Il y a un risque, en Israël, de confondre « Lumières » avec des dons divinatoires (habits du grand-prêtre), mais surtout d’affronter encore et toujours  le temps de la Nativité de Jésus de Nazareth. La fête est fortement marquée de néo-paganisme. Est-il « lumière du monde » selon les Evangiles (Jean 1,4 ; 1,8 ;3,19) en consonance avec le prophète Isaïe (49,6)? Nous habitons dans l’hémisphère nord ; au solstice d’hiver, l’homme a besoin de visions pleines de chaleur, de flammes, même ténues. La Révélation ne s’est pas produite pendant l’été austral, au fond du désert d’Alice Springs, en Australie, quand il fait clair et chaud en décembre.

Ce shabbat, le texte synagogal est celui de la Genèse (37,1-40,23) racontant l’histoire étonnante de Joseph. Son père, Jacob, le préfère à ses autres fils. Par jalousie, ses frères le jettent dans une citerne à défaut de le tuer ou même de le vendre. Joseph sort vivant, est vendu et résiste aux charmes de la femme de Putiphar, le grand vizir, qui tente de le séduire.  Au fond, tout cela respirerait un esprit de forte résistance face aux attaques d’une postmodernité essentiellement décadente. Elle date des temps les plus archaïques de la nature humaine. L’homme ? Un loup pour l’homme ? Car ce 25 kislev est aussi la date à laquelle Caïn aurait tué son frère Abel (Talmud Sanhédrin. 4,8). Un premier assassinat – historiquement très porteur – en Genèse 4,1-16 et dans le Coran 5,26-32.

Cette semaine, les Eglises orthodoxes ont fait mémoire des «pères = les ancêtres » tandis que l’Eglise catholique latine a rappelé le récit de la conception de Jésus. Certes, pour des Eglises en quête d’unité, il s’agit des ancêtres de Jésus. Les textes parlent de l’origine de tous les êtres humains, sans distinction. Ces lectures renvoient à un unique questionnement : d’où venons-nous ? Où allons-nous ? Pourquoi, comment ? Quelles sont les vraies richesses et les priorités de l’âme, de la dignité humaine ? L’écologie est un défi dont nous prenons conscience. Cette année, il y a plus : la lumière doit aussi nous éclairer dans une économie (gestion de la maison – eikonomia) saine. Ya’alla !!!

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