Tu ne tueras pas

Tu ne tueras pas

par Av Aleksandr

 

Un hiver sombre aux lendemains incertains. 2009 se présente comme une année difficile, tumultueuse. Il y a tous les conflits divers qui rongent une planète qui apprend aussi à sauvegarder son environnement. C’est aujourd’hui le huitième jour de la fête de Hanukkah ou fête de la Dédicace du Temple de Jérusalem et du miracle de la fiole d’huile qui continuait de brûler sous les décombres. La fête commence au 25 du mois de Kislev (21.12.08) et s’achève toujours au deuxième jour du mois de Tevet (29 .12.08). La fête de la joie des Lumières correspond aux rêves d’une restauration du culte au milieu de Jérusalem, au lieu archaïque dit de la création du monde, du façonnement d’Adam, l’ancêtre de tous les êtres humains, de la présence des deux temples.

Le mois de Kislev est celui de rêves qui deviennent réalités. Il s’agit d’un pluriel car un rêve peut conduire des êtres à visionner un avenir utopique ou possible. La concrétisation des rêves peut prendre des formes contrastées, parfois même opposées, contradictoires par rapport aux intuitions fondatrices. Le prophétisme juif s’appuie sur ce kaléidoscope de l’âme dont le caractère peut paraître inattendu avant de se matérialiser et prendre forme.

Le rêve de Kislev est celui de la survie « en dépit de tout ». Les lumières de Hanukkah rappellent la fragilité d’un éclat qui était resté caché sous terre (cf. Marc  4,21) et finit par luire à la face de tous. Cela reste fragile et peut être aisément détruit. Les rêves les plus bienveillants consistent souvent à élaborer, réparer, structurer, bâtir, consolider des projets.  Ils ont tôt faits d’être balayés par des bourrasques de sentiments happés par le désir de faire mal. Le rêve de l’unité poursuit cependant son chemin.

La fête de Hanukkah lie toujours deux mois : Kislevכסלו est ce temps idyllique et festif de la victoire sur l’idolâtrie. Le mois de Tevetטבת qui suit montre un réalisme « humain – trop humain ». Il y a dix jours tout-à-fait particuliers selon la Bible hébraïque telle qu’elle s’est incarnée à travers l’histoire. C’est en ce sens que le commentaire est exact : « Les rêves deviennent réalités  – des réalités diverses selon le prisme des âmes qui les ont exprimés et  selon leurs interprétations des faits » (Talmud Berachot 55b). Or, le 1er tevet  [-362], Esther devint l’épouse du roi Xerxès « qui l’aima plus que toutes les autres vierges » (Esther 2, 14-16). Cela lui permit d’intercéder pour que soient préservés les enfants d’Israël. Le 10 tevet [-588], l’empereur Nabuchodonosor lança son offensive contre Jérusalem qui tomba 30 mois plus tard, provoquant ainsi la déportation à Babylone et la destruction du Temple. Le 8 tevet 3515 [- 246], le judaïsme rappelle que la seconde traduction en grec de la Bible (Septante) fut miraculeusement  réalisée par les 72 Sages d’Alexandrie. Est-il  possible de s’ouvrir aux autres sans perdre son âme ni se laisser submerger par une société « différente ».

Jésus de Nazareth a eu des paroles surprenantes et plutôt paradoxales pour la nature humaine. « Des pauvres, vous en aurez toujours, moi vous ne m’aurez pas toujours avec vous » (Marc 14, 7) contraste avec  « Heureux les pauvres en esprit,  car le royaume des cieux est à eux » (Matthieu 5,3) ou bien « Va, vends tout ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres »(Marc 10,21). Voilà le sens d’une charité bien ordonnée qui privilégierait le dépouillement et le non-avoir.  Il est question de bien plus que de possessions et d’avoirs. La vie est-elle légitime ?

Or, les Eglises occidentales font mémoire, au lendemain de Noël, des premiers martyrs et des enfants assassinés par Hérode à Bethléem. Il visait à tuer Jésus, considéré comme un concurrent redoutable pour sa propre royauté. Les Eglises orthodoxes se préparent à la fête de la Nativité du 7 janvier 2009 et commémorent les prophètes qui ont jalonné l’histoire, y compris Esdras qui reprit le culte dans le Temple après l’édit de Cyrus (2 Chroniques 36,22).

Nous avons besoin de prophètes remplis d’espoirs utopiques et réels. Leurs paroles dépassent l’annonce médiatique. Elles rappellent que tout se résume, en sorte, au commandement « Tu ne tueras pasלא תרצח » (Exode 20, 13). « Ne pas commettre de meurtre » ? Dire cela est si simple, si banal. Il y a une chose stupéfiante : tout au long de l’année écoulée, les pèlerins n’ont cessé de se rendre à Bethléem tandis que les bombes tombaient sur Sderot et Netivot et que Gaza s’enfonçait tel un camp retranché de la terre des vivants.

Est-ce de l’indifférence ? Une forme d’inconscience ? Ou bien, de manière bien plus étonnante encore, peut-on parler, comme en sociologie, d’une sorte de «circulation du vivant » ? à savoir que dans les situations les plus extrêmes, l’homme avance comme fasciné par une espérance plus forte que lui-même et tous les arsenaux qu’il s’ingénie à créer innocemment et sans peur du lendemain.

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