Tu as été pesé dans la balance

par av Aleksandr (Chronique)

Une fois par an, dans le temps qui mène à la fête de Pessah (Pâque juive), la lecture hebdomadaire inclut un passage sur la nécessité de chaque juif de marquer son appartenance à la vie cultuelle dans le Temple, aujourd’hui dans les synagogues et autres organismes, par le versement d’un demi-sicle symbolique (Exode 30, 1-16). Il s’agit du demi – « shekel » dont le nom veut dire « pesé » et qui est à ce jour l’une des plus anciennes monnaies du monde. « Pesé ! Tu as été pesé dans la balance » dit le prophète Daniel 5, 27. La question fut également posée à Jésus (Matthieu 17,24 ; Luc 15,9) qui demanda à Pierre d’acquitter ce qu’ils considéraient comme un impôt et qui indique surtout une appartenance et une solidarité spirituelle.

Il y a d’abord une évidence : Dans le texte de la prière fondamentale d’Israël qu’est « Ecoute, Israël, Shma’ Israël » (Deutéronome 6, 4), il est dit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toutes tes forces [ton pouvoir] ». On comprend habituellement ce que cela peut impliquer que d’aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme. L’Evangile reprend ce texte dans sa totalité, soulignant l’actualité et la permanence de ce texte (Matthieu 22:34-40/ Marc 13:28-31/Luc 10:25-28).

En revanche, « de tout ton pouvoir » a une signification très pragmatique : de tout l’argent que tu possèdes ; cela peut être l’argent, l’or, les comptes en banque, les produits bancaires, les biens financiers, le « pèse », le « fric »… La question devient soudainement plus délicate. Le pouvoir économique – auquel aucun être humain ne peut échapper sous une forme ou une autre – pose un problème vraiment essentiel. Le cœur peut être troublé, l’âme a souvent tendance à tergiverser. Les finances, elles, sont peu stables. Elles sont souvent secrètes et terriblement “intimistes”. L’actualité nous montre cette année que le système économique peut finir par être totalement corrompu et surtout provoquer des crises financières mondiales. Et encore ? Qui sait où cela nous mène ? Car le but financier est-il de faire des profits, du moins apparents ? Y a-t-il une manière de partager ces profits en dépit de valeurs parfaitement arbitraires ?

Il y avait dans le Temple de Jérusalem une “salle du Trésor”. L’argent ainsi collecté permettait de venir en aide aux nécessiteux. C’est une ville fascinante. Elle brasse tout un univers venu de tous les horizons. Des gens pauvres, mais la pauvreté ne veut pas dire que l’on ait pas au moins deux piécettes. Le Temple n’est plus “vivant”, mais sa mémoire est très présente, bien au-delà des a-prioris politiques. Le Saint Sépulcre est devenu cet Anastasis (Lieu de la Résurrection) d’où se serait relevé le Christ qui s’appelle Jésus et dont le nom indique le salut. Le choix est le même qu’au temps de la crucifixion: si cela est vrai, le salut parvient jusqu’aux extrémités du monde ; serait-il pensable que rien ne se soit passé ? Le Lieu Saint est aussi un enjeu de pouvoir et de puissance monétaire considérable.

Ces jours-ci, il y a peu de touristes, peu de pèlerins, un vague regain pendant un temps de vacances dans certaines régions du monde. Mais on sent une chape lourde, non pesante. Un questionnement sur un avenir incertain. Mais qui dira que le monde change, tout simplement. Que les valeurs essentielles sont peut-être dans la foi. Le reste ne passe pas. C’est une société en perpétuelle gestation. Il y a des inquiétudes réelles et de tous ordres. Mais qui dira que la vie se construit ? Jérusalem a froid ces jours-ci. Mais on construit, on construit partout – et l’on construit aussi à Ramallah. Alors que la communauté internationale s’enfonce dans une crise grave, le shekel commence à trembler plus que de coutume. Mais, en dépit du chômage, de repliements frileux, la société se relèvera inexorablement. On assiste a un brassage inattendu des hommes et des pouvoirs au sens le plus large.

En hébreu, “kheshbon = chèque, addition, compte”. Tout les soirs, on est invité à faire un “kheshbon-nefesh = une évaluation spirituelle” de notre journée. C’est une méditation, une mesure de la véritable valeur de nos jours. Les Eglises avancent vers le Carême ou le Grand Jeune qui commence chez les Orthodoxes par une demande de pardon (1.03). Les 9 et 10 mars, la fête de Pourim (Les Sorts) rappellera que le salut est le plus souvent inattendu et échappe aux raisonneurs.

L’enfantement d’une société nouvelle sur cette terre inciterait au silence – on est au-delà des mouvements quotidiens de places boursières affolées. Il reste la justice, mais en quel sens? A lire Job ou la destinée chrétienne et musulmane, qui aurait la sagesse ou le courage d’attendre sans juger ? Nous avons de jolies tourterelles et des moineaux sympathiques qui trottent à Jérusalem… Il ne faut s’inquiéter des rien: dans toute sa splendeur Salomon ne fut jamais aussi bien vêtu que ces oiseaux… Et nous valons bien plus qu’eux (Luc 12, 24).

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s