Un jeûne paisible

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Un jeûne paisible

par av Aleksandr

 

Le temps continue d’être en point d’interrogation à Jérusalem. Il fait tantôt un peu plus chaud, tantôt un peu plus froid. Le fond de l’air reste frais, ce qui n’est vrai qu’en français… De rares touristes achètent comme chaque année de faux plaids en simili-fourrure dans le souk de la Vieille Ville, sur le chemin qui mène au Saint-Sépulcre (Anastasis = Lieu de la Résurrection de Jésus Christ). Voici des mois, les foules se précipitaient, en particulier de la République de Russie. Les visas sont désormais gratuits, le pèlerinage coute cher, mais il y a une traditionnelle soif de venir en Terre Sainte.

 

Puis, il ya beaucoup de Juifs religieux en cette veille du mois hébraïque de Adarאדר. Le 7 adarז’ דאדר תשס”ט – 3/3, on commémore la naissance et la mort de Moïse. Il restera en dehors du Pays et du lieu de repos des ancêtres à la grotte de Machpelah tandis que les restes de Joseph y entreront avec le peuple hébreu sous la conduite de Josué. Le 10 mars, ce sera la fête de Pourim, la fête des Sorts : le peuple juif, bien avant le christianisme, échappe en Perse, au projet réel d’extermination. La reine Esther sauve le peuple in extremis. Il faut noter la réaction qui n’est guère morbide : elle débouche sur la joie et l’adhésion de beaucoup à la foi mosaïque.

Il y a un danger réel de nos jours, une volonté tenace, idolâtrique et profondément ancrée dans le paganisme ou absence, la négation de Dieu : la volonté d’extermination est toujours présente, dans ce plateau persique qui nous surplombe, dans l’opacité tenace à ne pas reconnaître une histoire marquée par un sceau qui vient d’ailleurs. Tout, sur cette terre, dépasse l’intelligence humaine, la foi, le manque de foi, les mouvements incessants et rythmiques d’une terre qui tremble doucement. Une terre de permanence où ceux qui se croient éternels disparaissent dans le sable de ce lopin de terre de transition et de transhumance humaine. Il reste les constants, les faits invariants qui ramènent les déportés à Sion quand nul ne les attend ou ne comprend. Ils ne comprennent pas davantage.

Une terre liée au défi de la pénitence, du pardon, rarement partagé entre les hommes, toujours accordé par Dieu. “Se tourner vers Dieu”, se retourner sans trahir soi-même ou les autres. La marche à travers le désert a commencé ce lundi chez les Melkites, puis les Latins ont eu le Mercredi des Cendres. Dimanche soir, les Orthodoxes auront le très beau geste de “pardon”: chacun – quel que soit son rang – se met à genoux et demande pardon à autrui. Normalement c’est un office long, profond, chargé d’intensité. Il faut veiller à ne pas le “ritualiser”, le réduire à de bonnes paroles. A Jérusalem, on se s’embrasse ensuite en se souhaitant “une bonne Quarantaine, une bonne fête de Pâque”. C’est la ville de la Résurrection.

“Béni sois-Tu, Seigneur… / Qui ressuscite les morts, relève ceux qui tombent, guérit les malades, et délivre les prisonniers et rend la vie dans Sa fidélité à ceux qui gisent dans la poussière”, dit la prière quotidienne des Dix-huit Bénédictions. “Tu es poussière et retourneras à la poussière” dit le prêtre latin en donnant les cendres. Les cendres sont souvent présentes dans la Bible. De Ninive à Job, elles rappellent une marche vers la vie.

La foi en Dieu implique une lutte contre le mal, des forces contradictoires, ce que veut dire “Diabolos” ou le Malin. On peut le nier, le considérer comme “anecdotique”, prendre parfois un look hollywoodien pour films à grand succès et beaucoup de spectacle. Le Malin ne fait que “rôder parmi nous au soir qui fraîchit”. Satan existe, nous l’avons tous croisé souvent sans l’admettre ou le reconnaître. Il nous connaît et il est beau quand des individus ou des sociétés peuvent le rejeter et aller de l’avant. Satan vient “faire obstruction (Hbr.: l’stonלשטון) comme l’ange envoyé à Balaam sous la forme d’un ange (Nombres 22, 32).

Le “meilleur” est certainement cet accord passé entre Dieu et Satan – un contrat entre gentlemen – qui “jouent” la confiance de Job dans le prologue de ce livre qui repose au chevet de toute humanité (Job 1, 6-12). Dieu est certain que jamais Job ne pourra Le renier. Satan propose de tout lui prendre et on verra bien ! Dieu lui dit “Oui, mais ne touche pas à l’intégrité de son âme”. Ne le rend pas fou, les mêmes mots “al tehi shotéאל תהי שוטה = ne fais pas le fou” écrit autrefois en préambule aux livres de prières juifs. Car on touche à un monde insaisissable dont la vie affirme que la vie est vraiment plus forte que la mort.

Ce n’est guère facile à dire à nos sociétés, en cette année de dépression, de krach, de faillites, de précarités si étonnantes pour des personnes qui se croyaient au-dessus des techniques et maîtres de systèmes qui s’effondrent. L’espérance ouvre la porte aux autres, à tous…

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