Peut-on tout pardonner

Est-ce outrancier? A la veille de Jour de Yom HaKippurim/Jour des Expiations et du Rachat 5772/2011, il est sans doute utile de reprendre et de redonner ce texte. Tout d’abord pour confirmer ce que je crois de toute mon âme et de toute ma vie: il faut tout pardonner. Sans cesse, sans relâche, sans même que cela soit compréhensible ou humainement supportable, Dieu sait que nous pouvons pardonner.

Il y a un côté dérisoire sinon grotesque à affirmer cela dans un univers aussi paganisé. Même christianisé, le monde de la Foi authentique témoigne d’une bien pauvre capacité à pardonner. L’Eglise a les Paroles de la Vie Eternelle, comme tous les coryants d’ailleurs quand il s’agit de faire le perroquet et de remâcher comme des automates des paroles doucoureuses en assurant l’avenir de son propre ghetto d’une foi souvent stérilisante.

J’ai appris à la naissance et par héritage de la foi authentique reçues des Aînés (le Verus Israel de Dieu selon la chair, le sang et l’âme) ce que cela signifie “être trahi”. La trahison, le mensonge se retrouvent toujours dans la corruption, dans le vagabondage de pensées dites philosophiques. Dieu est tellement Autre que nous avons du mal à comprendre que nous somme créés à Son Image et à Sa Ressemblance.

Tel est le prix du Pardon. Savoir en son intime, par quelque chose d’encore plus intime que l’intime conviction que nous pouvons effacer, pardonner, racheter, oublier le mal et le dépasser, bref savoir que nous avons été rachetés. C’est l’âme du Kippour. Telle est l’âme de la Communauté d’Israël. A ce titre, il n’est pas question d’opacité, de non-reconnaissance, de prétentions ou d’exigences. Rien d’autre que savoir que tout peut être racheté et que Dieu Lui-même a regretté d’avoir voulu effacer jusqu’au souvenir de la création lorsqu’il a sauvé Noé et des couples en sa génération.

A titre d’homme ayant atteint 60 ans alors que j’étais simplement voué à ne pas exister, je puis dire que je sais ce que signifie être trahi, abandonné, rejeté. Ce ne sont pas des paroles vaines. Le silence couvre alors un vrai pardon envers ceux qui, au fond, vous prennent pour un “putz” comme on dit en yiddish, en français cela serait “schpounze” comme dans le film où jouait l’acteur français Fernandel.

Dans la vie de la foi, il arrive souvent que l’on puisse être tenté de manière croissante par une sorte de frénésie extérieure qui voudrait voir jusqu’où l’on peut aller. Il y a une pédagogie d’une souffrance libérée par la joie intime à surmonter ces marches qui mènent và accorder toujours plus de pardon. Et ne pas le regretter, mais bénir. Car alors la phrase de saint Stéphanos/Etienne prend son sens plénier, enraciné dans le Kippour: “Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font”.

Il y a bien davantage. Celui qui pardonne ignore tout autant ce qu’il fait. Mais il agit ainsi d’une manière qui ne sera compréhensible que sur un temps qu’il n’est pas possible de déterminer. “Absous, remets, pardonne et rachète Dieu, / ainsi que toute la Maison D’Israël ainsi que l’étranger que demeure avec lui car toute le peuple (des êtres humains) a failli”. C’est sans doute l’une des prières les plus profondes qu’Israël vit. Le Kippur n’est pas pénitence et cendres. Il est la joie de dire le Règne de Dieu sur tout l’Univers. Il est en expansion. Autant dire qu’il nous dépasse tout en se rapprochant de nous. Et que la foi reste le service de l’être dans sa nature humaine.

av aleksandr (Winogradsky Frenkel)

6/24 octobre 2011-7520 – Veille 9 Tishri 5772

Le Christ notre Roi et notre Dieu

Le Christ notre Roi et notre Dieu
Venez, adorons et prosternons-nous !

++++++Κύριε, Ιησού Χριστέ………………………………………………..ελέησόν με

 En conclusion de la Semaine de Prière pour l’Unité des Chrétiens le dimanche 30 janvier 2011 à Jérusalem, je trouve utile de proposer à nouveau ces textes que mon ami Maxime le Minime avait assemblé à partir de mon blog.

Nous avons évoqué la “réconciliation” lors de l’émission qui fut diffusée ce dimanche dernier sur France 2 au cours d’une longue matinée oecuménique consacrée à l’Eglise de Jérusalem. Il faut être franc: pas une seule bénédiction en latin alors que le Pape le réintroduit un peu partout au nom du bon sens pour mieux comprendre un héritage spirituel et y puiser des forces pour ensuite se tourner vers les langues locales.

Dans la plupart des offices, comme d’ailleurs dans la table ronde télévisée (cf. Nora Carmi), il faut admettre des traductions fragmentées qui n’aident pas à l’unité, même au sein d’une même culture linguistique, si riche et puissante comme l’est la civilisation chrétienne arabe. Mais pourquoi s’être enfermé cette année dans ce phylétisme ou nationalisme religieux particulier de la langue arabe, comme pour témoigner une légitime souffrance qui est inffligée un peu de toutes parts et peut-être aussi par les Eglises extérieures? L’arabité chrétienne a cette richesse de l’ouverture au mystère divin par une vaste tradition de contacts avec les Musulmans et aussi le judaïsme. La réconciliation linguistique envers tous est précisément le signe de ce que l’être humain peut exprimer au plus profond de ce qu’il est. Nous aovns entendu du gheez, de l’araméen, de l’arménien et pourtant ce sont les trois langues inscrites sur la Croix: hébreu, romain (latin) et grec en saint Jean 19,19 qui assure l’amorce du kérygme de la Résurrection et ceci est essentiel.

Peut-être faut-il relire cet appel à tout pardonner. Il y va du tréfonds de l’âme, bien au-delà des mots ou des murmures collectifs. Il y va d’un monde qui a besoin d’être sauvé par la Foi.

Ce lien qui relie à un ami “Maxime le Minime” se trouve en totalité en présentation des textes de mon blog en français “Abbaa” publié depuis plusieurs années depuis Israël où je suis “prêtre israélien”, au service de la société variée et multiple. Je célèbre en hébreu, en ukrainien, en russe moderne et dans d’autres langues, y compris le yiddish, ce qui est un mode d’inculturation plutôt rare – une chance qui a souvent été en butte avec la tradition orientale, mais que j’ai toujours essayé de pacifier. Etre dans la société israélienne ne signifie nullement rejeter quiconque des multiples composantes de cette société. J’en fais partie par mon histoire personnelle, ma fidélité culturelle et spirituelle et surtout par la ténacité de mes actions. Je ne cède en rien mais ai toujours tenté de garder un sens profond de la plénitude de l’Eglise et de travailler à l’unité, à l’obéissance personnelle et “symphonique” du Corps du Ressuscité comme du peuple qui est en train de ressusciter sur cette terre. Ne rejeter personne et tout supporter, en bien comme en mal. Je ne crois pas qu’il faille répondre par la méchanceté à des formes traditionnelles d’anti-judaïsme, d’anti-sémitisme. Il ne sert à rien de rendre le mal pour le mal. De rendre la haine pour le mépris. Je reste convaincu que les Eglises ne sont qu’à peine arrivées à l’aube de pouvoir entrevoir ce que signifie “le Mystère d’Israël”. Il est rare de trouver dans les Eglises des personnes vraiment désintéressées face à cette question; On trouve tout une “faune” de “para-chrétiens en mal d’eux-mêmes, de Juifs inaccomplis, de personnes chrétiennes qui sont plus juives que les Juifs”; tout cela sent le malaise, un malaise profond qui ne peut s’effacer en quelques lignes corrigées et re-corrigées à la hâte pour cause d’ouverture au monde. Il est évident que le Second Concile du Vatican a ouvert des portes essentielles. Il a pu être clôturé par la rencontre entre un patriarche orthodoxe alors affaibli, Athénagoras de Constantinople et le Pape Paul VI au mont des Oliviers sous les hospices du grand Patriarche de Jérusalem Benediktos, en janvier 1964.

Les paroles du P. Kurt Hruby doivent être martelées car il fut un homme sensé et précis. “On ne peut corriger en quelques années des siècles de haine et de mépris. Il faut des siècles pour corriger des attitudes acquises pendant des siècles de rejet”. C’est au coeur de l’action que j’essaye de mener dans ma vie, ayant souvent à faire face à des attitudes qui montrent le malaise de beaucoup quant à comprendre “la question chrétienne face au judaïsme” comme dirait encore Vladimir Soloviev.

L’intéret des Eglises orientales réside en ce qu’elles se savent profondément enracinées dans l’univers sémitique. Leur proximité ne les rapproche pas, mais au contraire, provoque le plus souvent des “étincelles”. La haine et l’altérité doivent pouvoir s’exprimer, des deux côtés, pour permettre de verbaliser et dire le malaise.

Il y a alors une force spirituelle unique: le pardon. Je ne parle pas de réconciliation. Je ne fréquente que des gens qui finissent par se détester à force de vouloir se réconcilier de manière fictive. Un ami a, à ma grand surprise, rassemblé certains de mes articles et blogs sur le “Dimanche du Pardon” qui est un office profondément oriental, “kippourique” au début du Grand Carême. Le Pardon est au coeur de ce que j’essaye de vivre dans ma propre vie. C’est ce que cet ami – Maxime le Minime pour les bloggers – a perçu. J’ai été très ému qu’il propose ces textes. Je les reprends ici car j’espère poursuite rapidement cette réflexion sur l’importance du pardon.

vendredi 27 février 2009

DIMANCHE DU PARDON – “Peut-on tout pardonner ?” par Père Alexandre WINOGRADSKY


Père Aleksandr en connaît un “rayon” (de lumière à n’en pas douter…) sur le pardon, et son témoignage vaut d’être lu. Ce texte est extrait d’un article de son blog du Monde de février 2007 consacré au Dimanche du Pardon dans le contexte “particulier” de son sacerdoce en Terre Sainte, c’est à dire tout bonnement (?) en Israël.

“Le Pardon coûte souvent très cher ; notre sang, notre âme, nos années, notre vie. Le Pardon est aussi la mesure d’une vraie conscience au-delà de ce qu’elle peut cerner ou percevoir en totalité.” dit Père Aleksandr dans un autre article consacré au Dimanche du Pardon de mars  2006

Le dimanche du pardon

“Après l’office des vêpres du dimanche soir qui précèdent l’entrée dans le temps du Grand Jeune (Carême) qui débute le lundi […], le clergé et les fidèles accomplissent un rite profond et signifiant, riche. C’est le dimanche du pardon (прощеное воскресенье). Le rite est très long et solennel dans la tradition slave. Après une série de prières de repentance et de pardon, le clergé de tout rang et les fidèles se prosternent deux par deux – face à face, se demandent mutuellement pardon pour toutes les fautes volontaires et involontaires, conscientes et non-conscientes et se relèvent en s’embrassant dans l’espérance de la Résurrection. Le rite que nous avons accompli hier au Patriarcat grec-orthodoxe de Jérusalem, était succinct. Souvent le clergé et les fidèles échangent en grec un “Καλή Σαρακοστή!” (bonne quarantaine = de jeune), voire souvent “Καλό Πάσχα!”. Le Patriarche Theophilos avait lu, au début une prière pénitentielle qui implorait le pardon de Dieu. Cinq personnes m’ont dit “tzom kal – צום קל” (jeune paisible, simple) en hébreu. La phrase est curieusement un décalque de celle que l’on dit pour le Yom Kippur, comme si l’on devait mettre l’accent sur le jeûne – en fait, l’accent est sur le pardon et, en hébreu il serait logique alors de dire “shalom uslikhah – שלום וסליחה”.

Il est certain que le rite provient du Kippur ou “Jour de Grand Pardon”. Le pardon s’exprime de manière constante dans la prière chrétienne, mais uniquement en grec dans le Notre Père qui indique: “Pardonne-nous nos offenses (péchés, remets-nous nos dettes) comme nous avons déjà remis, pardonne à ceux qui nous ont offensés”. Mais le sens du Kippour est bien différent car il prend une valeur sacrificielle de notre vie comme elle l’était dans la tradition sumérienne et dans le sacrifice au dixième jour du mois de tishri (nouvelle année d’automne). Pour ceux qui n’en seraient pas persuadés à la lecture du Nouveau Testament, il faut rappeler que l’affirmation du caractère propitiatoire du sacrifice du Christ dans l’épitre aux Romains 3, 25 et l’unité du sacerdoce du Christ dans l’épitre aux Hébreux 9 Ch. 7 et 8) présupposent une méditation approfondie de la théologie de Yom Kippour.

Dans le cas du christianisme [orthodoxe], il est très significatif que cette demande de pardon se fasse à l’entrée du Carême qui est aussi un temps de réconciliation. Mais c’est un temps où l’on marche vers la Résurrection. En fait, c’est le temps du début de la nouvelle année pour la tradition biblique, de la première moisson. La participation au mystère de la résurrection du Christ requiert aussi un approfondissement des paroles de saint Matthieu (5, 21.24.25). Au verset (19) “Car c’était Dieu qui, dans le Christ, se réconciliait le monde, ne tenant plus compte de la faute des hommes, et mettant en nous la parole de réconciliation.” Et: “Celui qui n’avait pas connu le péché, Il (Dieu) L’a fait pour nous sacrifice pour le péché (grec: ἁμαρτίαν ἐποίησενμ  = asham en hébreu) afin qu’en Lui nous devenions justice de Dieu (2 Corinthiens 5-21).

Comme le mois nouveau de Adar (rosh chodesh Adar = ראש חודש אדר) a commence pratiquement pendant le shabbat car la lune est alors née (a 11 h.10 à Jérusalem), et qu’il faut alors se réjouir, le jeune du Yom Kippour katan יום כיפור קטן – ou “Petit Jour de Pardon” avait été avance au jeudi. Ces petits Yom Kippour ont été instaures au 16eme siècle par l’Ecole de Safed puisque la lune est éclairée par le soleil par des reflets qui laisseraient croire qu’elle paraît, naît, grandit, devient pleine puis diminue et disparaît. Ceci montre une permanence physique dans la fidélité de Dieu qui s’exprime par une dimension de double reflet : de la blancheur lumineuse de la lumière du soleil sur la lune et de ce reflet de la lune sur la terre.

Peut-on tout pardonner? La question se pose de façon très réelle à tous les niveaux de la société, mais aussi de la nature humaine. Il y a la question de Simon-Kaipha à Jésus: “Combien de fois dois-je pardonner? sept fois?” – Jésus répond; “soixante-dix (-sept) fois sept fois (Matthieu 18, 21). Que la mesure soit de 49 ou dépasse 50, il ne faut pas penser que c’est une mesure déterminée. Elle excède précisément, dans sa symbolique, les 500 qui était la mesure ou middah (mesure parfaite dans le Temple). Ici, la question n’est pas dans un bâtiment ou dans une mesure rituelle. Il y a une plénitude d’une autre nature et c’est la que se situe le pardon. Soyons francs ou ayons l’honnêteté de dire que le pardon le plus élémentaire pour des vétilles pose déjà des questions relationnelles énormes. Alors lorsqu’il s’agit de pardonner des manquements bien plus profonds et graves, souvent en lien avec la vie et la mort, la question est bien plus difficile à résoudre.

[…]

Si j’ai quelque appel religieux, je dirais que j’essaye d’être vraiment le témoin du pardon qui me fut inculqué par les miens, en particulier par ma mère. Je reste convaincu que le “pardon” est l’âme du judaïsme ET du christianisme et dépasse toute chose démontrable ou explicable. Immatériel, sans qu’on puisse déceler une action de Dieu ou un mouvement humain qui fait que la personne change. Et pourtant le pardon est sans doute la forme la plus élevée, la plus difficile à atteindre pour l’être humain. […]. J’ai entendu des sermons, des homélies savantes ou apparemment persuasives et théologiquement fondés sur le pardon et la nécessité de pardonner. Face aux travaux pratiques, ces paroles se montraient fumeuses et ineptes.

Depuis l’âge de raison, je crois pouvoir affirmer avoir toujours pardonné, le plus souvent sans tenir en mal ou retenir quoi que ce soit contre quelqu’un. J’ai essayé de donner un exemple dans mon chemin sur le christianisme (Qiyum – existence 2). Mais c’est aussi vrai dans la vie quotidienne. Je me suis rappelé ce matin comment un jeune juif m’a un jour traité de “putz – פוץ – crétin simplet” en yiddish  (c’était il y a 30 ans) et fut obligé de s’excuser, ce que je ne demandais pas. Il y a des cas auxquels j’ai réfléchi ces temps derniers ou j’aurais du taper et ou la réaction fut précisément celle de penser qu’au fond “c’est un benêt, crétin”. Beaucoup d’exemples de cette nature me viennent à l’esprit. Je suis même convaincu que telle fut la réaction du hiérarque a bien des égards. Et encore, par uniquement cet “individu”; les exemples pourraient être démultipliés. Ils importent peu.

L’âme du pardon est de tout supporter, non que tout soit supportable, loin de là. Mais, très souvent au cours de la journée, me viennent les paroles du psaume “Ils ne savent pas ils ne comprennent pas – לא יודו לא יבינו”. Je n’ai aucune prétention ou même idée de croire que je comprends quelque chose. Si, que la valeur de nos jours, de nos vies est si précieuse, si unique que le pire criminel (et il y en a beaucoup sous bien des formes), comme chacun de nous peut réfléchir la lumière du pardon, même au prix du mépris le plus apparent. Le pardon aussi implique le silence. A Jérusalem, il y a des âmes qui crient, hurlent – non seulement les vieilles souffrances de la persécution anti-juive. Il y a le cri de l’âme de tout habitant, de tout peuple, langue, nation, de souffrances si peu comprises et explicables qu’il ne semble rester que la solution de la déraison. C’est là que le pardon prend son sens sur un chemin pascal.”

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