D’un Pessah à deux Pâques

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D’un Pessah à deux Pâques

par av Aleksandr

Les années passent, “une fois encore” nous célébrons un temps particulier : celui de la “yetziyat mitzraimיציאת מצריים= sortie d’Egypte” de la maison d’esclavage. Cet évènement a marqué le début de l’experience singulière du peuple hébreu. “Pessahפסח” est un mot contrasté et puissant, chargé de sens et de nuances. Il est vrai qu’il signifie d’abord un “passage” ; “on passe au-delà comme l’exprime l’anglais “Pass over”. Le mot désigne aussi l’agneau pascal que les Hébreux ont mangé avant de quitter une terre qui fut hospitalière à Joseph et, par ricochet, à Jacob-Israël et sa famille. Les Sages du Talmud ont aussi expliqué que le mot peut être interprêté comme “Peh sah/sokhekhפה שוחח = la Bouche (de Dieu) converse (avec l’humanité)”. Il est habituel en hébreu de se souhaiter un “Pessah kasher vesameahפסח כשר ושמח = une Pâque authentique, pure et joyeuse”.

Cette année, la mode “tendance sécularisante” varie les appelations: “khag avivחג אביב” (fête de printemps), mais il faut dire que l’on célèbre la suite du centenaire de Tel Aviv (tell du printemps). D’autres préfèrent “khag hasédèrחג הסדר = fête du rituel (de la Pâque)”; cela met de l’ordre; on cite le mot “sédèr” qui désigne autant l’ordre ou le déroulement, le rite de la fête et du récit de la Pâque que le repas festif au cours duquel les communautés juives font mémoire actualisée de la sortie d’Egypte. C’est fondamental dans la mesure où chacun sort personnellement d’Egypte. La mention de cette sortie est pratiquement faite durant toute prière et office juif. Il y a enfin une autre variante très en vogue dans les milieux “socio-égalitaires” où l’on aime à parler de “khag hakhéroutחג החרות = fête de la libération”. Mais le mot s’applique alors à des événements mélangés et souvent contradictoires. La libération a pris un sens très sinon trop large de nos jours.

La fête de Pessah/Pâque commencera en cette année 2016-5776 le 14 nisan, pleine lune, c’est-à-dire le 22 avril. Le calendrier hébraïque était originellement solaire et lunaire. Aujourd’hui il est uniquement lunaire et basé sur un cycle mensuel de 28-29 jours et d’un second mois de Adar (vers mars) si nécessaire. La lune marque la fidélité de Dieu à travers l’histoire car elle disparaît et réapparaît avec grande régularité, naît, croît, devient “pleine” et diminue… Le soleil suit un cycle de 28 années pour rejoindre, selon la tradition (Berachot, Eruvin) le point originel de son façonnement au début de la création du monde. Ce fut dans le temps du troisième jour (mardi). Ceci donne encore une autre dimension à la fête de Pessah : c’est une fête de “passage = ‘ubberעובר = naissance, être dans la condition d’une grossesse = “me’uveretמעוברת” = femme enceinte. Cela prend encore plus de sens en cette année qui a deux mois de Adar, comme une extension de cette plénitude. Pessah met un peuple au monde. On mentionne souvent, dans la tradition, le rapport entre le cycle menstruel féminin et cette fécondité féminine.

Pessah est une fête de résurrection/revification. Mais c’est une première étape. L’apparente “finale” qui marque le vrai commencement de la fête est la Pentecôte ou Don de la Loi. Depuis lors, le judaïsme avance dans l’histoire des sociétés en témoins de cette Vie et espérance. Cela ne veut pas dire que le Sédèr peut être célébrer avec les même convictions de foi et de tradition !

L’Eglise catholique romaine et les communautés protestantes vont célébrer Pâque dans la nuit du samedi au dimanche 12 avril. L’Eglise romaine semblerait secouée ou traversée par des mouvements de protestations plus ou moins forts, surtout dans des pays dits “nantis”. On peut en fait se demander si les vrais problèmes ne sont pas systématiquements créés par des organismes médiatiques. Ils doivent vendre des scoops “insignifiants à ce stade” et aussi passer par une critique naturelle de formes de pouvoirs pour apparemment défendre des milieux marginalisés. C’est très ennuyeux dans le cas de la spiritualité. La vie spirituelle ne peut se résoudre à un débat d’opposition permanente sur les préservatifs, les dérives d’écoute du Pape au profit de la seule interprétation journalistique qui remplacerait presque le droit ecclesiastique ou canonique ! Il faut quand même une bonne dose de non-respect pour la foi qui a nourri l’Europe pour diffuser un reportage sur l’impossible mariage des prêtres ! Ignorance crasse et gravissimma !Il y a et il y a toujours eu un clergé marié oriental dans l’Eglise. Cette discpline est enracinée dans l’abstinence sexuelle de la fête de Kippour (Grand Pardon). Orient et Occident ont choisi des voies spécifiques, complémentaires mais qui ne sont pas interchangeables. Sait-on que, pendant le Grand Carême et tous les jeûnes, les Eglises orientales réclament de s’abstenir de relations conjugales depuis le simple fidèle jusqu’au prêtre marié. Le prêtre qui célèbre est aussi tenu à s’abstenir de relations intimes avec son épouse avant de célébrer. Il la retrouvera avec d’autant plus de joie! C’est aussi un signe de “résurrection” et de fécondité. Un peu de verticalité, voyons!

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