Feu de vie

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Feu de vie

 

Feu de vie

par av Aleksandr

 

Il était 13 h à Jérusalem ce samedi 18 avril. La presse précise que des foules nombreuses étaient présentes dans la Vieille Ville de Jérusalem entre les deux voies: celle du Kotel ou Mur occidental et celle qui mène à l’Anastasis ou Saint Sepulcre, le Tombeau vide, situé face au Golgotha. Les uns considèrent qu’il y avait foule ; en fait, le contrôle d’accès au sanctuaire chrétien était pratiquement bouclé. Il est clair que l’on a souhaité éviter – et ce fut le cas – des mouvements de fidèles locaux et pèlerins qui ont tournés depuis plusieurs années en des batailles souvent violentes. Bon, cela fait partie d’une certaine forme de combat séculaire. Rien de tel pour une fois : soldats, policiers israéliens, hommes et femmes ont maintenu l’ordre d’une manière relativement souple. Certains policiers, garçons et filles,  parlaient russe, ce qui permet une forme de compréhension. Les filles portaient dans le dos des petits extincteurs.

 

Le “Hagion Phos – Saint Feu” de la Résurrection est reçu, à l’intérieur de l’édicule-tombeau, du côté grec orthodoxe. Il est reçu par le patriarche grec-orthodoxe de Jérusalem, Théophilos III, en présence d’un représentant de l’Eglise arménienne. De l’autre côté, Amba Abraham, l’archevêque copte, laisse passer trois fois la procession orthodoxe. Ce fut étonnamment paisible cette année – oserait-on dire, trop ? Ce Feu qui marque la résurrection du Christ invite par définition à une ambiance électrique, survoltée ignorée et inconnue des occidentaux. Les prêtres russes, roumains, grecs, sortent leurs mobiles et téléphonent avec frénésie à leurs amis, communautés dans le monde lorsque le patriarche sort avec les deux grands chandeliers brûlant, flamboyant dans la pénombre et les porte à travers le Katholikon (nef de la partie orthodoxe) jusqu’ à l’autel central ou il sera partagé. Il y a des cris de joies, des hullulements, des sifflements devant des soldats israéliens plutôt “cools” et souvent intrigués.

Cette année, le Feu est venu tôt. Il était à peine passé de 14 heures. Cela a même déçu certains qui adorent sentir monter une tension, un esprit de passion et de foi populaire ; mais ce feu, une fois allumé, les fidèles “se lavent” en lui, – on touche ce feu, on se frotte le visge aux flammes. Cette expérience est impensable ailleurs que dans cette régoin du monde ou le “feu” est “lumière” qui brille dans les ténèbres et rappelle les anciens feux mazdéens. Les années précédentes, on a souvent attendu bien plus longtemps. L’espace est restreint. Souvent cela prenait du temps pour sortir de l’Eglise. Il ya une dizaine d’années, un policier chargé de l’ordre et alors un peu débordé par l’ambiance pénétra dans le lieu de l’autel et me dit tout de go: “J’aurais bien fumé une cigarette !” Il essayait de canaliser un chahut naturel depuis trois bonnes heures. Il a éclaté de rire quand je lui ai répondu: “Il y a du feu partout ici, mais voyons tu ne vas pas fumer pendant un shabbat !”

Chacun y va de son interprétation sur l’origine du Feu. Jérusalem est ville de lumière, ville de feu. “Phos hilaron = joyeuse Lumière (d’où le mot “hilare” mais au sens d’une joie d’exultation totale) est la très ancienne hymne du soir composée sur cette Terre sainte. En russe, “Svete tikhii” insiste sur l’aspect paisible de la lumière. La foi conduit tant à la joie la plus puissante qu’à une paix intérieure que rien ne semblerait perturber. Et, dans la nuit pascale (il n’y a pas de liturgie/messe le jour-même du dimanche de Pâque), le célébrant se tient devant les portes fermées de son église. Il est entouré par les fidèles et alors éclate cette même joie “Le Christ est ressuscité des morts, par sa mort, il a vaincu la mort – à ceux qui sont dans les tombeaux, il donne (a donné) la vie ! ” Cette parole est un leitmotiv, toute l’année à Jérusalem. Curieusement, elle est composée de deux bénédictions juives dites toute le jour: “Béni sois-Tu, Dieu de l’univers…/ qui ressuscite les morts et rappelle à la vie ceux qui gisent dans la poussière (des tombeaux).

Cette autre Lumière qui est ravivée ce soir dans tout l’Etat hébreu : le jour mémorial de la Shoah selon la tradition juive.  A l’origine, on avait proposé la date du 10 tevet (en automne) pour marquer le lien avec la destruction des deux Temples. Ce soir, demain c’est la communauté d’Israël qui rappelle cette extermination dont nous sommes les contemporains. La compassion, la sympathie ets une chose ; ce jour est particulier dans la destinée de toute âme juive. Le Ner HaZikkaronנר הזיכרון, Lumière de la mémoire vivante, ouvre sur une lumière de vie infinie. Cette lumière se démultiplie 1 500 000 fois en souvenir des enfants assassinés pendant la Shoah.

“Depuis Auschwitz, la mort signifie avoir peur de quelque chose de pire que la mort” (Th. W. Adorno). Face aux crimes ignominieux (le génocide arménien est commémoré le 24/04), La Lumière peut luire sans réduire à néant mais pour célébrer la vie.

Crédit photo: A.K.

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