Possumus?


Possumus ?

 

Possumus ?

par av Aleksandr, prêtre orthodoxe (Israël)

 

Le Pape Benoît XVI va venir en Terre Sainte. Une arrivée à la Moïse surgissant du mont Nébo, une Messe “plein air” en direct d’Amman en Jordanie. Il faut prêter grande attention à cet événement. Il est très porteur de sens.

A ce jour, la Jordanie est un pays réellement chrétien et musulman. Les Jordaniens ont une identité récente – à l’identité essentiellement arabe et bédouine, mais dont les particularités sont aussi sensibles qu’Israël. Il y a de très nombreux Chrétiens dans le pays. Ils sont cultivés, occupent des postes importants dans la société. Le roi Hussein, le courageux prédécesseur de son fils Abdullah, l’actuel roi, avait été sauvé sur le mont du Temple de Jérusalem par le clergé du patriarcat grec-orthodoxe de Jérusalem lorsque son père fut assassiné par des fanatiques sur le même lieu en 1951. Les “Roum-orthodoxes” constituent la partie la plus importante d’une très ancienne implantation chrétienne dans cette région de l’antique culture nabatéenne. L’Eglise gréco-orthodoxe assure une présence fondamentale dans ce petit pays, aujourd’hui amputé de la Cis-jordanie ou Judée-Samarie et Jérusalem ainsi que que les lieux essentiels du christianisme aujourd’hui sous contrôle israélien.

 

La Jordanie chrétienne orthodoxe a un clergé de haut niveau : des prêtres arabes mariés, exerçant des professions libérales et professorales. Les laïcs sont également très actifs et constituent un corps social d’équlibre. Ils sont les témoins souvent ignorés d’une véritable arabité chrétienne, cohérente, paisible et efficace. Le clergé orthodoxe grec attaché au patriarcat de Jérusalem y trouve aussi des activités culturelles essentielles ; avec le clergé arabe jordanien, il maintient un équilibre dans un Proche-Orient dont les composantes chrétiennes se sont largement concurencées depuis des décennies. Il faut bien le reconnaître : les Arabes chrétiens sont les “natives” de l’Eglise et ne sont pas vraiment liés par les scissions qui se sont produites en dehors de cette région.

Il y a des Roum-Katholiks ou grec-melkites orientaux” et des implantations catholiques latines, syriennes-orthodoxes et une récente immigration assyro-chaldéenne (fuyant la guere en Irak). La chose est claire : les Jordaniens sont majoritairement de tradition orthodoxe. A ce niveau, la visite du Pape Benoît XVI et la célébration en plein air se situe dans la ligne traditionnelle du positionnement de l’Eglise de Rome. A Damas, le patriarcat d’Antioche et de tout l’Orient, lorgnera sur la scène en se demandant quelle Eglise sera vraiment capable de dialoguer utilement avec “les autres” dans un contexte musulman souvent en tumulte.

Le Pape Paul VI était venu en 1964 au mont Nébo et au mont des Oliviers alors en Jordanie pour rencontrer le Patriarche Athénagoras de Constantinople sous les auspices du Patriarche Bénédiktos de Jérusalem. Le Pape Jean-Paul II a réellement fait de son passage un “chemin de croix” personnel et historiquement chargé de mémoire et de démarche humaine, plus théologale qu’il n’y paraît.

Benoît XVI arrive dans un contexte d’apparente survie et de continuelle politisation à outrance de la vie de foi. Il est confronté à un défi subtil: enfin, pour une fois, prononcer un “possumus” dans l’ouverture de l’Eglise au monde d’aujourd’hui. Cela dépasse de loin toutes les caricatures auxquelles on réduit l’ancien Cardinal J. Ratzinger. La question est bien différente. Il existe de facto mais pas vraiment encore de jure une Eglise du Christ dans un Etat d’Israël reconnu de jure et de facto… et nier le plus souvent. Encore faut-il aller jusqu’au bout de la logique du “Possumus” : oui, nous pouvons admettre cette situation apparemment incongrue” sur plan humain et théologique… aussi politique, ce qui est en fait accessoire dans la réalité. De même, il existe une Eglise du Christ dans la péninsule arabique, entre Haifa, Amman, Qatar, Barhein, Oman. Le “Possumus” requiert aussi la reconnaissance pacifique de la foi musulmane.

Il y a un point: en concluant le Second Concile du Vatican, l’Eglise romaine affirma (Lumen Gentium) que “l’Eglise (Corps du Christ) est plus vaste que l’Eglise catholique (de Rome)”. Le Cardinal Ratzinger dut souvent répondre de cette décision. Mais, nous ne saurions mesurer l’Eglise à l’empire “Roum orthodoxe ou catholique”. Jusqu’à notre génération, par son histoire et son expansion souvent tragique, l’Eglise est restée historiquement “limitée” à cet antique empire romain qui englobe l’Europe, une partie du Proche- et Moyen Orient et le contour méditerranéen de l’Afrique. Une région disputée à l’empire ottoman qui ne cesse d’agonir dans cette région alors que l’Europe peine à se définir.

A cet égard, l’Eglise du Christ est aujourd’hui planétaire. Elle s’étend sur d’immenses territoires et continents sans lien direct avec la réalité “roum” de ce pourtour chrétien initial. En Terre de sainteté, cela devient des enjeux irrationnels. Dieu n’appartient à personne ; nous Lui appartenons et c’est bien là qu’est le problème.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s