Serpent fûté pour itinéraires de vie

 

CHRONIQUES D’ABONNES

15 JUIN 2009

Nous sommes clairement en été. Il se passe toujours quelque chose au Proche-Orient. Chez vous aussi, mais chez nous cela a un petit parfum particulier : “jasmin frais pour oeil de gazelle”. Lors des la guerre de 1967, certains disaient en se glosant que la nuit, les Arabes voyaient des Phantoms et le jour des Mirages. C’était une forme particulière de “Vol au-dessus d’un nid de coucou”. Quant aux Juifs, “ils étaient d’authentiques rêveurs” (Psaume 126,1). Aujourd’hui, la réalité reste tout aussi problématique, mais, au fond, pas plus que voici 7000 ans dans les murailles de Jéricho ou de Méguiddo. Il y a des innovations technologiques. Le serpent – comme vous le savez – est le plus rusé de tous les animaux (Gen. 3,1). La chose est plus subtile: “aram/heerim = éclairer, aviser, être clair, prudent; arum veut autant dire “nu” que “rusé” selon que l’on pense à la pureté ou à des idées malignes. Il est vrai que la malice adore la pureté qui elle-même tenterait les interdits.

 

Or, l’armée israélienne vient de mettre au point un nouvel engin très pratique pour les campagnes : le serpent-espion; camouflé en treillis de soldat, il rampe par télécommande et se faufile partout… Il transmet images, sons, tout ce que vous voulez savoir sans être vu… bientôt peut-être en direct sur “Youtube” ? Nous sommes dans un pays très “reptile”. Le “nakhash/serpent” séduit ou bien sauve comme le serpent d’airain (Nombres 21,6-9; Jean 3,14); la sagesse (arum) combine parfois une nudité belle à des idées sachant affronter des situations vraiment tordues, mesquines.Ce nouvel engin qui serpente correspond curieusement au texte biblique lu ce Shabbat passé:  “Shalakh lekha – envoie en reconnaissance” (Nombres 13,1 – 15,41) rapporte comment Moïse envoya 12 émissaires pour repérer la situation dans le Néguev. Ils se rendirent jusqu’à Hébron. Bref, comment entrer en Terre promise ? Le rapport est clair : des fruits énormes et magnifiques. Ils ramènent de tres grosses grappes ce qui devint le sigle du tourisme israélien. Pour le reste, une prudence extrême, une frilosité peureuse : ils prétendent avoir rencontré des géants très dangereux, des Amalécites (symboles de Satan depuis l’Antiquité), des gens très très dangereux, méchants et pas beaux; vraiment!La génération précédente regrettait les oignons d’Egypte. Ces valeureux explorateurs, ancêtres de quelque “0SS117”, “Yaakov/Ya’akub Bond” et autres ont la frousse. Ils croient dur comme airain avoir vu leur mirages et fantômes dans d’hospitalières oasis. Mieux : ils croient en leur mensonges et faux témoignages parce qu’il fait bon vivre dans le désert du Sinaï. Il y a un problème. Yehoshua bin Nun (Josué) et un compagnon ont tout vu pour de vrai et disent que l’on peut entrer dans le pays, éventuellement se battre ou négocier par ailleurs. Et voilà comment on perd 40 ans de plus dans le désert ! Sauf nos deux héros, les 10 émissaires menteurs périssent aussi. La morale de cette histoire, c’est qu’un bon espion ne ment jamais. Il extrapole sur une réalité ambiante périlleuse  et un climat social délicat qui reste cependant contrôlable, par la grâce de Dieu.Ces hommes qui font des “tour-im” en hébreu scrutent sociétés et cultures. Il s’agit aussi d’une introspection personnelle pour préciser de quelle façon il est pensable, utopique ou totalement absurde de faire quelque chose, d’aller de l’avant. Ce regard sur soi coûte beaucoup pour atteindre cette pureté ciselée qui peut finir par faire accepter un chemin escarpé. Il est vrai que nous passons notre vie, individuellement ou collectivement, à raconter que les fruits sont délicieux mais, courage, fuyons, il vaut mieux mourir dans le désert en sachant plus ou moins où l’on est.Ce dimanche fut, dans l’Orthodoxie, la Fête de Tous les Saints. L’Eglise d’Orient les célèbre après la Pentecôte car ils furent ceux qui vécurent en particulier des dons du Saint Esprit. Cette semaine, on fêtera les Saints “locaux” au sens où, en tout point du globe, des êtres humains ont accepté de suivre Dieu par des actes souvent héroïques, dans des contextes inhumains ou trop humains. Les Saints sont des gens comme vous et moi, mais ils le sont “bien davantage”. En Géorgie, sous le régime communiste, on disait que les “Saints sont les prolétaires qui ont réussi”. Ils ont de fait mené une lutte finale pour que le règne de Dieu redonne espérance, dynamisme, vie à des millions qui désespèrent. En Orient, la sainteté est “populaire et démocratique”. On lit leurs vies chaque jour; on les commémore chaque jour car ils ont porté, souvent au-delà du dicible la vérité de Celui que nous ne voyons pas. Peut-être ouvrent-t-ils un chemin rampant pour chacun?Dans la tradition, les habitants de Jérusalem sont appelés “les saints”, comme aussi dans le christianisme (aux Ephésiens). Certains croiraient rêver! Mais qui peut se prendre pour ce serpent fouineur? Dieu scrute bien davantage et qui sait ce qu’Il trouve ou trouvera?

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