Jeu de l’oie à travers les lumières de Jérusalem

Jeu de l’oie à travers les lumières de Jérusalem

 

Jeu de l'oie à travers les lumières de Jérusalem

par av Aleksandr, prêtre orthodoxe (Israël)

 

Jérusalem a festoyé du 7 au 11 juin. Eternité et modernité futuriste se croisent dans ces quartiers qui virent Abraham, David, Salomon, les prophètes et les disciples de Jésus. Je suis pratiquement certain que mon matelas se trouve sur une allée autrefois foulée par les apôtres ou Paul et tous les visiteurs d’un siècle ou plus. A cette heure, je suis prêtre oriental juché face au Saint Sépulcre.

 

 

Pendant des siècles les miens ont chanté “leshana haba biYerushalayim – l’an prochain à Jérusalem”. C’est tombé sur ma génération et mon fils verra sans doute ce que je ne pourrais même pas imaginer. “Dor ledor yesaper maaseikha/La génération racontera Tes oeuvres à la génération qui vient” (Psaume 79,13). Mais j’y vis dans un lieu et une atmosphère qui restent au centre des pulsations spirituelles des hommes. Peut-on alors continuer de dire “l’an prochain à Jérusalem” ? Il y a diverses variantes dans la société juive et israélienne : “L’an prochain à Jérusalem unifiée/mé’ukhedet” ou bien “dans Jérusalem reconstruite en totalité/habn’uya”. Une chose est à peu près certaine : nous ne sommes qu’à l’aube de Jérusalem et ceci reste soit impénétrable, soit révulsant; le sujet est chargé d’émotions contradictoires car cela se joue en fait contre toute attente humaine.

La semaine a été fantastique. Des vagues d’hommes, de femmes, d’enfants, de tous âges et toutes conditions se sont mis sur leur 31, version locale, pour se rendre à la manifestation “Or Yerushalayim/Lumière de Jérusalem”. Un signe de pistes aux couleurs bariolées, un jeu de l’oie à la découverte de la Vieille Ville. Les mobiles s’interpellaient ou envoyaient des textos fébriles : “Il y a des millions d’israéliens, mais si ! Si ! C’est fou! Eyfo at(a)/ Où es-tu ?”. “Tout le pays est là, tu es où, toi ? Je ne sais même pas où je suis !” fut le slogan d’une semaine qui faisait opportunément suite à la semaine des explorateurs envoyés par Moïse en éclaireurs dans la Terre Sainte (cf. Chronique précédente).

Des millions ? C’est vrai : des foules immenses; c’est rare à ce point. Des nuées de “ezrakhim/citoyens” et de personnes de toutes origines. Ils ont déferlé avec une joie simple d’enfants. Ils rappelaient qu’en Israël, on se réjouit de peu de choses. Une famille humaine formée des clans traditionnels. Ils entraient avec passion et retenue dans les murailles d’une ville qu’ils ne semblent pas vraiment connaître. Autrefois, il y avait 12 portes à Jérusalem et une 13ème pour ceux qui ignoraient à quelle tribu ils appartenaient. On en était à peu près là, avec les cousins sémites arabes. Les ados frimaient en vélos et patins à roulettes. Les cubes, dispersés sur le pont de l’entrée vers la Porte de Jaffa, changeaient de couleurs. Les itinéraires étaient indiqués par les couleurs. Les groupes venaient de tout le pays; mode estivale dernier cri ou tenue modeste et seyante, et l’inévitable bling-bling moyen-oriental qui fait ambiance a “1000 et une nuits”.

Les choses étaient aussi discrètes. On marquait les 42 ans de l’entrée des troupes de Tzahal en Vieille Ville. De fait, des jeunesse juives et arabes difficiles à distinguer sinon par la langue se croisaient en monologuant. C’est un point de symbiose culturelle en cours qui est frappant dans des manifestations de ce type. Une chose était aussi très particulière. En 1967, 2 millions de Juifs et autres gens avaient patiemment fait la queue – parfois pendant des heures et des jours – pour enjamber les gravats et toucher le Mur occidental. Un peuple en larmes, d’une émotion intense, profonde, viscérale. Un prêtre catholique polonais m’a confié qu’il n’avait ressenti pareille émotion qu’à Benarès sur le bord du Gange, au lieu de purification.

Il y a un point curieux : les soldats qui entrèrent alors ne savaient où se diriger. Aujourd’hui, deux générations plus tard, c’est le petit peuple israélien qui est venu; des Juifs dont on sent la destinée, étonnés d’être là. Ils ne savent toujours pas qu’il faut entrer par la Porte de Jaffa (ou d’autres) pour découvrir la Vieille Ville. Les israéliens adorent bouger, mais “en grappes”. Ils sont perdus dans des lieux à découvrir. Il y a une très grande simplicité, une humilité faite d’arrogance et de timidité dans ce peuple “anonyme” tant il fait corps avec son identité et sa surprise d’être toujours là. C’est très subtil, difficile à percer sous les carapaces de cactus aux coeurs tendres.

Sur les cartes qui étaient distribuées, les lieux chrétiens n’étaient pas indiqués. Habituellement, ils le sont. Le Pape Benoît XVI vient de lancer une année pour le sacerdoce. Les Eglises orthodoxes reprennent le projet innovant du concile pan-orthodoxe. Le peuple juif est “un royaume de prêtres” (Exode 19, 6; cf. Ap. 5,10) et Saint Paul affirme qu’à lui appartient “le culte” (Romains 9,4). A-t-on conscience que tout Juif mâle pratiquant et instruit connaît tout le rituel du Temple. Il garde ainsi vivant et intact le sens du service dans une mémoire invisible pour appeler à l’unité et la rédemption.

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