La fièvre d’un soir de tammuz

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La fièvre d’un soir de tammuz

 

La fièvre d'un soir de tammuz

par av Aleksandr, prêtre orthodoxe (Israël)

 

Nous sommes le 7 du mois juif de Tammuz 5769 (29/16.06.09 selon les calendriers grégorien et julien). Ah, Tammuz ! C’est la chaleur torride et étouffante ; il fait lourd, le vent du désert colle à la gorge. Tel Aviv et Eilat viseraient plutôt le monokini coquin.

Pessah-Pâque c’est la sortie d’Egypte. Elle est pratiquement mentionnée à chaque prière juive. La semaine dernière (cf. Chroniques) évoquait l'”An prochain à Jérusalem”. Le mois de tammuz nous renvoie aux fondamentaux du pèlerinage terrestre du peuple juif. J’ai assisté à un colloque “international” sur l’histoire des pèlerinages en Terre Sainte et Jérusalem. Pas un mot, pas une mention de ces tribus hébraïques… Rien, pas un iota ! Pendant toute une journée tandis que le hajj musulman et la venue de chrétiens pour rencontrer les pierres vivantes (ruines) et les rescapés des Empires étaient au centre d’une cogitation contemporaine et prospective. C’est normal. Il ne faut surtout pas s’en offusquer. Il y a une réelle cécité presque “jouissive” à nier le premier mystère de l’incarnation d’une nation qui vit et existe encore et toujours.

 

C’est là l’un des grands mystères exprimés par ce temps de tammuz. Franchement, c’est l’hiver en Afrique du Sud, en Australie. Eh bien, Dieu a choisi ce lopin de terre pré-tropical pour parler aux êtres. Tiens, le Curé d’Ars avait une allure de bois sec et l’épaisseur d’un mattefaim secoué par des grappins diaboliques. Il émanait de son être “un coeur liquide” dans un village qui le moqua d’abord et l’accusa des pires turpitudes. Dur à exprimer en hébreu, sinon dans ce mot “rakhem-viscère” qui indique une miséricorde tordant les boyaux et abritant les embryons en gestation. Abraham lui, faisait “divan hospitalier” sous une tente ouverte “b’khom hayom – au plus chaud de la journée” (Gen. 18,1). Le mot “khom-kham” est fascinant. Il indique une chaleur, souvent torride mais le mot se déploie dans la tradition talmudique sous des aspects contrastés. “Khomot = les murailles (Jérusalem)”. “khomot = belle-mère – kham = beau-père ou père de l’épouse”; à noter la guérison de la belle-mère de Pierre qui souffrait de fièvre (khom), Mat. 8,14). La racine a aussi bien des connexions avec les eunuques et la fertilité (Niddah 43a). Nous sommes dans un contexte où tout est émoustillant ou effroyablement castrateur. “Enfin, “khema” =  ‘radis’ et/ou ‘violente colère’.Justement, ce shabbat soir fut chaud. Les porteurs de shtreimels décoiffaient  avec fébrilité, lançant légumes pourris et ordures sur les policiers et les soldats à cheval. Vendredi, les gardiens de la foi envoyèrent, par un “direct interrompu”, une journaliste TV à son shabbat, avant l’heure. Les hélicoptères tournoyaient comme souvent, et aussi un Zeppelin. Non loin, la libre gente gay, lesbienne et transsexuelle & Associé(e)s témoignait paisiblement, cette année, de sa présence arc-en-ciel. Ca, c’est Israël : on lutte, on manifeste, on crie, on hurle pendant quelques années et puis… on se calme… au fond, il ne se passe rien… presque tout le monde est là. D’accord, mais à quel prix ?C’est le problème de tammuz au thermomètre implosant. Une très profonde expérience des âmes et des êtres. D’où venons-nous ? Pourquoi exister ? Et la fidélité ? Une vieille fête sumérienne de mort et de résurrection. Une société de droit et de justice, qui marque un temps et des saisons pour vivre ? Ou pour disparaître ? La tradition arabe est profondément imprégnée par ce mois. Tammuz devint le dieu grec Adonis. Une divinité pour jeunes filles, un être narcissique, centré sur lui-même dont le nom vacille entre “adon = seigneur” et un dieu que les athéniennes comblaient de graines de laitue.A partir du 17 tammuz commencent les trois semaines qui conduisent à la destruction de Jérusalem. La tradition juive rappelle qu’en ce jour, Moïse vit Aaron cuire le veau d’or à base des bijoux et accessoires bouillis dans un chaudron culte. Une autre année, le païen grec Apostomos ou peut-être Manasse, fils du grand roi Hézékias, plaça une idole dans le Temple (Taanit 5). Il y a des constances : à Constantinople, à Jérusalem, les Occidentaux très chrétiens placèrent des prostituées sur les trônes patriarcaux pour asseoir leurs privilèges et rectitude dans la foi. Des pèlerins aux allures de E.T. d’alors… C’est vrai. Combien de fois l’adhésion la plus pure à la foi fut violentée parce que l’être humain supporte si difficilement de respecter ce qui est.Les mois d’été, en Terre Sainte, interpellent sur le sens des destructions, des meurtres ou fébrilités irrationnelles et sur le mémorial si judaïque des anéantissements de Jérusalem, de ses consolations. C’est le temps de la Vierge qui enfante malgré le désir des idolâtres d’assassiner son fils. C’est le temps de la Croix qui n’est pas seulement un instrument de torture, mais la dernière lettre hébraïque qui repart vers un commencement encore inconnu. C’est le temps du “Kyrie eleison, rakhem aleynu”… Nous avons besoin de “coeurs liquides”.

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