Pour qui miaulent les chats ?

 

Chronique d’abonnés – 6 juillet 2009

LE MONDE

Invariablement, le 14 du mois juif (6.07.09) permet de contempler, au clair de la nuit, une lune ronde ; elle semble si lumineuse et proche ici. En ce début de juillet, Shabbat Balak en Israël, on lit la portion biblique qui rappelle le contrat passé entre Balak et Bilaam, le prophète païen. Moyennant un salaire confortable et des menaces très précises en cas de refus, Balaam a pour mission d’aller maudire Israël (Nombres 22, 2-25, 9). En preu medium de malheur, le voilà parti sur sa monture, une ânesse. Or, cette simple ânesse reçoit la vision de l’ange du Seigneur barrant la route à l’équipage (Nomb. 22,23). Il faut comprendre que par chez nous, on vit de visions qui deviennent réalités. L’ânesse prend la route des champs tandis que Balaam atterrit devant un mur. L’animal refuse d’avancer. Le prophète la bat. Il repète son geste trois fois. Eh bien! Le Seigneur ouvre la bouche de l’ânesse qui proteste contre un tel traitement. Elle rappelle ses actes de service fidèles et constants. Alors, Balaam entend aussi l’ange et comprend qu’il doit renoncer à maudire Israël. Mieux : ses paroles de bénédiction introduisent l’office du matin ; la tradition hébraïque demande de reposer sur la parole d’un païen qui reconnaît les actes de Dieu.

Mais est-ce le moment de parler spiritualité dans le quotidien du vécu de Dieu ? En pleine lune blanche ? Il est heureux, à l’occasion de cette lecture annuelle, de rappeler l’existence de nos compagnons, les animaux domestiques, le pet club. Ici, on a une amitié certaine pour les animaux. Les lois noachiques/de Noé [après le Déluge] (que doivent respecter toutes les nations pour affirmer leur foi au Dieu Unique) prévoient qu’il est interdit d’arracher un membre à un animal vivant. Il ne peut répondre à égalité à son tortionnaire. Tiens, les chats ne sont nulle part mentionnés dans la Bible à cause de leur déification en Egypte. Il n’y a que le petit “shunra”, un chat tigré dans le Talmud (Hullin 53a). Il s’attaque aux volatiles, mais il n’est pas clair s’il est chat ou chien ! En français “clebs” vient de l’arabe “kaleb – hébreu : kelev” qui désigne les “chiens”, mais aussi les païens dans la Bible comme dans l’Evangile (Matthieu 7,6-15,27).

Il y a trente ans, on voyait peu de chats et de chiens à Jérusalem. Au Proche-Orient, on aime beaucoup les oiseaux en cages, faucons et autres volatiles. Il est normal de mettre du pain un peu partout pour nourrir ces habitants qui font cui-cui aux coins des rues, un peu comme les humains. Les tourterelles sont magnifiques, délicates. Les moineaux ? On comprend que Jésus ait dit que Salomon dans toute sa splendeur n’était pas vêtu comme ces oiseaux (Matthieu 6,29).

Mais le clou de l’été est sans doute ce babyboom de félidés, au demeurant parallèle aux femmes de nos contrées. Depuis quelques décennies, il y a un déploiement de population féline surdimensionné par rapport aux possibilités d’insertion sociale et immobilière, avec des dangers de maladies contagieuses pour tous. L’une des associations les plus intéressantes d’Israël, principalement au niveau “psycho-socio-humain” et caritatif est sans conteste “l’Association des chats de rue/Amutat khatulei rehov” qui existe à Jérusalem et un peu partout dans le pays.

Que les chats et autres bestioles bénéficient de l’assistance de ces personnes, nul ne pourrait en douter. Mais il suffit d’assister à une réunion pour comprendre un tant soit peu les blessures béantes que le peuple juif a surmontées pour témoigner un tel sens de la compassion. Soyons franc. Par temps chaud, quand chats et chattes se courtisent sans autre désir apparent qu’un instinct basique sinon bestial (En yiddish: “Kaetzele moyekh = cervelle de chat, chez vous, de moineau”), on entend, par nuit paisible, des miaulements et hululements stridents aux alentours des Lieux saints. A 3 heures du matin, ça miaule dur et dru – et si l’on écoute bien, on reconnaît, dans la journée, les mêmes accents vengeurs et jaloux de certains dialogues humains.

Au réveil, tel chat a perdu un oeil, tel autre est râpé jusqu’à l’os. Quant aux chiens, on voit, par 40°C un greyhound poil long ou un chien allemand croiser sur la plage de Tel Aviv ou dans les rues de Jérusalem. C’est nouveau et en plein essor. Inutile de se prendre pour Balaam: le propriétaire fait de toute façon tout ce que l’animal désire… Là, nous sommes dans les hautes sphères sociales. La plèbe risque fort d’être ramassée un jour prochain par les voiries municipales et finir au ciel de nos amies les bêtes.

Combien de saints ont vécu ici paisiblement avec des reptiles, des lions, des gazelles… surtout dans le désert de Judée. Selon la tradition chrétienne, j’aime bénir les animaux, surtout ces chats et chiens. Cela peut heurter certaines ethnies humaines. Le monde sémitique aime la convivialité des animaux dont il perçoit la richesse de l’instinct fait d’intuitions souvent bénéfiques.

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