220 ans seulement !

 

CHRONIQUE D’ABONNES

14 juillet 2009

Le dimanche 12 juillet 2009 correspond, dans le calendrier hébraïque, au 20 Tammuz 5769. Voici 220 ans, le 20 Tammuz 5549, le peuple parisien en colère – sans doute sous une forme de manipulation de la bourgeoisie d’alors – s’attaquait à la Bastille et lançait le processus révolutionnaire en France. Cette révolte couvait depuis longtemps.

 

Il est peu probable que les Français lient de quelconque manière la prise quasi mythique de la Bastille à la date hébraïque du 20 Tammuz 5549. Il est fort à douter que les Juifs de France aient célébré quoi que ce fût de cette lancée de piques révolutionnaire en ce dimanche 2009. Les Juifs qui résidaient sur un territoire qui était reconnu comme faisant partie du Royaume de France ou encore ceux qui y étaient plus ou moins de passage et tolérés pour diverses raisons – tout ce petit monde fait d’altérité nationale à l’époque des faits n’a pas noté cette date hébraïque dans les archives fondamentales de l’histoire des Juifs en Europe.

Le 19 Tammuz, Moïse est réputé être monté pour la seconde fois au Sinaï pour y recevoir les nouvelles Tables de Loi qu’il avait détruites à la vue du veau d’or. La mémoire juive rappelle d’autres faits marquants : le 20 Tammuz, les Nazis assassinèrent, en 1941, tous les membres de la communauté de Telz (Pologne) et le ghetto de Kovno fut liquidé par les mêmes en 1944.

Curieusement – ce fait n’est peut-être pas uniquement dû au hasard – le 20 Tammuz 5710 (1950), le parlement israélien du tout nouvel Etat des Juifs adoptait une loi garantissant le droit absolu et permanent pour tout Juif dans le monde de venir s’installer en Israël. Il faut surtout s’abstenir de tout commentaire politicien en rapport avec la situation présente. mais ce droit inaliénable de tout être juif à revenir sur sa terre fut peut-être inspiré par une autre date qui, en France, secoua, en 1789 et de manière durable, la société locale puis internationale. Il est préférable de ne pas extrapoler sur des mondes juifs et franco-chrétiens qui se fréquentaient en s’ignorant selon les besoins et circonstances des uns et des autres.

Il est peu probable que la communauté juive se souvienne que Moïse soit retourné consulter Dieu afin de Le persuader d’agir avec pardon et miséricorde envers une population égarée dans le désert. Ils regrettaient les oignons d’Egypte, ce qui veut dire qu’ils préféraient d’une certaine façon être de fidèles esclaves avec des corvées assurées et quelques légumes frais. Mais, pas fous ! Ils avaient emportés, en plus des agneaux et des téfillines (phylactères) des bijoux en or, argent et bronze, tout un attirail bling bling qu’ils s’empressèrent d’essayer de déifier avec le concours d’un professionnel, le grand prêtre Aaron. Au fond, nous aussi sommes restés très “fashion” sinon “paléo-désertiques” à ce niveau dans notre société post-moderne.

Il se trouve que Rabbi Shlomo Yitzkhaki ou Rashi, les plus grand commentateur talmudiste et bibliste reconnu par l’ensemble des communauté juives est né à Troyes, en Champagne et est mort le… 13 juillet 1105. On lui doit un lexique savoureux du français local. Il vécut aussi dans la vallée du Rhin. Une légende prétend que ses parents avaient trouvé une pierre précieuse que son père refusa de vendre à l’évêque et préféra jeter dans la rivière pour éviter qu’elle ne devienne un objet d’idolâtrie !

Au fond, l’histoire comporte toujours une part de spiritualité. Ce 20 Tammuz/14 juillet 1789, le peuple affamé de Paris se lançait dans une aventure qui ne fait peut-être que se poursuivre sinon même de se renouveler par vagues tumultueuses. En s’attaquant aux murs de la prison, oserait-on un parallèle avec ces jours où les murs de Jérusalem furent lézardés puis détruits et rasés. Il y va de l’irrationalité humaine mais aussi du désir humain de ne pas se sentir “méprisé, abandonné, affamé” et commettre des transgressions dont les résultats sont imprévisibles.

Le veau d’or était censé compenser l’absence du Père des cieux. La société française s’apprêtait à “tuer symboliquement” le citoyen Capet, père de la nation ayant reçu l’onction de l’huile sainte. Il ne fut jamais canonisé alors que les fidèles des Eglises russes obtinrent la canonisation de Nicolas II et de sa famille assassinée à Ekaterinbourg en juillet 1918.

La France reste habitée par une mission universelle issue de son christianisme et de sa révolution. Il y eut l’abbé Grégoire, la reconnaissance d’un judaïsme officiel, mais aussi l’affaire Dreyfus qui précipita T. Herzl à lancer son “Etat des Juifs”.

Personne ne peut dire ou dicter aux Juifs comment ils doivent se comporter. C’est simple mais difficile à comprendre dans la mesure où la liberté acquise lors de la sortie d’Egypte dépasse toute tactique politicienne. C’est aussi vrai pour les Juifs. Cela l’est davantage encore pour un christianisme européen qui, avant toute chose, doit formuler ses liens à ceux qui, de manière inattendue, se rassemble à Sion et Jérusalem par l’extravagance de l’histoire.

One thought on “220 ans seulement !

  1. Vos écrits invitent toujours à un éclairage spirituel et à une mise en perspective du temps présent. Merci pour votre précieux travail.

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