Qui construit ? Qui détruit ?

Qui construit ? Qui détruit ?

Qui construit ? Qui détruit ?

par av Aleksandr, prêtre orthodoxe (Israël)

Il n’y a plus de saisons ! La Shoah, la destruction des Temples, la haine sans fondement et irrationnelle ? Rien que de plus banal et quotidien chez nous. Chez vous, c’est un scoop toujours rentable. Ma chronique précédente sur le sujet me semblait incomplète. J’avais pensé à une deuxième partie dont le titre est inversé. Ici, nous lisons de droite à gauche.

Le jeudi soir, fin du jour de jeûne de Tisha be’Av. Des centaines de personnes revenaient du Mur, des hurlements se font entendre dans la Porte de Jaffa, à droite. Bataille verbale stridente donnée devant un parterre de citoyens totalement désabusés attendant que cela se calme. Nous sommes comme ça. Des jeunes, peut-être excités par le jeûne, la prière, la chaleur et l’abstinence, s’époumonnent pour affirmer que les Juifs sont chez eux à Jérusalem. Y aurait-il contestateurs en vue, on aurait compris; mais, là, personne ! Je me joins à l’auditoire pour entendre une diatribe violente qui serait facilement réglée par un bon falafel et un jus de carottes fraîches.

L’ambiance se calme. Un “shomer – vigile” et un “religieux en Stetson” me suivent. Le vigile me dit: “Surtout ne fait pas attention à des propos comme ça. Nous ne sommes pas comme lui…” Je lui répondis du tac au tac qu’il fallait prier pour tous ceux qui vivent ici, pour ceux des Juifs si nombreux qui expriment parfois par de vrais gémissements une souffrance séculaire, indescriptible, inouïe. Ils ont besoin de hurler en sachant qu’elle sera entendue avec compassion et tolérance. Tandis que le Stetson me serrait les mains, le vigile avait les larmes aux yeux. Ce lien entre survivants traverse les siècles.

Le mot “tolérance” est à la base de la culture israélienne. C’est rarement perçu à l’étranger comme une tendance “germe de vie”. “Savlanut = patience, de sevel = souffrance; saval = supporter, porter un fardeau”. Attention ! “Savlanut” n’a rien à voir avec un état dépressif, apathique ou la fameuse “akedia / dépression spirituelle” décrite par les Pères grecs. Cela explique l’incomprehension constante entre la société israélienne et le monde extérieur, y compris juif.Ici, il est normal d’arrêter le traffic si un autobus doit laisser monter de handicapés lourds. On prendra le temps, on aidera patiemment. J’ai aussi vu un chauffeur de bus arabe mettre pratiquement au monde un bébé harédique tandis que chacun aidait ou priait. Son geste posait bien des problèmes de relations entre hommes et femmes, juifs et non-juifs.Or, hier soir, à la fraîche, j’assiste en direct et pas de si loin, à la charge de la police montée contre nos shtreimels bloquant le parking Karta. Le jet d’eau fut stoppé net car les mamans “ultra” interposèrent leurs poitrails et les bébés… Et là, on ne touche ni à cette progéniture ni aux mamelles nourrissières. Un exemple de la savlanut-tolérance!Je rentre au patriarcat par des rues désertées. Eh ! La radio diffuse quasi en direct l’attentat perpétré par un Zorro inconnu contre un club homo. Ici aussi, il faut penser avec savlanut. Cette fois, c’est à Tel Aviv. Deux morts, de nombreux blessés. On finit par comprendre qu’il s’agit d’un club de rencontres pour gays et lesbiennes adolescents (14-20 ans).Quitter les Shtreimel sous le jet d’eau pour plonger dans un lieu de rencontre ado homo, c’est le défi de notre société à ce jour. Les lesbiennes s’expriment depuis longtemps (1967 & et un film TV connu). L’homosexualité masculine s’affirme, dans tous les milieux, par l’excellence des films israéliens. Ils décrivent clairement les tourments, les enjeux culturels et spirituels. Il ne faudrait surtout pas que ces crimes de Tel Aviv s’avèrent purement crapuleux.Bref, ça “clashe” pour nous dans les extrêmes religieux et moraux. Cette brutalité serait sans doute à rapprocher de la souffrance étranglée des habitants de Gaza comme celle ressentie par ceux qui, il y a trois ans, ont évacué Gush Katif. L’extrême a besoin de crier. Lors d’une émeute, le judaïsme recommande de dire la prière “Béni soit-Il Qui connaît les secrets des êtres” (Berachot 58a). Il y a des moments où la tolérance subsiste en dépit de tout.La tolérance permet de supporter un climat de pressions extrêmes – que nous condamnerions de prime abord – tout en suscitant suffisamment de jugement pour éviter d’agir par contrainte (R. A. Lichtenstein). Cela repose sur une expérience fondamentale: les êtres ne sont jamais semblables et chacun possède “une voix, une apparence physique et des opinions en propre” (Sanhédrin 38a). Selon les âges, le zèle despotique et outrancier, les moeurs homosexuelles ou lesbiennes furent des “formes pédagogiques” imposées et normalisées (Grèce).A cette heure, il y a une souffrance passionnelle sur cette terre habitée par le Divin. Elle est due à une greffe hors normes d’êtres venus de tous horizons, porteurs de différentes strates historiques (cf. Romains 11,17.24). La tolérance ouvre sur le long-terme sur le renouveau prophétique.

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