Elles dansent tous les étés

Elles dansent tous les étés

Elles dansent tous les étés

par av Aleksandr, prêtre orthodoxe (Israël)

 

C‘est la pleine lune ! Ce mardi 14 du mois de Av elle est bien ronde, proche, si blanche ! Nous sommes dans les jours “zekher l’khurban זכר לחורבן = commémoration de la destruction du Temple de Jérusalem”.

Oui, mais ici, la joie et la gaité ont toujours le dessus. Chez nous, il y a de la joie à vivre car le sang est bouillant. Justement, question “dames et damoiselles”, c’est leur fête le 15 du mois de Av (= TU be’Av, 5/8). La Saint Valentin est quasi inexistante en février. Le vrai jour des amoureux, c’est le 15 Av, Khag HaAhavahחג האהבה (Fête de l’amour).

 

Tout d’abord, c’est un jour réaliste. Après tous ces meurtres, assassinats, destruction des Temples, exils, pogroms et… Je vous laisse compléter la liste que tous s’évertuent à vendre mieux que moi… Il est temps de faire des bébés et donc de faire des bisous, des bisous tout plein ! Rien à voir, en première analyse, avec la traditionnelle proposition très occidentale : “Venez ma mie, allons faire un petit chrétien” (de préférence dans le noir).Le 15 Av marque dans l’antique tradition juive la fin de l’été, le début des jours “khomחום – de chaleur” qui mènent à l’automne et l’hiver. Chez vous, on ramasse alors les feuilles à la pelle, les amours d’un été sont balayées par septembre… Ici, c’est le jour où le bois de l’autel du Temple devait être coupé, sec pour passer l’hiver. On s’approche de la nouvelle année. J’ai souvent pensé que, dans l’Evangile, la cognée passée à la racine de l’arbre rappelait que la vie est un don gratuit et inattendu et fait référence à cette saison (Matthieu 3,10).Bref il est temps de compter fleurette. Là, on pourrait consulter les anthropologues. Car ce sont les jeunes filles (ici, de 12 à 90 ans – lors des pogroms, il y avait aussi de vieux Cosaques) qui s’en vont en dansant dans les champs prêts à la moisson, attirant une gente masculine chaleureuse. Telle est dans la tradition. La gente féminine a la priorité du choix, du refus, de l’exigence de “l’accouplement”. Il faut noter au passage que Jésus ne définit jamais ce qu’est le mariage ni le sacerdoce. Ces deux points sont à la racine-même de l’essence judaïque.Jésus dit autre chose qui confirme son expérience locale : “Quiconque regarde une femme pour la désirer a déjà commis l’adultère” (Mat. 5,28). C’est charmant; cela suppose que les femmes regardent aussi les hommes. On passe son temps à se regarder et dialoguer avec les yeux. A ce niveau, le pays est dans une parade nuptiale permanente, mais il ne faut surtout pas le dire. Le 15 Av “n’est pas péché” comme nous disons. Pourquoi ? Souvenez-vous : les vilains espions avaient menti à Moïse. Aussi Dieu avait-Il fait périr les hommes dans le camp. Un 15 Av, jour où la mort est pardonnée, leurs femmes, sous la conduite de Zelophehad vinrent trouver Moïse et le prêtre Eléazar pour leur dire qu’elles avaient besoin d’hommes pour faire des bébés (Nombres 27, 1-11). Inutile de fantasmer sur “conscience et inconscience du sur-moi”. C’est “nature”. Pas “basic instinct”; c’est la pulsion puissante qui pousse la femme à produire (pas uniquement ou nécessairement des bébés). Toutes les longues barbes de toutes religions oublient que le salut vient par la femme. Judaïsme et christianisme l’expriment trop souvent par déviances et substitution.Bref, ces femmes désiraient avant tout des conjoints pour assurer la descendance, leur vie financière, sociale. Les femmes ont besoin de sentir une sécurité matérielle et humaine. Bien plus, ce jour fut “duty-free”: les barrières tribales furent abolies ce jour-là, ouvrant la voie à l’exogamie. C’est donc un jour de “flirt intense” que Dieu bénit comme pardon et cette même quête de “sa moitié” fut également recommandée à l’issue de Yom Kippour, le Jour du Grand Pardon.Mais alors, et l’amour ? En hébreu “Ahavahאהבה* = amour (13 selon la valeur numérique des lettres). Il y a les 13 Middot – 13 מידות/Attributs de l’amour : “Dieu, Dieu de tendresse et de miséricorde (El Rahum vehanunאל רחום וחנון), lent à la colère et plein de compassion et de vérité” (Exode 34,6). L’amour n’est pas uniquement charnel. C’est un élément positif qui n’est ni exclusif ni obsessionnel. Le Rabbin Shmuley Boteach, hassid américano-israélien Lubavitch, a commis un ouvrage très en vogue “le Kasher-Soutra”. Il y explique la dimension quasi “sacrée” que représente l’union dans un couple. C’est une évidence. L’Orthodoxie chrétienne considère que le mariage réalise cette union humaine et mystique et ne célèbre donc plus de Liturgie (Messe) depuis le 12è siècle.Mais l’amour, c’est aussi le “coeur liquide” dont parlait le Curé d’Ars qui fit ainsi face aux pires calomnies mensongères sur ses moeurs. Il y a surtout Marie Madeleine, la première apôtre selon l’Orient qui rencontra Jésus dans le jardin (- là, en bas de chez moi, à l’Anastasis) … Cette femme annonça que l’amour fait vivre et revivre.(“Hon dansade en sommar = elle n’a dansé qu’un été” est un beau film de Arne Mattson. Voilà! prochaine chronique, si D. veult… dans 5-6 jours. Amitiés à tous).

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