A propos des chroniques venues de Jérusalem

Je dois dire que cela se produit très rarement. Depuis le début de mon action en tant que prêtre orthodoxe dans la société israélienne – il suffit de lire ce blog – ce sont les dificultés qui sont pointées et les encouragements rares, à la limite de la suspicion. “Une mission impossible” comme me le disent de nombreux amis, ennemis et visituers, parfois des personnes bien intentionnées. Il est vrai que l’histoire montre qu’il s’agit d’une tâche limite. Il y a les nostalgiques de la permanente incompréhension; il y a ceux qui prennent des partis politiques ou autres qui ne m’intéressent en rien. J’ai lancé ces chroniques dans Le Monde car elles permettent, en peu de mots ou à lettres comptées de formuler des points de repères que je recueille dans ma fréquentation directe avec un peu tous les milieux israéliens.

Léon-Marc Lévy est aussi un chroniqueur abonné au Monde. Il se consacre désormais à l’oenologie. Comme d’autres, il m’a demblée témoigné son intérêt pour les chronique que j’essaye d’écrire régulièrement une fois par semaine; en raison du 1er septembre 1939, j’ai commis une deuxième publiée aujourd’hui. Mais il faut savoir se limiter. 

Je tiens à le remercier très vivement pour ses mots positifs et chaleureux. Il a aussi compris ce que je tente de faire ici; de le faire dans la joie en dépit de tout, d’un isolement sinon un confinement que j’arrive à dépasser mais que je ne souhaite à personne, des moyens non seulement limités mais qui ont parfois été volontairement supprimés pour des raisons irraisonnées. Et pourtant, non seulement cela continue, mais qui plus est, cela se développe dans des directions tout à fait étonnantes. 

Un grand merci à Léon-Marc Lévy que vous pouvez retrouver dans les Chroniques du Monde.fr.

 

A propos des chroniques venues de Jérusalem

 

A propos des chroniques venues de Jérusalem

par Léon-Marc Levy

 

L‘équipe du « Monde.fr » a la bonne idée de nous gratifier, à intervalles réguliers, de chroniques venues de Jérusalem, signées Av Aleksandr, prêtre orthodoxe. J’ai déjà eu l’occasion de dire ici, par quelques réactions, le plaisir toujours renouvelé que procure la lecture de ces petites perles : morceaux de vie, frais, colorés, complexes, pétillants, fondamentalement optimistes et drôles, venant d’une région du monde où il est pourtant si difficile de croire au bonheur et à la fraternité entre les peuples. Eclats de lumière déchirant l’obscurité, un peu comme en écho aux beaux films venus d’Israël, ou aux textes superbes des grands poètes palestiniens.  Mais au-delà du seul plaisir narratif, je suis frappé par le fait qu’à travers ces chroniques, ce « murmure culturel », se dessinent, peu à peu, comme des évidences cachées qui sortiraient de l’ombre, des territoires qui pourraient s’avérer très vite les espaces clés de l’avenir.

 

–       Le territoire du marchand : Av Aleksandr pointe ce village palestinien (Deir Abou Meshal, à l’ouest de Ramallah) dont les femmes cousent depuis longtemps les « kippoth » de leurs voisins Juifs. Le commerce, c’est l’espace de l’échange par excellence, qui depuis des millénaires est partout à l’origine de l’avancée des Lumières. Juifs, chrétiens, musulmans ont construit leur génie, leur culture, leur richesse dans une parfaite synergie commerciale autour de la Méditerranée, quelles que fussent les périodes sanglantes d’intérêts divergents. Les voyageurs des uns travaillaient pour les marchands des autres, les comptables pour les artisans, les banquiers pour les explorateurs de terres nouvelles, en un tissu serré de vie et d’intelligence dont l’Espagne de l’Age d’Or fut un parfait exemple. Aujourd’hui, demain encore, ce territoire sera porteur, inéluctablement, de rapprochement, de compréhension et d’élan commun.

–       Le territoire de la langue : Babel s’éloigne. Les jeunes Palestiniens d’Israël parlent tous l’hébreu. Les jeunes Juifs d’Israël ne parlent encore que peu l’arabe. Mais les temps changent nous disent Av Aleksandr et bien d’autres témoins, et le mouvement s’inverse. La rencontre symbolique de deux langues partagées sera forcément une route ouverte vers la rencontre tout court.

–       Le territoire de la création artistique et culturelle : Tout le monde reconnaît aujourd’hui le formidable dynamisme de la production moyen-orientale et en particulier palestino-israélienne : cinéma, musique, arts graphiques, BD, littérature. Or ce qui frappe dans cette vague, c’est le mélange inextricable de gens issus de toutes les cultures, de toutes les religions. Regardez la distribution d’un film israélien : acteurs, actrices, techniciens sont indifféremment juifs, arabes ou chrétiens. L’univers culturel, et intellectuel, dans les grandes villes en particulier, est de plus en plus « mixte », véritable creuset d’une culture naissante israélo-palestinienne.

–       Le territoire du sexe : De la « chair » dit Av. Même si cela reste encore un sujet sulfureux en Israël, les couples « mixtes » se multiplient et les barrières tombent une à une. Av nous annonce l’arrivée prochaine d’un « baby-boom d’enfants sémitiques », ni Juif, ni arabe, Juif et arabe. Bonne nouvelle pour les « colombes » et… les cigognes ! Mauvaise nouvelle pour les faucons, de tous les camps.

Dans l’interligne des chroniques d’Av Aleksandr, on sent que, décidément, la question de la paix passe par les territoires. Mais les territoires décisifs ne seront pas faits seulement de géographie, de frontières compliquées et de rapports de force. Il en est d’autres, plus essentiels, qui façonnent lentement, tous les jours, avec une force encore insoupçonnable, l’espace d’une rencontre inévitable, la naissance d’une Nation improbable il y a peu et impensable pour beaucoup aujourd’hui encore.

La route sera longue et le fracas des haines encore largement dominant. Mais que j’aime la petite chanson que fredonne Av Aleksandr !

Je suis aussi très touché et étonné par cette réaction mise en ligne sur Le Monde.fr:

Vos réactions

Barukh F. :

  Très belle chronique! Témoigner de la réalité des Hommes dans un contexte difficile et offrir une possibilité de dialogue par-delà les différences toujours dépassionée, voilà le cadeau qu’Av nous fait dans ses textes.
Il faut avoir du cran pour pouvoir vivre pleinement, humainement, spirituellement et sans perdre le Nord (le Temple) le quotidien d’Av Aleksandr. Mais même la personne la plus tenace a besoin du réconfort de la reconnaissance! Merci pour cette main posée sur son épaule!  

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s