5770, en 2009 et 1430…

5770, en 2009 et 1430…

 

5770, en 2009 et 1430...

par av Aleksandr, prêtre orthodoxe (Israël)

 

Le pays entre en cadeaux. Rosh HaShana/Nouvelle Année 5770 s’approche avec ses lots de dons, d’achats plus ou moins raisonnables. Des parents et des enfants s’embrassent dans les magasins pour qui une robe, un habit, une veste. Les médias rappellent l’urgence d’aider les nécessiteux, les personnes isolées. Dans les hôpitaux, on apporte de tout, depuis le dernier jogging, des tonnes de victuailles, jusqu’aux peluches qui font fureur.

 

5770 ans! Evidemment le chiffre a une allure vraiment “mythique”. Ajoutons des zéros, les milliers d’années resteront comme des années-lumières où mille ans sont comme un jour, le jour d’hier! (Psaume 90,4). Cette remarquable prière de Rosh Hashana qui exprime de manière unique la destinée d’une nation tribale aux dimensions de l’humanité:“Notre Dieu et Dieu de nos pères, règne sur le monde entier dan Ta majesté; élève-Toi sur toute la terre dans Ta gloire et manifeste-Toi dans la splendeur de Ta force à tous les habitants de ce monde terrestre. Alors, toute créature reconnaîtra que c’est Toi qui l’as créée et tout être comprendra que c’est Toi qui l’as façonné. Et tout être qu’habite un souffle de vie dira: Le Seigneur, le Dieu d’Israël est Roi et Son royaume domine toute chose.””Aimé Pallière passa un jour de Kippour devant la synagogue de Lyon. Il fut si bouleversé qu’il voulut se convertir au judaïsme. Le R. Elie Benamozegh de Venise l’en dissuada. Il lui proposa de devenir un “Ben b’rit Noah-בן ברית נח/Fils des commandements noachiques”. Ils consistent, après Noé, à s’abstenir de tout meurtre, souillure, idolâtrie, respecter les animaux et la création, exercer la justice dans chaque ville.Ces commandements sont présents dans la lettre qu’écrivit Jacques/Yaakov, le premier évêque de l’Eglise primitive de Jérusalem,aux Gentils ou Nations païennes et non aux Juifs de l’Eglise naissante qui fréquentaient le Temple. (Actes des Apôtres 15). Aimé Pallière devint darshan-דרשן/prédicateur à la synagogue de la Rue Copernic à Paris. Il mourut catholique avec la bénédiction de l’archevêque de Paris. Son livre “Le Sanctuaire Inconnu” (1926) explique avec perspicacité et espérance la “catholicité = l’ouverture au monde entier de la communauté d’Israël”. Cette “foi authentique (orthodoxis) et ouverte à toute plénitude (katholika) ne peut rester qu’un Service. Il ne peut devenir l’apanage de tribus sauvées ou recherchées à travers le siècles et surtout aujourd’hui. La conscience juive sait de manière vive qu’on lui a effectivement volé, violé, arraché ses enfants et que leurs descendants ont aussi un droit à être pleinement ce que le monde affirme et qu’Israël espère dans la rédemption. Ce même respect est sensé habiter l’Eglise dans sa relation à tout être vivant, donc envers les croyants ont souvent subi un destin comparable (Arméniens).Martin Buber a eu des paroles sévères sur l’actualité ou l’attente de la rédemption. Cela peut s’expliquer par la règle talmudique “l’être est caché par ce qui le révèle”. C’est, semble-t-il, ce qui est très rapidement arrivé dans les rapports entre juifs et chrétiens: c’est cela même qui révélait Israël qui a caché Israël à la conscience chrétienne.” (L. Askénazi, 1968).Les Eglises ont progressivement conquis le monde. “Lorsque le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur terre?” (Luc 18,8). Mgr. Rafik Khoury a récemment souligné combien la désunion des Eglises, la suspicion envers l’autre et souvent les siens nuisent bien plus que les “opposants juifs ou islamiques”.5770 ! Cela ne dit pratiquement rien aux chrétiens et aux autres. Un fait culturel? Non, une réalité profondément théologique, transcendante. Il faut du temps pour le découvrir. Oui, ce peut être une question: Jérusalem est le centre du monde de la foi monothéiste. Dans le Saint Sépulcre/Anastasis, la nef orthodoxe s’appelle “Katholikon = Lieu de l’ouverture à tout(s)”. Proche de l’entrée, il y a une pierre: “le nombril du monde”. C’est là que se définit l’enjeu de la rédemption pour le chrétien, non loin du Mur occidental. Pour l’anecdote, le Christ est ressuscité des morts selon la foi chrétienne: il a donc un “nombril”. la Liturgie byzantine ajoute de l’eau chaude (Zéon: ferveur de l’Esprit) car, au fond, Jésus a 36,7° le matin si l’on adhère à sa résurrection.5770 ! Rien, absolument rien pouvait laisser prévoir que je serais en vie à ce jour pour passer ce cap, en Israël, à Jérusalem. Mes actions consistent à tisser constamment l’unité (at-ONE-ment=pardon), à ne pas juger, ne pas tomber dans le piège de l’inconsistance, à apporter ma vie et celle des miens pour une tâche le plus souvent perçue comme impossible.Dans cette circulation des survivants, rien ne laissait prévoir ce choix de ma génération à revenir ici sans préjugés, pour une union affirmée qui est souvent illusoire sinon un leurre. Cette terre happe, transforme, projette au-delà des apparences.“Je ne mourrai pas mais vivrai … et marcherai devant la Face du Seigneur sur la terre des vivantsלא אמות כי אחיה… אתהלך לפני ה’ בארצות החיים” (Psaume 116,9).

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