La joie de vivre

La joie de vivre

 

La joie de vivre

par av Aleksandr, prêtre orthodoxe (Israël)

 

La scène est maintenant quasi “désopilante”: à l’entrée et à la fin du Shabbat, des harédim à la voix musclée hurlent “shabbès – respecter le Shabbat” en longeant le pont qui mène au parking Karta ; ils sont désormais suivis, à vélo, par des enfants arabes qui crient en écho, avec une point d’accent yiddish : “shabbbèèès!” tandis que le couple policier de service regarde la scène d’un air blasé-amusé tout en dégustant une glace.

 

La question se pose depuis environ 10 ans : Israël serait-elle une société “sans pardon”? La violence grandit. Elle se montre au grand jour dans un climat de grande sécurité générale que les touristes découvrent souvent avec stupeur. La violence se manifeste dans des “noyaux” spécifiques. Les points d’affrontements se multiplient dans un climat de très grand contrôle de soi. Toute personne peut avoir une arme, voire en porter une pour frimer. Les armes rappellent l’impératif du self-control.Il y a peut-être une raison à cela: le fond de l’âme d’un corps apparemment aussi “invertébré” que le socius israélien repose sur une éthique ancienne, ancrée dans une conscience qui risquerait de vouloir rester en sourdine. Cette voie éthique est réelle et explique les inculpations au plus haut niveau du pays. Il faudrait que l’on comprenne à quel point la société juive a été martelée, voire marquée par le sceau du pardon.Le Pardon coûte souvent très cher ; notre sang, notre âme, nos années, notre vie. Le Pardon est aussi la mesure d’une vraie conscience au-delà de ce qu’elle peut cerner ou percevoir en totalité.Le pardon s’exprime de manière constante dans la prière chrétienne, mais uniquement en grec dans le Notre Père qui indique: “Pardonne-nous nos offenses (péchés, remets-nous nos dettes) comme nous avons déjà remis, pardonne à ceux qui nous ont offensés”. Mais le sens du Kippour est bien différent car il prend une valeur sacrificielle de notre vie comme elle l’était dans la tradition sumérienne et dans le sacrifice au dixième jour du mois de tishri (nouvelle année d’automne). Pour ceux qui n’en seraient pas persuadés à la lecture du Nouveau Testament, il faut rappeler que l’affirmation du caractère propitiatoire du sacrifice du Christ dans l’épitre aux Romains 3, 25 et l’unité du sacerdoce du Christ dans l’épitre aux Hébreux 9 Ch. 7 et 8) présupposent une méditation approfondie de la théologie de Yom Kippour.Peut-on tout pardonner ? La question se pose de façon très réelle à tous les niveaux de la société, mais aussi de la nature humaine. Il y a la question de Simon-Kaipha à Jésus: “Combien de fois dois-je pardonner? 7 fois?” – Jésus répond:“70 (77) fois 7 fois (Matthieu 18, 21). Que la mesure soit de 49 ou dépasse 50, il ne faut pas penser que c’est une mesure déterminée. Elle excède précisément, dans sa symbolique, les 500 qui était la mesure ou middah (mesure parfaite dans le Temple). Ici, la question n’est pas dans un bâtiment ou dans une mesure rituelle. Il y a une plénitude d’une autre nature et en celà se trouve le pardon. Soyons francs, le pardon le plus élémentaire pour des vétilles pose déjà des questions relationnelles énormes. Lorsqu’il s’agit de pardonner des manquements bien plus profonds et graves, souvent en lien avec la vie et la mort, la question est bien plus difficile à résoudre.Je reste convaincu que le “pardon” est l’âme du judaïsme, et, par ricochet, du christianisme, dépassant toute chose démontrable ou explicable. Immatériel, sans qu’on puisse déceler une action de Dieu ou un mouvement humain qui fait que la personne change. Le pardon est sans doute la forme la plus élevée, la plus difficile à atteindre pour l’être humain. J’ai entendu des homélies savantes, apparemment persuasives et théologiquement pertinentes sur le pardon et la nécessité de pardonner. Face aux travaux pratiques, ces paroles se montraient fumeuses et ineptes.Depuis l’âge de raison, je crois pouvoir affirmer avoir toujours pardonné, le plus souvent sans tenir en mal ou retenir quoi que ce soit contre quelqu’un. Mais c’est aussi vrai dans la vie quotidienne. On finit par être pris pour un bénêt.L’âme du pardon est de tout supporter, non que tout soit supportable, loin de là. Mais, très souvent au cours de la journée, me viennent les paroles du psaume 82,5: “Ils ne savent pas ils ne comprennent pas”. Je n’ai aucune prétention ou même idée de croire que je comprends quelque chose. Si, que la valeur de nos jours, de nos vies est si précieuse, si unique que le pire criminel (il y en a de toutes sortes), peut réfléchir la lumière du pardon, même au prix du mépris le plus apparent. Le pardon implique le silence.A Jérusalem, il y a des âmes qui crient, hurlent – non seulement les vieilles souffrances de la persécution anti-juive. Il y a le cri de l’âme de tout habitant, de tout peuple, langue, nation, de souffrances si peu comprises et explicables qu’il ne semble rester que la solution de la déraison. C’est là que le pardon prend son sens sur un chemin de vraie espérance.” 

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