Tel Aviv – Moscou – Tel Aviv : Un passé en guise d’avenir

Tel Aviv – Moscou – Tel Aviv : Un passé en guise d’avenir

 

Tel Aviv - Moscou - Tel Aviv : Un passé en guise d'avenir

par av Aleksandr, prêtre orthodoxe (Israël)

 

Voici quinze jours, je quittais une Jérusalem en fête, dans l’attente de la joie des Tentes (Sukkot). Aujourd’hui, c’est fait, l’année 5770 a effectivement commencé. Bien sûr, on se battait aux marches du mont du Temple. Je suis revenu ; l’ambiance était la même et puis les choses vont se calmer. C’est ainsi. Il faisait 30° au départ comme au retour. De 11° à 5° à Moscou, 3° et une légère neige fondue au lieu où le Père Alexandre Men fut assassiné, voici presque 20 ans. La laure Saint Serge de Radonège ressemble à une bygd (village) scandinave sinon que les églises sont de couvertes de coupoles en “larmes de l’Esprit” d’or qui s’illuminent au crépuscule.

 

On me dit souvent avec humour et, en fait, réalisme: “Pour toi, Moscou, c’est comme Tel Aviv”. C’est vrai ! D’abord rien ne surprend puisque j’ai grandi à coup de livres d’école soviétiques. “Chiraka strana moia rodnaia – elle est immense ma mère-patrie” ai-je toujours chanté pour affirmer en conclusion “Je ne connais pas d’autre pays où l’être respire aussi bien/librement”, ce qui fait curieusement écho au dernier verset du psaume 150: “Toute âme vivante chante le Seigneur”.Un détail : Tel Aviv a 100 ans et est une reproduction créative d’Odessa. A Moscou, bien plus qu’en Ukraine, tout est immense, depuis les femmes souvent juchées avec art et cosmétiques sur des talons hauts jusqu’aux distances entre les stations de métro, les villes, villages etc. Les mêmes écrans stridents qu’à Tel Aviv centre, qui miaulent et sussurent des réclames et des chansons russes. Les même kiosques, sinon qu’à la place de nos falafels et pains orientaux cachers on trouve des “pirojki-muffins fourrés de chou, viande…”. La même manière de s’habiller, de se déhancher, de discuter avec politesse, bonhommie, frime ou muflerie. A Moscou comme à Tel Aviv, les ex-soviétiques aiment la pluie… En Israël, on l’attend comme un signe de bénédiction.Je participe depuis longtemps à des groupes de réflexion sur la “zlobost’ – agressivité, violence” à Moscou. En fait, les gens sont souriants, prêts à dialoguer, ouverts, distants… comme chez nous. Du nouveau riche, nouvel orthodoxe en Rolls Royce ou maxi 4×4 au citadin travailleur, flâneur ou encore dans le besoin, une tendresse souvent primaire ou à vif, faite d’émotions difficilement maîtrisables, une violence qui affleure l’âme, une sensualité naturelle du corps. Thé vert et “syrniki – fromages légèrement grillés”.Une société à la liberté captive, bien avant tout communisme. La statue de Friedrich Engels fait face à l’Eglise du Christ Sauveur rebâtie par les dons d’anciens camarades désormais croyants repentis et un énorme magasin de culte orthodoxe encadré par une pharmacie (elles sont légions). La naturopathie à base d’herbes, de baies sauvages ou de laitue de la mer sont les signes de l’amour des plantes, d’une précarité qui dure. A Jérusalem, les croyants affluent pour l’Huile Sainte ou Sacrement de guérison et non de morbidité.Mais passons à l’essentiel : Moscou et Tel Aviv c’est du pareil au même, enfin presque. Moscou fut longtemps interdite aux Juifs. Rappelez-vous : en périphérie, toutes ces bourgades ou ghettos/shtetlech. On y parlait yiddish dans un contexte slave. Tous les pionniers d’Israël vinrent d’abord de ces régions où les Juifs témoignèrent autant du Dieu vivant que du prophétisme socialo-communiste. Ils furent “messianiques” dans une terre démesurée, sans que pointe l’horizon. L’âme slave, fût-elle païenne, chrétienne, communiste, néo-trinitaire orthodoxe est marquée par cette immensité, cette densité de l’espace si large que les diminutifs – comme en yiddish – s’imposent pour garder mesure humaine.La Fédération de Russie (amputée pour l’heure de certaines régions des ex-empires tzariste et soviétique) se comprend dès lors comme cet espace-temps si vaste et déployé, sensible dès l’Est de Brest-Litovsk. Une nature qui entraîne l’âme à se soumettre à Dieu, aux hommes, aux tyrans… à réfléchir aux dimensions d’un univers qui s’échappe souvent en rêves faits de grâces divines et de péchés incommensurables.Mais c’est comme Jérusalem, Beershéva ou même Tel Aviv (= Ancien/tell et Nouveau / printemps). En Israël, tout est gigantesque, au-delà de toute mesure humaine; il y va du dialogue fragile, ardu avec Dieu. L’âme humaine est aussi sous contrôle. Elle cherche, avec ténacité et profonde espérance, le chemin de la liberté. Entre “Moscou et Jerusalem”, en gros, il y a une manière différente d’appréhender les mesures. Tout est concentré, compacté en Israël. Un désert (= midbar = lieu où [Dieu] parle) qui ouvre perpétuellement sur le mystère divin de l’existence. Tout est au-delà de toutes normes dans une Russie ou le “strannik-pélerin itinérant” cherche la Vie à l’instar d’Abraham, un Araméen vagabond (Deut. 26,5).Cette proximité entre un espace-temps immense et compacté constitue l’un des points d’avenir passionnant dans le développement proche et si contrasté des sociétés russe et israélienne.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s