Du mont Ararat à Jérusalem

Chronique d’abonnés

19 octobre 2009 par av aleksandr

Il n’y a plus de saison ! 37° à Jérusalem avec un vent sec du désert. Il
faut s’interroger. Les pluies sont rares alors que l’on attend des eaux
abondantes après les fêtes d’automne. Avec pragmatisme, il est plus
prudent de conjurer le sort en rappelant que la prière pour la pluie
est ajoutée à partir du 7 cheshvan (25/10) et peut être complétée en
cas d’absence de précipitations après le 17 cheshvan (4/11). Un mois de
“(mar)cheshvan” qui commence ce lundi 19 octobre par une sorte
d’interrogation sur cette chaleur  et une torpeur qui semblent
s’attarder, un été indien aux confins du désert d’Arabie…

 

 

C’est un mois où il ne se passe rien ! Cela depend comment on considère les choses. Pas de
fêtes, pas de jeûne. Un long fleuve de sable tranquille… Enfin presque. La violence de meurtres inexpliqués, les décisions dilatoires sur le permis de séjour à accorder à des enfants philippins nés dans le
pays, parfaitement inculturés en Israël. Ils posent la question de
l’insertion des “autres”, appelés à partager la vie de la
société israélienne et juive. Beaucoup n’ont pas connu d’autre langue,
pays, culture, voire d’armée (!) et risquent d’être expulsés vers
l’inconnu d’un Orient lointain. Tous les pays du monde agissant de
cette manière, le plus souvent injuste et injustifiée. Dans le cas
d’Israël, le problème est quasi théologique : l’Etat hébreu répète avec
ténacité et constance qu’il a droit à l’existence et la reconnaissance.
C’est exact.

 

Il y a un élément supplémentaire: si l’Etat des
Juifs “rassemble les exilés”, cela comporte aussi une clause biblique
très bien formulée par le prophète Zacharie: “Pour tout homme juif
montant à Jérusalem, dix hommes des nations le tireront par les
franges/le manteau en disant: nous venons avec vous car nous avons
entendu que le Seigneur est avec vous” (Zacharie 8,23). La
citation est prophétique, procède de l’annonce du Règne de Dieu et du
rassemblement eschatologique célébré à la Fête des Tentes (Sukkot).

 

Un
mois sans fête et pourtant il concerne précisément toute l’humanité.
Souvenez-vous! Le 17 cheshvan 1656 (- 2105 av.E.C.), Dieu se fâchait
violemment contre la nation humaine et seul Noé entra dans une arche en
compagnie des représentants de tout ce qui est vivant. Le Déluge
s’arrêta un an plus tard le 27 cheshvan, voici 4123 ans. Ne chipotons
pas sur quelques milliers d’années. Et alors, il a plu, des fleuves et
des fleuves d’eaux, bien pires que nos tsunamis, hurricanes ou la fonte
des glaces arctiques et antarctiques.

 

Le judaïsme va lire ce shabbat la portion biblique sur Noé. On la lit chaque année. Chaque
année l’être humain est appelé à prendre conscience qu’il est un
rescapé: en effet, Dieu a regretté d’avoir voulu anéantir le genre
humain! (Genèse 8,21). Nous n’agissons jamais ainsi! Cheshvan est un mois akkadien et le Déluge ressemble à s’y méprendre au récit de Gilgamesh ou du Machu Pichu.

 

Mais
il est évident que l’arche de Noé se posa au sommet du mont Ararat, pic
national de l’Arménie (Gen. 8,4). A chacun son “népotisme”, ici
spirituel. Nous avons à Jérusalem et en Israël-Palestine-Jordanie un
nombre important d’Arméniens. Initialement un peuple post-diluvien
comme vous et nous. Il était devenu zoroastrien. Le peuple arménien fut
souvent en contact avec le monde juif, comme tout le Caucase. Il fut
christianisé par Saints Bartholomée et Thaddée/Jude dès l’époque
apostolique. L’Arménie fut la première nation officiellement chrétienne
dès 301 de notre ère.

 

Justement, ce samedi 24/10, l’Eglise
apostolique arménienne célèbre Saints Mesrob, créateur de l’alphabet
arménien et les traducteurs des Ecritures en 404. L’Eglise orthodoxe de
Jérusalem commémorera Abraham et Lot, les ancêtres qui virent passer un
petit feu destructeur sur Sodome. Mais, depuis Noé, Aram et la famille,
jusqu’au génocide de 1915-1917 et aujourd’hui, les Arméniens ont nourri
de sève culturelle et spirituelle de la foi par sa survie quasi
miraculeuse face aux invasions les plus diverses venues d’Asie.

 

A Jérusalem, nous avons précisément ce “look rescapé-ressuscité”. L’actuel Patriarche Torkom des Arméniens de Terre Sainte est né “quelque part”
dans le désert du côté de Bagdad, voici 90 ans. La communauté
arménienne est vaste et reste importante par la langue, d’ailleurs
aussi présente à Venise, l’architecture des églises (jusqu’en France
romane). A Jérusalem, le clergé arménien mérite respect de la part de
tous. Avec nos Tsiganes qui squattent entre la Porte de Damas et celle
de Jaffa, Israël offre constamment l’image d’une survie hors normes.
Elle unit juifs et chrétiens au-delà des haines et des horreurs, des
lâchetés récurrentes des uns et des autres.

 

Il est sans doute aussi difficile d’être et devenir arménien que juif. Des diasporas
mondiales aux traditions et cohésions fortes conjuguant exclusivité et
universalité. Cette Terre d’Israël rappelle cette semaine que Dieu
s’est reposé (c’est le sens de Noah) sur un mont du Caucase, ce qui est
en soi une gageure.

 

Pourrions-nous faire de même?

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