Et si les anges surfaient en ligne ?

Et si les anges surfaient en ligne ?

 

Et si les anges surfaient en ligne ?

par av Aleksandr, prêtre orthodoxe (Israël)

 

Le temps est maussade-incertain, l’humidité se fait sentir à petites touches à Jérusalem, bien moins ailleurs. Selon le rite byzantin et le calendrier julien, ce samedi était le 8/21 novembre, soit le 4 deKislev 5770. Ce fut donc la fête de l’Archange Michel (Mi-ka-El = Qui est semblable à Dieu) ainsi que des autres “archanges Puissances incorporelles”: Gabriel, Raphaël, Uriel, Selaliel, Iegudniel, Barakhiel et Ieremiel ! Ces noms signifient que Dieu est fort, guérit, illumine, construit, bénit… Les mêmes, à trois noms près sont quotidiennent mentionnés par les juifs pieux avant le coucher. Une protection sereine. Juifs et chrétiens croient en la résurrection comme les pharisiens.

 

C’est à cette date que je fus baptisé et, bien des années plus tard, ordonné prêtre. Tenez ! Pourquoi écrire des chroniques dans un journal français comme Le Monde? Prêtre orthodoxe, je partage la vie et la destinée de la société israélienne juive. Vivant en milieu grec et arabe chrétien de la Vieille Ville de Jérusalem, j’aborde avec plaisir et sans exclusion ceux qui passent, restent, reviennent ou disparaissent.”Certains, sans le savoir, ont logé des anges” (Hébreux 13,2; cf. Avot 3,4).

Depuis des années, mes articles et blogs sont publiés dans des journaux israéliens ou autres en plusieurs langues. C’est en affirmant la plénitude de la foi juive que je puis servir celle de l’Eglise qui reste en attente de l’accomplissement final. Je n’ai pas découvert mes “racines juives” en devenant chrétien. Et, au sein de l’Eglise de Jérusalem, je reste viscéralement juif d’abord et “israélien” dans mon adhésion culturelle, humaine et spirituelle. Sans porter l’ombre d’un jugement négatif envers quiconque, il me paraît une évidence que nous vivons un temps particulier : celui de “l’accomplissement du temps des païens” (Luc 21,24). Un constat qui s’impose malgré soi et oblige à éviter tout jugement. Le processus sera très long ; il demande bienveillance et esprit de compréhension. Il dépasse de beaucoup les scoops horaires.

C’est curieux comme ici, nous avons des micro-climats : il peut pleuvoir sur le trottoir de gauche et non sur celui de droite ! Je n’imagine pas que Jésus soit ressuscité uniquement pour ceux qui sont sur le trottoir de gauche et non celui de droite. Mais ici, depuis les premiers débuts de la foi, les fidèles ont donné dans les fractures, les schismes, les hérésies d’autrui envers soi et réciproquement.

Je suis naturellement poussé à aborder tout le monde avec joie et bonheur et faire des rencontres humaines.

En plus de 35 ans de présence dans l’Église, j’ai pu mesurer l’incroyable, effroyable antisémitisme, souvent “naturellement” abject, qui ronge l’Église. Les adjectifs sont forts. Ils sont en-deçà de la réalité. C’est en cela que l’oeil et l’oreille contemplent les êtres au-delà de ce qu’ils semblent exprimer avec constance. Il y a tellement de subtilités, de détours, de contours entre l’hypophyse aimante et la bouche qui maudit par lapsus parce qu’il semble plus commode d’abuser de la haine en prêchant l’amour.

Pourquoi écrire des chroniques dans l’un des premiers journaux européens et très lu au Proche-Orient ? Il n’est pas confessionnel : c’est fondamental. Les journaux “chrétiens” sont volontiers identitaires jusqu’à se substituer aux autres. Il est vrai que personne n’interdit d’être ignare ou de parler des autres comme s’ils étaient semblables à ce que nous croyons être. Être prêtre oriental, d’appartenance hébraïque, russe, ukrainienne, yiddish, grecque en milieu arabe d’espérance palestinienne avec des arméniens, des syrien-orthodoxes, des coloniaux religieux européens etc. c’est vraiment “ne servir à rien, être inutile” (Luc 17,10).

Une chronique-semaine devient un bref instant d’écriture en ligne pour lancer, au-delà de soi, un joyeux “coucou” d’espérance depuis la ville “où des femmes ont recouvré leurs morts par la résurrection” (Hébreux 11,35). C’est tout le temps “Devine qui vient dîner ce soir!” sans jamais savoir qui viendra, justement. Les anges ne préviennent pas. C’est ça, la Terre d’Israël : l’inattendu quand tout semble désespéré. Et la contradiction alors tout semble limpide.

C’est une terre de vie, de clins d’yeux rieurs sous lunettes noires. Ici, les femmes sont splendides et potentiellement génitrices du messie chez les juifs. Ça situe tout de suite les enjeux. Les hommes sont entre le poivre et le sel de la terre. Ici, un prêtre doit parler à tous : ce n’est pas grave d’être rejeté… Il y a toujours une prochaine fois et l’essentiel est d’avoir le “coeur fluide” pour tenter de comprendre ce qui n’est compréhensible qu’au bout de 7000 ans. Vous, vous aurez déjà publié articles clonés et réactions ad hoc. Nous vivons ici d’ intuitions fortes puisées dans une réalité où les contraires s’unissent bien plus qu’il n’y paraît et vont au-delà de ce que nous sommes.

Les anges ne donnent pas dans la dépêche: ils ouvrent sur le déploiement et la valeur du temps, de nos jours.

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