La Fuite De L’Est (2)

Le premier Synode sur le Proche-Orient vient donc de s’achever par une déclaration officielle en forme de “lettre quasi apostolique”. Le ton est plutôt celui des déclarations habituelle de l’administration religieuse, un peu partout dans le monde. Il faut tenter de rassurer les fidèles, dire qu’une information est transmise à des milliers de fidèles et aussi à des meutes de journalistes spécialisés dans une thématique chromatique et kaléidoscopique.

Rome a-t-elle pris à cette occasion cette image si proche de celle du “Grand Mamamouchi”? Il fut un temps où Rome accueillait le clergé originaire d’Irak (Assyriens/Nestoriens) en croyant sincèrement que le représentant, chamaré comme l’on sait l’être en Orient (C’est la gloire du Christ ressuscité que l’on célèbre et l’individu, fût-il célébrant disparaît sous les ornements), était un authentique catholique. On s’empressait alors de l’ordonner évêque ou à un rang semblable. Cela assurait de facto une extension de l’Eglise Une, Sainte, Catholique et (éventuellement) apostolique.

La situation est bien différente aujourd’hui. Les charages comme les ramages avouent que l’Orient originel s’est fortement latinisé au cours des siècles. Les Eglises de patriarches orientaux restent en principe confiées à la sollicitude paternelle de patriarches. Ils dépendent de Rome qui a une faculté extra-territoriale ou “universelle” à régir toute problématique spirituelle pour le bien des fidèles. Cette spuprématie romaine, habituellement décrite comme étant la conséquence du service des “serviteurs de Dieu” qui est celui de la “charité” correspond à une prérogative de l’évêque de Rome. Il fut, jusqu’ à très récemment “Patriarche d’Occident” (Annuaire Pontifical pour l’année 2006).

Il s’ensuit que les patriarches dûment reconnus par le Pape et l’Eglise romaine prononcent leur adhésion à l’Eglise gouvernée par le “Souverain Pontife” qui n’est plus le “primus inter pares” au milieu des autres patriarches catholiques, généralement issus de traditions proches de celles de la Pentarchie originelle (Rome, Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem). Le titre de “Souverain Pontife” rappelle, comme beaucoup  d’autres expressions une fonction de pouvoir d’origine latine, mais qui ne correspond pas directement à l’usage des véritables Eglises d’Orient.

Le Synode qui vient de s’achever marque un temps significatif pour la recherche de cohérence de l’Eglise catholique romaine. Il apparaîtra un peu déplacé d’évoquer une “cohérence” de l’Eglise catholique romaine. Il reste que toutes les Eglises du Christ – dans un lien méconnu avec la Grande Assemblée d’Israël – sont vraiment marqué par la désunion et les schismes constants au cours des deux millénaires. Toute Eglise cherche donc sa cohébrence. Il est ainsi bien difficile d’avoir une attitude de suprématie théologique ou dogmatique,

Il faut souligner l’absence au Synode de représentants des Eglises orthodoxes. D’une certaine façon, les représentants des Eglises étaient essentiellement de tradition arabe ou européenne. Souvent des Français qui, toutes choses égales, ne peuvent représenter les très nombreuses communautés orientales présentes dans les Amériques du Nord et du Sud, l’Australie et même l’Europe dans son ensemble. A Jérusalem, les communautés de langue et de culture allemandes sont bien plus importantes en ce moment. En revanche, il est indiscutable que l’apport des religieux français ou de langue ou culture françaises (y compris donc belge ou autres) a été historiquement immense pour l’éducation, la civilisation, l’appréhension du monde proche-oriental.

Aujourd’hui cet apport renvoie davantage à la période coloniale; cette “colonisation” appartient à une succession de siècles où les grande Puissances européennes ont tenté de s’imposer face à l’Islam dans le monde proche-oriental depuis le Caucase j’usqu’à la Turquie, la Syrie, le Liban, Terre d’Israël/Palestine, Arabie, Irak, Iran, voire la Corne d’Ethiopie. Certains journalistes n’ont pas manqué de souligner, dans l’historique des Eglises orientales qu’ils ont présenté dans les médias combien la diplomatie française et européenne est intervenue dans la “création” de nouvelles connexions entre certains membres des Eglises orientales orthodoxes qui ont souhaité – pour des raisons divers – s’unir à Rome.

De fait, il manquait la présence de représentants de Eglises orthodoxes. Il convenait de faire intervenir un représentant juif et des experts musulmans. En soi, le Synode a marqué une première étape. Il est donc possible que cet hapax communautaire aurait pu affirmer des lignes de reconnaissance en profondeur de l’identité orientale au sein de l’Eglise catholique romaine.

A ce niveau, il faut reconnaître que l’issue du Synode montre une affirmation de la “latinisation ou romanisation” des Eglises orientales, simplement par la nomination du patriarche copte catholique comme cardinal. Il devient potentiellement  et de jure électeur du prochain pape alors que les autres patriarches orientaux catholiques n’ont pas accepté d’être nommés cardinaux. La presse européenne a souvent oublié de mentionner que Mgr Nasrallah Pierre Sfeir des Maronites, Ignace Moussa Daoud des Syriens catholiques d’Antioche, Emmanuel III Delly du Patriarcat Chaldéen catholique sont déjà membres du Collège cardinalice; les spécialistes religieux l’ont omis…

Mais les Pères synodaux n’ont obtenu aucune réponse quant à la reconnaissance de leur statut patriarcal comme étant équivalent à celui des cardinaux. Ceci montre, en l’absence de la reconnaissance du “Patriarche d’Occident”, une agrégation classique et pratiquement irréversible de la pratique de l’Eglise qui est à Rome.

Si le Pape a décidé d’abandonner le titre qui le relie historiquement à la Pentarchie initiale de l’Eglise en tant que “romaine, c’est-à-dire issue de l’Empire romain d’Orient et d’Occident, la structure d’autorité catholique romaine a progressivement étendu sa juridiction, bien au-delà de la région anciennement couverte par l’Empire romain, mais au niveau universel, international, planétaire. Sans entrre dans une utopie irréaliste, s’il s’avérait qu’un jour l’Eglise puisse s’établir sur la Lune ou sur Mars ou quelqu’autre planète, avec des habitants et des fidèles, l’évêque de Rome aurait cette même primauté historique au sein de la Pentarchie, sans toutefois la confirmer par son service en sa qualité de “Patriarche d’Occident”.

Or, au cours des deux millénaires, l’Eglise a largement dépassé, de diverses manières et à partir de multiples Eglises-mères, les limites de l’antique Empire romain initial de la primitive Eglise et de l’Eglise des premiers siècles. A-t-elle véritablement tenu compte de l’existence, voire de la survie d’Eglises sémitiques de langue araméenne (syriaque) occidentale (Edesse) et orientale (Irak, Iran, Asie)? Les tentatives d’union et d’assimilation ne peuvent tout justifier. Les Eglises sémitiques, y compris celles du Sud de l’Inde, trouve, dans l’appareil technique romain, une aide fondamentale et providentielle. Cette assistance ne peut se conclure au prix d’une aliénation de l’identité spirituelle des Eglises concernées.

Le Synode du Proche-Orient s’es terminé alorsque les Eglises orthodoxes qui suivent le calendrir julien (Russe, Jérusalem et autres) fêtent la mémoire des Pères du VIIè Concile oecuménique de Nicée II en 787 A.D. Au cours de ce dernier concile, commun à l’Orient et l’Occident, fut décidé de reconnaître le culte des icônes comme semblable à la vénération de la Croix, des Evangiles en ce que le Christ est venu sanctifier toute chose matétielle et spirituelle. Ce concile a marqué jusqu’à aujourd’hui le point de rupture qui subsiste entre les Eglises catholiques unie à Rome comme “patriarcat initial d’Occident” et les quatre autres sièges patriarcaux d’Orient. Depuis le Schisme de 1054, on sait que le Patriarcat de Constantinople est devenu le pôle qui assure le service de “primus inter pares” entre les quatre patriarcats issus du territoire impérial romain.

L’Empire romain s’est évidemment effondré, mais l’Eglise s’est répandue dans le monde entier. On peut assurer qu’une “première évangélisation” a été menée à travers tous les continents du monde habité tel que nous le connaissons de nos jours. Cette action “apostolique” et missionnaire fut menée de manières souvent contestables, fait de conversions imposées et d’anéantissement de nombreuses cultures respectables. Certaines Eglises ont disparu (comme celles de la péninsule arabique ou d’Afrique du Nord). L’Eglise s’est développée le plus souvent par une conquête territoriale de pays christianisés. On ignore souvent le rôle fondamental joué par les Eglises d’Orient orthodoxes ou orientales dans ce déploiement universel.

Des combats sprituels violents ont marqué les étapes de cette évangélisation. L’Eglise romaine latine a imposé son autorité et ses vues dogmatiques sur de nombreux migrants venus des Pays de l’Est européen ou du Moyen-Orient, en particulier en amerique du Nord. Il s’ensuvit des passages à l’orthodoxie, fréquemment au protestantisme (Canada).

Gandhi qui travailla en Afrique du Sud souligna combien le christianisme avait manqué la chance de convaincre les peuples de l’Inde par des déchirures successives et profondes. On sait que l’Eglise assyrienne (mais aussi chaldéenne et même une fois qu’elle se fut unie à Rome) souffrit de nombreuses querelles sinon de vraies persécutions.

Est-il possible de convoquer un Synode sur le Proche-Orient sans y associer les Patriarches orthodoxes. Ceux-ci sont les successeurs légitimes des quatre membres de la Pentarchie initiales et valides à Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem pour ce qui concerne le territoire de naissance du Christianisme. Il faut y associer d’emblée les Eglises de Géorgie et les autres sièges autocéphales qui sont apparus au cours de l’histoire. Parmi ces patriarcats issus du développement du Christianisme, il y a les sièges de Moscou, de Bucarest de Roumanie, Belgrade de Serbie, Sofia de Bulgarie, sans compter les nouvelles Eglises autonomes comme la Tchéquie et les Terres Slovaques, l’Albanie et de nombreux autres Territoires.

Or, à Jérusalem, ces Eglises sont présentes, en-dehors de tout lien avec l’Eglise romaine depuis les tous premiers siècles. C’est à Jérusalem que la Géorgie, à la suite de l’Evangile a défini son alphabet et les premiers élément de sa culture! De mêmes, les Arméniens, les Ethiopiens et toutes les “tribus” arabes sont présentes depuis les premiers débuts du Kérygme chrétien. En Terre d’Israël (Matthieu 2, 20 : le retour de Jésus vers la Galilée), toutes les Eglises du Christ existent dans leur authenticité historique vénérable à travers les siècles ou encore dans les créations “à l’américaine”. Tout individu peut, selon la loi des Etats-Unis, fonder sa propre Eglise et cela donne un pays tout-à-fait contrasté à nos visiteurs venus du Nouveau Monde.

Les affrontements entre les Puissances européennes d’Ouest et de l’Est au cours des quatre derniers siècles ont abouti, en Terre Sainte, à des présences “par oppositions”: l’Eglise anglicane est présente dans le Nord et le Centre du pays et l’Eglise luthérienne (d’abord allemande)  dans le Sud, suite à l’accord diplomatique conclu grâce au cousinage entre la Reine Victoia et le Kaiser allemand!

L’Eglise russe, aujourd’hui unie à Jérusalem entre le Patriarcat de Moscou rétabli récemment au moment de la Révolution bolchévique et l’Eglise Hors-Frontière (Church Abroad) née de la diaspora, fut toujours très présente dans les Lieux Saints, soutenant l’Eglise grecque. Les Églises roumaine et serbe avaient de nombreuses propriétés dans l’espace de la Terre Sainte. Il y a bien des fidèles issus de ces mêmes traditions mais de confession catholique dans l’Etat d’Israël et dans les Territoires Palestiniens. Ils sont très minoritaires par rapport à leurs frères orthodoxes. Ils font le plus souvent partis d’ordres internationaux (Franciscains, Dominicains).

Toutes ces Eglises sont directement concernées et confrontées à la situation présente dans le Proche-Orient. Il est clair que l’arabité constitue un humus natif de l’Eglise. Mais beaucoup de locuterus arabes n’ont aucune origine ou relation avec le monde arabe et ses problèmatiques islamo-chrétienne. C’est vrai des Arméniens et de tous les slaves qui sont apparus au cours des dernières décennies: il faut tenir compter des expatriés moldaves, roumains, ukrainiens, biélorusses et combien plus encore des philippins qui sont catholiques et habituellement de rite latin.

Il semble être les oubliés du Synode. Il n’y a qu’un (voire deux) prêtres philippins en Israël alors que la population atteint les 80 000 âmes. Leurs enfants posent de grands problèmes au sein de la société israélienne qui devrait leur accorder la citoyenneté et les droits en vigueur pour ceux qui ont passé leur vie et sont nés dans le pays. C’est aussi vrai maintenant de nombreux chinois dont certains sont chrétiens, voire d’Ouïghours d’Asie Centrale dont certains sont parfois de tradition syro-orthodoxe.

Cette situation n’est pas propre à Israël, mais concerne toute la péninsule arabique et les Emirats. Il y a une véritable pastorale locale à assurer à des expatriés venus de pays chrétiens, catholiques ou orthodoxes, et qui assurent parfois une présence significative des Eglises dans des contextes islamiques ou judaïques.

(à suivre) av aleksandr

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