Qui est le gardien de mon frère?

Qui est le gardien de mon frère ?

par Alexander Winogradsky Frenkel, Archiprêtre orthodoxe

22.09.11

On danse à Ramallah. Le calme règne à la Porte de Jaffa. On conteste à Gaza. On défend l’identité hachémite à Amman. Pendant ce temps-là, la population israélienne discute. En hébreu, on discute, on cause, on se contredit, on attaque, on débat. Israël est fait de gens « ordinaires et anonymes » (Prof. Shved) dont chaque individualité exprime avec force que le monde appartient à chacun dont le prix est inestimable.

La résurgence de l’État d’Israël procède d’une reconnaissance — bon gré — mal gré — d’une entité juive en « Eretz Israel », la Terre d’Israël tant pour les Juifs que pour les chrétiens qui utilisent l’expression à tour d’année liturgique. Lorsque le roi Hérode meurt, Joseph retourne, sur inspiration divine, en « Eretz Israel » : « Lève-toi, prends l’enfant et sa mère et va en Terre d’Israël, car ceux qui voulaient s’en prendre à la vie de l’enfant sont morts » (Matthieu 2, 20).

Il est vrai qu’Israël cherche avant tout la sécurité. Curieusement, même dans les moments les plus dangereux (j’ai personnellement été très proche de 14 attentats, dont l’un aurait dû me tuer), il y a, dans la population juive israélienne, un sens profond de sécurité, de non-panique qui constitue un déni réel des propos qui incitent à ne pas visiter Israël en raison d’un état de guerre permanent.

En revanche, on ne compte pas le nombre de personnes juives qui expriment leur profonde angoisse d’enfance à vivre dans l’incertitude d’une attaque prochaine, d’une nouvelle guerre. Il faut interroger les gens d’Ashkelon, sur la côte méditerranéenne et si proche de la Bande de Gaza. Sur plus de 60 ans, la peur des enfants, ados, jeunes adultes fut alimentée par le rêve utopique, quasi schizophrénique d’une propagande extérieure : « l’envahisseur viendra par la mer ; nous serons jetés à la mer », etc. » Pourtant cette « imprégnation morbide » et suicidaire pour la partie adverse a eu le mérite extraordinaire d’être inversée par la vitalité israélienne. La caractéristique des Israéliens est de connaître la joie d’exister, de créer, de planter, de faire vivre.

Il est exact que la population arabe de Palestine a connu des contraintes négatives. Il faut souligner l’évolution sensible à tous niveaux de la ville de Ramallah. La municipalité et les habitants, certes séparés par le mur de béton, ont choisi de se développer, de faire valoir les remarquables capacités de la population palestinienne. Sur bien des points, elle est proche de cette fécondité israélienne. La vigueur de Ramallah qui est connue doit beaucoup à des relations subtiles qui unissent Juifs et Arabes. Il y a, dans le pays, une capacité difficile à saisir de connectivité entre toutes les populations. À première vue, elles semblent vouées à s’exclure. Les enseignements et médias palestiniens déversent librement un fiel anti-judaïque irrationnel peu crédible pour beaucoup d’Arabes.

Il est question en ce moment d’un vote à l’O.N.U. L’Organisation a bien changé depuis 1947. En 1947, le vote ne consista pas à reconnaître un État juif. Il s’agissait de faire une partition à l’intérieur d’un territoire essentiellement géré historiquement par les Puissances occidentales et chrétiennes. Elles disposaient de l’héritage ottoman et musulman.

Or, la réalité ottomane n’a pas disparu des esprits, pour les autochtones du Proche et Moyen-Orient.

Lors de la partition de 1947, personne ne pouvait vraiment croire qu’un État embryonnaire comme Israël puisse devenir réalité de facto, de jure, avoir une authentique dynamique humaine, culturelle, économique, scientifique, linguistique, artistique.

La région fut donc partagée en deux : d’un côté la Jordanie, de l’autre une esquisse de territoires « juifs ». La Jordanie comme l’État d’Israël furent reconnus : des frontières « valides » pour l’État hachémite, « incertains, temporaires et occupés » pour l’État des Juifs. À ce jour, ni les Nations locales, ni les Églises dans leur ensemble (le Vatican reconnaît l’État hébreu du bout des doigts) n’acceptent l’État d’Israël d’une manière définitive et sécurisée. En apparence, la Jordanie ne pose pas de problèmes.

Il a donc fallu, à ce jour, qu’Israël prenne des territoires qui appartiennent à l’héritage « biblique » pour que la reconnaissance éventuelle d’un État palestinien puisse devenir réalité… aujourd’hui ou demain. Ou encore que Juifs et Arabes puissent vivre ensemble. Une histoire qui ne dépend pas de scoops, mais de la durée, de la patience. Il faudra voir ce qu’il en sera dans deux à quatre cents ans!

En quittant Gaza selon les accords internationaux — et considérant que le territoire ne fait pas partie de l’« héritage juif », Israël a surtout permis à une population arabe de Palestine de disposer d’un état potentiel. C’est très paradoxal. La Jordanie les a toujours rejetés (Septembre Noir) ; de même les pays environnants.

Juifs et Arabes sont faits pour s’entendre. Cela ne veut pas dire que les autres soient naturellement à leur écoute.

Av aleksandr

22/9 septembre 2011/7520 — 23 Elloul 5771 — 23 Shawwal 1432

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