Vladimir Putin et une visite en (Terre d’) Israël aussi

Je lis depuis longtemps et avec intérêt le forum orthodoxe “Parlons d’Orthodoxie” (“http://www.egliserusse.eu/blogdiscussion/Le-president-russe-et-le-roi-de-Jordanie-parlent-cooperation-bilaterale_a2508.html?com#com_3122795”) qui est régulé par le Patriarcat de Moscou et donc je connais la version française qui est ouverte et surtout permet d’échanger sur des sujets vastes. “Vladimir” a laissé un commentaire sur la visite de Vladimir Putin, soulignant qu’il s’était “aussi” (sinon principalement pour commencer) rendu dans l’Etat d’Israël. Ceci était et reste absent des commentaires “russes” en géénral, surtout de la presse religieuse. C’est pourquoi je me suis lancé dans une explication que je compte prolonger car cette visite laisse entrevoir bien des développements futurs sur le plan local.

(en partie comme réponse aux mots de Vladimir)
J’hésite depuis “longtemps” à intervenir sur ce forum. Il est riche dans l’échange et la liberté des échanges et donc une source de déploiement pour l”Eglise orthodoxe, en particulier celle de tradition slave, mais vous abordez toutes les traditions.

Ma tâche est apparemment “poly-limitrophe” ou au contraire un point d’ouverture comme Abraham qui accueillait tous au “plus chaud du jour” (Gen. 18,1). Archiprêtre au Patriarcat grec/roum orthodoxe de Jérusalem, j’ai la charge de développer l’assistance spirituelle auprès des membres de la société israélienne: Offices, Divine Liturgie, Sainte Confession et tous les autres Sacrements en hébreu, en slavon, russe, ukrainien, roumain et d’autres langues.

Depuis maintenant près de 15 ans, j’ai ainsi pu assurer chaque semaine ces célébrations liturgiques avec la bénédiction du Patriarche grec-orthodoxe de Jérusalem. Aujourd’hui, c’est Sa Béatitude Theophilos III de Jérusalem.

J’exclus tout esprit partisan sur le plan politique ou idélogique, national, nationaliste ou phylétiste. La grâce qui m’est faite, c’est malgré d’inévitables incompréhensions ou même agressions venant de toutes parts, de donner à l’Orthodoxie de Jérusalem, le sens de cette symphonie linguistique et spirituelle dans un lieu unique, source de la rédemption et but du rassemblement eschatologique final.

En Israël, je suis chez moi, dans mon pays. Mais servant dans une église proche du patriarcat où habitent des Arabes, des Roumains, des Syro-orthodoxes, tous viennent volontiers car “tout être humain est chez lui dans l’Eglise”. Je le dis souvent aux nombreux “passants d’ici ou de pays étrangers: “Vy zdes’ doma/Вы здесь дома т.е. у себя”. Souvent cela intrigue. Mais les Arabes me font participer à leurs activités car, disent-ils “nous savons, abuna, que tu ne fais aucune différence”. Beaucoup sont étonnés d’entendre la Divine Liturgie en hébreu, d’autant que le texte a reçu la bénédiction en 1841 du Synode orthodoxe russe de Moscou. J’ai demandé avec le responsable (nastoiatel’) de la Mission ecclesiastique du Patriarcat de Moscou (archimandrite Isidor) au Patriarche Theophilos qu’il bénisse quelques célébrations en hébreu, slavon et autres langues à la Mission du Patriarcat russe, ce que nous avons fait, avec l’accord de Sa Béatitude voici un an.

Car Israël existe… nous pouvons le rencontrer, même si cela n’est pas évident pour des pèlerinsvenant d’horizons nouveaux, en pleine mutation, tout comme dans ce pays qui redéploie sa culture juive est en pleine dynamique. En revanche, comme chrétiens orthodoxes venant de tous pays (y compris d’Argentine, d’Afrique du Sud etc.), à partir du moment où nous participons à cette société israélienne, il devient impératif de dépasser nos juridictions d’origine et montrer à l’Eglise locale qui est traditionnellement grecque que nous existons et pouvons le faire avec harmonie.

Certains immigrants ont choisi la culture arabe; de fait, elle a le mérite d’être une tradition ancienne. En hébreu, il faut tout créer, inculturer et surtout ne pas se comporter comme des “Zoulous”.

Mais Israël existe. Le Président Vladimir Putin est venu dans un pays à “micro-climats” humains, spirituels, culturels, linguistiques, confessionnels. Il en est parfaitement conscient. Oui, il est allé en Palestine bien que certains parlent de Territoires palestiniens, d’autres encore de Judée-Samarie. Mais, quelles que soient les positions intellectualo-idéologiques, c’est bien l’Etat d’Israël qui, aujourd’hui est en dialogue avec les Eglises et donc avec la Mère de toutes les Eglises de Dieu qu’est officiellement le Patriarcat grec/roum orthodoxe de Jérusalem.

Ici, nous avons le devoir qui répond tant au commandement biblique qu’évangélique d’aimer notre prochain et aussi celui qui semble être notre ennemi. Il ne faut pas que nous devenions étangers ou ennemis à nous-mêmes. Le renouveau des Eglises orthodoxes est immense, en particulier pour l’Eglise russe de Moscou ou de l’Eglise Hors-Frontières qui se sont réunies. Les Eglises roumaine, serbe, géorgienne, toutes ont des mémoires historiques anciennes sur cette terre habitée par Dieu. Vingt ans ne sont rien pour s’entendre, discuter, trouver la voie d’une communion d’autant plus nécessaire que, précisément ici, nous sommes jugés sur notre amour.

Israël crée un hapax – une situation sans précédent – pour l’Eglise pour autant que l’on situe les enjeux sur l’assistance spirituelle réelle envers les fidèles et les familles mixtes qui habitent dans cette société novatrice. Il faut dépasser bien des malentendus, soyons francs des haines séculaires et réciproques, des altérités.

Le Président Putin est venu et les media ne peuvent limiter, sélectionner à leur guise les lieux et les personnes. Il a effectivement rencontré des israéliens, des juifs pieux (Mur Occidental) tout comme l’avait fait, dès sa nomination le défunt Patriarche Aleksei (mémoire éternelle). Le Président Putin n’a pas seulement vu des palestiniens ou des jordaniens. Certes oui, mais pas seulement. Ici tout est imbriqué et “trans-national” par définition.

Il a permis – c’est simplement un fait – que le Patriarcat de Moscou et l’Eglise Hors-Frontières fassent le pas historique d’un processus de réunion qui ne fait que commencer, notamment à l’instigation de Vladyka Mark de Berlin.

Il est possible que sa venue, qui comporte de multiples aspects, soit aussi comme le prélude à la venue du Patriarche Kyrille de Moscou. Le chef de l’Eglise de Moscou avait l’habitude de venir très souvent avant son élection, en particulier en raison de ses fonctions “internationales”.

Certains désireraient changer les ordres hiérarchiques en Terre Sainte, Israël, Palestine, Jordanie. Il ne peut y avoir ici, localement, d’Eglise israélienne ou arabe, russe ou roumaine, serbe ou nord-américaine. Ici, il y a des situations nouvelles où chacun est libre d’adhérer à la communauté qu’il considère comme la sienne. Les immigrants qui sont arrivés n’appartiennent plus (en grande partie) à leur pays et même Eglise d’origine. Ils doivent témoigner, dans un climat particulièrement étonnant, de la créativité du Christ dans leurs vies et leurs groupes. Il y a ainsi une ouverture à l’hébraïté de l’Eglise orthodoxe comme à sa traditionnelle arabité.

Nul doute à cet égard que cette visite du chef de la République Fédérative de Russie peut ouvrir sur des enjeux spirituels créatifs qui ne peuvent être absents du Patriarche de l’Eglise russe. Dans le respect de tous, ce qui implique la difficile reconnaissance de l’histoire et des Dons de Dieu.

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