Parlons d’Orthodoxie -3 (suite/continued)

The dialogue continues on the French Russian Orthodox Forum “Parlons d’Orthodoxie/Let’s Speak about Orthodoxy” about the visit of Patriarch Kirill onf Moscow and All Russia to the Patriarchate of Jerusalem. It is something very interesting I am trying to convey by depicting our local situation in Jerusalem. The task is special and, indeed, in-depth comments are very few. I only try to witness and bear no judgment. To be continued, also in English.
13.Posté par Vladimir le 20/11/2012 19:24
Bénissez-moi Abbaa Alexandre!Le patriarche confirme vos positions, ne pensez-vous pas?

Citation:
Le Patriarche Cyrille : « La visite en Terre Sainte a une profonde influence spirituelle sur la vie des gens »

Le 14 novembre 2012, le Primat de l’Église orthodoxe russe a terminé sa visite au Patriarcat de Jérusalem. Depuis l’aéroport jordanien « Reine Alia », Sa Sainteté a quitté Moscou. Le Patriarche Cyrille de Moscou et de toute la Russie a été reconduit par le métropolite Théophilacte de Jordanie et le représentant du Patriarcat de Jérusalem au Patriarcat de Moscou, l’archimandrite Stéphane (Dispirakis).

Sa Sainteté, s’adressant aux représentants des médias rassemblés à l’aéroport, a remarqué que son voyage en Terre Sainte avait eu une grande importance, dans la mesure où il avait été marqué par de nombreux évènements. Parmi ces derniers, la bénédiction de l’église de Tous-les-saints-russes au monastère Gornensky, la visite de la Maison du pèlerin sur le territoire de la Jordanie.

« Il est important que le plus grand nombre possible de pèlerins vienne en Terre Sainte, car le pèlerinage donne un élan spirituel. Le contact avec les sanctuaires raffermit la foi des gens, et, pour beaucoup, les aide à repenser leur vie, à changer de sentiment. La Terre Sainte a une profonde influence spirituelle. »

Par ailleurs, a constaté Sa Sainteté, l’augmentation du nombre de pèlerins de l’Église russe signifie un renforcement des liens de la Russie avec les pays sur le territoire desquels sont situés les lieux saints : Israël, la Jordanie, l’Autorité Palestinienne.

Le Patriarche Cyrille a encore remarqué que l’une des conséquences du développement du pèlerinage était le renforcement de la position de l’Église russe sur les lieux saints : « Nous pouvons déjà voir l’ampleur des travaux de restauration dans les églises du Patriarcat de Jérusalem. Cela est naturellement lié à l’arrivée de nos pèlerins car les possibilités, y compris matérielles, de l’Église orthodoxe de Jérusalem, s’en trouvent augmentées et nous en sommes très contents car ces lieux saints avaient depuis longtemps besoin d’une sérieuse restauration. »

14.Posté par Irénée le 21/11/2012 08:46
Permettez-moi Vladimir de rectifier ce que vous dites dans le dernier paragraphe du post 13.
Bien entendu, la reprise des pèlerinages en provenance de Russie, d’Ukraine apporte incontestablement un soutien financier à l’Eglise de Jérusalem.
Ceci a permis la restauration de certains sites, la peinture de fresques dans beaucoup d’églises et un bien meilleur accueil des pèlerins.
Mais je ne vois pas où se situerait “le renforcement de la position de l’Église russe sur les lieux saints” et en quoi la reprise des pèlerinages devrait entraîner une quelconque prise de contrôle de certains lieux, ou même une influence accrue…pendant des décennies les pèlerins chypriotes ont été les plus nombreux, mais je n’ai jamais entendu parler d’un “renforcement de la position de l’Eglise de Chypre sur les lieux saints”
L”Eglise de Jérusalem est indépendante, elle a sans doute besoin de nos visites, de notre soutien et de nos prières dans les temps difficiles qu’elle traverse, mais je ne crois pas que le renforcement de la position de l’Eglise de Russie dans la région soit forcément une bonne chose…
15.Posté par Vladimir le 21/11/2012 12:39
Bien cher Irénée,Vous posez une excellente question mais je ne suis pas l’auteur de ce texte qui est un communiqué du DREE (je donne le lien omis précédemment). C’est donc là position officielle de l’Eglise russe.

Les Lieux Saints ont traditionnellement été “protégés” par l’Empire russe et je pense que c’est au retour de cette influence, reprise maintenant par l’Eglise russe, que fait allusion ce paragraphe. Le patriarche l’explicite d’ailleurs en parlant de restaurations et de soutien financier (voir aussi la crise de la facture d’eau…)

16.Posté par av aleksandr le 22/11/2012 00:33
Cher Vladimir, Chers Frères et Soeurs en Christ,
Бог благословит!Vous avez réagi à la visite du Patriarche Cyrille de Moscou en Terre Sainte et, de fait, il y a des points assez similaires avec les commentaires que j’essaye de formuler dans un contexte assez particulier. C’est normal dans la mesure où, chacun à notre place, nous servons aux biens spirituels de l’Eglise.

Vous remarquez sans doute que la visite du Patriarche est assez confidentielle sur le fond. Ceci est vrai en Israël, dans les Territoires palestiniens et en Jordanie. Les média locaux sont plus que discrets, de même que les services de presse russes, ukrainiens, biélorusses (quasiment rien!) et moldaves (idem). Je ne fais que citer ici les territoires et régions mentionnés par le Patriarche Cyrille au cours de son pèlerinage. Il faut tenir compte de cette discrétion.

Il faut être prudent sur ce que l’on lit et que l’on croit discerner. Vous citez un communiqué des services de presse du Patriarcat de Moscou. Il est évident que la visite du Patriarche Cyrille – en sa qualité de patriarche et non plus en tant que responsable des affaires externes du Patriarcat de Moscou – constitue un moment privilégié pour l’Eglise orthodoxe “russe”, de tradition “russe”, de langue et d’expression slave et en langue de slavon d’Eglise en Terre Sainte. Il s’agit d’un moment-charnière de passation de compétences, d’expériences, de vécus divers et très étendus dans le temps qui assurent un trait d’union entre le 19ème siècle et le 21ème siècle. On notera que pendant un siècle sinon plus, l’Eglise orthodoxe russe a vécu de terribles épreuves et que ceci a profondément marqué Jérusalem. Elle n’a pas seulement survécu. Elle se redéploie dans des formes qui furent et restent sans doute mal anticipées par les autres Eglises et peut-être aussi par les fidèles orthodoxes dans le monde entier, plus particulièrement au Proche et Moyen-Orient.

Le Patriarche Cyrille a clairement expliqué ce chemin inattendu dès son arrivée à l’aéroport Ben-Gourion. Il est très important de repérer cet itinéraire, en particulier pour des hommes de sa génération. L’Eglise orthodoxe russe est sortie des “catacombes” aux alentours des années 1990, à la suite des célébrations du millénaire du Baptême de la Rus de Kiev, en 1988. Ceci est sensible à Jérusalem et à Béthléem, à Ramallah et en général dans le pays. La “perestoika/перестройка” prend des dimensions de vrai bouleversement historique. Le Patriarche Cyrille l’a précisé aux diverses étapes de son périple: au Couvent Maria Magdalena sur le Mont des Oliviers, rappelant l’implantation de l’Eglise orthodoxe russe à Jérusalem en 1888. De même au Monastère Gornensky de Ein Karem où, visiblement ému, le hiérarque a expliqué les difficultés auxquelles il a lui-même dû faire face au nom du Patriarcat de Moscou, alors sous le contrôle du régime communiste.

Il est donc évident que l’Eglise russe orthodoxe a trouvé des points fondamentaux d’unité, même si celle-ci paraît souvent fragile, voire “tactique” pour certains. Dans ses homélies, le Patriarche Cyrille a effectivement parlé de l’unité, essentiellement de l’Eglise orthodoxe russe. Pourquoi souligner ceci?

Lorsque les Papes de Rome sont venus en visite à Jérusalem – Jean-Paul II en 2000 et Benoît XVI en 2010 – ils réagissaient plus en tenant compte d’une Eglise qui se veut volontiers “internationale et universelle, ouverte à toute langue, peuple et nation”. Les contacts avec les fidèles locaux furent plus délicats. Dans le cas du Patriarche Cyrille, il est normal que le chef d’une Eglise orthodoxe rende visite aux autres patriarches historique, ceux de la Pentarchie. Cela prend encore bien plus de sens à Jérusalem, sur la terre où Jésus de Nazareth a annoncé le salut, le pardon et la rémission des péchés, est mort et est ressuscité. C’est une expérience forte pour tous.

L’Eglise russe orthodoxe de Moscou est “puissante” au sens où elle mobilise les capacités et les biens pour l’annonce du Kérygme. Pourtant, l’importance du Patriarcat de Moscou comme de l’Eglise Hors-Frontière ne peut se réduire à des aides financières. Ce serait un sorte de duperie sur le sens de la présence chrétienne sur cette terre. Les Eglises orthodoxes doivent petit-à-petit avancer vers un dialogue intra-confessionnel. Cela concerne toutes les jurisdictions des Eglises patriarcales, autocéphales ou même locales. Il y a une sorte de “symphonie universelle” de la tradition orthodoxe qui s’exprime aujourd’hui dans le monde entier. Cette universalité doit être visible à Jérusalem qui est le Lieu de la naissance de la foi, de son enracinement dans une préparation pluri-séculaire en ces lieux. L’Eglise-Mère de Jérusalem a répandu le kérygme de la Bonne Nouvelle sur tous les continents et continue de le faire. En même temps, elle rassemble toutes les nations, de toutes langues et cultures dans cette Vieille Ville de la Résurrection.

J’ai un rêve et je ne crois pas que cela soit de l’ordre du rêve uniquement. On me répond souvent qu’avec le temps cela deviendra possible: que le Patriarcat de Jérusalem, situé au-dessus du Golgotha et de l’Anastasis (Lieu de la Résurrection et du Tombeau vide), puisse héberger des représentants de toutes les jurisdictions orthodoxes. Nous n’en avons plus le souvenir, mais il fut un temps où Géorgiens et Serbes ont vécus ensemble dans le grand Monastère patriarcal. La primauté du patriarche grec est souvent “discutée, voire contestée”. Elle est historique, conserve une valeur historique capitale pour l’Eglise, l’usage de la langue dans laquelle le Message évangélique fut proclamé et surtout un enracinement local et international des traditions byzantines. Il faut lui permettre de s’ouvrir mais aussi d’être un signe de cette universalité capable de modérer des nationalismes ou phylétismes souvent scrupuleux sur les rites et les valeurs traditionnelles.

C’est pourquoi la venue de pèlerins et de touristes de tradition russe est si importante. A Jérusalem, il n’y a “ni premier ni dernier” sinon dans le respect de l’histoire que l’on ne peut abolir. Nous voyons des pèlerins et des touristes du monde entier. Les fidèles orthodoxes qui se réclament de la tradition russe ne viennent pas seulement des territoires canoniques du Patriarcat de Moscou. Ils sont, eux aussi, présents sur tous les continents et votre forum en est le signe en France ou dans les pays francophones avec une pointe d’anglicisme, mais aussi d’acculturation européenne (Bénélux, Allemagne, Italie, Espagne, Pays scandinaves et autres).

Certains pourraient émettre des réserves dans la mesure où toutes les interventions du Patriarche Cyrille furent centrées sur la russéité de l’Eglise qui est à Jérusalem ou dans le territoire que le Patriarche a dûment reconnu comme étant confié – par l’appel de Dieu et la tradition des Eglises – au Patriarche Théophilos de Jérusalem qui fut intronisé voici tout juste sept ans, le 22 novembre 2005, au Saint Sépulcre. Il ciblait sans nul doute le prodige que représente l’union ou la réunification des Eglises de tradition russe, à partir de Jérusalem, dans cette double présence du Patriarcat de Moscou et de l’Eglise Hors-Frontière.

Cette influence saurait être réduite à un influence ou un pouvoir économique. Les Grecs ont d’eux-mêmes procédé à des reconstructions locales. L’Eglise russe a trouvé, à la chute du communisme, une autre situation. De fait, les sites vénérables de la tradition furent rebâtis, consolidés – au sein des propriétés de l’Eglise russe. Ces travaux ont été de grande envergure. Pourtant, ils ne font que commencer. Il faudra savoir comment trouver des voies plausibles de dialogues avec le Patriarcat de Jérusalem, les autorités israéliennes, palestiniennes, jordaniennes. L’Eglise orthodoxe russe est partout présente dans les pays arabes, par tradition historique mais aussi en raison de la présence de très nombreux expatriés.

Israël a accueilli un grand nombre de ressortissants de l’ex-Union soviétique, au nom de la Loi du Retour des juifs sur la Terre d’Israël selon la tradition juive. Elle a aussi accepté les membres non-juifs de familles qui ont émigré. Là aussi, on peut réduire cette situation à une immigration “économique” au temps de la chute du communisme. Il est certain que la hiérarchie russe orthodoxe ets dûment consciente de la venue de fidèles qui aujourd’hui évoluent au sein de la société israélienne ou ont trouvé leur place dans les Territoires palestiniens. La reconnaissance de ce départ historique des juifs de Russie, Ukraine, Biélorussie et Moldavie (entre autre) peut conduire à d’autres réflexions. Il est sans doute un peu tôt pour avancer trop vite. Les propos du Patriarche à Yad VaShem, mémorial de la Shoah ou Holocauste (Catastrophe en russe comme en grec) furent centrés, eux aussi, sur l’histoire du peuple russe et même soviétique. La réalité eschatologique du peuple juif et de son retour de l’exil selon les paroles des Prophètes restent encore de l’ordre de l’indicible. Il faut patienter.

Voici trente-quarante ans, j’ai connu une toute autre situation. Méfiance, repliement total, discrétion et frilosité dans l’Eglise de Jérusalem et du pays. Aujourd’hui, l’Eglise russe peut servir – en raison de son importance – à sortir elle-même de sa propre tradition, continuer le dialogue fructueux avec les autres Eglises orthodoxes, voire de permettre à d’autres traditions de trouver leur place dans une communion nécessaire. Le processus n’a commencé que voici une vingtaine d’années. Il requiert beaucoup de souplesse et de capacités au dialogue avec chacun. C’est un point délicat, mais il est impératif de montrer que l’Orient chrétien est vivant, source de beaucoup de vie et de ressource spirituelles.

Il y a sûrement bien des points que ne font que poindre et ne peuvent être aborder pour l’instant. Ces derniers temps, le Patriarche Cyrille est intervenu pour une présentation positive de différents théologiens modernes, par exemple le Père Alexandre Men. C’est aussi vrai de Mère Marie Skobtsova. Il faut avancer lentement, mais continuer d’avancer avec confiance.

Le Patriarche a mentionné les fidèles de régions de l’ex-URSS, comme l’Ukraine, la Biélorussie/Belarus et la Moldavie/Moldova. La Fédération de Russie a bien d’autres fidèles, d’autres cultures: on voit de plus en plus de ressortissants des républiques d’Asie Centrale, des Ouzbeks, Tadjiks, des fidèles habitant en Sibérie, mais aussi en Mongolie. La référence historique à l’ex-Union soviétique est naturelle, bien que d’autre jurisdictions revendiquent ces fidèles. L’Eglise de tradition slave a un rôle ample à jouer dans l’avenir, tout comme d’autres Eglises qui sont présentes depuis les premiers siècles dans la région ( par exemple les Géorgiens).

Jérusalem a besoin de projets spirituels ouverts. On peut espérer que les fidèles et le clergé pourront aider à s’accepter et à avancer ensemble sur cette terre que le Seigneur a visité et béni.

Archiprêtre Alexander Winogradsky Frenkel
(Jérusalem)

17.Posté par Irénée le 22/11/2012 09:08
Désolé Vladimir, mais je pensais que ces lignes étaient de vous ! Voilà donc que je conteste les déclarations de la DREE sans le savoir !
Il ne faut pas trop exagérer cette “protection” des lieux saints de Palestine par l’Eglise de Russie. Il y a bien eu des soutiens pour des raisons à la fois religieuses et politiques à la fin du XIXè siècle, mais la mission russe crée en 1863 n’a finalement fonctionnée que 50 ans…et l’essentiel des structures en place avaient pour but de recevoir les nombreux pèlerins venant de Russie, et de leur permettre d’avoir ici ou là des offices en slavon. Il n’ y a pas eu pour autant une prise de contrôle de l’Eglise locale par la Russie ! La présence et le soutien de l’Eglise de Russie auprès des chrétiens orthodoxes du proche-orient est certes importante, mais les raisons politiques de cette présence sont sans doute plus importantes que les raisons religieuses…
18.Posté par Irénée le 22/11/2012 11:00
Merci Père Alexandre pour ce long message qui permet à tous les lecteurs une meilleure compréhension de la situation sur place.
Vous avez raison d’exprimer vos souhaits, et peut-être vos rêves…mais comme vous le savez bien, la situation que vous appelez de vos voeux a été partiellement déjà vécue dans les siècles passés. Il n’y a pas si longtemps qu’une partie des moines peuplant le monastère de saint Sabbas venaient des Balkans ou des pays slaves. C’est d’ailleurs une des caractéristiques de l’histoire de l’Eglise de Jérusalem d’avoir toujours été un lieu d’échanges et de rencontres entre différentes traditions du monde chrétien depuis les apôtres.
19.Posté par Daniel le 22/11/2012 12:50
En effet Irénée, cette rencontre de chrétiens de différents horizons se retrouve aussi au Sinaï dans ses monastères. De nombreux Géorgiens y ont vécu.
20.Posté par Vladimir le 22/11/2012 21:24
Merci abba Alexandre pour cette excellente explication qui remet bien les choses à leur place et permet de voir l’avenir sous les meilleurs auspices…

J’espère que vous aurez d’autres occasions d’intervenir sur ce forum pour mieux nous faire connaitre la réalité de l’Orthodoxie dans les Lieux Saints.

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