Nous sommes venus nous prosterner devant le Roi des Juifs

Avec les réjouissances de Noël, la dinde, le boudin blanc, le foie gras truffé, nous continuerions volontiers ce parcours gastronomique par des galettes (tirage au sort du roi et de la reine) avant de clore tous ces ébats par quelques crêpes flambées pour la Chandeleur (Présentation du Christ au Temple selon le calendrier occidental). C’est dans cette ambiance de consommation effrénée, totalement paganisée et presqu’irresponsable, qui marque aussi le début de l’année civile, qu’apparaissent aussi les litanies tantôt heureuses, tantôt hésitantes, voire apocalyptiques, des prophéties déversées par tous les médias: charlatans, astrologues nous permettent de plonger dans les racines profondes de notre Ego astral. Nous pénétrons le sens des circuits astrologiques, des courbes sidérales qui influeront – qui en douterait? – notre vie au cours de l’année civile que, par définition, nous nous souhaitons excellente.

C’est dans ce contexte que l’Eglise doit annoncer un mystère: celui de la naissance du Christ, de Sa manifestation aux païens, Sa présentation au Temple, faits qui se sont produits à l’intérieur de l’histoire du peuple d’Israël.

Il faut aujourd’hui une force et un acte de foi peu communs pour ne pas succomber à la tentation paganisante du monde qui nous entoure et ne pas se laisser happer par une débauche de consommation ou par l’idolâtrie. C’est pourquoi il est essentiel de bie nsituer le contexte de la naissance du Christ. La Nativité a eu lieu dans le cours d’une destinée particulière: celle d’Israël à laquelle les chrétiens sont conviés par la grâce de Jésus-Christ.

L’Evangile nous fournit des repères fondamentauxqui servent de balises afin que jamais l’Eglise ne se scinde de cette destinée juive et de ce compagnonnage unique qui rassemble Israël et les Eglises du Christ.

Il faut revenir à la naissance de Jean-Baptiste. Saint Luc nous dit que six mois séparent la conception de Jean de celle de Jésus. Or, nous connaissons l’époque de la conception de Jean. En effet, il y avait en Israël vingt-quatre classes sacerdotales qui servaient chacune dans le Temple un semaine par an. Il est dit dans l’Evangile: “Il y eut, aux jours d’Hérode, roi de Judée, un prêtre du nom de Zacharie, de la classe d’Abia” (Luc 1,5).

Cette indication est précieuse, car, par elle, nous savons que le prêtre Zacharie a dû servir dans le Temple au début du mois d’août, puisque la classe d’Abia assurait le culte à cette époque de l’année. Nous pouvons donc, sans trop de difficultés, évaluer la période probable de la naissance de Jésus-Christ: entre le temps de gestation de Jean-Baptiste, les six mois de décalage entre la conception de Jean et de Jésus, il nous faut rajouter environ quinze mois à compter du début du mois d’août pour situer la naissance du Christ à la fin de septembre – début octobre.

Or, cette échéance correspond, dans le calendrier juif, à des dates liturgiques fondamentales: c’est le temps où l’on fête Rosh-HaShana (le nouvel an), Yom Kippour (le jour des Expiations) et, enfin, Sukkot (la fête des Tentes) qui clôt le cycle automnal centré sur le mystère eschatologique de la manifestation de Dieu.

Ces fêtes ont toutes un caractère profondément messianique. Saint Luc était prosélyte et, bien que n’étant pas juif à part entière, il a consigné dans son Evangile l’époque probable de la naissance du Christ en soulignant des détails qui paraissent assez accessoires à première vue (classe sacerdotale du père de Jean ou les six mois qui séparent la conception des fils de Marie et d’Elisabeth).

Le Christ n’est donc pas né selon un calendrier païen.

Il est né dans une histoire qui est célébrée par un cycle liturgique et sanctifie, en ce monde, le Nom du Dieu Un et vivant. Nous pouvons, grâce à l’Evangile, situer la naissance du Christ dans ce temps des fêtes automnales qui rappellent le jugement annuel de Dieu sur le monde et l’annonce de la venue du Messie. La fête de Sukkot qui correspond à la période où le Christ est sans doute né est donc “dépassée” pour le christianisme et il est frappant de constater que l’Eglise, dont le cycle liturgique est calqué sur l’année juive, n’a pas repris cette célébration des fêtes du Jugement.

Il est clair que pour le chrétien – notamment au niveau sacramentel – chaque jour est un Kippour et une Pâque. C’est ce que le chrétien vit dans l’Eucharistie. Mais Sukkot qui est le couronnement des fêtes eschatologiques juives n’est plus fêtée par l’Eglise: le Christ est venu dans la chair. L’attente eschatologique a pris une autre dimension et il est saisissant de voir combien l’Eglise est proche du peuple juif l’or de l’avent ou du carême avant la Nativité où elle reprend un cycle nouveau, renouvelant l’espérance messianique. L’Eglise accompagne alors Israël. Mais elle est parvenue à la plénitude des temps lorsque le Christ s’est incarné dans ce temps de Sukkot. Ainsi, chaque jour est un prolongement de cette fête de Sukkot jusqu’au retour du Christ Jésus dans la Gloire.

av Aleksandr (Winogradsky Frenkel)

Ce texte est tiré de mon livre d’inteventions radiophoniques sur “Radio Notre-Dame”, la radio diocésaine de Paris paru aux Editions Fayard – Alexandre abraham Winogradsky “Paroles d’Evangile, Mémorial d’Israël” en 1987, pp.180-182, (c) Copyright et tous droits réservés Editions Fayard.

Vous souhaitez lire ce livre qui est d’actualité en écrivant aux Editions Fayard.For those who read French, you may contact the Editions Fayard to get the full book of these programmes that were broadcast on RAdio Notre-Dame, Paris in 1985-90.

 

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