Le prix de l’innocence à la Porte de Jaffa

Le prix de l’innocence à la Porte de Jaffa

3 août 2019, 16:33

Dans un Proche-Orient en damier, les dates symboliques se croisent, se décroisent, s’entrechoquent le plus souvent.

Du coup, on a oublié ceux qui sont là depuis un certain temps mais qu’il vaut mieux appréhender de manière floutée parce qu’eux-mêmes se perçoivent par le prisme de leur singularité, fût-elle à dimension universelle.

Le Patriarche Théophile de Jérusalem et de toute la Palestine, primat de l’Eglise « Mère de toutes les Eglises de Dieu », l’Eglise du Deir Roum, issue de l’empire d’Orient et d’Occident, le patriarcat grec-orthodoxe de Jérusalem joue une partie d’échec à douze dimensions pour peu que cela soit imaginable.
Cela fait des mois que, par petites touches à peine stylisées et mal documentées, les journalistes locaux, essentiellement israéliens ou basés en Cis-Jordanie ou en Jordanie, décrivent un imbroglio dramatique et tragique à la manière grecque : la chicane judiciaire enfle depuis ce jour de Tisha BeAv 5778 qui rappelle les deux destructions du Temple de Jérusalem.

Le 1er août 2017, la Juge Gila Kanfi-Steinitz de la Cour de District de Jérusalem signifiait par un arrêté apparemment sans appel que les plaignants « Irenée [Skoplotis], ancien patriarche de Jérusalem, Théophilos [Giannopoulos], actuel patriarche de Jérusalem et le Patriarcat de Jérusalem » étaient déboutés de leur plainte contre l’acquisition par des des organisations parallèles, basées offshore, de plusieurs parcelles de propriétés foncières qui auraient été/ont été – seraient vendues à des groupes d’entrepreneurs immobiliers israéliens ou affiliées.

La décision du 1er août 2017 concernait un lot particulièrement symbolique : la justice israélienne confirmait que les deux hôtels de la Porte de Jaffa (Jaffa Gate ou Bab-el-Khalil) – l’Imperial Hotel et le Petra Hostel – avaient dûment été acquis par des organisations juives et/ou israéliennes agissant pour le bénéfit de « Ateret Cohanim/עטרת כהנים » basée dans le Rova ou Quartier juif de la Vieille Ville de Jérusalem.

La yeshiva du mouvement est dirigée par le Rav Shlomo Aviner, d’obédience ultra-orthodoxe. Le Patriarcat de Jérusalem fut condamné à payer les frais judiciaires de Ateret Cohanim d’un montant de $ 8,420.

Le Patriarcat de Jérusalem contesta cette décision et exprima sa volonté faire appel contre ce jugement à la Cour Suprême d’Israël. Cela prit du temps.

Les médias internationaux se lancèrent, sans véritable connaissance du terrain local et surtout avec un manque total de compréhension du fonctionnement particulier du Patriarcat grec-orthodoxe de Jérusalem, dans des séries à répétition d’articles « copiés-collés ».

Il est difficile de recouper les actes répertoriés depuis la période des firmans ottomans, ceux qui ont été édités à l’époque du Mandat britannique.

Il y a une rare et exceptionnelle capacité grecque-orthodoxe à franchir les embûches les plus inimaginables avec un talent et une compétence réels.Ils ont un don quasi artistique pour contourner les problèmes de survie jusqu’à enserrer « l’autre » par l’extravagance – souvent improvisée – d’un art incomparable, difficile à analyser de l’extérieur. Celui-ci allie le sens de la mise en scène à une parole acérée qui joue sur les mots et les idées, enjambant volontiers raison et séduction.

Comme l’a affirmé de manière très réaliste et indiscutable le rabbin Yeshayahu Leibovitz : « Pour les chrétiens, l’existence persistante du judaïsme est un phénomène inacceptable, puisque le christianisme se présente comme le vrai Israël, autrement dit comme l’héritier du judaïsme – et qu’on ne peut pas hériter de quelqu’un qui n’est pas mort. (..).

Il n’y a pas de dialogue concevable entre judaïsme et christianisme considérés comme religions – même si sur un plan strictement humain, un dialogue personnel reste toujours possible entre individus juifs et chrétiens. » (cité par C. Hagège, Les religions, la parole et la violence, Paris 2017, p. 111).

En apparence, cette opinion n’a aucun lien direct avec la situation des chrétiens de Terre Sainte et les péripéties du Patriarcat orthodoxe de Jérusalem.

Le rabbin Leibovitz précisait : « Pour les juifs, l’existence du christianisme est un phénomène indifférent. » Cela irrite frontalement l’instinct irrépressible des certitudes chrétiennes et de leurs multiples formules de prosélytisme dynamique.

Pire : certaines communautés chrétiennes, en particulier le catholicisme romain latin, se sont persuadées, au regard de leurs propres décisions, à considérer que celles-ci sont irrévocables, définitives. C’est le cas de Nostra Ætate et de la prétendue révision de la position romaine envers le peuple juif. Celui-ci ne peut que féliciter de pareilles initiatives qui devront être confirmées. Les Juifs, plus encore les israéliens, ne peuvent qu’y voir des mutations ponctuelles et inachevées, des ébauches souvent remises en question dans les faits.

Au tribunal, l’art inné du débat et de la force de la parole hellénistique se rompt sur le mur d’impavidité tranquille de l’existant israélien. C’est rarement compris ni même apprécié pour ce qu’il en est.

En fait, les péripéties du patriarcat helléno-orthodoxe constituent une saga à répétition ou, plutôt, en évolution. En confirmant la validité de l’acte de vente au bénéfice de Ateret Cohanim la juge de la Cour de District de Jérusalem ne faisait que reprendre une série de procédures répétitives et non-décisionnelles qui sembleraient avoir été initiées par le Patriarche Théophilos lors de son élection à l’été 2005.

Pourtant, les choses ne pouvaient pas être aussi simples. Le Patriarche Irénée a été élu en 2001, lors du décès du Patriarche Diodoros qui avait été intronisé en 1981.

Mgr. Irénée avait passé plus de vingt ans comme exarque (représentant) du Saint-Sépulcre, donc du Patriarcat de Jérusalem, à Athènes. Il revenait rarement à Jérusalem en raison d’une inimitié concurrentielle féroce qui l’opposait au métropolite Timothée de Vostra, aujourd’hui en diaspora à Chypre.

Pendant plus de vingt ans, celui-ci fut le Secrétaire Général du patriarcat de Jérusalem. Comme la maladie gagnait le Patriarche Diodoros, le Secrétaire Général se voyait déjà prendre sa succession. C’est de son époque que date le processus d’accélération de ce caractère délétère de l’Eglise-Mère.

L’institution multi-séculaire s’est empêtrée progressivement dans des combines peu claires. En 2001, le métropolite de Vostra sortit titubant de la nef centrale du Saint-Sépulcre. Irénée Skoplotis avait été élu patriarche. Une évidence mal perçue à l’époque par différents acteurs locaux de la sphère religieuse.

Fils d’un responsable communiste grec, le métropolite Timothée avait fait des études en Union soviétique. Homme d’ouverture, volontiers mondain, travailleur, ambitieux, autoritaire, il s’était imposé dans le contexte restreint d’un patriarcat dont le siège était déjà situé en zone sous contrôle israélien.

Il céda trop vite et trop volontiers à des tentations de pouvoir et d’expansion, jusqu’à être interdit pendant quelque temps – ainsi que l’actuel second, le métropolite Hésychios de Césarée- par le patriarche oecuménique Bartholomée de Constantinople pour avoir voulu créer à leur profit un diocèse extra-territorial… en Australie.

Irénée Skoplotis fut donc naturellement élu. Il portait beau avec le panache et la bonté d’un grand de Grèce… C’est un homme bon, ce qui est rare dans le paysage âpre de la terre des prophètes. Il jouissait d’un certain prestige et avait agi avec distance par rapport aux multiples dérives d’ordre gestionnaire, un népotisme archaïque et des manquements sévères à la formation théologique. Le clergé grec appartient souvent à des familles qui ont été expulsées des territoires du Pont-Euxin. Ils tiennent, de manière farouche et atavique, à la Terre Sainte. Servir comme moine ou prêtre au Saint-Sépulcre, c’est rappeler au monde volontiers traité d’ »hérétique » en raison des mépris accumulés dans l’histoire.

Ces déviances s’étaient creusées à partir du décès du patriarche Benediktos qui avait reçu avec tact le Pape Paul VI et le Patriarche Athénagoras de Constantinople en 1964.

Théophilos Giannopoulos était alors un jeune archidiacre. Il reste le témoin de continuité de la tradition hellénistique orthodoxe de l’Eglise aux lieux-mêmes où la Porte de la Foi (christique) a vu le jour.

Pour résumer : en vingt (20) années d’une importance capitale sur le plan géo-stratégique, les mutations des sociétés proche-orientales, éminemment tribales, y compris dans les multiples obédiences confessionnelles, ont ébranlé cette fidélité ritualiste jusqu’à l’excès.

En 2017,le Patriarche Théophile de Jérusalem a fait une grande tournée internationale, suite à la décision de la Cour de District de Jérusalem.

Il s’est rendu chez le Patriarche Bartholomée de Constantinople, primus inter pares des chefs des Eglises canoniques orthodoxes. Il lui doit son élection. En 2017, les relations intra-orthodoxes étaient encore dans le limbes des désunions et conflits qui rongent l’unité des Eglises canoniques. Les décisions du Phanar de créer une Eglise orthodoxe en Ukraine n’avait pas encore remis en question la manière dont les tactiques doivent être réévaluées entre les communautés. Aujourd’hui, le patriarche Théophile doit tenir compte de la position de l’Eglise orthodoxe russe de Moscou qui met l’accent sur sa force d’expansion et, surtout, tient à assurer légalement et spirituellement sa présence dans le monde entier, à commencer à Jérusalem où elle agit depuis 170 ans.

Theophilos (Ilia Giannopoulos) fut consacré archevêque du Mont -Thabor et du Saint-Sépulcre (il inaugura ce dernier titre) en février 2005 alors que la situation interne était plutôt tumultueuse depuis un certain temps au sein du patriarcat de Jérusalem.

Le successeur du métropolite Timothée, alors très dépressif, était l’archevêque Aristarchos de Constantina, le « pnevmatikos » (guide spirituel ou confesseur) officiel de la communauté patriarcale de Jérusalem.

Consacré évêque en 1998, il avait été brièvement déposé avec d’autres membres du patriarcat pour avoir étudié l’hébreu et suivi des cours de Talmud à l’Université Hébraïque de Jérusalem.

Devenu secrétaire général, il eut le bon sens de faire appel à des personnes fiables et moins « corrompues ». Il dut cependant garder certaines personnes, dont le responsable détenteur de la signature officielle du secrétariat patriarcal auprès des instances publiques extérieures.

En février 2005, par une décision du Saint et Sacré Synode du Patriarcat de Jérusalem, l’archimandrite Théophilos fut consacré par le Patriarche Irénée et la plupart des évêques, au Saint-Sépulcre.

Il s’installa rapidement dans les bureaux du Lieu saint. On peut parler d’une stratégie mise en route plusieurs mois auparavant, alors que les protestations des fidèles arabophones, les failles dans les livres de compte, la fuite des capitaux laissaient le Patriarche Irénée pantois et incapable de réagir.

Il ne le pouvait pratiquement pas dans la mesure où, ayant été à Athènes pendant plus de vingt ans, il n’avait absolument pas suivi les évolutions tortueuses de ses collègues. Il était dépassé par la tâche et les incohérences endémiques de l’institution ecclésiale.

Le projet, initialement risqué, de parvenir à la destitution du Patriarche Irénée fut planifié par Mgr Aristarchos qui sut gaudiller à merveille dans un magma devenu informe.

Il réussit à convaincre la majorité des membres du Synode, reçut le consentement des communautés arabophones (c’était indispensable), l’entente tacite des autorités des Etats (le roi de Jordanie, l’Autorité Palestinienne et il obtînt un accueil compréhensif de la part des autorités israéliennes). En revanche, les autres Eglises historiques de Terre Sainte furent tenues à l’écart. Cela irrite certains. Le délégué russe me demandait comment un groupe synodal de dix-neuf membres d’un Synode patriarcal népotique pouvait se permettre d’imposer sa loi sur des millions de fidèles orthodoxes…

Il est très rare de pouvoir déposer un patriarche canoniquement élu. C’est exceptionnel, même pour Jérusalem où les hiérarques ont souvent dû fuir, revenir, repartir et disparaître…

C’est l’archevêque Aristarchos qui, avec quelques représentants reconnus du Patriarcat de Jérusalem, porta l’affaire devant le Patriarche oecuménique Bartholomée de Constantinople qui décida de convoquer un synode exceptionnel de toutes les Eglises orthodoxes canoniques.

Cela s’est produit en 2005.

Ils hésitèrent à demander le renvoi de tous les hiérarques du patriarcat de Jérusalem comme cela s’était produit lors de l’élection du Patriarche Timotheos en 1935 (mort en 1955). C’était impossible dans le contexte des premières années de l’an 2000, suite à la mort du patriarche Diodoros.

Volens – nollens, tous les chefs des Eglises orthodoxes donnèrent leur accord  pour qu’un nouveau patriarche soit élu, à condition qu’il le soit à l’unanimité des membres du Saint Synode de Jérusalem. 

Mgr. Aristarchos refusa obstinément de se présenter, restant dans sa position desecrétaire général. De fait, le nouvel archevêque Theophilos fut son candidat tandis que le gouvernement israélien barrait certaines candidatures, dont celle du métropolite Timothée.

L’unanimité se fit sur le prêtre Théophilos, l’ancien archidiacre du patriarche Benediktos. Ce lien sacramentel et historique lui conférait une légitimité peu contestable. Le patriarche Irénée devenu simple moine sortait encore de son logement au monastère patriarcal et me dit un matin : « Ils ont bien su utiliser mes mains pour consacrer celui-là (le nouveau patriarche Theophilos). »

Le 22 août 2005, l’ancien représentant du Patriarcat de Jérusalem à Moscou (il n’appréciait ni le froid ni l’ambiance locale), le premier recteur à se rendre au Qatar (Doha) où il sut nouer des contacts inédits avec les chefs du wahabisme musulman local était élu 141ème patriarche de Jérusalem et de toute la Palestine, de la Jordanie et autres lieux historiques du christianisme originel. Il fut intronisé le 22 novembre 2005, en présence du président de la République grecque, des représentants de l’Autorité Palestinienne, de la Jordanie et du Qatar. Le gouvernement israélien ne le reconnaîtra que le 16 décembre 2007. D’août 2005 à décembre 2007, le gouvernement israélien continua de considérer le patriarche déposé Irénée comme le seul légitime.

Cette élection mit un terme aux ambitions de contrôle du patriarcat russe orthodoxe de Moscou. La première mise à l’écart du métropolite Timothée avait été un coup dur pour l’Eglise de Moscou. On s’empressa d’envoyer à Chypre le métropolite Timothée hors les murs de la Terre  Sainte comme exarque du Saint-Sépulcre. L’homme est fûté. Il dispose d’un réseau conséquent et, malgré la maladie, il devint un conseiller obligé dans un climat hiérarchique qui peine à se renouveler à Jérusalem. Est-il, pour autant, un allié certain ? La question se pose aussi pour le second au sein du patriarcat de Jérusalem, le métropolite Hésychios, dont les affaires personnelles sont délicates, le statut sans doute mal assuré. Les plaintes montent depuis l’Australie qui n’est plus si lointaine.

Le choix consensuel de Theophilos (Ilia Giannopoulos) portait donc l’estocade aux vélléités d’expansion russe en Terre Sainte. Le métropolite Cyrille de Saint-Peterbourg, aujourd’hui patriarche de Moscou et de toute la Russie avait l’habitude de venir presque tous les mois avant les péripéties de l’Eglise de Jérusalem.

Le métropolite Hilarion de Volokolamsk est venu assez fréquemment ces temps derniers pour s’assurer que l’Eglise de Jérusalem restait canoniqumeent fidèle au patriarcat de Moscou comme toutes les autres Eglises orthodoxes qui ont refusé la création du patriarcat inédit imposée par Constantinople. Le patriarche Theophilos a aussi reçu le métropolite Onuphre, chef de l’Eglise d’Ukraine (patriarcat de Moscou)… réalisme canonique et discernement tactique sur l’expansion de toutes les Eglises orthodoxes dans la région.

Le patriarche Theophilos et son administration ecclésiastique, ses avocats et/ou conseils ont fait appel de la décision en date du 1er août 2017 en faveur de Ateret Cohanim.

Le premier hiérarque des Eglises de Jérusalem a contesté, depuis deux ans, les décisions de la justice israélienne. Il accuse le parlement israélien d’ourdir des projets de lois qui priveraient progressivement les chrétiens de leurs terres et de leurs patrimoines fonciers.

Les Chefs des treize Eglises chrétiennes de Jérusalem ont soutenu par plusieurs déclarations communes les droits du patriarcat grec-orthodoxe de Jérusalem. Le Conseil des Eglises du Moyen-Orient a fait de même.

Il faut être franc : le patriarche orthodoxe de Jérusalem a subi des pressions. Il n’est pas impossible que le roi Abdullah de Jordanie, homme animé par un profond engagement oecuménique, ait plusieurs fois songé à faire le faire déposer.  C’est une sorte de marotte locale. Mais la Mission ecclésiastique russe jouit d’un soutien réel auprès du roi qui a acordé des terrains au patriarcat de Moscou en territoire jordanien. La chose est pratiquement impossible en territoire israélien qui, par contre, permet au patriarche Théophilos de construire et de rénover de nombreuses églises des communautés arabophones de Galilée et de Samarie.

Le véritable décisionnaire et « para-patriarche » est – on s’en doute – l’archevêque Aristarchos de Constantina.

Il l’est, à sa façon, depuis l’an 2001, pour sûr depuis 2005, même si, le temps passant, sa santé le fragilise. A force de faire le Pygmalion, il est contesté par son disciple.

Le roi de Jordanie rappelle régulièrement que si un patriarche n’est pas capable d’assurer sa tâche, il doit être remplacé. Question d’humeur… Les israéliens, quant à eux, apprécient Théophilos, connu pour être travailleur, aimable, charmeur… et peu « xénophile » au sens grec : il n’est pas enclin à s’intéresser vraiment à ceux qui ne sont pas hellènes. Dans le contexte, c’est un avantage pour les juifs, un handicap pour les arabes. Il me confia incidemment : « Les israéliens sont contents. Ils apprécient que nous nous occupions avec sérieux de notre propre communauté » (des orthodoxes grecs en priorité assez exclusive).

L’Etat hébreu reconnaît toutes les obédiences religieuses, assure leurs droits dans la mesure où elles sont prêtes à remplir leurs devoirs envers la loi israélienne.

Il manquait, jusqu’ à ces derniers temps, un soutien fondamental dans la période actuelle : celui de la Russie. Les délégations diplomatiques de la Fédération de Russie qui garantissent les droits de propriétés de la Mission ecclésiastique du Patriarcat de Moscou à Jérusalem, fondée voici exactement 170 ans.

La presse occidentale a pratiquement ignoré l’événement. Or, ces 170 ans renvoient à la période fructueuse de l’expression de la foi orthodoxe russe au Proche-Orient alors que les cent ans de la Révolution bolchévique est laissée en clair-obscur dans la société russe.

Il y a un risque : la scission imperceptible du territoire traditionnel du patriarcat orthodoxe de Jérusalem. Celle-ci sort du domaine de l’utopie et pourrait être le résultat de manoeuvres extérieures à Jérusalem alors que la République grecque, après avoir penché vers une sécularisation accélérée et réduit les privilèges ecclésiastiques, se rapproche de l’Eglise orthodoxe hellène. La majorité des Lieux saints se trouve actuellement sous le contrôle direct ou indirect des autorités israéliennes. La république de Grèce doit supporter le poids financier et « représentatif » de patriarcats en danger, tel celui d’Alexandrie et de Jérusalem.

En Cisjordanie, les fidèles arabophones sont blasés, en Galilée l’incertitude est innée.

En Jordanie, la situation est bien différente car le clergé et les fidèles sont sous la protection royale et forment une élite appréciable pour la stabilité du pays.

Les diplomates russes et les représentants de l’Eglise orthodoxe de Moscou se rendent constamment en Jordanie.

Le Roi Abdullah leur a permis de bâtir des centres d’accueil pour les foules de pèlerins venues de la Fédération de Russie, en particulier au lieu du baptême de Jésus au Jourdain. Le Patriarche Theophilos a-t-il directement donné son avis ?

Cela fait des années que les prêtres arabes jordaniens ne viennent que très rarement à Jérusalem. Le clergé grec qui travaille dans les écoles et les monastères vit en autarcie mais jouit des privilèges accordés par le royaume. La récente nomination de Mgr Christophoros comme archevêque de Philadelphie (Amman) marque un tournant encore faible en faveru du dévelopement d’un épiscopat arabe. D’autant qu’il fut fortement suggéré par le roi de Jordanie.

Le métropolite Benediktos, grec et parfait arabophone, un homme de pouvoir écarté de Jérusalem lors de l’élection du patriarche Irénée, a cédé la place à l’archevêque Christophoros pour se consacrer à la gestion des nouveaux sites de pèlerinagea trouvé à Philadelphie (nom grec de Amman) une responsabilité à sa mesure… au bord du Jourdain… une manière de s’assurer de ce que les patriarcats de Moscou et de Roumanie mettent en place localement.

Comme par bravade, le patriarcat de Jérusalem a fait construire une cathédrale à Doha (Qatar) avec la bénédiction de l’émir et de divers réseaux arabes, aggravant un conflit ouvert avec le patriarcat d’Antioche qui revendique les Pays du Golfe.

Une chose a mûri au cours des cinq dernières décennies : les Eglises ne peuvent plus faire fi de la réalité israélienne.

L’Etat hébreu est ouvert à toutes les confessions religieuses dans la mesure où ceux-ci ne se substituent pas à ce qu’est viscéralement le judaïsme et l’hébraïté.

En revanche, Israël reste inflexible et impavide quand il est question de sa vie, de son déploiement dans le pays qui continue de chercher ses marques. Il ne cèdera rien de son âme.

Début juin 2019, la Court Suprême d’Israël confirma sans appel la vente des deux hôtel de la Porte de Jaffa en faveur de l’organisation Ateret Cohanim. Le patriarche Theophilos et les responsables du patriarcat de Jérusalem ont violemment protesté en paroles. Une manifestation eut lieu devant le petit magasin grec-orthodoxe situé près de l’arche de l’Imperial Hotel. Des représentants catholiques (Franciscain, grecs-melkites, anglicans, protestants, l’évêque éthiopien orthodoxe) s’associèrent à cette action. Les Eglises-soeurs orthodoxes russe, roumaine, pré-chalcédoniennes (arménienne, copte, syrienne-orthodoxe) et les arabes locaux s’abstinrent.

Le monde chrétien reste relativement coi face à une décision où il est plus facile de protester verbalement avec de moins en moins de véritable soutien médiatique. Il serait utile que l’Eglise, dont la « pénitence » procède d’une disposition religieuse innée, soit en mesure de corriger les regrettables erreurs de gestion financières qui ont précipité le patriarcat de Jérusalem dans un krach foncier et économique pathétique. Le patriarcat croule sous les dettes, les impayés, les faillites, l’utilisation frauduleuses de fonds.

La récente tournée du patriarche Theophilos aux Etats-Unis à l’occasion de l’installation du nouveau chef de l’Eglise grecque orthodoxe du patriarcat de Constantinople apour but de lever de l’argent et de s’assurer du soutien actif des communautés orthodoxes.

Il y a peu de raisons de croire que la Cour Suprême d’Israël revienne sur sa décision. L’Eglise persiste à ne pas reconnaître la réalité israélienne. Certaines personnalités juives ont contesté la vente des hôtels. La perte des deux hôtels historiques, à l’entrée « oecuménique » de la Vielle Ville, dénaturerait le caractère inter-confessionnel d’un quartier porteur d’une mémoire chrétienne indubitable.

Malade depuis longtemps, l’ancien patriarche Irénée est actuellement soigné au monastère Saint Gerasimos près de Jéricho. Dans un mouvement un peu versatile mais réel, le Saint Synode du patriarcat de Jérusalem l’a rétabli dans son rang épiscopal et lui a conféré le titre « d’ancien patriarche de Jérusalem ». Ce pardon est tardif. Il est humain… et tactique. Au fond ,cela consisterait à reconnaître que le hiérarque a aussi été une victime de l’injustice locale. Il fut surtout trahi par les siens. Enfin, il est possible maintenant de l’exfiltrer vers Athènes et une retraite à la grecque.

D’autres affaires sont en cours, mais il faudra encore patienter.

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