Waterloo, Waterloo, morne plaine

Que de tumultes, que de rumeurs soufflées  par vagues de discussions interminables sur les réseaux sociaux, un peu en toutes les langues. Il y a des différences entre ceux d’expression anglaise, scandinaves. Les norvégiens sont partis sans arguties. Un chat est un chat, on reste dans le concret, le pragmatique. En Allemagne, les choses ne sont pas très claires : est-on passé à une métropole grecque ? Est-on toujours membre de l’Archidiocèse ? Un pied dans l'”Union Directrice” qui appartient davantage au droit associatif français qu’à celui en vigueur dans d’autres pays, fût-ce le Benelux, l’Italie… La France ! Ah, la France, cette France qui a fertilisé les semailles de l’âme russe (mais aussi grecque, bulgare, serbe, roumaine, macédonienne) après une longue absence de dialogue entre l’Orient et l’Occident chrétien…. parlerait-on des celtes orthodoxes, un lointain cousinage ? Ils appartiendraient à cette “Eglise locale” tant prisée par ceux qui attendent le retour aux sources et à la conversion du christianisme romain….

Mais peut-on conserver un pied dans une entité associative à la française et affirmer que, désormais l’on est passé dans une autre juridiction. Les choses sont énoncées paisiblement dans la lettre circulaire personnelle du père Christophe D’Aloisio, qui, dans la structure d’avant la dissolution de l’Exarchat et la suppression de l’archvêché de Eglise de tradition russe en Europe Occidentale, avait un statut de doyen à Bruxelles et la responsabilité pastorale d’une paroisse de langue française, la Paroisse de la Sainte Trinité et de Saint Côme et Damien sise Rue Spaak à Bruxelles.

Dans la circulaire du 19 septembre 2019, lettre écrite à titre rigoureusement personnel, le père Christophe affirme qu’ayant écrit à Constantinople avec  d’autres membres du Conseil de l’Archevêché dont il fait partie, aucune réponse phanariote ne leur est parvenue à ce jour. Bien qu’il ait, a priori, pris soin de ne pas s’adresser à Mgr Emmanuel (Adamakis) de Gaule désormais Locum Tenens de la structure dissoute de cet Archevêché russe. C’est du moins ce que l’on comprendra de cet imbroglio où le hiérarque hellène, fidèle parmi les fidèles du Patriarche Bartholomée, inclut prêtres et fidèles, paroisses et bâtiments dans sa métropole hexagonale tout en étant nommé à la tête d’un vicariat embryonnaire.

De fait, le Phanar a clairement énoncé aux paroisses, aux membres du clergé comme des fidèles qui le souhaitent, la possibilité de rejoindre l’omophore – se placer sous l’autorité de chaque évêque diocésain grec du patriarcat oecuménique. C’est ce qui s’est passé tant à Stockholm qu’à San Remo et à Florence où les paroisses et leur pasteurs se sont réorientés volens nolens vers les métropoles grecques phanariotes ou l’Eglise Hors-Frontière.

Pourquoi le père Christophe, citoyen belge, prêtre de langue essentiellement française,  ne reconnaît-il pas l’autorité du Locums Tenens de France, le Métropolite Emmanuel (Adamakis) ? Est-ce parce qu’il est en Belgique et qu’il devrait s’adresser au hiérarque Athénagoras, Primat de l’Eglise orthodoxe de Belgique, Exarque du patriarcat de Constantinople ?

Les choses peuvent s’expliquer autrement. Membre du Conseil d’Administration de l’Archevêché, le père D’Aloisio, connu pour son engagement dans Syndesmos, dans les mouvements de l’ACER MJO et des jeunes orthodoxes au niveau européen, craint-il que le patriarcat de Constantinople ne ferait qu’une bouchée d’un vicariat des “paroisses de tradition russe en Europe occidentale” alors qu’il maintient que l’Archevêché a une valeur fondamentale pour le développement actuel des Eglises orthodoxes. Tout le monde brandit à temps et contre-temps, hic et nunc (slogan pilote de la pensée théologale) l’importance du Concile de 1917-18 de Moscou, des règles liturgiques particulières (encore que cela peut donner matière à discussion), l’usage des calendriers julien et grégorien (parfois confus), la possibilité de célébrer dans les langues vernaculaires comme en slavon ou en grec et des saints dits “locaux” (Mère Marie Skobtsova de Paris).

Tout cela entre parfaitement dans le projet tel que le Patriarche Bartholomée de Constantinople le conçoit : il n’y a plus aujourd’hui de place pour un exarchat autonome de tradition russe et les paroisses d’Europe occidentale doivent harmonieusement intégrer les structures ecclésiastiques déjà existantes de la diaspora hellénistique. Pour parler vrai, il s’agit, depuis le 27 novembre 2018, d’un oukaze invitatoire phanariote  asséné à coups de knouts despotiques à la byzantine.

Le père Christophe D’Aloisio souligne que cela n’est pas possible et, que pour préserver l’identité et la tradition de ses paroisses en Belgique il a fait appel, en urgence à passer dans une autre juridiction. Il écrit donc: “C’est la raison pour laquelle plusieurs paroisses ont accepté l’hébergement canonique offert par le Métropolite Joseph d’Europe occidentale et méridionale (du patriarcat de Bucarest).”

Les choses ne sont plus claires à partir de ce moment. Habitant en Belgique, membre d’une structure juridictionnelle – l’Exarchat et l’Archidocèse – dissous le 27 novembre 2018 par le Phanar, il devrait s’adresser au Métropolite Athénagoras, Primat de l’Eglise orthodoxe en Belgique et se placer, ainsi que son doyenné sous l’omophore de ce métropolite. C’est lui qui a la tâche d’accueillir les communautés de son territoire qui refusent de rejoindre le patriarcat de Moscou à la suite de Mgr Jean (Renneteau) de Dubna. Et il peut gérer les demandes d’affiliation aux diverses juridictions orthodoxes présente en terres belges.

Que diantre ne le fait-il pas ?! Le père Christophe confond-t-il deux structures : celle de l’administration et celle de la canonicité ecclésiale ? A-t-il demandé une lettre de congé à Mgr Jean (Renneteau) ? L’a-t-il reçue, pas encore reçue de la part de l’évêque qui seul peut lui donner ce document ? Il semble davantage s’orienter, avec ses co-assistants, vers une sortie des structure religieuses et administratives de l’Archevêché. Dans ce cas, il est libre de partir et ceux qui veulent le suivre sont totalement libres de le rejoindre vers la direction canonique qu’il choisira. Ils peuvent aussi décider de se reprioriser vers l’un de ces patriarcats représentés à Bruxelles.

Pourquoi ont-ils écrit à Mgr Emmanuel de France et au Phanar alors qu’il est évident que, pour le Phanar, les choses sont précises et irréversibles. Le Métropolite Emmanuel est le Locum Tenens in situ, c’est-à-dire en France. Il n’a pas de juridiction directe sur la Belgique. Comment se fait-il que le père D’Aliosio et ses amis ou paroissiens qui aiment volontiers se référer à des articles canoniques et/ou juridiques, ne demandent pas à être canoniquement reçus dans la métropole grecque du Phanar, donc par Mgr Athénagoras , Exarque oecuménique du patriarcat de Constantinople ?

Les propos du père D’Aloisio se présentent de manière toujours identique. Ils consistent à contester de la manière la plus soutenue et répétée que le Conseil d’Administration aurait agi de manière illégale et en infraction au droit canonique des Eglises orthodoxes, plus précisément les Statuts qui régissent/régiraient l’Archevêché en accord avec les décisions du Concile de Moscou de 1917-18.

Dans ce cas, peut-il validement rester dans l’Administration diocésaine ? Il est et reste libre d’être accueilli par toute structure juridictionnelle canonique susceptible de le recevoir au titre personnel… comme Mgr Jean a été reçu dans le patriarcat de Moscou. Par ailleurs, il y a sans doute eu un vote ? … pour savoir qui, comment, quel nombre de personnes le suivraient vers l’obédience et l’hébergement temporaire canonique “proposé” par le Métropolite Joseph d’Europe occidentale et méridionale du patriarcat de Roumanie ?

Cela fait deux semaines que le site de la “Paroisse orthodoxe de la Sainte-Trinité et des Saints-Côme-et-Damien” bruxelloise a publié un entre-filet expliquant le “nouveau statut canonique de la paroisse” ainsi libellé  sans apporter aucun document officiel exprimant une demande de réception (provisoire) dans la juridiction roumaine ou encore un document dûment signé par le Métropolite Joseph confirmant la démarche. Il n’en est rien. Ainsi est-il écrit :

“Situation canonique et rattachement administratif

Depuis que l’Archevêché des Églises orthodoxes de tradition russe en Europe occidentale, anciennement Exarchat du Patriarcat œcuménique de Constantinople, se trouve sans archevêque dirigeant, la paroisse orthodoxe francophone de la Sainte-Trinité-et-des-Saints-Côme-et-Damien de Bruxelles se trouve sous la juridiction canonique du Métropolite Joseph d’Europe occidentale et méridionale, de l’Église orthodoxe roumaine. La paroisse demeure cependant membre de l’Union Directrice Diocésaine des Associations Orthodoxes Russes en Europe Occidentale, entité juridique regroupant l’ensemble des communautés concernées.”

Cette décision est tout-à-fait louable si elle remplit un minimum de critères de crédibilité. Quand les membres de la Communauté orthodoxe norvégienne de “Heilige Nikolai Menighet” (Oslo, Bergen et autres) ont quitté l’Archevêché, ils ont tenu à agir clairement, en conformité avec la loi norvégienne qui s’applique à leur statuts d’Eglise orthodoxe reconnue en Norvège et par la loi de ce pays.

Ils ont donc fait valoir leur droits, ont voté qu’ils décidaient de quitter l’“Archevêché des Eglise orthodoxes de traditions russe en Europe occidentale”. Ils ont indiqué les résultats de ce vote. Ils ont publié la décision et leurs droits de propriétés foncières leur furent garantis par l’Etat. Ils prirent aussi soin de publier la lettre reçue du patriarcat de Serbie qui les recevaient après un temps de réflexion. Ils publièrent l’accord et le fait qu’ils étaient officiellement, donc canoniquement, sous l’autorité du patriarcat de Serbie.

L’archimandrite Johannes Johansen fut officiellement reçu avec ses compagnons. D’autres prêtres scandinaves se sont ralliés aux métropoles grecques du patriarcat de Constantinople dans le nord de l’Europe.

Dans chaque cas, il y a eu un document attestant la réalité d’un accord et d’une union entre la communauté orthodoxe norvégienne et une structure du patriarcat de Serbie.

Depuis deux semaines, rien ne prouve que la paroisse “Sainte Trinité – Saints Côme et Damien” de Bruxelles et – à n’en pas douter – d’autres paroisses soient déjà sous l’omophore de Mgr Joseph. Ne parlerait-on plutôt d’une sorte de métathèse ? L’intention existe. Ne resterait-on pas dans l’illusion chimérique ? Cela manque de ferme propos. Le père D’Aloisio et d’autres membres du clergé belge, leurs fidèles pressés de trouver une solution juste et canonique en viendraient à anticiper un passage qui demande des négociations, des courriers, au moins un vote des paroissiens concernés sur le territoire d’une Belgique qui comprend des communautés linguistiques diverses.

C’est d’autant plus vrai que les réseaux sociaux ont relayé cet ardent désir de se placer sous la protection de l’Eglise-Mère de Roumanie. Encore faut-il que Monseigneur Joseph et le Patriarche roumain soient officiellement prêts à reconnaître canoniquement cet hébergement pour un hiver rude dans l’Eglise orthodoxe en marche. Et, de plus combien de personnes seraient concernées par cette ruée vers la juridiction roumaine ? Certains avancent l’argument selon lequel le Métropolite Joseph a fait ses études à l’Institut Saint-Serge et qu’il est proche des prêtres et paroissiens incriminés. Un prêtre, voire deux ou trois peuvent-ils engager la crédibilité d’un épiscopat en Christ aussi important que celui qui dessert les communautés orthodoxes d’expression roumaine dans toute l’Europe ?

Il ne suffit pas de diffuser sur le net des propos non reconnus par l’actuel responsable de l’Archevêché sans documents dûment signés du métropolite roumain.

La circulaire des 7 membres du Conseil archidiocésain affirmait aimablement : “Par ailleurs, le métropolite Joseph de la métropole orthodoxe roumaine d’Europe occidentale et méridionale accepte d’accueillir, de manière provisoire et réversible et dès ce soir, les membres du clergé qui lui en font la demande, afin qu’ils puissent célébrer la liturgie eucharistique de demain dans la paix, sous la couverture canonique d’un évêque en pleine communion eucharistique avec toute l’orthodoxie. Si des clercs souhaitent suivre cette voie, ils sont invités à écrire une demande dans ce sens au métropolite Joseph (cabinet@mitropolia.eu) et à en informer ensuite le Conseil de l’Archevêché.” (14.09.2019).

Qu’est-ce à dire ? On s’appelle et on déjeune ? On s’envoie des SMS avec, à la clé, Eucharistie et Agapes assurées ?! Ce serait “canon !”.

La question est beaucoup plus sensible. L’Archevêché ne peut être réduit à sa dimension francophone. Il y a des paroisses dans de nombreuses régions d’Europe. Il est peu question des néerlandophones de Belgique, voire ceux de langue allemande. Les fidèles des Pays-Bas s’expriment peu. Ils sont aussi plus “carrés” dans leurs décisions, un peu comme les scandinaves. En Grande-Bretagne, les discussions vont bon train mais sur d’autres bases. La partie britannique de l’ancien exarchat a connu des temps de grandes turbulences : la mort du Métropolite Anthony (Bloom) de Souroge puis le passage de Mgr Basile accueilli par l’Archevêque Gabriel (de Vylder) de Comane, reconnu par le patriarcat de Constantinople. Il quitta son ministère épiscopal pour se marier.

Il ne pourrait s’agir dans le cas de la paroisse belge d’une réaction presque “familiale” où deux membres connus du Conseil archidiocésain tenteraient d’obtenir des statuts dans l’Eglise roumaine alors que les flamingants et d’autres francophones, russophones ou ukrainiens, moldaves ne verraient pas l’urgence de cette requête.

Peut-on parler d’un pédigrée historique ? Il y a de grandes souffrances dont il faut tenir compte. Si un membre historique du Conseil, Alexis Obolensky, en arrive à vouloir réveiller les grandes familles historiques de l’émigration russe blanche au service de l’Eglise orthodoxe en Europe (comme celles disséminées à travers le monde !), il y aurait un risque de verser, même involontairement et par un mouvement d’angoisse compréhensible, dans une sorte de phylétisme élitiste qui n’existe pas vraiment dans l’Eglise de Moscou. On se souviendra de l’émotion de Monsieur André Schmemann, le frère jumeau du père Alexandre Schmemann, lorsque le Président Vladimir Poutine lui remit son passeport russe, le 6 juin 2004 (“http://orthodoxeurope.org/print/14/43.aspx).

 “Au cours de son séjour en France le 6 juin le président V. Poutine a remis le passeport russe à Monsieur André Schmemann, un des fondateurs du mouvement pour l’Orthodoxie locale de tradition russe en Europe occidentale. M. A. Schmemann est le frère jumeau du protopresbytre Alexandre Schmemann, illustre théologien russe de l’émigration.

Le président a insisté sur le sens symbolique de cet acte. «Je voudrais, dit-il, en s’adressant à M. A. Schmemann, vous exprimer ma gratitude pour votre service de la Russie». André Schmemann est depuis un demi siècle le starosta et le sous-diacre de l’église russe de l’icône de la Mère de Dieu Znaménié (du Signe) de Paris. Il est un des principaux partisans de la réunification dans une seule juridiction des Orthodoxes russes demeurant en Europe occidentale.

Pendant toute sa vie André Schmemann n’avait jamais demandé la naturalisation française et était resté sans nationalité. En 1995 il s’est rendu en Russie pour la première fois. Il y a deux mois il avait déposé la demande de recouvrer la nationalité russe. «Je pense, dit-il dans sa réponse au président Poutine, que peu de personnes sont capables de comprendre ce que je ressens en ce moment. Avoir vécu toute sa vie comme réfugié, sans citoyenneté, puis devenir Russe de plein droit tel que je m’étais toujours senti. C’est un immense bonheur pour lequel je rends sincèrement grâce à Dieu».

Il est curieux que lors de l’Assemblée Générale Extraordinaire du 7 septembre dernier, certains ont pu parler de l’aspect inédit de l’intervention haute en couleur du père moldave Vasile Sevciuc. Personne n’a relayé le moment où, tendant son index dans la direction du père C. D’Aloisio, il s’époumona avec véhémence : “Mgr Jean vous a sauvé ! Il vous a sauvé et est-ce ainsi que vous lui montrez votre reconnaissance ?”

Tel est le noeud du problème, pour peu qu’il y ait vraiment un problème. Car tout peut être résolu.

Le père Christophe D’Aloisio, inspecteur orthodoxe de l’enseignement belge en sa qualité de citoyen belge et de prêtre orthodoxe, cumule une fonction de pasteur avec celle d’un membre du département éducatif du Royaume de Belgique. Il a payé le prix fort pour cette double allégeance. Pourrait-il aujourd’hui se rendre chez le représentant légitime du patriarcat de Constantinople auquel il fait appel par une voie détournée ? Que ferait le Métropolite Athénagoras qui l’a contraint naguère à quitter son travail et être suspendu par le Phanar en 2015 ? (cf. “L’Institut de théologie saint Jean fut chassé de ses locaux, tous les clercs ont eu interdiction d’y enseigner (ce passage mériterait un article à lui seul) et un autre insitut (apôtre Paul) fut créé. Devenu Métropolite, Athénagoras exigea que p. Christophe (D’Aloisio) démissionne de son poste d’inspecteur. Voulait-il prendre le poste pour lui-même ou l’un de ses amis, importe peu: il voulait une personne faisant la métanie devant son autorité.” In “http://stmaterne.blogspot.com/2015/02/la-hierarchie-locale-et-le-pere.html”).

En 2015-2016, celà conduisit à la consécration épiscopale du recteur de la paroisse francophone de Genêve, l’archimandrite Jean (Renneteau) afin que seconder l’Archevêque Job (Getcha) de Telmessos contesté par certains membres du clergé et des laïcs, en particulier les membres des paroisses bruxelloises. Lorsque Mgr Job fut promotionné comme représentant du Phanar au Conseil Oecuménique des Eglises, Mgr Jean de Charioupolis le remplaça et plaida – “perinde ad cadaver” pourrait-on dire – la cause du père Christophe D’Aloisio. Au bout d’un an, il fut réintégré dans ses fonctions. (cf. Décision canonique concernant le père Christophe D’Aloisio en [1] et [2]).

Il y a des moments où il est important d’agir pour le bien spirituel du plus grand nombre, même lorsque la situation peut sembler inextricable sur le plan individuel.

Pour celà, il est indispensable de dire les choses comme elles sont. Il est des situations qui mènent à des confusions qui doivent être apurées en évitant des contorsions destructives. Au fond, il y a des cas où l’on cloche des deux pieds. L’un dans le domaine civil, l’autre dans le sacerdoce ecclésiastique. Ou encore en confondant les lois de la République – en évitant peut-être celles du Royaume de Belgique ou d’ailleurs – avec l’application fondamentale de la tradition canonique de l’Eglise orthodoxe. Ce twist endiablé risquerait de conduire le doyen à perdre son emploi civil et/ou être déposé car il ne disposerait plus de la protection d’un archevêque à la neutralité toute helvétique.

Il faut dire les choses clairement. Cela permettrait – et il est encore temps – de trouver une voie pacifique pour cesser des ragots, des insultes dégradantes, indignes de la qualité de foi authentique et de la Lumière Incrée que l’Eglise affirme confesser. Il y a toujours une manière d’intercéder pour une ou plusieurs personnes.

L’une des forces de l’Orthodoxie en la matière est le principe de l’Eikonomia. Elle permet de relativiser, sous la puissance de l’Esprit, des éléments que l’on croirait figés par l’orgueil et la crainte. Le principe d’ Economie permet de dépasser des conflits qui s’auto-alimentent sans lendemain. Il faut de la confiance, un dialogue christique. Il n’est pas question de compter les antimensions, les lettres de congé, la valeur des bâtiments, l’héritage si prestigieux de l’Ecole de Paris. Il est inutile d’ergoter sur le décompte des votes ; ou encore d’estimer leur valeur pour une association de droit civil contre une structure d’Eglise soumise à des règles ecclésiastiques. Il reste alors le devoir impérieux de continuer à marcher et de faire appel aux frères.

Il est question ici du Sacrement du Frère.

Le mystère du Frère en tant que mystère d’altérité et de communion n’est pas le huitième mystère ou sacrement à côté des sept sacrements de l’Église, mais plutôt la manière dont l’Église approche l’homme dans la présence du Christ crucifié et ressuscité qu’on célèbre dans la liturgie eucharistique. […] De leur côté, les grands docteurs de l’Église indivise, qui pour la plupart étaient en même temps liturges et pasteurs, ont exprimé avec force et talent le fait que le service rendu au prochain qui est dans le besoin ne relève pas tout simplement de l’éthique, mais plus profondément encore de la sacramentalité intégrale de la vie chrétienne.” [“Le Sacrement du Frère” par le Métropolite Daniel (Ciobotea) de Moldavie – actuel Patriarche de Roumanie, in “revue Contacts vol. 46, no. 2, 1994].

Le père Christophe et, avec lui, les nombreux paroissiens et membres des mouvements auxquels ils participent ont été préservés dans leur dignité de fidèles et de prêtres orthodoxes au prix d’un lourd sacrifice consenti par Mgr Jean anciennement de Charioupolis. Dans la période actuelle, alors que chacun est libre d’aller où il veut, n’est-il pas temps de se réveiller et de rendre le service à l’évêque qui a agi en Eglise au nom de la sacramentalité intégrale de la vie chrétienne.

“Lettre pastorale de l’Archevêque Jean du 17 septembre 2019, “http://archeveche.eu/spip.php?article2404&fbclid=IwAR0LmQ-NyjDy4n0SF-u9lHM4PQfKS6wMq2H-lCFYZpaSnwVdAd_8_H-EYCU”

[1]Communiqué du Bureau de l’Archevêque du 23 décembre 2016

DECRET N° 47-16

Par le présent décret, nous abrogeons le Décret n°55-15 du 21 juillet 2015 et rétablissons à compter de ce jour 23 décembre 2016 le Révérend Prêtre CHRISTOPHE D’ALOISIO, dans sa fonction sacerdotale, en qualité de recteur de la paroisse de la Sainte Trinité et des Saints Côme et Damien de Bruxelles (Belgique), avec toutes les prérogatives y afférentes.

En foi de quoi le présent décret lui est adressé.

Fait à Paris, le 23 décembre 2016.

† JEAN, Archevêque de Charioupolis,
Exarque patriarcal des paroisses orthodoxes de tradition russe en Europe Occidentale

[2] Lettres datant de 2012 et de 2016 :

Sur le conseil de Son Éminence l’Archevêque Jean de Charioupolis, archevêque dirigeant dont relève notre paroisse, nous communiquons, ci-dessous, copie d’un courrier envoyé en soutien au P. Christophe (ci-joint, l’original de la lettre).

Cher Père Christophe,

Nous avons évoqué votre situation lors de la réunion du Conseil de l’Archevêché du 7 mars dernier.

Nous attendons une réponse du Phanar en réponse aux nombreuses démarches entreprises par notre Conseil, par des prêtres de notre Archevêché et par moi-même.

Dans ce contexte le Conseil de l’Archevêché tient à l’unanimité à vous renouveler sa confiance en tant que clerc de notre Archevêché. Il tient à vous réaffirmer ce que le défunt Archevêque Gabriel de bienheureuse mémoire avait déclaré le 20 janvier 2012 « en tant qu’évêque du Père Christophe D’Aloisio, je confirme toute la confiance ecclésiale qui lui est accordée et lui suis (même) reconnaissant de servir l’Église comme il le fait ».

Nous aussi, nous vous renouvelons notre entière confiance et espérons que le litige dans lequel vous êtes impliqué soit jugé en toute justice afin que tous trouvent paix et sérénité pour poursuivre l’œuvre de l’Église.

Recevez ma bénédiction.

Fait à Paris, le 10 mars 2016

+JEAN, Évêque de Charioupolis,

Vicaire patriarcal et Locum-tenens

de l’Archevêché-Exarchat des Églises Orthodoxes Russes

en Europe Occidentale,

Patriarcat Oecuménique

 

La lettre du 20 janvier 2012 de feu l’Archevêque Gabriel de Comane, à laquelle il est fait référence dans le courrier de l’Archevêque Jean, est disponible ici:

Maastricht, le 20 janvier 2012

Son Éminence

le Métropolite

Panteleimon de Belgique

avenue Charbo 71

B – 1030 BRUXELLES

Éminence,

Je vous écris à propos du litige survenu entre vous et le Révérend Père Christophe D’Aloisio, litige qui risque de constituer une atteinte à la paix de l’Église orthodoxe en Belgique.

Le Père Christophe D’Aloisio est, depuis 2007, membre du clergé de mon archevêché. Au plan civil, il occupe un emploi de fonctionnaire au sein de l’État belge : depuis 2002, le Père Christophe D’Aloisio est inspecteur de l’enseignement pour la religion orthodoxe en Communauté française de Belgique.

Comme fonctionnaire, le Père Christophe D’Aloisio relève de la compétence exclusive du Ministère de l’enseignement, qui est, en droit civil, son employeur.

En revanche, depuis son ordination comme prêtre orthodoxe, le Père Christophe D’Aloisio relève de ma compétence exclusive : en tant qu’évêque diocésain, je suis le seul à pouvoir porter un jugement canonique à son égard.

Votre compétence de représentation des orthodoxes, reconnue par l’arrêté royal du 15 mars 1988 portant organisation des conseils de fabriques d’église du culte orthodoxe, ne vous confère pas le droit de vous substituer aux autres évêques orthodoxes, dans leurs prérogatives canoniques. Or, tout avis portant sur un membre du clergé d’un autre diocèse que le vôtre constituerait un dépassement de votre fonction de représentation.

En tant qu’évêque du Père Christophe D’Aloisio, je confirme toute la confiance ecclésiale qui lui est accordée et lui suis même reconnaissant de servir l’Église comme il le fait.

Le Père Christophe D’Aloisio se trouve être également un théologien de renommée internationale et un conférencier apprécié. Il est le secrétaire général du Forum Européen des Facultés orthodoxes de théologie et enseigne lui-même la théologie et la pédagogie religieuse, depuis de nombreuses années. Il est membre du collège directeur du Certificat universitaire en théologie pastorale de la Faculté de théologie de l’Université catholique de Louvain. Il est membre du comité de rédaction de la revue théologique « Le Messager orthodoxe ». Au sein de notre archevêché, il est directeur de la rédaction des manuels de catéchèse et d’enseignement religieux. En outre, il est le président du seul organisme orthodoxe à l’échelle mondiale, la Fédération mondiale de la jeunesse orthodoxe « Syndesmos », ainsi qu’aumônier des camps d’été de l’ACER-Mouvement de jeunesse orthodoxe.

Les sentiments qu’il peut inspirer à quelques personnes de votre entourage n’altèrent en rien la compétence professionnelle ou religieuse du Père Christophe D’Aloisio.

Derrière sa personne, il y a une famille, une communauté paroissiale, un archevêché et divers organismes orthodoxes. Nous sommes tous prêts à soutenir le Père Christophe D’Aloisio devant l’abus de pouvoir dont il est menacé.

Si le Père Christophe D’Aloisio devait être jugé dans sa profession, qu’il le soit pour les questions qui relèvent de sa carrière professionnelle, par les autorités publiques belges, selon les lois et les règles propres à l’État, avec les recours légaux que suppose toute décision à portée administrative.

En vous remerciant de votre aimable attention, je vous assure, Éminence, de mes sentiments fraternels en Christ,

+ Gabriel de Comane,

Archevêque des Églises orthodoxes russes en Europe occidentale

Exarque du Patriarche œcuménique de Constantinople

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