Deux nouveaux évêques orthodoxes de France

Le 11 mars 2020, dans sa session habituelle, le Saint Synode du Patriarcat de Moscou a annoncé qu’il confirmait l’élection de l’archimandrite Symeon (Cossec) du Monastère Saint-Silouane et de l’higoumène Elisée (Germain), recteur de la paroisse de la Saint-Trinité d’expression française – dite “la Crypte” qui a été votée le 26 février dernier par l’assemblée de l’Archevêché. C’est un moment novateur pour l’ensemble des Eglises orthodoxes qui vivent en Europe, notamment en Europe occidentale. Cela marque une évolution sur cent ans. Les deux Ecoles théologiques de Paris voient un embryon qui a poussé longtemps et face à diverses tribulations, en Europe et en langue française. Les deux nouveaux évêques ont été choisis selon le Tomos/Gramota de l’Archevêché à l’Institut Saint-Serge, là même où ils furent élus par la nouvelle structure ecclésiale rattachée à la Mère Eglise historique de Moscou. Paris restera toujours une capitale de rencontres des idées, des traditions, des mouvements de populations ,de cultures diverses, de différentes traditions religieuses. La réflexion continue dans diverses directions, avec des personnes qui cherchent à s’inscrire dans la recherche d’une Eglise de tradition russe. C’est la voie que les deux nouveaux évêques ont exprimée, l’ayant choisie comme source de leur direction spirituelle sur un chemin en terre de tradition chrétienne occidentale. Ils ouvrent une voie pour que se poursuivent des routes très contrastées : il y a Saint Silouane l’Athonite, le Père Sophrony (récemment canonisé par Constantinople), les allers-retours entre l’Institut Saint-Serge et l’Institut Saint-Denis passé ensuite à l’ECOF – les études sur les Liturgies développées par Mgr Jean (Eugraph) Kovalevsky en français.

De nombreuses personnalités se croisent sur ce chemin : le métropolite Euloge, ses successeurs, Vladimir Lossky, Olivier Clément, mais aussi Saint Jean de Changhai et de San Francisco, La troïka des théologiens russes (PP. A. Schmemann, Meyendroff et B. Bobrinskoy), les membres des familles de l’émigration russe : le père Pierre Struve (paroisse francophone), le père Lev Gillet, Nikita Struve et YMCA-Presse. Il faut aussi mentionner le père Louis Bouyer et Elisabeth Behr-Sigel venus du protestantisme vers le catholicisme et l’orthodoxie. Ou encore, le père Irénée-Henri Dalmais, dominicain, grand expert des traditions orientales.
Ceci pour dire que l’actuel Archevêché, dans sa nouvelle existence, est un espace large, ouvert sur une grande diversité. Il peut s’égarer à cause de sa situation singulière. Son clergé suit la tradition slave et russe tout en étant traversé par des orientations multiples. C’est une chose que de suivre un archevêque qui a tenu à suivre la voie de la réunification avec l’Eglise-Mère de l’actuel patriarcat de Moscou. Le projet est un peu autre : s’ouvrir à l’avenir en marchant avec les juridictions qui composent le patriarcat de Moscou tout en tenant ferme dans les choix proposés en héritage du Concile de Moscou de 1917-18.

Ceci signifie aussi que l’Archevêché marche de concert avec l’Exarchat moscovite en Europe occidentale et ses diverses “structures ecclésiales” locales située en Europe. Ce même 11 mars, le Saint Synode du patriarcat de Moscou, suite à la demande du métropolite Antoine de Chersonèse, a désigné comme évêque auxiliaire (donc à une tâche identique à celles des évêques Syméon et Elisée) Mgr Alexis comme évêque de Coffa et administrateur du diocèse de Vienne et d’Autriche, à titre temporaire.
Ceci permet de suivre l’évolution de l’Eglise orthodoxe russe dans le vaste espace de la chrétienté occidentale.

Voici ce que j’écrivais voici seulement quelques mois, alors que le coronavirus ne s’étendait pas encore sur le monde, plongeant toutes les communautés religieuses dans des questionnements perplexes sur une pandémie inédite. Comment communier ? A la cuillère, sans cuillère ? Cuillères de bambou ou à usage unique ? Combien de personnes peuvent assister à un Liturgie ? La virtualité a alors pénétré toutes les juridictions, brisant la spontanéité orientale par des gestes barrières inhabituels, l’interdiction d’embrasser les icônes, la main du clergé. Il fallut se rendre à l’évidence d’une distanciation physique, peut-être aussi de la suspicion sélectives, du moins en Occident. Ou bien une sorte d’inconscience, de foi parfois supersticieuse : Dieu est plus fort que toutes et tous, que toute épidémie et mon frère, ma soeur sont ceux en qui chacun se reconnaitrait béatement dans la foi au Christ.

Il n’y eut pas de Pâque. Les deux évêques élus en février 2020, confirmés dignes de la consécration épiscopale par le patriarche Cyrille de Moscou, s’enfouirent dans le désert de l’intériorité… et sans doute d’une préparation plus intense en raison de la charge qui les attend. Le temps est court dit Saint Paul mais nul ne connaît les temps et les délais affirme Qohelet avec sagesse.

Il y eut comme un temps suspendu. Pour un Archevêché des Eglises orthodoxes de tradition russe en Europe occidental, sauvé de manière répétée par une sorte de Providence ineffable – parfois inénarable – s’agissait-il d’un temps de purification ? Il y eut des évêques français dans l’orthodoxie.

C’est ainsi que l’archevêque Pierre (né Paul) L’Huillier étudia, en 1945, à l’institut Saint-Denis à Paris, embrassa la Foi Orthodoxe. Il obtint son diplôme de l’université de Paris et en 1962, sa licence en théologie à l’Académie Théologique de Moscou. C’est de cette même institution qu’il obtint le prestigieux doctorat en Droit Canon en 1985. Sa thèse doctorale, “The Church of the Ancient Councils – The Disciplinary Work Of The First Four Ecumenical Councils” a été publiée en 1996 par St. Vladimir’s Seminary Press.

L’archevêque Pierre a commencé sa vie ecclésiastique le 30 août 1954, lorsqu’il fut tonsuré moine. Les 4 et 5 septembre 1954, il fut ordonné hiérodiacre puis hiéromoine. Il servit comme prêtre de paroisse dans deux paroisses Orthodoxes à Paris, celle des Trois Hiérarques [longtemps la cathédrale du patriarcat de Moscou] et celle de Notre-Dame de Joie des Affligés [paroisse de Vladimir Lossky, francophone]. En 1960, il fut élevé au rang d’archimandrite. Le 12 septembre 1968, en la fête de saint Alexandre Nevsky [ancien calendrier], il fut consacré évêque de Chersonèse au monastère Saint-Alexandre Nevsky à Saint-Petersbourg (appelée alors Leningrad).

En 1979, l’archevêque Pierre a été invité par sa béatitude le métropolite Theodosius pour rejoindre l’Église Orthodoxe d’Amérique, pour être évêque de Brooklyn. En 1981, il fut installé comme évêque de New York & New Jersey. En 1989, le Saint-Synode de l’Église Orthodoxe d’Amérique lui accorda le titre d’archevêque. (cf. St Materne blog, “http://stmaterne.blogspot.com/2007/11/in-memoriam-se-larchevque-pierre.html”).

Ce parcours évoque, au long du 20-ème siècle, le parcours sinon les péripéties d’une Orthodoxie en germe en terre d’Occident. Inculturée dans une tradition russe née de la redécouverte des traditions catholiques et orientales russes et grecques, arabes et roumaines, serbes en terre de France, plus particulièrement à Paris.

Et voici que, à la date des Saints Pierre et Paul selon la tradition chrétienne et le calendrier grégorien [les 27 et 28 (29) juin 2020], les archimandrites Siméon (Cossec) et Elisée (Germain) seront consacrés évêques en la cathédrale Saint Alexandre Nevsky de la Rue Daru, siège de l’Archevêché, né de la mission reçue par le métropolite Euloge, fort d’un souci apostolique dans toute l’Europe occidentale. La carte a changé depuis février 2020. La francéité semble majoritaire. Il y a une urgence pastorale. C’est vécu ainsi dans une juridiction liée au patriarcat de Moscou et dont la priorité est l’acculturation à la française.

Le site francophone “Orthodoxie.com” reprend l’annonce archiépiscopale :

“C’est le 24 janvier dernier que l’assemblée générale ordinaire de l’Archevêché a élu les nouveaux évêques. Le 11 mars, le Saint-Synode du Patriarcat de Moscou a approuvé cette élection de l’archimandrite Syméon, avec pour titre évêque de Domodedovo, et de l’archimandrite Élisée avec pour titre évêque de Reoutov.

Les consécrations seront présidées par le métropolite Jean de Doubna, avec le métropolite Antoine de Chersonèse et l’archevêque Nestor de Madrid et de Lisbonne.

Il est précisé dans l’annonce faite sur le site de l’Archevêché : « En raison des règles sanitaires, l’entrée dans la cathédrale sera limitée. Aussi nous vous invitons à vous associer à la divine liturgie et de suivre les offices d’ordination sur la chaine YouTube de la cathédrale. »”

Or, ce dimanche 21 juin 2020, l’émission “Orthodoxie” des programmes religieux de France 2 de la Télévision française était consacrée à la personnalité de Saint Jean Cassien [“https://orthodoxie.com/orthodoxie-france-2-saint-jean-cassien-maitre-des-moines-latins-21-juin/]. Le saint est vénéré tant par l’Eglise orthodoxe que par l’Eglise catholique qui reconnaît en lui le “maître des moines latins”.  Dom Guillaume Jerdrzejczak, cistercien et théologien – ancien abbé du Mont-des-Cats – attesta du parcours du saint, de sa venue en Occident, à Marseille et de son origine orientale, sans doute la Scythie frontalière des zones linguistiques et culturelles du grec et du latin, de l’hellénisme et de la romanité occidentale.
Saint Jean Cassien fut un maître de l’Eglise indivise, à un moment où le christianisme sortait des catacombes, de la clandestinité pour être officiellement reconnu, par la grâce de Constantin,  dans le vaste Empire d’Orient et d’Occident. Une foi chrétienne qui court le long de la Méditerranée. Jean Cassien est sans doute né en Dobroudja roumaine, dans une région proche de la Dacie (de nombreux soldats romains qui stationnaient en Terre Sainte venaient de ce pays). La période est celle du déclin de l’Empire romain. C’est aussi l’époque du premier concile de Constantinople, en 381, et celle du développement du monachisme. Il meurt vers 435.

Très tôt il veut se consacrer à Dieu et annoncer le Christ dans la voie du monachisme qui était peu connu en-dehors des sources judéennes, syriennes et égyptiennes. On notera le propos intéressant de Yvan König, égyptologue, qui souligne combien il était alors à la mode que de devenir chrétien ; une expérience mystique nouvelle, en vogue et libératrice. Il y eut de l’opportunisme chez beaucoup, d’autres sacrifièrent leurs vies au Dieu vivant et vrai.

Jean Cassien et un frère, Germain, partirent pour Bethléem. Ils s’y s’entraînèrent à la véritable discipline et tradition monastique, avant la venue de Saint Jérôme qui y fonda un grand monastère, non mentionné par le moine itinérant.

Vers 385, Cassien et Germain se rendirent en Égypte, à la rencontre des Pères du Désert dont la tradition était vivante, aevc des centres nombreux. Ils y restent une quinzaine d’années, se rendant de monastère en monastère – passant par Jérusalem et Mar Saba – avant de se stabiliser dans le désert. Vers 400, ils étaient à Constantinople rencontrant saint Jean Chrysostome qui ordonna Jean Cassien diacre et Germain, prêtre.

En 403, Jean Chrysostome est déposé de son siège épiscopal de Constantinople au synode du Chêne en raison de fausses accusations. Jean Cassien fait partie de la délégation qui part à Rome pour le défendre. Il y est ordonné prêtre. On perd sa trace pendant de nombreuses années. En 415, il est en Provence, dans la région de Marseille. Il est lié au monastère de Saint-Victor. Il fut aussi en contact avec les moines de Lérins. Il s’employa à définir la manière dont ces moines doivent vivre dans l’esprit du monachisme authentique. Ses textes sont devenus le modèle de la vie monacale en Occident, profondément inspirée par l’exemple que le saint avait connu au Proche-Orient. Saint Benoît copie ses Institutions dont s’inspireront les théologiens comme les fondateurs d’ordre religieux, que ce soit Saint Thomas d’Aquin ou Saint Ignace de Loyola (qui présente des point d’ancrage dans les traditions du christianisme oriental).

Jean Cassien insiste sur les valeurs du “coeur pur”, de la prière courte et profonde, enracinée dans l’expérience biblique, la responsabilité chrétienne au sein de la société, l’unité d’une vie droite enracinée dans la foi authentique. Il a vécu à l’époque de l’émancipation du christianisme, l’élaboration des structures et de la Liturgie que ses textes ont inspirées jusqu’à nos jours. La vie spirituelle est fait pour évoluer sans cesse, de manière renouvelée dans la confiance à l’Esprit Saint.

Le monastère Saint-Victor reste l’un des points de rencontres les plus diverses, inter-religieuses, de communautés venues de tous les horizons de la périphérie méditerranéenne. La capitale phocéenne, née de la rencontre ancienne entre l’Orient et l’Occident fut à la fois un havre de paix et de conflits âpres, d’une coexistence passagère et constamment renouvelée au cours des siècles. Saint Jean Cassien est à la limite des fractures qui ont affecté le déclin de l’Empire romain et le déploiement du christianisme dans ses expressions grecques, latines. Il fut l’un des rares penseurs dont les écrits furent traduits du latin vers le grec avec une vénération particulière en Orient. L’Occident bénédictin et cistercien, monastique (jusque dans les Îles Britanniques) l’ont reconnu comme le maître incontesté de la vérité qui nourrit le sens de la vie consacrée. Il reste l’un des pères de l’Eglise, née des témoignages vivants des Pères du Désert. Ses écrits ont été intégrés à la Philocalie tissée des textes fondamentaux de la tradition orthodoxe.

Parlerait-on d’un modèle actuel de dialogue oecuménique, en liaison à l’âge de l’Eglise indivise ? Michel Stavrou, professeur à l’Institut Saint-Serge, mentionne cette éventualité. L’Eglise contemporaine est sans doute multiple comme l’était celle des temps apostoliques. Nous ne somme plus dans la logique de l’Eglise indivise, au temps où saint Augustin échangeait des lettres avec Saint Jérôme. En l’an 2000, à Jérusalem, on a fêté Saint Saba le Sanctifié, le moine du Désert de Judée qui a façonné le Typikon, défini les règles monastiques. Comme saint Benoît de Nursie et en dépit de la distance qui les séparaît – ainsi que les langues – tous deux vécurent le Mystère de l’indivisibilité eucharistique, suscitant des foisonnements théologiques… inscrivant la foi au Christ dans l’humus de leurs terres, .

Le protopresbytre Jean Gueit, aujourd’hui membre de l’Archidiocèse des Eglises orthodoxes de tradition russe en Europe occidentale (patriarcat de Moscou) appartient au clergé de cette région Provence- Marseille-Aix-en-Provence, imprégnée de traditions multiples. Spécialiste de l’histoire russe, il montre la coexistence, la rencontre de plusieurs communautés orthodoxes – en particulier au monastère Saint-Victor – où l’on célébre en roumain, russe, français, en grec.

L’un des célébrants rappella, au détour d’une image, que Marseille fut orthodoxe pendant mille ans. C’est effectivement la position des Eglises orthodoxes pour lesquelles le schisme de 1054 marqua une rupture qui perdure. Elle est parfois ignorée ou traitée par déni. Mais la brisure est réelle. Il est important que le propos ait été clairement exprimé comme une réalité théologique et relationnelle entre les Eglises.

Il reste que cette émission sur saint Jean Cassien aide à percevoir la profondeur de l’enracinement de la théologie et des usages communs à l’Orient et à l’Occident.

Depuis un certain temps, l’émission “Orthodoxie”, aujourd’hui dirigée par le père Jivko Panev, a proposé de découvrir des réalités de la foi orthodoxe en milieu francophone, immergé dans des paysages régionaux français. L’enracinement hexagonal est significatif. Dans le cas de l’Orthodoxie – comme des chrétiens orientaux des Eglises anciennes ou en communion avec Rome – les références internationales sont naturelles.

Il est donc intéressant de découvrir la réalité locale : des musiciens, des aumôniers militaires ou des moines médecins, des moines cultivateurs et guides spirituels. Des chercheurs de la Parole Divine (la Septante) ou des monastères, des centres de formation théologiques qui ont fait le choix de vivre la francéité au sein de l’Orthodoxie.

On soulignera deux émissions sur Olivier Clément, théologien qui a profondément marqué l’identité de la foi orthodoxe dans son enracinement le plus ouvert sur la dialogue entre toutes les traditions tout en insistant sur l’expression francophone. Un pari assez typique dans un pays et une partie de l’Europe christianisée très tôt par des missionnaires venus de l’Orient, parlant grec puis latin et qui, de manière atavique, appartiennent à la tradition de l’Eglise de Rome catholique dite de “la latinité”. Encore  que celle-ci fut scindée par un protestantisme occidental, certes présent en Russie depuis le 15-ème siècle.

Sur cette terre catholique, les Eglises orthodoxes étendent leurs patriarcats initiaux en de nombreuses paroisses. Il y a un souffle missionnaire qui est l’une des caractéristiques constantes de l’Eglise orientale slave. L’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge reprend souffle après avoir été accueilli à l’Institut protestant. En septembre 2020, il retournera à son berceau historique de la Colline Saint-Serge, ouvrant sa riche et précieuse bibliothèque et poursuivant sa route de formation.

L’usage de la langue française peut devenir un sujet irritant, passionnel… gallican peut-être, comme il fut vécu au sein de l’ECOF (Eglise catholique orthodoxe) dont les disciples labourent sans relâche les champs d’une tradition presque francilienne.

Le Séminaire Orthodoxe Russe en France (SORF), implanté à Epernay-sous-Sénart, insiste sur l’usage de la langue française, avec des célébrations belles et stylées, exprimées surtout dans cette langue par des locuteurs majoritairement venus des Pays de l’Est (Russie, Ukraine, Pologne ou Caucase). Il introduit aussi des spéficités liturgiques sobres qui séduisent tant les orthodoxes francophones que les catholiques en quête d’Orient byzantin. Ce laboratoire russe francophile couve depuis des années dans un fermage où se côtoient aujourd’hui des chevaux, des ânes, des poules et des abeilles.

Les deux nouveaux évêques d’un Archevéché qui ne peut se réduire à sa dimension hexagonale ouvriront une voie bêchée depuis des décennies par des passionnés de la Parole et la fidélité à une langue, une nation. Pourtant leurs ministères n’ont de sens que s’ils visent au plus vaste, au plus large de la foi au Christ ressuscité.

De manière surprenante, l’Archevéché qui a trouvé, en France, une terre d’accueil et d’asile, d’ouverture et de compréhension inverse, par ses hiérarques épiscopaux actuels, la dominante essentielle qui s’imposa pendant un siècle. Il fallait et il faut toujours que le slavon soit la langue liturgique matricielle. Pendant des générations, on s’échinait à préserver envers et contre tout l’usage du russe, de traditions culinaires, poétiques, musicales… Samovars et vieilles dentelles se sont soudain élargies lors de la perestroika et l’ouverture des frontières de l’ex-Union Soviétique.

Pourtant, la suspicion a persisté. Elle s’exprime souvent, avec discernement et violence parfois, par le rejet de structures qui expriment aussi l’identité d’espaces culturels et religieux.

Aujourd’hui, l’Archevéché est sérieusement amputé de nombreuses paroisses qui exprimaient la réalité orthodoxe russe dans toutes les régions de l ‘Europe occidentale. Il l’est d’autant plus que l’Exarchat du Patriarcat de Moscou en Europe occidentale se déploie sur des terres qui furent “eulogiennes” (Espagne, Italie, Suisse, Scandinavie, Allemagne).

La recherche orthodoxe a trouvé dans l’accueil français – et dans sa liberté laïque et républicaine – un espace propice à se “maintenir/to maintain” d’autant plus que l’Angleterre proche a hébergé des membres éminents de la quête orthodoxe russe en Europe occidentale. Ce fut le cas du Métropolite Antoine (Bloom) de Souroge, né à Nice et l’un des plus grands évêque du Patriarcat moscovite du 20-ème siècle. A la croisée de la colline Saint-Serge, l’archimandrite Sophrony (Sakharov) a porté depuis le Mont Athos, la foi forte du Moine Silouane (Antonov) du Monastère Saint Pantéléimon ou Rossikon jusqu’au monastère Saint Jean-Baptiste dans l’Essex britannique. Il choisit pourtant de rejoindre la juridiction du patriarcat oecuménique. Ce fut le point de convergence à l’épanouissement spirituel du moine Symeon (Cossec) depuis l’héritage cistercien jusqu’à sa fondation monastique grâce à la guidance du staretz Sophrony.

Comment ne pas mentionner, comme l’un des premiers prêtres orthodoxes chargée de paroisse d’expression française, le Moine de l’Eglise d’Orient – le père Lev Gillet – lié au Métropolite Euloge et mort à Londres, membre du Fellowship of Saint Alban and Saint Sergius.

Ainsi, il y a désormais trois évêques français dans l’Archevéché. Tous trois sont des fils spirituels d’une convergence de rencontres entre la théologie russe et la tradition grecque de l’Athos. Sans doute faut-il tenir compte de l’antagonisme inné et persistant entre l’Athos héllénique et la Sainte Montagne slave d’expression russe. Le Moine Sophrony dénonçait cette “praxis”.

Est-ce une particularité à la française qui, historiquement, peut tourner à un gallicanisme impétieux ? Il ne faudrait pas cela soit le cas. Il y a une “tentation franco-française” qui se joue aussi sur les notes de la sainteté de l’héritage chrétien, voire royaliste et sacralisant.

L’Archevéché unit beaucoup de langues, de cultures et de traditions nées dans cet humus européen torturé au long des siècles par la pureté de la foi, depuis Narvik jusqu’à la frontière espagnole, l’Italie et l’Allemagne, les Îles Britanniques et l’Ecosse.

Il sera essentiel d’en tenir compte et d’associer les contrées germaniques (allemandes, néerlandaises), belges, luxembourgeoises ou encore scandinaves, voire les paysages anglophones, sans oublier l’Italie qui fait le lien entre la Méditerranée occidentale et orientale.

L’une des caractéristiques de l’Archevéché est qu’il est profondément porteur de l’universalité catholique, orthodoxe et apostolique de la Foi – au-delà des typisme comme l’exprimait l’Ancien Sophrony d’Essex.

En raison des règles sanitaires, l’entrée dans la cathédrale sera limitée. Tous sont invités à s’associer à la Divine Liturgie et à suivre les offices d’ordination sur la chaine YouTube de la cathédrale. (Saint Alexandre Nevsky “https://www.youtube.com/results?search_query=cathedrale+alexandre+nevsky+paris”).

Il serait beau qu’à chacune de ces consécrations épiscopales (on n’ordonne qu’un seul membre du clergé par Liturgie dans la tradition orthodoxe), des représentants et amis des autres Eglises orthodoxes et autres assistent les nouveaux épiscopes sur leurs routes dans la Foi.

AXIOI ! Достойны! Αξιοι! Ad multos! Nombreuses années !

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s