La modernité de Saint Jacques de Jérusalem

Nov 24, 2020, 12:13

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Selon la longue tradition de l’Eglise de Jérusalem, le Patriarcat grec-orthodoxe de Jérusalem, Sion et de toute la Palestine célèbre la fête de son saint patron, Saint Jacques, Mar Yakoub, Hagios Yakovos\Αγιος Ιακωβος ou Mar Yakov HaTzadiq\מר יעקב le 23 octobre selon le calendrier julien.

Cela correspond au 5 novembre dans le calendrier grégorien. L’Eglise dite « grecque-orthodoxe » est en réalité de langue et de culture hellénistiques.

Elle représente le versant originel de l’Eglise née à Sion après la mort et la résurrection de Jésus de Nazareth, puis celle de l’Empire d’Orient et d’Occident, uni par Constantin, le fils de l’impératrice Hélène qui découvrit les restes de la Croix au lieu actuel du Saint Sépulcre ou Eglise de la Résurrection.

Cette Eglise d’expression grecque s’est répandue dans tout l’Ekoumène (le monde connu dans l’Antiquité) de l’Empire romain jusqu’aux frontières de la Perse ancienne. A Jérusalem, comme dans une grande partie du Moyen-Orient jusqu’à l’apparition tardive de l’arabe au 6e siècle, l’araméen fut la langue vernaculaire des Juifs et la lingua franca utilisée à l’Est que l’on retrouve dans les Evangiles avec de nombreux sémitismes judaïques dans les textes néo-testamentaires en grec.

L’Eglise locale se réfère à cet empire romain, «roum» en arabe et en hébreu : l’Eglise de Jérusalem est la « Mère de Toutes les Eglises de Dieu », titre conservé officiellement, parfois contesté par d’autres Eglises.

Elle a indubitablement une primauté historique qui, en grec, affirme qu’elle est «une, sainte, catholique et apostolique». Elle est «romaine orthodoxe» en ce qu’elle garde l’ancienne tradition des Pères tandis que l’Eglise de Rome, scindée des quatre autres Patriarcats du pourtour méditerranéen, se définit comme « catholique romaine ».

Je souligne souvent que le Canon Romain ou Première Prière Eucharistique du rite latin affirme, uniquement dans la version latine de sa prière : «et omnibus orthodoxis atque catholicae et apostolicae fidei cultoribus / et tous ceux qui pratiquent fidèlement la foi orthodoxe (droite, authentique), catholique (ouverte sur la plénitude, le plérôme) et apostolique (en ce qu’elle est un mouvement dynamique qui avance dans le temps et l’histoire)».

L’Eglise de Jérusalem célèbre Saint Jacques dont le titre grec est particulier : « proto-hiérarque de Jérusalem, premier évêque de Jérusalem, frère du Seigneur (Jésus de Nazareth) selon la chair et frère de Dieu (Adelphotheos/Αδελφοθεος = Αδελφος του Θεοθ, Matthieu 13, 55, Marc 6, 3, Luc 6, 14, et Galates 1, 19).

Il est aussi nommé « Jacques le Juste » et fut assassiné entre l’an 62 et 69. Jacques jouissait d’une excellente réputation parmi les Juifs, était proche des classes sacerdotales qui servaient dans le Temple et il est cité positivement dans le Talmud Gittin. La tradition orientale, en particulier byzantine orthodoxe, considère qu’il serait né d’un mariage antérieur de Joseph, comme les autres « frères de Jésus », ce qui préserverait la virginité de Marie, la cousine d’Elisabeth, épouse du prêtre Zacharie et mère de Jean le Baptiste, également mentionné dans le Talmud – tout en conservant une origine « charnelle ».

Il est important de souligner cet enracinement. L’Eglise de Jérusalem fut toujours une Eglise «orientale», e nfait située au berceau centrale d’une foi venue d’Ur en Chaldée.

Elle fut attestée de haute antiquité malgré des ajouts, célébrée en grec, traduite oralement en araméen par un interprète appelé metargouman comme en hébreu – tel était l’usage au Saint Sépulcre. Dans le rite syriaque occidental (Edesse), les paroles de la consécration en araméen sont calquées sur l’ordre des mots grecs, tandis que les Assyriens ont conservé une formule araméenne orientale d’une concision typiquement talmudique.

Liturgie matricielle de Jérusalem, proche de l’anaphore (prière eucharistique) d’Addai et Mari, elles n’est plus utilisée dans l’Eglise de Jérusalem, sauf rares exceptions en langue slavonne au jour de la fête. J’ai pour ma part l’autorisation de l’utiliser en slavon et en hébreu à certaines occasions. Le Patriarcat de Jérusalem possède une version singulière de la Liturgie de Saint Jacques dite des « Pré-Sanctifiés », réservée au temps du Carême ou Grand Jeûne.

On suppose trop souvent qu’il existe une proximité liturgique entre les Eglises et les prières des traditions juives. Il fut très en vogue d’en parler au 20-ème siècle. Le 21-ème siècle est plus frileux. Il est possible de faire des rapprochements, de déceler des formes parallèles. Ceci est vrai des prières, du rythme de sanctification du temps : toutes les Eglises suivent le même ordre du temps que les « z’maney hayom/זמני היום = heures de la prière » du judaïsme.

Il existe bien un lien : celui de l’Ecriture. Cela n’implique pourtant pas de proximité directe ni de perspectives eschatologiques communes. Il s’agit de «faux amis» entre des discernements qui semblent communs et des réalités qui s’apparentent plus à une incommunicabilité irréductible dans la perception présente de la foi et de ses modes d’expression.

Ce constat n’est pas négatif, ni négationniste : il faut être pragmatique et accepter les choses, en particulier celles de la foi et de l’espérance, pour ce qu’elles expriment sans fantasme et se bercer d’illusions plus néfastes que l’ignorance systématique de la réalité sémitique.

Les études liturgiques sont récentes et plus encore les vraies recherches comparatives entre judaïsme et traditions chrétiennes. En fait, les chrétiens se sont le plus souvent inspirés de la Bible, à partir de leur propre interprétation communautaire, donc en s’inspirant de « l’ancien » sans que le judaïsme vivant ait directement participé, en sa qualité de cohérence judaïque, à l’ébauche de textes qui offrent donc des similitudes verbales mais non dogmatiques.

Lors de travaux que je fis régulièrement avec le Père Bernard Dupuy (+2014) [1], nous avions eu l’occasion de souligner cet aspect qui intrigue, fascine et suscite des dérapages de l’entendement.

Un exemple que nous avions détaillé : la Liturgie byzantine connaît un rite de «Proscomédie ou Préparation des Dons». Le célébrant (prêtre) coupe le pain, dégage un « Agneau » qui deviendra, après consécration, le « Corps du Seigneur ». Depuis les temps les plus anciens, il fait une entaille avec une « lance » – rappel du geste fait par les soldats romains pour voir si Jésus en Croix était mort – en disant : «Et aussitôt sortit du sang et de l’eau/αιμα και υδωρ» (Jean 19, 34).

L’araméen de la Peshitta s’aligne sur le grec:  ” דמא ומיא -dema wamey » alors que le grec « kai-και/et »est phonétiquement identique à l’expression hébraïque « dam k-mayim/דם כמים » (Pessahim 22a, 16b sur Exode 17 et 30). Il s’agit d’un cas d’euphonie possible entre le grec christique ou même judaïque qui a été traduite sur un mode externe à ce qu’exprime l’hébreu biblique et talmudique.

Lorsque je célébre en hébreu, est-ce trahir le sens des mots que de revenir à l’expression sacrificielle « dam k’mayim/דם כמים » et non plus « דם ומים-dam vemayim = sang et eau » ? Ceci peut être considéré comme hérétique pour la tradition chrétienne de rite byzantin.

Ou bien, au contraire, ne serait-ce pas le moyen d’introduire une notion de plénitude liturgique sans exclusive. Les exemples de dissemblances de ce type sont très nombreux et c’est une chance de vivre cette réalité liturgique comme une participation active à la tradition de l’Eglise de Jérusalem.

Le Père Bernard Dupuy, sensibilisé à de nombreuses traditions, proche des explications talmudiques d’Emmanuel Lévinas mais aussi de nombreux rabbins contemporains, réfléchissait à ce que les traditions chrétiennes orientales slaves, hellénistiques et assyriennes, mises en perspective avec l’héritage hébraïque et yiddishisant pouvaient apporter à la compréhension du Mystère divin.

J’ai pu poursuivre cette réflexion en l’exprimant dans la réalité de la célébration orientale en hébreu et en diverses langues avec David Flusser qui, malgré lui avait accepté d’enseigner la tradition chrétienne sur l’insistance de Gerschom Scholem. Il avait cependant refusé de donner ses cours en hébreu à l’Université Hébraïque de Jérusalem. Il était soucieux de souligner cette altérité fondamentale qu’il affirmait entre judaïsme et christianisme, traditions orales et écrites de l’hébraïté et celles de l’Evangile.

Le même hiatus s’exprime dans les clés d’interprétation entrouvertes par Geza Vermès. Ces questions avaient été approchées au 19e siècle par Daniel Chwolson [2], né à Vilna, devenu professeur de judaïsme et de tradition talmudique aux Académies théologiques orthodoxe et catholiques de Saint-Petersbourg.

La fête de Saint Jacques est fondamentale pour l’Eglise de Jérusalem. Elle souligne la fidélité de l’Eglise, née à Sion, à une succession apostolique que l’Eglise locale orthodoxe rappelle comme née du sein-même du judaïsme et du «frère du Seigneur». Elle aurait pu ne faire remonter cette lignée qu’à partir de 136 (après 135 et la destruction de Jérusalem). De Jacques à Juda (mort en 134), les patriarches de Jérusalem sont restés d’extraction juive alors que les évêques de Rome, de Constantinople, d’Alexandrie et d’Antioche appartenaient déjà à la Gentilité.

A cette heure, l’Orient chrétien n’a pas révisé ses positions et son opposition frontale au judaïsme. Ceci s’exprime clairement dans l’approche des Eglises grecques ou slaves, voire assyriennes et les communautés d’expression sémitiques. Il existe une réelle dichotomie entre des «conversations courtoise» tant juives que chrétiennes orientales et la véracité d’une réflexion déséquilibrée par des siècles d’absence, de prises de distance que Hans Urs von Balthasar appelait «Entfremdung ou estrangement« .

L’avantage actuel de la position de l’Orient chrétien – cinquante-cinq ans après le Concile de Vatican II – réside en ce qu’il évite de perdre ses repères identitaires ou de s’imaginer que la voie juive et chrétienne ont résolus leurs dissensions. Les approches  évoluent, certes. Elles restent pourtant inchangées, comme par paradoxe – dans un affrontement théologique et social, historique et culturel, donc sur la mesure du temps.

Nous réfléchissons trop souvent sans nous référer à la «totalité» des éléments qu’il est nécessaire de prendre en compte pour ne pas nous abuser par des décisions parcellaires qui nous sembleraient « universelles ».

En 787, le 7e Concile Oecuménique de Nicée II fut et demeure le dernier concile réellement oecuménique, commun tant à l’Eglise byzantine d’Orient qu’à l’Eglise catholique de Rome et d’Occident. Les décisions de ce dernier concile furent admises par ces « deux poumons » selon la perception exprimée par l’Evêque de Rome, en l’occurrence le Pape Jean-Paul II, bien qu’il ait été un concile majoritairement oriental. C’est dire que Rome comme l’ensemble des cinq Patriarcats initiaux (Constantinople, Alexandrie, Antioche, Jérusalem [après 451]) ont gardé en commun le dépôt de la même foi précisé à ce concile de Nicée II.

En 787, le Concile oecuménique rétablit le culte (vénération) des icônes.

Dans le même temps, l’article 8 précisait : « Dans la mesure où certaines personnes qui ont été trompés dans leurs conclusions à partir de la religion des Juifs et ont jugé bon de se moquer de Christ notre Dieu, tout en faisant semblant d’être chrétiens, mais secrètement et en gardant clandestinement le sabbat et à faire d’autres actes juifs, nous décrétons que ces personnes ne seront pas admis à la Communion, ni à la prière, ni à l’église, mais qu’ils doivent être Juifs ouvertement conformément à leur religion; et que leurs enfants ne soient point baptisés, ils ne pourront point acheter ou acquérir un esclave. Mais si l’un d’entre eux devaient être convertis en raison de foi sincère, et confesser de tout son cœur, répudiant triomphalement leurs coutumes et des affaires, en vue de censurer et de la correction des autres, nous décrétons qu’il sera accepté et ses enfants seront baptisés, et être persuadé de se tenir à l’écart des particularités juifs. Si, d’autre part, si cela n’est pas le cas, ils ne doivent pas être acceptés dans d’autres circonstances que ce soit. »

L’article 8 semble reconnaître la spécifité juive, mais dans le but de la rejeter de la société des baptisés. Ce texte fait toujours autorité dans l’ensemble des Eglises orientales de rite byzantin et de tradition romaine orthodoxe tout comme il n’a jamais été révoqué ou rendu caduque par quelque décision qui aurait été prise par l’Eglise de Rome ou catholique romaine. Seul un concile commun entre l’ensemble des communautés catholiques romaines et l’ensemble des représentant des Eglises romaines orthodoxes pourrait, après un accord parfait entre elles, déclarer que l’article adopté sous l’impulsion de l’Esprit Saint et de manière commune en l’an 787 pourrait être déclaré nul, voire supprimé.

Nostra Ætate relève d’une incidence prémonitoire. Il est évident que la Déclaration fut rédigée par des Européens occidentaux, formés aux Ecoles théologiques allemandes, françaises et leurs théologiens ayant formulé avec insistance et réalisme une déchirure de l’absence (F. Lovsky). Il est évident que ce travail est exemplaire, fragile et ténu. Il n’abolit pas l’accusation de « déicide » qui reste vivace en Orient.

La reconnaissance de l’aînesse du peuple juif concerne exclusivement la manière dont une fraction de l’Eglise dans sa totalité (Occident et Orient) se perçoit : Rome a senti qu’en dépit d’un rayonnement mondial, l’Eglise latine a besoin de la complétude des autres traditions qui assurent sa véritable respiration spirituelle. Il manque le consentement réel et canonique par la confirmation des décisions de Vatican II par chacune des Eglises orientales unies à Rome. De plus, il manque surtout l’accord encore bien lointain des Eglises de la tradition romaine orthodoxe. En revanche Nostra Ætate a ouvert à un dialogue authentique vers l’unité de chrétiens séparés.

La Déclaration incite à étudier la tradition juive, certes, mais comment faire pour que cette étude ne soit pas le fruit d’un christianisme sensibilisé à des traditions hébraïques sans un authentique enracinement. Ceci requiert des décennies de formation et de dialogue à parité. En outre, les Eglises catholiques extérieures à la pénétration missionnaire européenne (Inde, Afrique, Asie, Amériques) n’ont pas manqué de revendiquer la reconnaissances de leurs propres traditions tribales ou nationales. Enfin, cela n’engage pas la position des communautés juives, ni israéliennes telles qu’elles se déploient en ce temps de l’histoire.

Ce sont les chrétiens qui parlent d’une chute d’Israël, d’un manque de foi, d’un endurcissement ou encore du rétablissement d’un peuple juif aux nombreuses facettes synchroniques et diachroniques. Elles s’expriment à Jérusalem et dans une vitalité renouvelée à travers le monde contemporain. Les tribulations du judaïsme sont interprétées selon le dépôt de la tradition judaïque, rarement explorée dans les Eglises.

Bien que la question semble presqu’ »absurde ou illogique», aucune communauté juive n’a envisagé sérieusement de se réunir pour reconsidérer la position du judaïsme à l’égard du christianisme, c’est-à-dire envers les six Eglises locales présentes au Saint Sépulcre, treize Eglises chrétiennes reconnues selon les firmans admis par la Sublime Porte… sans compter les quelques 500 groupes divers qui se réclament du christianisme au sein de la société israélienne actuelle.

Le judaïsme orthodoxe continue de contester le caractère monothéiste des croyants en Jésus de Nazareth en tant que «vrai homme et vrai Dieu» selon la séquence araméenne de l’Eglise d’Orient (Koushapa et Ghanta). Rachi a soutenu que les «Gentils [chrétiens] de notre temps ne sont pas des idolâtres» tandis que Maïmonide refusa de considérer les chrétiens comme des monothéistes non-idolâtres.

Le Père Kurt Hruby, qui fut consulté pour la rédaction de la Déclaration Nostra Ætate, confiait à l’écrivain Pierre Assouline : « J’ai appris à me méfier d’une certaine terminologie un peu trop facile. Pour qu’il puisse y avoir un vrai dialogue, il est indispensable qu’à l’intérieur même du christianisme un changement d’attitude soit définitivement acquis. Or, il ne faut pas croire qu’en vingt ans on va remonter une pente vieille de dix-neuf siècles.

Je ne voudrais pas qu’une rencontre soit marquée par une inégalité des positions de départ. L’aboutissement de l’effort actuel serait qu’on arrive, dans le monde chrétien, à une vraie reconnaissance du fait de l’existence du peuple juif en conformité à son patrimoine propre, comme une nécessité. Cette position n’est pas acquise. Elle ne peut pas l’être à ce niveau-là. Notre théologie est trop marquée par l’antagonisme séculaire. »

Il s’agit aussi de savoir ce que l’on comprend, dans le cas du lien qui semble intrinsèque, par le besoin d’un dialogue judéo-chrétien alors qu’il s’agirait plutôt, dans une perspective romaine, d’une approche christiano-juive, voire christico-judaïque. Le judaïsme est resté distant voici plus de cinquante ans. Il le reste majoritairement aujourd’hui malgré des relations avec les chrétiens selon des réflexes acquis au long des siècles, même dans le cadre de rencontres et de partages plus ouverts.

Le Père K. Hruby ajoutait : « Je me refuse à réduire le christianisme à une expression du judaïsme. Certes, il n’en est pas moins essentiel de considérer la perspective de continuité. Il n’y a pas que les Evangiles, il y a aussi les affirmations pauliniennes.

Le point de départ de tout cela, la seule qui pourra modifier quoi que ce soit dans ce domaine – ce n’est pas encore acquis, loin de là – c’est la reconnaissance du fait juif comme une dimension nécessaire de ce que la théologie chrétienne appelle le plan du salut ou la démarche de Dieu avec l’humanité… Mais cette reconnaissance du fait juif par les Eglises depuis et après le Nouveau Testament – et plus seulement avant l’avènement du christianisme – ne se fera sûrement pas de mon vivant ni du vôtre bien que vous soyez notablement plus jeune que moi…

L’idée de dialogue signifie que les deux interlocuteurs sont à niveau égal, ce qui n’est pas le cas. On ne décrète pas un tel changement. Il faut qu’il soit préparé. Un tel travail demande des siècles. Il faut des siècles pour effacer, pour réparer des siècles. Je travaille pour la postérité, pas pour le présent. Je prépare le terrain, c’est une option de vie. » [3]

C’est à cette tâche qu’il faut nous atteler, en prenant bien notre inspiration pour une action à long-terme et comme en apnée. A cet égard, il ne peut y avoir de compétition dans l’ordre de la foi, un slogan qu’il faut ruminer à l’année dans un milieu dit « judéo-chrétien » souvent informel et rongé par des affinités sélectives. On ne se choisit pas, ni dans un appel in utero au caractère judaïque ni dans la convivialité ecclésiale. Il y de la joie et un vrai devoir du coeur à se reconnaître humains et contemporains par une Volonté qui dépasse notre entendement.

Dans le « Bréviaire de la Haine », Léon Poliakov soulignait : « Seules en leur genre peut-être, les passions antisémites du monde occidental, lorsqu’on cherche à en atteindre le fond, ne permettent pas de déceler aucun support (ennemi à abattre, richesses à conquérir…). Aussi loin qu’on les sonde, ce ne sont que vestiges archaïques, ressentiments confus, prétextes illusoires » (p. 356). Il reste à affronter ces grappins dans un voyage par-delà l’illusion.

C’est à ceci que je participe. Un travail qui peut paraître solitaire, d’autant que je pars naturellement du vaste héritage juif dans ses langues (hébreu, yiddish). Cela ouvre sur d’autres étapes où il faudra bien plus que quelques décennies pour creuser le sillon d’un dialogue pour lequel tout reste à faire. C’est justement là que l’on mesure le sens de la réparation, la valeur du temps, de la patience.

[1] Cf. la préface du Père Bernard Dupuy à mon euchologe hébraïque « Le Sacrifice de Louange » – Peeters 1989, répertorié dans l’ouvrage qui rassemble ses écrits : B. Dupuy, Quarante ans d’études sur Israël, Paris 2008. A signaler l’hommage que lui rend Bruno Charmet : « Juifs et Chrétiens, partenaires de l’Unique Alliance », Paris 2015.

[2] Daniel Chwolson (1819-1911), né à Vilna (Vilnius), théologien russe, spécialiste de l’antisémitisme. Ses livres sont peu connus, abordés actuellement à l’Université Hébraïque de Jérusalem. Mes investigations se réfèrent en général au petit livre de Hans Urs von Balthasar : »Einsame Zwiesprache, Martin Buber und das Christentum », Köln 1993 et aux ouvrages de Gerschom Scholem.

[3] Pierre Assouline, « Les Nouveaux Convertis », Albin Michel 1982

Kislev 5781, l’hiver sera viral

Nov 18, 2020,

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Depuis 2006, je parle régulièrement de « confusion, « bilbul – בילבול » en hébreu. La Terre Sainte est naturellement portée à une sorte de nonchalance blasée : le pays se raidit quand les « autres » veulent exercer leur pouvoir. C’est un problème de Who’s who.

On découvre un peu partout des formes de nationalismes ethno-centriques qui redistribuent les territoires aux grés de puissances mouvantes. Le processus a largement été initialisée dès la fin de la Première Guerre mondiale, donc voici cent ans.

Nous y sommes ! Tant que les puissances coloniales ont déterminé au cordeau les territoires que chacun s’attribuait de manière souvent népotique, les choses se passèrent mal, mais elles furent décidées, habituellement au détriment de populations déplacées-replacées.

Les frontières de l’Europe actuelles semblent définies voire même stables. Elles correspondent à la décision de vainqueurs en 1945 au nombre très réduit de décideurs. Roosevelt, Staline et Churchill – en l’absence d’un de Gaulle insularisé – ont fixé des frontières, des zones d’occupations temporaires qui ont duré plus de quarante ans. Pas plus. On a oublié la Sublime Porte et l’islam.

Le 21ème siècle sera religieux… ! Que diantre ! Oui, mais qu’est-ce à dire ? Encore faut-il savoir de quoi l’on veut parler. A nouveau, l’Europe christianisée, bâtie sur un substrat souvent hébraïque, refait surface après des interrogations fondamentales et la séduction de la « foi à la carte » dans le monde catholique ou protestant. A nouveau, l’Orient chrétien d’Europe, marqué au fer rouge de la discorde théologique, vient se rappeler à l’histoire de l’Occident.

Les mouvements migratoires de la fin de la deuxième guerre mondiale, la dimension planétaire, les restructurations communautaires ont provoqué des crises graves de conscience qui se poursuivent. Dans les pays scandinaves, à l’exception des Iles Féroé, les Eglises populaires luthériennes d’Etat (danoise, suédoise, norvégienne, voire finlandaise – l’Islande reste trop « pieuse » en mode rénové par les femmes) ont vu fondre leurs effectifs, souvent tentés de rejoindre l’Eglise catholique, parfois orthodoxe – aujourd’hui par le biais des Evangéliques…

La Grèce – comme Chypre – est exsangue financièrement tandis que l’Eglise orthodoxe grecque maintient une identité régulièrement sauvée au cours des siècles et trop absente de la Communauté Européenne où elle ne dispose pas du rang historique qu’elle a acquis par l’extraordinaire diffusion de ses cultures, antiques et théologiques.

L’Europe traverse, un peu comme toute la planète des crises internes à elle-même. Il y  a aussi les crises qu’elle a imposées et continue de marteler, de manière voilée, par sa rage de pouvoir et ses richesses accumulées, sa créativité.

Dans ce contexte, de nombreuses communautés juives ont existé à travers l’Europe. Jusqu’à quand ? Une présence marquée par un pendule qui exclut puis rappelle des juifs incertains de lendemains sécuritaires. Comme si la parole de l’hôte était crédible puis prenait le visage hideux de l’altérité haineuse.

1492 : Expulsion d’Espagne, puis du Portugal. 1648 : pogrom du hetman Bohdan Khmelnytsky, vassal des Ottomans, tuant et déportant plus de 600 000 Juifs. 1932-33, le Holodomor tue aussi les Juifs d’Ukraine. 1945 : Le judaïsme allemand était décapité. Les Juifs russes ou des républiques soviétiques s’assimilent ou sont dans les camps.

Trois hémorragies (le concept fut lancé par Manitou, Rav Yehudah Léon Askenazi) qui, comme par étapes, ont exterminé la sève hébraïque du continent européen. Nous en étions là, lorsque, entre 1975 et 1992, la marée soviétique sortit de la « prison socialisto-slave » pour rejoindre Israël par Schönau (Autriche), voire d’autres pays. La vocation israélienne fut et demeure beaucoup plus problématique.

Donc, à bien compter, cinq hémorragies de la sève humaine, de l’expérience religieuse, talmudique à partir de l’Europe christianisée. Il faut alors ajouter l’hémorragie qui a conduit à l’exode de la très grand majorité des Juifs originaires des pays arabes, lors de l’indépendance de l’Etat d’Israël. L’Europe, comme la plus grande partie du Machrek et du Maghreb ont perdu une partie essentielle de leur âme, de leurs sources spirituelles et civilisationnelles.

Le monde arabe et les sociétés européennes christianisées ont été vidés de la sève vivante qui conférait une assise radicale, originelle au christianisme, aux différentes formes des obédiences qui se sont séparées au cours des siècles jusqu’à enfler et devenir, avec le temps, une réelle apostasie mentale et théologique dont on ne saurait faire abstraction.

Certes, il y a eu des justes au temps de l’Holocauste nommée Shoah/שואה ou ‘Hurban/’Hirb’n/חורבן selon une terminologie qu’il faudra préciser dans les décennies à venir. Telle est la valeur existentielle de la sainteté qui s’affirme en tout groupe humain. Elle atteste précisément que la conscience de l’être vivant est capable de distinguer entre le bien et le mal.

L’actuelle question du « blasphème » qui apparaît dans les cultures européennes, en phase de sécularisation dès le Siècle des Lumières, rejoint, par un parallèle inexploré au regard de l’apostasie chrétienne en masse en Europe pendant la Shoah, l’incapacité sociale d’exclure, d’excommunier vraiment par un ‘Herem/חרם devenu inefficace au sein des communautés juives du continent. La multiplication de « herem/חרם » ou anathèmes dans les groupes juifs les plus divers sont inefficaces sur le fond.

Dans les juridictions chrétiennes, il apparaît que la notion-même de « blasphème » et la possibilité d’exclure une personne en raison de manquement(s) avéré(s) à ce que les Eglises définissent comme des normes essentielles au chemin vers la sainteté, la sanctification de l’âme et du corps est devenue plus théorique que réelle. Dans l’Eglise catholique latine et dans les communautés chrétiennes orthodoxes, des comportements généralisés interrogent : que ce soit les divorcés remariés, les situations de « concubinage notoire » (eh oui, ce n’est pas admis par l’Eglise, selon les normes canoniques…), les règles de vie sexuelle ou familiale, le respect d’autrui et l’honnêteté, la vértié ou le mensonge.

Il reste qu’indubitablement, même si l’on peut légitimement dire que l’ »excommunion » peut être profondément injuste, elle souligne une vraie capacité de régulation entre les membres de chaque groupe, au regard d’une Loi morale et confessionnelle qui repose sur une foi authentique. authentique, car il y a un devoir de justice et non de combinazioni.

Ces constats, établis au regard des évolutions des sociétés d’Europe occidentale ou orientale, sont-ils cohérents au vu de ce qui se passe dans les nombreux attentats et meurtres perpétrés au Proche-Orient, en Turquie, en Syrie, Irak, Yemen, Pakistan, Afghanistan ? Ils se multiplient de manière plus pressante dans les pays de l’Europe de l’Ouest (Angleterre, Norvège, Allemagne, Belgique, France, Espagne, et aussi certaines franges de la société fédérale russe), au Canada, les Etats-Unis et l’Afrique couvrant le monde habité.

La Communauté Européenne a adhéré, par évidence historique, à des blocs issus de l’histoire fondée sur des Etats et des Empires occidentaux issus d’une Europe colonisante. Une destinée historique qui fut certes glorieuse – du moins, se percevait-elle comme telle assurant le bien-être de responsables co-optés selon les territoires qu’ils ont contrôlés.

La réalité contemporaine n’a de sens qu’à partir du moment où l’on est prêt, au niveau mondial, à l’appréhender, donc à l’interpréter par le prisme polymorphe de calendriers qui se complètent en s’opposant. Or, ils sont concomitants par définition.

Des ruptures se sont produites : l’une primale qui reste celle du Sinaï, les autres s’enracinant dans les comportements et pensées psycho-religieuses qui se sont manifestées au sein du judaïsme d’Israël, de Babylone, des diasporas… puis par les scissions intra-chrétiennes qui se sont multipliées jusqu’à l’excès. Ceci explique le paradoxe de prédications actuelles centrées sur l’impératif de rechercher « l’unité dans la diversité ».

L’Hégire musulmane ouvre sur une perspective qui oblige à passer d’une longue époque de ténèbres totalement opacifiantes couvrant l’ensemble du monde habité à une « temporalité violemment contrastée » dont la révélation fut aussi brutale que la théophanie du texte coranique  (Marek Chebel, l’Imaginaire arabo-musulman, PUF, 1993, p. 101). Cela induit que le comput calendaire de l’islam est porteur de sens. Contrairement à des opinions trop souvent négatives, il arrache à l’irrationalité de la « djahiliya ou temps de l’ignorance ».

Le 20 Raby-al-Awal 1436 / 7-11 janvier 2015, période des meurtres des caricaturistes et de l’hyper-cacher à Paris, correspond au temps de la naissance du Prophète Mohamed.  Le 14/15 juillet 1099 a une signification particulière en Orient puisque c’est le jour où Jérusalem fut prise par les Croisés qui établirent le Royaume de Jérusalem ou Royaume Latin d’Orient. Cette date signifie la fin à la première croisade marquée par les meurtres en masse des chrétiens orientaux, de nombreux juifs et musulmans perpétrés par les croisés occidentaux.

Hasard ou confrontation temporelle de dates qui échapperaient au sens commun ?

Le 22 juillet 2011 – voici donc neuf ans – Anders Behring Breivik, attaquait le siège du gouvernement norvégien au centre d’Oslo, faisant exploser une voiture bourrée d’explosifs dans le Regjeringskvartalet, siège du Premier ministre, provoquant la mort de 8 personnes et plus de 200 blessés. Il était plus de 15 heures dans l’après-midi.

Deux heures plus tard, il se rendait par bateau à l’île d’Utøya où avait lieu le camp d’été de la jeunesse socialiste norvégienne. Il y assassinait 77 personnes et faisant plus de cent blessés. Ce fut le premier meurtre de cette ampleur en Norvège depuis la deuxième guerre mondiale. Le pays est ultra-libéral. Le gouvernement refusa alors de prendre toute mesure restrictive susceptible de limiter la liberté personnelle et démocratique. Il y sera contraint, d’une manière comprise comme étant contraire à l’essence des lois norvégiennes.

Lors de son procès, A. B. Breivik expliqua qu’il avait conçu le projet des attentats dès 2002. On notait alors pour la première fois l’importance de l’internet, des forums anti-islamiques, la virulence des attaques anti-musulmanes dans un pays ultra-libéral, de tradition luthérienne en phase de perte des repères chrétiens traditionnels. Le terroriste avait pu, en toute liberté, créé une ferme qui ne produisait rien sinon qu’elle lui permit de stocker des armes lourdes. Ceci se poursuit en ce moment un peu partout en Europe et dans le monde.

Il s’est alors passé une chose qui doit être prise en compte à l’heure actuelle. Anders Breivik avait prévenu dans un document en ligne « 2083: A European Declaration of Independence »  que le remodelage de l’Europe, à la fin de la deuxième guerre mondiale, « aurait favorisé l’implantation de populations islamiques ». Il s’était auto-défini comme « fasciste, national-socialiste » puis « ethno-nationaliste », refusant d’être considéré comme un chrétien fondamentaliste mais affichant sa fascination pour les croisés et le « devoir de lutter pour une Europe chrétienne »…

Il expliquait, en outre, sa vénération pour Odin et les sacrifices païens de la mythologie européenne. Ce sont précisément ces tendances qui, sous des formes apparemment « raisonnables », se sont dangereusement répandues sur le continent européen et ailleurs dans cette courte période de cinq années.

En 2012, son procès souleva un problème particulièrement important : quel était l’état mental de Anders B. Breivik au moment où il a commis les deux attentats, soigneusement préparés ? Les deux psychiatres criminologistes qui l’interrogèrent après son arrestation avaient conclu que le terroriste souffrait de schizophénie paranoïde et qu’il était irresponsable au moment des faits. Une contre-expertise donna un avis contraire, considérant que Breivik était responsable de ses actes et que le pronostic de sa maladie mentale n’était pas établi.

Irait-on jusqu’à parler de « normalité » ? Anders B. Breivik a été condamné, selon la loi norvégienne, à 21 ans de prison… condamnation qui, passé ce délai, peut être reconduite par des périodes de cinq années. Le terroriste avait reconnu les faits. Il plaidait non-coupable car « il ne reconnaissait pas l’autorité de la Cour de justice ». Celle-ci accepta plus tard sa réclamation faite à l’autorité pénitentiaire : il n’était pas bon pour sa santé (sic) d’être totalement isolé en cellule de haute sécurité…

A nouveau, où se trouve le point d’orgues de la normalité ? Après les attentats à Oslo et Utøya, les nombreux résidents de confession musulmane ont été livrés à la vindicte d’une population plutôt tolérante.

Cinq ans plus tard, la terreur djihadiste en Scandinavie et l’afflux en masse de migrants-réfugiés incertains ont conduit à la fermeture des frontières. En totale contradiction avec le droit en usage dans les pays scandinaves, beaucoup de personnes furent expulsées et ils continuent d’être renvoyé sur l’extérieur. Or certains jouissaient de la citoyenneté locale depuis de nombreuses années.

L’islam ? Qui compte les jours selon les usages de La Mecque ou de Médine ? Connaissez-vous la valeur de vos jours, de nos mois, des années selon les calendriers qui se superposent et coexistent dans des monologues ineffables et étranges, perçus comme anecdotiques ou identitaires ? Ces mesures du temps cohabitent irrémédiablement en Israël et dans tout le Proche-Orient. Elles s’étendent, parfois trop imperceptiblement, à tous les pays du monde.

L’histoire ne fait que commencer. Certains ont cru bon d’affirmer qu’on était à l’aube du christianisme. De fait, deux mille vingt / vingt-et-une années sont à peine un petit grain de sable dans les milliards d’années qui nous ont permis d’atteindre cette époque.

L’islam ne fait que commencer. Cela trouble, perturbe, dérange. Je ne cesse de répéter, à longueur d’année et sans doute dans un désert post-colonial trop engoncé dans sa propre histoire, que le christianisme proche-oriental est soumis, depuis l’an 638, 15ème année de l’Hégire, à la Charia, la loi musulmane.

Le Décret concédé par Omar Ibn al-Khatab au nom de l’Umma a conduit à une certaine tolérance envers le culte chrétien à Jérusalem et Bethléem est toujours valide… et respecté ou craint par les Eglises traditionnelles du pays. Dans ce contexte, il devient impératif pour toutes les communautés chrétiennes d’essayer de parvenir à un dialogue bienveillant avec les autorités de l’islam. Le judaïsme et Israël ont d’emblée récusé toute validité à ce Décret.

L’islam ne fait que commencer parce qu’il représente une perfection et une vérité qui rassemblent la tradition judaïque et chrétienne en une Révélation dont la Vérité ne se discute pas au regard du temps de l’histoire.

C’est cela que le sultan d’Alexandrie avait affirmé à Napoléon Bonaparte fortement impressionné par cette capacité naturelle de l’islam à patienter par-delà le temps et l’espace… C’est tellement évident puisqu’il s’inscrit hors de l’histoire. Il y a méprise sur le sens du « mektoub » faussement fataliste. Il s’inscrit dans l’immensité incommensurable de la Parole.

L’islam – comme tout monothéisme – chancelle entre fondamentalisme, ouverture, exclusion, recherche et savoir, ignorance et ritualisme, dogmatisme et repli sécuritaire. Il a été bien trop humilié au cours des siècles de colonisations étrangères. C’est une chose que de juger ses méthodes, ses lois. C’en est une autre de comprendre la valeur intrinsèque d’une tradition qui a trop souvent été réduite à la duplicité  envers les infidèles.

Le Ahl-al-Khittab concède l’existence de « peuples disposant d’un Livre sacré ». L’infidèle reste et demeura « l’autre » qui, de plus, ignore, par inculture ou non-sens, qu’il est un mahométan de naissance sans le savoir. Cela s’apparente à une scène tragique ou inculte du Bourgeois Gentilhomme jusqu’à la venue du Grand Mamamouchi.

La question n’est pas le rite, l’apparence, le langage. L’islam – à l’instar du judaïsme et du christianisme – ne peut être caricaturé en une sorte de fast-food para-théologique, aux allures de junk-food  à la va-vite, autodidacte, égotique. Il y a cependant un vrai malaise, un mal-d’être indubitable qui peut ronger par vagues tous les adeptes des religions et philosophies.

La foi musulmane est directement née de la confluence entre la réalité concrète, prophétique du désert et une finitude totalement accomplie qui domine le rouleau indéchiffrable de l’histoire. Pour comprendre cela, il oblige à une élévation spirituelle pour saisir les liens distendus entre les tribus de l’arabité, le judaïsme et le christianisme diversifiée (grec, jacobite, copte et abbyssin).

Ceci est malmené par la misère, de la haine irrationnelle et beaucoup trop d’ignorance qui réapparaissent dans des temps de confusion. Cela conduit les civilisations occidentales et européennes contemporaines à ne pas comprendre la fertilité du message né de l’Hégire. La jalousie et la concurrence tenace entre les sectes monothéistes décrédibilisent gravement le message d’unité et de vérité.

Il n’y a pas de vraie distinction entre les trois monothéismes. Le Rav Jonathan Sacks, que sa mémoire soit bénie, soulignait combien ils étaient trop proches et s’écartelaient quand ils était question d’avoir le pouvoir. Or, on est dans le domaine de la gratuité.

Tous trois sont ou ont été fortement prosélytes (cela se sent dans le retour au judaïsme en Israël tant par des mouvements orthodoxes). L’élan missionnaire et prosélyte chrétien est impétueux, masquant la tâche simple d’agir de manière apostolique comme les disciples de Jésus de Nazareth : porter témoignage et vivre de sa foi.

Il y a une sorte de martyre-témoignage silencieux  qui, en ce moment, contraint de très nombreux fidèles musulmans à annoncer le Dieu Un et Grand alors qu’une macabre mascarade assoiffée de puissance meurtrière fait rage parmi les fanatiques assassins, s’attaquant à eux comme aux « autres » de manière indistincte.

La Basilique Saint Sophie d’Istanbul, considérée comme une mosquée par l’islam, est désormais vouée au culte musulman. Jusqu’à voiler les remarquables fresques byzantines qui n’offensent personne. L’islam turc se saisit des lieux les plus sacrés d’un christianisme qui se déchire sotto voce, prétendant chercher une « fraternité, solidarité, unité » fictive et trompeuse. Chacun prêche au raz d’un champ que chaque communauté s’approprie sans conscience historique ou eschatologique.

Il n’y a rien de plus inconséquent que la confusion des langages, surtout lorsqu’elle est instrumentalisée pour justifier la position prétendument véridique des uns envers les autres.

Toute prière d’unité authentique est exaucée selon la foi au Dieu vivant et Un.

Nous sommes dans les jours de Kislev 5781, mémoire de la destruction du Temple, des haines irrationnelle, puis rationnelle. Nous sommes dans les jours eschatologiques de Gog et Magog dont la version musulmane est la lutte apocalyptique de Dabîq. C’est une marche curieuse vers la fête de Hanouccah. Un vent viral, morbide, lethal, assassin confine tous les humains dans un arrêt paralysant.

Chez les chrétiens, on en arrive à vouloir « sauver Noël » pour éviter de sombrer dans des faillites économiques et sociales. Sur la Croix, alors que Jésus de Nazareth agonisait, les soldats aussi se moquaient de lui; s’approchant et lui présentant du vinaigre, ils disaient: « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même! »  Il y avait au-dessus de lui cette inscription: « Celui-ci est le roi des Juifs.… » (Luc  23, 37) ou encore : « Il a sauvé les autres, et il ne peut se sauver lui-même! » (Matthieu 29, 42).

Le vaste déroulement du rouleau de vie ne suppose pas la fin du monde. Il fait passer par des horreurs faites de guerres, de haines, de courage et de couardise. Il y a les lampistes et il y a ceux qui sont prêts à sauver autrui. Il y a surtout  un temps long de dévoilement dont nous ne percevons qu’une infime parcelle de seconde.

Il est temps d’être bon.

From Moscow To The West Of Rue Daru

As there was a sort of general obsession seized the world with the US election, all continents were also driven by the fear or anger or violence and the uncontrolled development of the coronavirus, the first anniversary of the reunification of the former Exarchate Archdiocese of the Orthodox Churches (parishes) in Western Europe did not make the buzz. The frenetic atmosphere that took place a year ago in Moscow, the “Back home, return to the Mother Church” decision voted by some hundred clergy people had ended in the composition of a new jurisdiction within the framework of the Patriarchate of Moscow. On November 3rd, 2019, history got compacted and coherent again. Realism, saga, living dream that finally came true. Things went smoothly in fact. Some decided to change and quit the Eulogian Archdiocese, in particular in the different countries of the large European region where the Patriarchate of Moscow wisely had created a new Exarchate in Western Europe (Met. Antonyi of Korsun), an archdiocese in Spain and Portugal (Abp Nestor of Madrid, Spain, and Portugal) that enlarged and completed the structure of the Russian Orthodox Church along with the eparchies that exist in Germany, the Netherlands Great-Britain, and Italy.

The name of the new Archdiocese is also on the move: the jurisdiction of the Orthodox parishes (or churches, it depends on who and where you speak of the structure) in France and Western Europe. True, the main remaining parishes and bodies are located in France, want to make use of French. But at this point, the Eulogian inspiration is either reduced to some heritage of the past Schools of Paris (Saint Sergius Institute of Theology, Saint Irenée’s Institute, the heritage of Vladimir Lossly and the Orthodox professors and whizzes of the century at St Sergius Hill). There is and was a strong, heavy, meaningful and at times side-thrust of the new French Orthodox believers, and a lot of clergy and laypeople desire to switch from Slavonic to French. Similar projects do not exist to such an extent in the other regions of Europe, where English, German, Dutch, Norwegian, inter alia, made their way calmly, in a rather isolated way, throughout the decades.

Was it an anniversary of a godovschyna\годовщина, a one-year memorial day?

The celebration had been scheduled for Sunday 8th of November, on the feast of Saint Dimitrios of Thessaloniki, and took place, without the Moscow patriarchal Exarch, Met. Antonyi of Korsun because of the present rules in force in France regarding the rising threat of the coronavirus.

In the course of the past year, some priests have left the “Rue Daru” structure and joined, in France, a new Vicariate on the build that remains in the Ecumenical Patriarchate.

Let’s put it this way: on November 8th, the Sunday Divine Liturgy in Slavonic was broadcasted online from the renowned parish “The Virgin of the Sign” led by Archpriest Vladimir Yagello. On the feast of the saint, the community served a panichida (memorial service) of the twelfth anniversary of the repose of Hypodiakon André Schmemann, the brother of Protopresbyter Alexander Schmemann, who had served in this church for fifty years and also at the Saint Alexander Nevsky Cathedral of the Rue Daru. The old man had spent his life with the hope that one day, he would be again a true Russian citizen and see his homeland. President Vladimir Putin had given him (back after long years) his Russian passport in Paris on June 6, 2004.

While Met. Jean (Renneteau) of Dubna, Head of the new Archdiocese, celebrated online and live from the St Alexander Nevsky Cathedral, with Bishop Elisée (Germain) of Reoutov. They were assisted by the clergy of the cathedral and the choir was conducted as always by Protodiakon Alexandre Kedroff. Some chorists used to sing in the choir of the Moscow patriarchal cathedral of the Holy Trinity. Some switched more or less permanently in the Daru choir. One can feel now mutual traditional influences, which is great.

The context was not easy this year. The metropolitan and the bishop often used French. Protodiakon Ioann (Dobrot) made the ectenies in Slavonic and some French. No other tongue from the Archdiocese was used, not even Moldovan-Romanian. Quite normal. The use of the French language develops among the Orthodox parishes and jurisdictions. It is evident because of the intertwining of the migrants and foreign workers. Protopresbyter Anatole (Rakovitch) made a special homily in Russian, after the reading of the Gospel (Poor Lazarus and the Rich Man), on the important Orthodox tradition of commemorating the departed. He underscored how nice and human and spiritual, a church tradition, to remember those who lived before us and whose names are to be inscribed in Heaven, sealed in the hope of redemption and everlasting life. Saint Dimitri’s day is a special feast of memory of what the Church really is: it encompasses the living and the dead from the origins of humankind till the end of times.

In between, the Covid 19 framed the churches in Europe and in Paris too. Then, there was no representative priest of the Exarchate in Western Europe on this first anniversary of the new Archdiocese. In Great-Britain, the Dean had his own birthday. In the Netherlands, the Archpriest and Dean chuckled when he received the message that the new Archdiocesan (Daru) ecclesiastical calendar for 2020!!!! This is the email that had been sent out by the archdiocesan administration to all the clergy of the… former Archdiocese! This means that some priests had left the new structure a long time ago, others had died, and, anyway, the new year was not considered though, God willing, we should reach out to 2021! One could hope, that in the near, very near future, such mishmash could be avoided. It requires a real staff, competent persons, and a bit of common sense and connectedness among the members and the governing staff of the structure. The Church cannot rely upon clerical awards and bombastic titles. The Eulogian spirit is really born in poverty, abandonment, service and constant prayers.

Most of the Orthodox “experts” – whether priests or laypeople – who were definitely excited one year ago, seemed to be unconcerned by the hierarchal Liturgy. Canon Law Archdiocesan specialist, Fr. Jivko Panev, served online via Facebook. In Italy, isolated in Brescia, Archpriest Vladimir Zelinsky could not serve in his parish because of the threats of coronavirus but his assistant priest, Fr. Lazarus came from Milano to replace him. Still, he feels alone in a very Eastern rite context of Ukrainians, Russians, and other migrant faithful of all backgrounds and jurisdictions. The new Archdiocese has also now a singled-out Canadian parish-chapel which makes it a very “brave new world” structure so far. Met. Jean ordained several deacons and priests in the course of the past months.

There is a need for order. The consecration of two French “vicar” bishops in the past months, with the blessing of the Moscow patriarchal Synod, is an important step. It is positive, and it became real. A breach in the Orthodox “way of life” that focuses on the consecration of “Russian national” bishops. This is the case for the Russian and the Greek Churches. So now, it became an hapax, newness, or exception.

A Thanksgiving Service was served at the end of the Divine Liturgy. The Moleben was also broadcasted. Met. Jean of Dubna introduced the Service in French and focused on the mission. He mentioned the “elders, the founders, the fathers,” who held tight to the tradition of “our” Church. He did not mention that he spoke of the “Russian tradition”. Mgr Jean underscored the faithfulness of those who marked the history of the mission of the Orthodox Church in the country. Europe as such rarely appeared in his words. Indeed, the mission is at the very core of the reflection and the actions conducted by the Russian Orthodox Church.

“Eulogianism” in the Russian Orthodox Church historically corresponds to something else that included the mission, indeed, but focused on the reality of a true practice of authentic traditions, that allow to transmit a life-giving and not ritualized treasure of Faith. It means constant help to the refugees, to the poor, the disabled, the visit to the sick and the prisoners, and the service of the Brother. This costs a lot in terms of time, money, self-dedication, true contacts. This requires means and the funds are not always at hand or shared in other places.

Patriarch Kyrill had clearly expressed that he wanted to gather all the body of the Mother Church of the Russian Orthodox tradition. Therefore, the return of a certain number of faithful priests and of a flock scattered in Western Europe was very important for most of the Russian Orthodox believers and the jurisdiction. Could it turn to become a way to trap some “survivors”? Definitely not at a large level and from the part of the Moscow patriarchate and Holy Synod. Only a few “long-term serving priests” in the Archdiocese who were present at the Union and, someway, the Patriarchate of Moscow rescued them warmly.

In the course of the year, some involvements of Met. Jean of Dubna and, incidentally, of the “highly respected master of tradition”, Protopresbyter Anatolyi (Rakovitch) could seem special. When the Church of Moscow inaugurated the Church for the Army and the Victims of the Wars, the ongoing discussions on the so-called Stalin and Putin icons, “communist icons” could be solved locally… Met. Jean and Fr. Anatolyi sent a letter of support to Patriarch Kyrill of Moscow. Well… Then, the recognition of Mother Maria (Skobtsova) of Paris, canonized by the former Archdiocese with the blessing of Constantinople is even to a lot of Russian Orthodox believers. Some experts made pressure that she could have a memorial plaque at the Russian Orthodox Sainte Geneviève-des-Bois cemetery. She was added as a Russian resistant in France. It depends on what jurisdiction (the Archdiocese and/or Moscow or the Russian government) exercises, at the present, control over the internationally renowned cemetery.

The Archdiocese is also in the pangs of new birth, just in a low-gear mood. It needs new personalities and has to avoid a tendency to self-framing in some (viral) entre-soi. Would Met. Jean play the role of a “go-between” who could persuade some priests and faithful to follow him into his “rescuing” request to be admitted in the Patriarchate of Moscow? Some people did join him because they respected the man and they followed an “individual”, which is very up-to-the-minute in our days. While the new St. Sergius Institute of Theology returned this Fall to the historical site of the Hill, the staff remains limited, the obedience to the Head of the Archdiocese will have to evolve in the coming months and years adequately. It remains formal or based upon a sort of local agreement.

They play their own stance, hopefully with enough credits and competent lecturers and professors. Although some of the professors are in contact with a lot of scholars and researchers of diversified circles, they would need a refresh and be associated with vivid Russian institutions that also developed or are interested in the intuitions of Met. Eulogii in the homeland and in the diaspora.

Serbian, Georgian, Polish, Greek priests or lecturers or members of other Churches (Catholics and Protestants – these lodged the Institute for some time before the revival this year) did not show at the anniversary at the cathedral. There is the virus and als othe duty ot serve in the Archdiocesan parishes. There is a feeling of prudence too. Quite often in the Orthodox Churches, “obedience” also means that one thinks it is possible to act independently once the “hierarchal blessing or kissing of the right hand”, if any, has been granted.

There is a special French “exception”. It is not strictly and solely “Orthodox” and it also shows in the constant “Gallican” drifting-away process. One can speak of new Gallican Orthodox tendencies. They are built on a mixture of national aim to revive the French Christian heritage that is profoundly Latin Catholic and rooted in the See of Rome in Western Europe. The rush of the refugees and migrants from the Slavic and Greek and East-European countries one century ago, allowed to reconnect with the Roman Catholic traditions of the West. It also gave the opportunity to meet with the local historical splits (Anglicans, Protestants) that were quicker than the Latins to welcome the Orthodox scholars.

Others felt that the West was subject to a harsh process of secularization, even apostasy (esp. during World War II), and there came up the deep in-born Russian Orthodox motto and spirit of missionary activities in the West. A century ago, the Russian refugees, Met. Evlogii (Georgievsky), had to supply their fellow people with spiritual assistance. They had arrived with very unsecured projects. But they also wanted to find the theological atmosphere that reminded their home country. They provided real nourishment to the Orthodox believers in dire days of impoverishment in foreign and European contexts.

Met. Jean (Renneteau) of Dubna accepted the yoke to be appointed as an archbishop while he was in the nice environment of Switzerland. A French-speaker from Bordeaux, who had lived at Saint Sergius Institute of Theology. He belongs to the followers of Saint Sophrony of Essex, thus lining on the spiritual teaching and theological influence of Saint Silouane of Mount Athos. He is from the French Aquitaine with relatives in long-distanced French Polynesia. He was appointed in order to heal a local situation that was not European, not even “Russian Orthodox”. He supposedly had to bring some therapy to a Church structure that was exhausted. He is not a Russian, does not speak the languages of the Archdiocese as it was five years ago. He had been consecrated by His Holiness Bartholomaios of Constantinople, and subsequently, he was recognized as an Exarch at that time. I maintain that he could fathom to set up the new Archdiocese because the Ecumenical Patriarch did not ban the then-Archbishop of Charioupolis and did not stop the movement that continues to develop on its own line. Mgr Jean does not speak Greek but was cheerfully applauded by a lot of clergy and laypeople of the Archdiocese because he speaks nicely, welcomes everybody.

Just what Patriarch Kyrill expressed went he spoke of his encounters with the then-priest Jean in Geneva: always welcome, cheerful, warmth, thus hospitality and international connectedness to all in French the Bordeaux way upgraded with a touch of Helvetic neutrality. He is also a businessman, pragmatic. Things have to go. He went through nightmares till the “Archdiocese” harbored back in the bosom of the Russian Mother Church of Moscow. It was an “impossible mission” and – maybe due to the present ravaging pandemic – the silence that makes things plain and in a sort of “entre-soi” does not mean that the body evolves smoothly.

Everybody seems to be eating some sorts of “rillettes de la Sarthe” at the present in the new Archdiocese. The zakuski turned into a very “French country-side delicatessen”. This tracks back to some insights into how the structure is being revamped. Patriarch Kyrill and the Holy Synod of the Patriarchate of Moscow did not bless the consecration of a British bishop elected by the members of the new Archdiocese. It may happen in the future, but the Church of Moscow mainly admitted a French innovation. And… a Sarthois spirit of newness in the overall renewal of the Patriarchate of Moscow in Western Europe.

At Saint-Mars-de-Locquenay, in the Sarthe region, the Orthodox Monastery of Saint Silouane (of Mount Athos) had been created, in 1990, by Fr. Symeon, a former Cistercian monk, who had become a priest at the French-speaking parish of Notre-Dame de Joie-des- Affligés (a long-term French-speaking church of the Patriarchate of Moscow, the parish of Vladimir Lossky and many historic Russian Orthodox clergy and may people interested in inculturation). Now Bishop Symeon (Cossec) of Domodedovo founded the monastery with the blessing of his spiritual Father, Fr. Sophrony of Essex within the Patriarchate of Moscow. All things being equal, the development of the monastery showed t overy interesting over years.Mgr Symeon had been banned by the then-representative of the Patriarchate of Moscow and submitted to a very severe epitimia. He then turned, with the community, to Archbishop Gabriel (de Vylder) of Comana and they were accepted in the Archdiocese of the Parishes of Russian Tradition in Western Europe, thus in the Ecumenical Patriarchate.

The situation should be considered accordingly. Archimandrite Symeon gathered a certain number of Orthodox faithful from several Orthodox and other circles that were rooted in the long history of the presence of the Russian Eastern tradition in France. He is known to the Patriarchate of Moscow. Incidentally, he could eventually be elected as Archbishop heading the Archdiocese when Mgr Gabriel of Comana passed away. His journey through the Patriarchate of Moscow in his first service as a priest had to mature and wait for the switching transition of Mgr Jean from Charioupolis to Dubna.

The Orthodox monastery in the Sarthe is also resourceful because two other Orthodox monks are members of its community. Mgr Marc (Alric), Vicar Bishop of the Romanian Orthodox Archdiocese in Western Europe has been spending a long time at the monastery. He participated in the consecration of Archimandrite Symeon as a bishop and, on the same day, of Higumen Elisée (Germain), the rector of the French-speaking parish of the Très-Sainte-Trinité (Rue Daru) where FFr. Pierre Struve, Boris Bobrinskoy, Alexis Struve had served.

Rector Elisée (Germain) was elected by the Archdiocesan Assembly in order to be the other assisting Vicar Bishop to Met. Jean of Dubna, with special a special misison among the French-speaking parishes. His path is truly deep-seated in the Saint Alexander Nevsky Cathedral, in the history of the Archdiocese since his early childhood. And still, he has been involved in ecumenical circles, contacts with the Carmel spirituality. He explained with much emotion how he felt to be called to be “a monk in the city”, as Mother Maria (Skobtsova) had been accepted as a nun in the city by Met. Eulogii. This is a part of the heritage of the Orthodox School of Paris and the Service of the Brother.

Fr. Elisée had become a monk at the Monastery of Saint Silouane. There is a direction that connects the two French new archdiocesan bishops from Paris to Levallois-Perret to Saint-Mars-de-Locquenay.

Would the Sarthe region be the sign of the rising future of the Orthodox presence in Western Europe?

Other priests and a deacon were present at the special celebration of the first anniversary of the “Union”. Some are of Ukrainian, backgrounds – this has been a general trend in the history of the Archdiocese, as also the presence of a lot of Baltic clergymen. As for now, there are many Moldovans. There is also Archdeacon Ioann Dobrot who explained in some TV interviews how his family and some hierarch of the Church of Moscow had been assassinated during the Revolution.

The good tidings come at the present from this Sarthe region, a nice area of the French paysage. Why? The Russian Church can also be fascinated by the inspiring French parlance and culture. Hiermonk/monk-priest Alexandre Siniakov was ordained a priest in Vienna (Austria) in 2006 by Met. Hilarion (Alfeyev) of Volokolamsk, now in charge of the External Affairs of the Patriarchate of Moscow, then serving in Central Europe. An important location in the present development of the Churches. Die Wiener Stimmung has always been marked by all Russian citizens, scholars, passers-by, refugees, and promoters of the future.

Monk-priest Alexandre Siniakov wrote his biography and path from the Old Believers from the Caucasus bordering Russia, his family back from exile in Turkey. He explained how he learned French. He is also a representative of the Orthodox Church at Brussels and is very close to the Catholics (Dominicans, Jesuits). Since 2008, he is the rector of the Russian Seminary Sainte Geneviève located at Epinay-sous-Sénart in the Western suburb of Paris. He just opened a new “spiritual compound” in the Sarthois region located at Sougé-Le-Ganelon, not too far from “Les 24 Heures du Mans”. His activities include dogmatics, Greek, rectorate, horse and donkey care and stables, races. He is now a farmer and also has dogs and quails and the seminary produces honey. Definitely resourceful.

He would seem to be attracted by the very spirit of the Archdiocese, i.e. the respect and acceptance of the decisions taken by the Russian Council of Moscow in 1917-18 which is at the core of the ongoing reflection of the School of Paris and the Eulogians. Many Russians reflect on the possiblity to serve in the local languages, namely French in France and Belgium, Luxembourg and Canada as also Russian in the vast territory of the Russian Mother Church in her homeland.

One year has passed. The coming years require insightful redevelopment outside of the Sarthois spirit. Challenging years will show, in the context of the hardships due to pandemics and discernment.

Quo Vadis, Paysagix ?

Two short “posts” on the “event” of the baptism of the renowned French actor. No real judgment at all on him but a reflection on how things evolve in the new structured (in the process of a restructuring process) of the Archdiocese in Western Europe. Number 2 commences the texts and is followed by the second post in French “N° 1” and then the Russian text published in the online journal “Prichod/Приход”.

2] Quo Vadis, Paysagix (1) ?

(1) In the Asterix albums, there is a significant different between the Gaulois druide Panoramix who resides and work in the Gauls and the same wondermaking man who is based in Helvetia (Geneva) and whose name is then Paysagix. Actually, Met. Jean (Renneteau) of Dubna spent a lot of years in Helvetia where he set up the French-speaking Orthodox parish and he is still connected there.

Good enough, things are done. The Day of the Resurrection of the Lord is at hand and the new Eastern Orthodox servant of God Gérard (he did not tell his new name) will communicate and this, hopefully will remain private, away from the media.


Maybe a last (?) glimpse: since G. Depardieu has indeed a lot of contacts with the Russian Orthodox clergy and, seemingly, may have been told by the Hierarch of Pskov (remember late murdered Fr. Pavel Adelheim) Tikhon who is told to be the spiritual father of the Russian president V. Putin, the question is not raised why he was baptized, not in Russia but in the Archdiocese that recently joined the Patriarchate of Moscow. It is as fresh as the move of conversion of some persons.


Then, – just in case, but why was he not baptized on the other side of the River Seine, i.e. in the brand new and nice Cathedral of the Holy Trinity? The place had been consecrated by Patriarch Kyrill in person and President Putin had paid a visit to the church and the compound that is very active at the present. Or is there any noblesse oblige background, a touch of old Russia that can be felt in the traditional way of the celebration, highly beautiful and spiritual?


On the other hand, maybe, perhaps one could speak of some spirit of openness: as Belarus is heating up and Depardieu is a friend of Lukashenko (note that I went thrice to the Holy with the Belarusian president and did appreciate him pretty much) and also a friend of Putin (I also met him some times at the night Liturgies in Jerusalem and he is very friendly indeed) or is it a bit “twisted”? The new Archdiocese appears to be rather young at the present, awkward at times – the Hierarch does not speak Russian, is a good “businessman” and knows how to blow in the wind.


No way – anyone can be baptized anywhere, in dire or rich conditions, but could this important and profound event be performed in some remote skete or “monastery” and remain undisclosed as the “secret of the Great King, Lord Jesus Christ”? It was too flashy the way the actor can be.
The last point that should be underscored: in France, only “people news” spoke of the “event” and the far-rightist paper “Valeurs Actuelles” [VA] that had just clashed over the week apropos a French black “député” (of the Parliament). The article published about the “event” was due to the son of the “regent” of the cathedral, a young man who perfectly knows the celebration. But only in France and in French did the news provided by VA initially and also published by Sputnik France (attacked by president Macron during the visit of President Putin) mentioned in ambiguous ways Depardieu’s future wish, if any, of converting to Judaism. In Russia, in all the articles published in Russian, this was not mentioned at all. the search and appreciation for a real and profound credit of spirituality of the Orthodox faith can easily be challenged by “fake whizzes”, quick to judge, and see some odd “yike” influence.
In this case, Gérard Depardieu’s choice responded to the choice of God, not gossips and false judgments. Many years, ad multos, многая лета!

1] Quo Vadis, Obelix ?

Serait-ce le “dernier métro” avec ou sans masque dans une période d’entre-confinement dans un VIII-ième huppé, chic, paupérisé ? “La tête en friche” ou “Potiche”” dans le remake d’un “Paris, je t’aime” en retour de Mordovie, non loin de la frontière belge. On pense alors à la défunte Annie Cordy, née à Laeken, Tata YoYo. Joue-t-on du yoyo spirituel entre islam, bouddhisme, hindouisme et les textes de Saint Augustin pour l’acteur français le plus exceptionnel de sa génération, brisé par des vies de souffrances, gargantuesque, immense comme la Russie quand elle est amour et charme, sensualité et vulgarité à la foi(s) ?

Ou encore, tranchant avec le panel mouvant de valeurs toujours réactualisées qui serpentent comme “Les valseuses”, voit-on aussi le nez de “Cyrano de Bergerac” humer au-dessus d'”Un pont entre deux rives” quel est, ces jours-ci, le plus “Tartuffe” qui sert un “Buffet froid”… Y a-t-il eu de l’Inspecteur la Bavure” dans une célébration publique et d’aucuns de prétendre que le néophyte byzantin s’orienterait vers un parcours mosaïque fantasmé ou pervers, mentionné pour flétrir le nouveau chrismé “sous le soleil de Satan”. Le nouvel illuminé croyant Gérard, ayant revêtu sa “Tenue de soirée” avait lançé comme une boutade utopique à son “Père, ce Héros”, la chimère d’une ultime “Green card” vers Sion. Les “Anges gardiens” pensèrent de suite à le rependre : “Tais-toi”, et de le jeter au “Placard”.On ne peut que prier pour le serviteur de Dieu Gérard et tous les siens : “Les compères” ou “Les fugitifs” ! Qui donc fait “La chèvre” dans cette lutte vers la beauté et la rédemption ? C’est aussi le temps où l’Archevêché et son Gardien des Huiles Saintes Paysagix (il vient d’Helvétie, Panoramix en Gaule Emmanuelienne) trouvent leur Astérix et tentent de résister encore et toujours du côté de la fin des terres européennes et gauloises. Entre une petite faim de sangliers juteux et la jugeotte du toutou Idéfix.

Жерар Депардье принял Православие в русском соборе в Париже

05.09.2020

4 сентября 2020 года в Александро-Невском соборе Парижа принял Православную веру знаменитый актер Жерар Депардье, сообщает Sputnik France со ссылкой на издание Valeurs actuelles. В Архиепископии западноевропейских приходов русской традиции (Московский Патриархат) порталу «Приходы» подтвердили достоверность информации о крещении артиста.

На этом торжественном событии присутствовало около 30 человек. По сообщениям СМИ, Депардье также стал крестным маленькой девочки, которая крестилась в тот же день.

По словам актера, ему «нравится православное богослужение», он много общался с православным духовенством. В частности, своим духовным наставником он считает митрополита Псковского и Порховского Тихона.

Как известно, Жерар Депардье долгое время находился в духовных поисках: в 60-х годах он принял ислам, позже интересовался индуизмом и буддизмом.

Mémoire éternelle, Вечная память, père Boris !

https://5f2e68c955ffd.site123.me/?fbclid=IwAR13d3l_UzcK2w7YZi15akUehdVf48byyuyXxRUA7jvXMG8WFdyTNQhZXEI” (site du Monastère orthodoxe ND de Toute Protection ouvert pour les funérailles du prot. Boris Bobrinskoy).

Au coeur d’un été pandémique, l’Eglise orthodoxe de France, russe dans sa tradition, monacale à Bussy-en-Othe au Monastère orthodoxe de Notre-Dame de Toute Protection, liée au patriarcat oecuménique, enterrera ce mardi 10 août/28 juillet 2020-7528 le protopresbytre Boris Bobrinskoy. Sa mémoire est célébrée ces jours-ci dans beaucoup de langues, dans beaucoup d’obédiences chrétiennes et autres comme celle d’un homme de foi profonde, un témoin – parmi les derniers sans aucun doute – de l’époque de croissance de l’Eglise orthodoxe russe en Europe occidentale. Et plus généralement de la foi byzantine orientale venue à la rencontre des traditions occidentales du Christ, à la suite de la révolution russe mais aussi dans les nombreux pays de l’Europe orientale.
Un mot seulement : voici plus d’un an, l’Archevêché au sein duquel le père Boris a consacré la majeure partie de son service sacerdotal, a pris une route particulière en paysage français. Les choses se sont exprimées autrement dans les autres pays d’Europe. En France, le choix du patriarcat de Moscou, pour une partie orthodoxe de tradition russe sur le territoire français, donna lieu à des d’autres orientations. C’est ainsi que le Monastère ND de Toute-Protection resta sous l’omophore du patriarcat de Constantinople et que le père Boris resta dans cette obédience.
Son enterrement dans ce haut-lieu de la spiritualité orthodoxe de tradition russe, ancrée dans le patriarcat oecuménique invite à réfléchir sur la longueur du temps et de notre union dans la foi au Christ ressuscité, plus forte que nos choix historiques, géographiques, juridictionnels. En effet, au cours de son propre parcours spirituel, linguistique, liturgique, le père Boris Bobrinskoy a souvent dû “transfigurer” les murailles souvent tenaces – souvent irascibles, irrationnelles même – qui mettraient l’accent sur la séparation. Il y a encore la “tentation” de choisir le silence alors que le protopresbytre Boris a conduit tant de personnes et de groupes, suscité des groupes de fraternité orthodoxe, ouvrir la voix de la perestroika en son temps et entrevoir un renouveau international de l’Orthodoxie pour le 21-ème siècle, en particulier en Europe occidentale. En cliquant demain sur ce lien Facebook qui permet de participer, même à distance, à ces funérailles, il est aussi proposé au chrétien d’exprimer ce profond désir de nous confier les uns aux autres et toute notre vie au Christ notre Dieu.
Liens pour diffusion: page FB ou sur la chaîne YouTube du “Vicariat Sainte Marie de Paris et Saint Alexis d’Ugine”.
Протопресвитер Борис родился в Париже 25-ого февраля 1925 г. в семье, эммигрировавшей из России после революции 1917 года.
Более 50 лет, с 1954 по 2006 год, он преподавал догматическое богословие в Свято-Сергиевском богословском Институте, одновременно совершая пастырское служение в французскоязычной приходе Прсвю Троицы в крипте Александро-Невского Собора на улице Дарю в Париже.
У отца Бориса и его супруги Елены было трое детей и несколько внуков.

«Во блаженном успении вечный покой подаждь, Господи, усопшему рабу Твоему и сотвори ему вечную память»

Похороны отца Бориса Бобринского состоятся во вторник, 11 августа, в Свято-Покровском монастыре в Bussy-en-Othe, и будут транслироваться в прямом эфире на странице в Facebook: page FB ou sur la chaîne YouTube du “Vicariat Sainte Marie de Paris et Saint Alexis d’Ugine”
8:30: Божественная литургия
11:00: Чин отпевания и погребения

La sagesse en ses murs

https://frblogs.timesofisrael.com/la-sagesse-en-ses-murs/”

Le monde religieux et politique s’esbaudit: “Perdita est Hagia Sophia”…, c’est vraiment très triste. Les regrets pleuvent comme une pluie virale sur la transformation de l’un des édifices les plus prestigieux de l’histoire du christianisme.

Les murs incarnent-ils la présence-même du Créateur et de la Sainte Sagesse, du Fils unique et Messie ? Certes, les murs peuvent être imprégnés de la mémoire, des souvenirs vivants du passage des visiteurs ou des habitants qui se sont appropriés un espace, des styles architecturaux. Les murs conservent quelque chose de l’invisible édifié au long des siècles. Les siècles ne sont pas l’éternité. Les murs ont été construits et rebâtis par des êtres humains. Les parois ne tracent pas un chaînon qui mènerait “du monde éternel qui était avant tous les commencements jusqu’à l’accomplissement de toute l’éternité dans le monde à venir”.

En avril 2019, alors que la cathédrale Notre-Dame de Paris était en feu, Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris, a demandé au chef des pompiers – qui est aussi prêtre – de se rendre à la “Sainte Réserve” où étaient gardés les Dons eucharistiques. (Le “Corps du Seigneur”, consacré selon le rite catholique latin) afin de les extraire du lieu en flammes et les sauver. L’archevêque avait ajouté, de manière perspicace, que les murs sont des murs mais que les petits morceaux de pain consacrés étaient la Présence-même, authentique, du Seigneur ressuscité, sensible jusque dans ce pain ténu et les parcelles consacrées.

Pour beaucoup, le fait de sauver ce qui ne serait “que des miettes de main” relèverait de l’ubuesque. Il parlait bien de cette Sagesse qui a bâti sa maison, confessée comme celui qui avait pris chair à Bethléem et avait sauvé le monde, selon la foi chrétienne, trois jours après avoir été crucifié à Jérusalem.

Qui est vénéré en Agyasophia ? La magnificence d’un édifice ? La merveille architecturale et le savoir artistique des compétences humaines habiles à concevoir et construire des structures remarquables et précieux, donnent cours à l’intelligence mathématique. Ils ont donné corps à des convictions nées de la foi ? Est-il vraiment question de cacher ou de dévoiler, de préserver l’univers chrétien des icônes ou les traits calligraphiques et stylisés de la révélation coranique ?

A Hagia Sophia, seul compte le Nom du Saint et Unique Créateur du ciel et de la terre, le Dieu vivant et source de vie, le Père de toutes le âmes vivantes et de toutes les créatures. Médiatiquement, c’est peu vendeur en cette année de pandémie 2020 – 1441 de l’Hégire. Une année où toutes les confessions monothéistes font directement face à des confinements réducteurs, à des enfermements communautaires.

Cela fait des lunes que tous les chefs d’Eglises essaient de tisser un dialogue avec l’Islam : l’ouverture de Vatican II aux religions non-chrétiennes s’est aussi exprimée par le Décret Nostra Ætate qui, avant de mentionner la piste de relations nouvelles avec le judaïsme, a évoqué le souhait de renouveler les contacts avec la foi musulmane. Depuis lors, Paul VI, Jean-Paul II et plus particulièrement Benoît XVI puis le Pape François ont tracé des lignes nouvelles d’un dialogue espéré avec les sources islamiques légitimes et diverses.

Les Eglises orthodoxes ont été bien plus discrètes – et sans doute pragmatiques – sur la nature des relations avec la Oumma musulmane. Elles ont reparu dans le concert ecclésial, juridictionnel et théologique voici seulement un peu plus d’une trentaine d’années. Les patriarcats et les Eglises autocéphales canoniques ont subi des confrontations multi-séculaires avec la Sublime Porte et restent sur des positions relativement immuables. Il faut remarquer le silence persistant des Eglises sur l’actuelle validité de l’Achtiname ou “Décret de tolérance” accordé en 636-637 (15-ème année de l’Esprit ou Hégire) au patriarche Sophronios, chef de l’Eglise grecque-orthodoxe de Jérusalem. Il reste la référence fondamentale pour ce patriarcat tandis que les autres juridictions chrétiennes font mine de l’ignorer (cf. “https://www.terresainte.net/2012/03/le-pacte-domar-ou-leglise-protegee-par-lislam-2-2/”).

Or, depuis les papes Benoît XVI et François, les contacts répétées avec les autorités palestiniennes (les Territoires sous leur contrôle sont soumis à la Charia) soulignent le désir de l’Eglise catholique de préserver des biens, des structures ecclésiastiques, des écoles, des lieux de formation.

La presse internationale n’a pratiquement pas relayé le cent-soixante-dixième anniversaire de la Mission Ecclésiastique à Jérusalem du patriarcat de Moscou en février 2017. Les fondations de la “Palestine russe/Русская Палестина” avaient été jetées en Terre Sainte le 11 février 1847 afin d’accueillir les nombreux pèlerins de l’Empire russe, presque dix ans avant la conclusion de la guerre de Crimée (1856 et le statut du Saint Sépulcre) qui confirma le primat de l’Eglise grecque-orthodoxe sur les Lieux Saints de l’Anastasis (Jérusalem) et de la Basilique de la Nativité (Bethléem).

L’Eglise orthodoxe russe de Moscou est fortement implantée au Proche-Orient. Elle se redéploie sur le territoire canonique du patriarcat du Jérusalem jusqu’à ces derniers temps, elle a témoigné d’une capacité subtile à négocier ses positions avec l’Autorité Palestinienne et, par ailleurs, le roi Abdullah II de Jordanie.

Alors que le monde pleure le transfert de Hagia Sophia à l’autorité musulmane, s’époumone en mineur contre une trahison des lois de respects prétendument édictés par le régime “laïc” de Kemal Atatürk, le buzz s’exprime ailleurs. Mais il est bien plus délicat de montrer les connexions naturelles qui ont germé depuis des décennies et sortent au grand jour d’une manière trop légitime pour un monde chrétien qui vit dans le passé, le remodelage des ses territoires, ses gloires passées et ses scandales latents. Sans compter ses soifs internes de compétitions vengeresses et irréductibles.

Il ne faut pas trop rêver : en 1945, le Vatican était persuadé que la chute du communisme à l’Est de l’Europe lancerait la conquête romaine sur les “vénérables traditions de l’Orient russe”. En 1915, le gouvernement français spéculait sur la nécessité de confier Sainte-Sophie à l’Eglise catholique romaine… (1) En Terre Sainte, la Sublime Porte ottomane confirma l’Eglise orthodoxe grecque. En 2019, les Franciscains fêtaient les 800 ans de la rencontre, à Damiette, de saint François d’Assise et du sultan.

Pourtant, malgré des rencontres dans les Emirats du Golfe, le dialogue bégaie. Alors que se pose le statut de Hagia Sophia, la Cour Suprême de Palestine, a refusé de confimer les droits de la Mission ecclésiastique russe de Jérusalem sur les terrains de l’église orthodoxe du Chêne de Mambré à Hébron (El-Khalil) demandant qu’ils soient rendus aux propriétaires arabes musulmans locaux (8 juin 2020) – [“https://tass.ru/obschestvo/8676563”%5D. Des problèmes similaires s’expriment ouvertement contre l’administration du patriarcat grec-orthodoxe de Jérusalem, à Bethléem, Beit Sahour, Jérusalem à propos de la vente de vastes parcelles foncières.

Par ailleurs, le 24 juin 2020, une Cour de Jérusalem “mettait fin” à seize années d’un marathon juridique dont le scenario peut encore rebondir. La Cour entérinait “de manière définitive” que les deux hôtels du patriarcat de Jérusalem (l’Imperial Hotel et le Petra Hotel) situés à la Porte de Jaffa avaient bien été vendus à l’association “Ateret Cohanim” par des responsables de la première structure ecclésiale du pays [“https://www.haaretz.com/israel-news/.premium-jerusalem-court-approves-disputed-sale-of-greek-church-property-to-settler-group-1.8947012” (anglais), “https://www.haaretz.co.il/news/law/.premium-1.8946719”, (hébreu)].

Juifs, chrétiens et les musulmans partagent la proclamation du règne du Dieu Un et unique. En cette année si atypique de coronavirus, pandémie sévère et morbide, qui parlerait avec foi de l’unicité divine et qui en témoignera ? Une année chahutée où les porte-paroles de l’autorité invisible du Maître de l’univers sont restés sans voix. Les épidémies ont rythmé l’histoire de la planète. Les interprétations ont surtout consisté à innover par les moyens techniques ou trouver des méthodes pour que le pouvoir spirituel reste dans les instances dirigeantes…. sans parler de la nécessité de faire face à la perte substantielle de nombreuses ressources financières. Ou disserter sur l’art de communier chrétiennement avec foi, sans danger.

Les représentants du monothéisme auraient-ils agi d’une manière instinctive, archaïque, primaire ? Le monde virtuel navigue par exclusion ou sélection des uns et des autres. Cela a mis en relief des pulsions sensibles de déshumanisation, donc de violences. La distance – tantôt sociale ou physique – a scandé des rythmes qui s’opposent à la communion, la communication, l’union charnelle et affective, mentale. La virtualité a pu se transformer en vecteurs de dérives phantasmiques. On peut penser que les trois monothéismes abrahamiques – en affrontement permanent – finissent par s’exiler de la foi en l’unité divine, cédant à une distanciation compulsive et au refus d’agir de manière responsable à servir Celui qui unit tous ?

Il n’est pas anodin qu’apparaisse alors l’évocation du Troisième Temple de Jérusalem. Mirage et intuition sortis de régions proche-orientales dont l’Occident ignore les tribulations humaines et leur a préféré les derricks pétrolifères.

Il y a évidemment une intention “prophétique” comme pôle eschatologique du rassemblement des exilés à Sion et Jérusalem. Il faut tenir compte des calendriers de chaque tradition. Ce 19 Tammouz 5780 (11 juillet 2020), le judaïsme est entré dans les trois semaines qui mèneront au jour du 9 du mois de Av 5780 (30 juillet 2020). De quoi est-il question ? Depuis la destruction des murailles de Jérusalem jusqu’au deux destructions des Temples, le circuit proposé par ces semaines est de cheminer sur le sens de l’histoire. Des temps et des délais. Le premier Temple avait été détruit par une haine voulue et rationnelle. Le dernier Temple est mort/a été abattu en raison de la haine irrationnelle qui a dévoré le peuple.

Jésus de Nazareth a dit autre chose : “Détruisez ce sanctuaire, en trois jours, je le relèverai. Il parlait de son corps” (Jean 2). A Jérusalem, il y a deux Lieux Saints où la Présence divine a habité : le Mont du Temple et le Saint-Sépulcre que les orthodoxes appellent Anastasis (Lieu de la Résurrection). Deux maisons situées l’une en face de l’autre. Toutes deux sans Présence.

Qui garde et qui partage les miettes ?

(1) Journal inédit du Père Yves de La Brière, s.j. –
15 mars 1915 “…Si les Alliés s’emparent de Constantinople, que fera-t-on de Sainte-Sophie ? Le Vatican a prié le cardinal Amette de faire proposer au Quai d’Orsay qu’en ce cas Sainte-Sophie devienne une église catholique (latine) sous protectorat de la France. Commission faite par Jules Cambon. Réponse : impossible d’obtenir et même de demander une chose pareille. La France demandera la solution des Lieux saints, c’est-à-dire un co-partage (simultané) entre les diverses communions chrétiennes. La Russie, très impérieuse à vouloir que Sainte-Sophie devienne exclusivement orthodoxe, slave et russe. Exclusion même des Grecs. Rien que l’Eglise russe (…)”. à propos de l’auteur Abba (père) Alexander est en charge des fidèles chrétiens orthodoxes de langues hébraïque, slaves au patriarcat de Jérusalem, talmudiste et étudie l’évolution de la société israélienne. Il consacre sa vie au dialogue entre Judaisme et Christianisme.

Deux nouveaux évêques orthodoxes de France

Le 11 mars 2020, dans sa session habituelle, le Saint Synode du Patriarcat de Moscou a annoncé qu’il confirmait l’élection de l’archimandrite Symeon (Cossec) du Monastère Saint-Silouane et de l’higoumène Elisée (Germain), recteur de la paroisse de la Saint-Trinité d’expression française – dite “la Crypte” qui a été votée le 26 février dernier par l’assemblée de l’Archevêché. C’est un moment novateur pour l’ensemble des Eglises orthodoxes qui vivent en Europe, notamment en Europe occidentale. Cela marque une évolution sur cent ans. Les deux Ecoles théologiques de Paris voient un embryon qui a poussé longtemps et face à diverses tribulations, en Europe et en langue française. Les deux nouveaux évêques ont été choisis selon le Tomos/Gramota de l’Archevêché à l’Institut Saint-Serge, là même où ils furent élus par la nouvelle structure ecclésiale rattachée à la Mère Eglise historique de Moscou. Paris restera toujours une capitale de rencontres des idées, des traditions, des mouvements de populations ,de cultures diverses, de différentes traditions religieuses. La réflexion continue dans diverses directions, avec des personnes qui cherchent à s’inscrire dans la recherche d’une Eglise de tradition russe. C’est la voie que les deux nouveaux évêques ont exprimée, l’ayant choisie comme source de leur direction spirituelle sur un chemin en terre de tradition chrétienne occidentale. Ils ouvrent une voie pour que se poursuivent des routes très contrastées : il y a Saint Silouane l’Athonite, le Père Sophrony (récemment canonisé par Constantinople), les allers-retours entre l’Institut Saint-Serge et l’Institut Saint-Denis passé ensuite à l’ECOF – les études sur les Liturgies développées par Mgr Jean (Eugraph) Kovalevsky en français.

De nombreuses personnalités se croisent sur ce chemin : le métropolite Euloge, ses successeurs, Vladimir Lossky, Olivier Clément, mais aussi Saint Jean de Changhai et de San Francisco, La troïka des théologiens russes (PP. A. Schmemann, Meyendroff et B. Bobrinskoy), les membres des familles de l’émigration russe : le père Pierre Struve (paroisse francophone), le père Lev Gillet, Nikita Struve et YMCA-Presse. Il faut aussi mentionner le père Louis Bouyer et Elisabeth Behr-Sigel venus du protestantisme vers le catholicisme et l’orthodoxie. Ou encore, le père Irénée-Henri Dalmais, dominicain, grand expert des traditions orientales.
Ceci pour dire que l’actuel Archevêché, dans sa nouvelle existence, est un espace large, ouvert sur une grande diversité. Il peut s’égarer à cause de sa situation singulière. Son clergé suit la tradition slave et russe tout en étant traversé par des orientations multiples. C’est une chose que de suivre un archevêque qui a tenu à suivre la voie de la réunification avec l’Eglise-Mère de l’actuel patriarcat de Moscou. Le projet est un peu autre : s’ouvrir à l’avenir en marchant avec les juridictions qui composent le patriarcat de Moscou tout en tenant ferme dans les choix proposés en héritage du Concile de Moscou de 1917-18.

Ceci signifie aussi que l’Archevêché marche de concert avec l’Exarchat moscovite en Europe occidentale et ses diverses “structures ecclésiales” locales située en Europe. Ce même 11 mars, le Saint Synode du patriarcat de Moscou, suite à la demande du métropolite Antoine de Chersonèse, a désigné comme évêque auxiliaire (donc à une tâche identique à celles des évêques Syméon et Elisée) Mgr Alexis comme évêque de Coffa et administrateur du diocèse de Vienne et d’Autriche, à titre temporaire.
Ceci permet de suivre l’évolution de l’Eglise orthodoxe russe dans le vaste espace de la chrétienté occidentale.

Voici ce que j’écrivais voici seulement quelques mois, alors que le coronavirus ne s’étendait pas encore sur le monde, plongeant toutes les communautés religieuses dans des questionnements perplexes sur une pandémie inédite. Comment communier ? A la cuillère, sans cuillère ? Cuillères de bambou ou à usage unique ? Combien de personnes peuvent assister à un Liturgie ? La virtualité a alors pénétré toutes les juridictions, brisant la spontanéité orientale par des gestes barrières inhabituels, l’interdiction d’embrasser les icônes, la main du clergé. Il fallut se rendre à l’évidence d’une distanciation physique, peut-être aussi de la suspicion sélectives, du moins en Occident. Ou bien une sorte d’inconscience, de foi parfois supersticieuse : Dieu est plus fort que toutes et tous, que toute épidémie et mon frère, ma soeur sont ceux en qui chacun se reconnaitrait béatement dans la foi au Christ.

Il n’y eut pas de Pâque. Les deux évêques élus en février 2020, confirmés dignes de la consécration épiscopale par le patriarche Cyrille de Moscou, s’enfouirent dans le désert de l’intériorité… et sans doute d’une préparation plus intense en raison de la charge qui les attend. Le temps est court dit Saint Paul mais nul ne connaît les temps et les délais affirme Qohelet avec sagesse.

Il y eut comme un temps suspendu. Pour un Archevêché des Eglises orthodoxes de tradition russe en Europe occidental, sauvé de manière répétée par une sorte de Providence ineffable – parfois inénarable – s’agissait-il d’un temps de purification ? Il y eut des évêques français dans l’orthodoxie.

C’est ainsi que l’archevêque Pierre (né Paul) L’Huillier étudia, en 1945, à l’institut Saint-Denis à Paris, embrassa la Foi Orthodoxe. Il obtint son diplôme de l’université de Paris et en 1962, sa licence en théologie à l’Académie Théologique de Moscou. C’est de cette même institution qu’il obtint le prestigieux doctorat en Droit Canon en 1985. Sa thèse doctorale, “The Church of the Ancient Councils – The Disciplinary Work Of The First Four Ecumenical Councils” a été publiée en 1996 par St. Vladimir’s Seminary Press.

L’archevêque Pierre a commencé sa vie ecclésiastique le 30 août 1954, lorsqu’il fut tonsuré moine. Les 4 et 5 septembre 1954, il fut ordonné hiérodiacre puis hiéromoine. Il servit comme prêtre de paroisse dans deux paroisses Orthodoxes à Paris, celle des Trois Hiérarques [longtemps la cathédrale du patriarcat de Moscou] et celle de Notre-Dame de Joie des Affligés [paroisse de Vladimir Lossky, francophone]. En 1960, il fut élevé au rang d’archimandrite. Le 12 septembre 1968, en la fête de saint Alexandre Nevsky [ancien calendrier], il fut consacré évêque de Chersonèse au monastère Saint-Alexandre Nevsky à Saint-Petersbourg (appelée alors Leningrad).

En 1979, l’archevêque Pierre a été invité par sa béatitude le métropolite Theodosius pour rejoindre l’Église Orthodoxe d’Amérique, pour être évêque de Brooklyn. En 1981, il fut installé comme évêque de New York & New Jersey. En 1989, le Saint-Synode de l’Église Orthodoxe d’Amérique lui accorda le titre d’archevêque. (cf. St Materne blog, “http://stmaterne.blogspot.com/2007/11/in-memoriam-se-larchevque-pierre.html”).

Ce parcours évoque, au long du 20-ème siècle, le parcours sinon les péripéties d’une Orthodoxie en germe en terre d’Occident. Inculturée dans une tradition russe née de la redécouverte des traditions catholiques et orientales russes et grecques, arabes et roumaines, serbes en terre de France, plus particulièrement à Paris.

Et voici que, à la date des Saints Pierre et Paul selon la tradition chrétienne et le calendrier grégorien [les 27 et 28 (29) juin 2020], les archimandrites Siméon (Cossec) et Elisée (Germain) seront consacrés évêques en la cathédrale Saint Alexandre Nevsky de la Rue Daru, siège de l’Archevêché, né de la mission reçue par le métropolite Euloge, fort d’un souci apostolique dans toute l’Europe occidentale. La carte a changé depuis février 2020. La francéité semble majoritaire. Il y a une urgence pastorale. C’est vécu ainsi dans une juridiction liée au patriarcat de Moscou et dont la priorité est l’acculturation à la française.

Le site francophone “Orthodoxie.com” reprend l’annonce archiépiscopale :

“C’est le 24 janvier dernier que l’assemblée générale ordinaire de l’Archevêché a élu les nouveaux évêques. Le 11 mars, le Saint-Synode du Patriarcat de Moscou a approuvé cette élection de l’archimandrite Syméon, avec pour titre évêque de Domodedovo, et de l’archimandrite Élisée avec pour titre évêque de Reoutov.

Les consécrations seront présidées par le métropolite Jean de Doubna, avec le métropolite Antoine de Chersonèse et l’archevêque Nestor de Madrid et de Lisbonne.

Il est précisé dans l’annonce faite sur le site de l’Archevêché : « En raison des règles sanitaires, l’entrée dans la cathédrale sera limitée. Aussi nous vous invitons à vous associer à la divine liturgie et de suivre les offices d’ordination sur la chaine YouTube de la cathédrale. »”

Or, ce dimanche 21 juin 2020, l’émission “Orthodoxie” des programmes religieux de France 2 de la Télévision française était consacrée à la personnalité de Saint Jean Cassien [“https://orthodoxie.com/orthodoxie-france-2-saint-jean-cassien-maitre-des-moines-latins-21-juin/]. Le saint est vénéré tant par l’Eglise orthodoxe que par l’Eglise catholique qui reconnaît en lui le “maître des moines latins”.  Dom Guillaume Jerdrzejczak, cistercien et théologien – ancien abbé du Mont-des-Cats – attesta du parcours du saint, de sa venue en Occident, à Marseille et de son origine orientale, sans doute la Scythie frontalière des zones linguistiques et culturelles du grec et du latin, de l’hellénisme et de la romanité occidentale.
Saint Jean Cassien fut un maître de l’Eglise indivise, à un moment où le christianisme sortait des catacombes, de la clandestinité pour être officiellement reconnu, par la grâce de Constantin,  dans le vaste Empire d’Orient et d’Occident. Une foi chrétienne qui court le long de la Méditerranée. Jean Cassien est sans doute né en Dobroudja roumaine, dans une région proche de la Dacie (de nombreux soldats romains qui stationnaient en Terre Sainte venaient de ce pays). La période est celle du déclin de l’Empire romain. C’est aussi l’époque du premier concile de Constantinople, en 381, et celle du développement du monachisme. Il meurt vers 435.

Très tôt il veut se consacrer à Dieu et annoncer le Christ dans la voie du monachisme qui était peu connu en-dehors des sources judéennes, syriennes et égyptiennes. On notera le propos intéressant de Yvan König, égyptologue, qui souligne combien il était alors à la mode que de devenir chrétien ; une expérience mystique nouvelle, en vogue et libératrice. Il y eut de l’opportunisme chez beaucoup, d’autres sacrifièrent leurs vies au Dieu vivant et vrai.

Jean Cassien et un frère, Germain, partirent pour Bethléem. Ils s’y s’entraînèrent à la véritable discipline et tradition monastique, avant la venue de Saint Jérôme qui y fonda un grand monastère, non mentionné par le moine itinérant.

Vers 385, Cassien et Germain se rendirent en Égypte, à la rencontre des Pères du Désert dont la tradition était vivante, aevc des centres nombreux. Ils y restent une quinzaine d’années, se rendant de monastère en monastère – passant par Jérusalem et Mar Saba – avant de se stabiliser dans le désert. Vers 400, ils étaient à Constantinople rencontrant saint Jean Chrysostome qui ordonna Jean Cassien diacre et Germain, prêtre.

En 403, Jean Chrysostome est déposé de son siège épiscopal de Constantinople au synode du Chêne en raison de fausses accusations. Jean Cassien fait partie de la délégation qui part à Rome pour le défendre. Il y est ordonné prêtre. On perd sa trace pendant de nombreuses années. En 415, il est en Provence, dans la région de Marseille. Il est lié au monastère de Saint-Victor. Il fut aussi en contact avec les moines de Lérins. Il s’employa à définir la manière dont ces moines doivent vivre dans l’esprit du monachisme authentique. Ses textes sont devenus le modèle de la vie monacale en Occident, profondément inspirée par l’exemple que le saint avait connu au Proche-Orient. Saint Benoît copie ses Institutions dont s’inspireront les théologiens comme les fondateurs d’ordre religieux, que ce soit Saint Thomas d’Aquin ou Saint Ignace de Loyola (qui présente des point d’ancrage dans les traditions du christianisme oriental).

Jean Cassien insiste sur les valeurs du “coeur pur”, de la prière courte et profonde, enracinée dans l’expérience biblique, la responsabilité chrétienne au sein de la société, l’unité d’une vie droite enracinée dans la foi authentique. Il a vécu à l’époque de l’émancipation du christianisme, l’élaboration des structures et de la Liturgie que ses textes ont inspirées jusqu’à nos jours. La vie spirituelle est fait pour évoluer sans cesse, de manière renouvelée dans la confiance à l’Esprit Saint.

Le monastère Saint-Victor reste l’un des points de rencontres les plus diverses, inter-religieuses, de communautés venues de tous les horizons de la périphérie méditerranéenne. La capitale phocéenne, née de la rencontre ancienne entre l’Orient et l’Occident fut à la fois un havre de paix et de conflits âpres, d’une coexistence passagère et constamment renouvelée au cours des siècles. Saint Jean Cassien est à la limite des fractures qui ont affecté le déclin de l’Empire romain et le déploiement du christianisme dans ses expressions grecques, latines. Il fut l’un des rares penseurs dont les écrits furent traduits du latin vers le grec avec une vénération particulière en Orient. L’Occident bénédictin et cistercien, monastique (jusque dans les Îles Britanniques) l’ont reconnu comme le maître incontesté de la vérité qui nourrit le sens de la vie consacrée. Il reste l’un des pères de l’Eglise, née des témoignages vivants des Pères du Désert. Ses écrits ont été intégrés à la Philocalie tissée des textes fondamentaux de la tradition orthodoxe.

Parlerait-on d’un modèle actuel de dialogue oecuménique, en liaison à l’âge de l’Eglise indivise ? Michel Stavrou, professeur à l’Institut Saint-Serge, mentionne cette éventualité. L’Eglise contemporaine est sans doute multiple comme l’était celle des temps apostoliques. Nous ne somme plus dans la logique de l’Eglise indivise, au temps où saint Augustin échangeait des lettres avec Saint Jérôme. En l’an 2000, à Jérusalem, on a fêté Saint Saba le Sanctifié, le moine du Désert de Judée qui a façonné le Typikon, défini les règles monastiques. Comme saint Benoît de Nursie et en dépit de la distance qui les séparaît – ainsi que les langues – tous deux vécurent le Mystère de l’indivisibilité eucharistique, suscitant des foisonnements théologiques… inscrivant la foi au Christ dans l’humus de leurs terres, .

Le protopresbytre Jean Gueit, aujourd’hui membre de l’Archidiocèse des Eglises orthodoxes de tradition russe en Europe occidentale (patriarcat de Moscou) appartient au clergé de cette région Provence- Marseille-Aix-en-Provence, imprégnée de traditions multiples. Spécialiste de l’histoire russe, il montre la coexistence, la rencontre de plusieurs communautés orthodoxes – en particulier au monastère Saint-Victor – où l’on célébre en roumain, russe, français, en grec.

L’un des célébrants rappella, au détour d’une image, que Marseille fut orthodoxe pendant mille ans. C’est effectivement la position des Eglises orthodoxes pour lesquelles le schisme de 1054 marqua une rupture qui perdure. Elle est parfois ignorée ou traitée par déni. Mais la brisure est réelle. Il est important que le propos ait été clairement exprimé comme une réalité théologique et relationnelle entre les Eglises.

Il reste que cette émission sur saint Jean Cassien aide à percevoir la profondeur de l’enracinement de la théologie et des usages communs à l’Orient et à l’Occident.

Depuis un certain temps, l’émission “Orthodoxie”, aujourd’hui dirigée par le père Jivko Panev, a proposé de découvrir des réalités de la foi orthodoxe en milieu francophone, immergé dans des paysages régionaux français. L’enracinement hexagonal est significatif. Dans le cas de l’Orthodoxie – comme des chrétiens orientaux des Eglises anciennes ou en communion avec Rome – les références internationales sont naturelles.

Il est donc intéressant de découvrir la réalité locale : des musiciens, des aumôniers militaires ou des moines médecins, des moines cultivateurs et guides spirituels. Des chercheurs de la Parole Divine (la Septante) ou des monastères, des centres de formation théologiques qui ont fait le choix de vivre la francéité au sein de l’Orthodoxie.

On soulignera deux émissions sur Olivier Clément, théologien qui a profondément marqué l’identité de la foi orthodoxe dans son enracinement le plus ouvert sur la dialogue entre toutes les traditions tout en insistant sur l’expression francophone. Un pari assez typique dans un pays et une partie de l’Europe christianisée très tôt par des missionnaires venus de l’Orient, parlant grec puis latin et qui, de manière atavique, appartiennent à la tradition de l’Eglise de Rome catholique dite de “la latinité”. Encore  que celle-ci fut scindée par un protestantisme occidental, certes présent en Russie depuis le 15-ème siècle.

Sur cette terre catholique, les Eglises orthodoxes étendent leurs patriarcats initiaux en de nombreuses paroisses. Il y a un souffle missionnaire qui est l’une des caractéristiques constantes de l’Eglise orientale slave. L’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge reprend souffle après avoir été accueilli à l’Institut protestant. En septembre 2020, il retournera à son berceau historique de la Colline Saint-Serge, ouvrant sa riche et précieuse bibliothèque et poursuivant sa route de formation.

L’usage de la langue française peut devenir un sujet irritant, passionnel… gallican peut-être, comme il fut vécu au sein de l’ECOF (Eglise catholique orthodoxe) dont les disciples labourent sans relâche les champs d’une tradition presque francilienne.

Le Séminaire Orthodoxe Russe en France (SORF), implanté à Epernay-sous-Sénart, insiste sur l’usage de la langue française, avec des célébrations belles et stylées, exprimées surtout dans cette langue par des locuteurs majoritairement venus des Pays de l’Est (Russie, Ukraine, Pologne ou Caucase). Il introduit aussi des spéficités liturgiques sobres qui séduisent tant les orthodoxes francophones que les catholiques en quête d’Orient byzantin. Ce laboratoire russe francophile couve depuis des années dans un fermage où se côtoient aujourd’hui des chevaux, des ânes, des poules et des abeilles.

Les deux nouveaux évêques d’un Archevéché qui ne peut se réduire à sa dimension hexagonale ouvriront une voie bêchée depuis des décennies par des passionnés de la Parole et la fidélité à une langue, une nation. Pourtant leurs ministères n’ont de sens que s’ils visent au plus vaste, au plus large de la foi au Christ ressuscité.

De manière surprenante, l’Archevéché qui a trouvé, en France, une terre d’accueil et d’asile, d’ouverture et de compréhension inverse, par ses hiérarques épiscopaux actuels, la dominante essentielle qui s’imposa pendant un siècle. Il fallait et il faut toujours que le slavon soit la langue liturgique matricielle. Pendant des générations, on s’échinait à préserver envers et contre tout l’usage du russe, de traditions culinaires, poétiques, musicales… Samovars et vieilles dentelles se sont soudain élargies lors de la perestroika et l’ouverture des frontières de l’ex-Union Soviétique.

Pourtant, la suspicion a persisté. Elle s’exprime souvent, avec discernement et violence parfois, par le rejet de structures qui expriment aussi l’identité d’espaces culturels et religieux.

Aujourd’hui, l’Archevéché est sérieusement amputé de nombreuses paroisses qui exprimaient la réalité orthodoxe russe dans toutes les régions de l ‘Europe occidentale. Il l’est d’autant plus que l’Exarchat du Patriarcat de Moscou en Europe occidentale se déploie sur des terres qui furent “eulogiennes” (Espagne, Italie, Suisse, Scandinavie, Allemagne).

La recherche orthodoxe a trouvé dans l’accueil français – et dans sa liberté laïque et républicaine – un espace propice à se “maintenir/to maintain” d’autant plus que l’Angleterre proche a hébergé des membres éminents de la quête orthodoxe russe en Europe occidentale. Ce fut le cas du Métropolite Antoine (Bloom) de Souroge, né à Nice et l’un des plus grands évêque du Patriarcat moscovite du 20-ème siècle. A la croisée de la colline Saint-Serge, l’archimandrite Sophrony (Sakharov) a porté depuis le Mont Athos, la foi forte du Moine Silouane (Antonov) du Monastère Saint Pantéléimon ou Rossikon jusqu’au monastère Saint Jean-Baptiste dans l’Essex britannique. Il choisit pourtant de rejoindre la juridiction du patriarcat oecuménique. Ce fut le point de convergence à l’épanouissement spirituel du moine Symeon (Cossec) depuis l’héritage cistercien jusqu’à sa fondation monastique grâce à la guidance du staretz Sophrony.

Comment ne pas mentionner, comme l’un des premiers prêtres orthodoxes chargée de paroisse d’expression française, le Moine de l’Eglise d’Orient – le père Lev Gillet – lié au Métropolite Euloge et mort à Londres, membre du Fellowship of Saint Alban and Saint Sergius.

Ainsi, il y a désormais trois évêques français dans l’Archevéché. Tous trois sont des fils spirituels d’une convergence de rencontres entre la théologie russe et la tradition grecque de l’Athos. Sans doute faut-il tenir compte de l’antagonisme inné et persistant entre l’Athos héllénique et la Sainte Montagne slave d’expression russe. Le Moine Sophrony dénonçait cette “praxis”.

Est-ce une particularité à la française qui, historiquement, peut tourner à un gallicanisme impétieux ? Il ne faudrait pas cela soit le cas. Il y a une “tentation franco-française” qui se joue aussi sur les notes de la sainteté de l’héritage chrétien, voire royaliste et sacralisant.

L’Archevéché unit beaucoup de langues, de cultures et de traditions nées dans cet humus européen torturé au long des siècles par la pureté de la foi, depuis Narvik jusqu’à la frontière espagnole, l’Italie et l’Allemagne, les Îles Britanniques et l’Ecosse.

Il sera essentiel d’en tenir compte et d’associer les contrées germaniques (allemandes, néerlandaises), belges, luxembourgeoises ou encore scandinaves, voire les paysages anglophones, sans oublier l’Italie qui fait le lien entre la Méditerranée occidentale et orientale.

L’une des caractéristiques de l’Archevéché est qu’il est profondément porteur de l’universalité catholique, orthodoxe et apostolique de la Foi – au-delà des typisme comme l’exprimait l’Ancien Sophrony d’Essex.

En raison des règles sanitaires, l’entrée dans la cathédrale sera limitée. Tous sont invités à s’associer à la Divine Liturgie et à suivre les offices d’ordination sur la chaine YouTube de la cathédrale. (Saint Alexandre Nevsky “https://www.youtube.com/results?search_query=cathedrale+alexandre+nevsky+paris”).

Il serait beau qu’à chacune de ces consécrations épiscopales (on n’ordonne qu’un seul membre du clergé par Liturgie dans la tradition orthodoxe), des représentants et amis des autres Eglises orthodoxes et autres assistent les nouveaux épiscopes sur leurs routes dans la Foi.

AXIOI ! Достойны! Αξιοι! Ad multos! Nombreuses années !

Sto Lat !

” עבר או עובר ויעבור”,
At Yad-VaShem, a quotation of Isaac Bashevis Singer is written: “A world that has passed”. In the case of John-Paul II, he remains a link. This aspect is always taken into consideration.
The Catholics love to quote the words and declarations of the acting pope. They are scared when this becomes ambiguous as, for example, the fact that former pope Benedict XVI decides to write or express his opinion. There seems to be only one and unique “acting if not pending” pope…
In fact, there are chains of bishops who were called to head the Roman Catholic Church of Rome. John-Paul II had a special destiny and resumé that was deeply mirrored in the destiny and history of his Polish nation, language, culture, traditions of the Slavs, a bit to the North to Lithuania, to the East with the “Polish-like” speeches of the Wend-Sorbisch/Serbs of Germany.
And a profound clutch with German, mainly through the K. u. K. the Austrian and Hungarian empire. His father gave to the young lad the first (Christian) name that showed this respect for the Central European Empire. John-Paul II really respected humankind. Undoubtedly a gifted man, interested in literature, theater, actions, creation, fighting for the freedom of speech and soul, true faith. “Do not fear” echoes this call to liberty, responsibility. It meant to be able to overcome the cowardice of weak souls, crooked personalities, double-sided ambiguous attitudes, and “lockdown”.
He was deeply educated and fond of German philosophy, gifted for languages. But not because he could or scarcely speak some of them: he was convinced that each dialect allows a connection to all of the human beings. He was convinced that newness had to germinate. The Catholic Church had been tempted by “ruling the Reign of the Lord throughout the continents”. He visited the parts of the globe as a simple and humble witness of life, over life and conviction in the resurrection.
Still, he was also “isolated” because he could not go beyond the frontiers that imprint and continue to impact the Christian heritage in Europe. He could not match with the Orthodox who only came up to some new freedom thirty years ago by the time of the perestroika and the fall of dictatorships. He was too close and still “alien” to the spirit of the East, the original Faith born from the totality of the Pentarchy. It is aching as for now in the pangs of revolving rebirthing processes.
Wrongdoings? Of course, because the Roman local Vatican was framed and it has always been comfortable to choose carrier rather than Serving. There are chains of popes and they help each other indeed. True, the abuse of authority, sexual abuse, abuse of administrative fencing have to be corrected. They threaten the Church directly. It is more and more difficult at present.
But again, silence makes it coward and mean. Time has passed and the whole thing requires a real cleansing. John-Paul II? We met some times, also as I gave him (and to now-cardinal Dziwisz of Krakow) 12 “philakta = signs of amity, philia” that use to be given in the Greek Orthodox tradition.
He remains a model for me in one very important way: do all you can not hurt back, not to be silent because of some cowardice, but be silent and speak only in time in order to pave the way to healing. Totus Tuus!

It is time to speak… wait and see.

Le covid mène la danse

Autant le dire tout de go : çà décoiffe ! “Les coiffeurs rasent les murs et les doyens perdent leurs facultés” disait-on en France, en 1968. Cinquante ans ont passé. Nous entrons dans une vraie quarantaine : celle où l’espace est restreint géographiquement, bien balisé, traçabilisé.
Tout cela se produit de manière si inattendue. Il y a eu des accros, c’est vrai. Des gens sont morts du virus HIV-le Sida. Ils continuent de mourir de cette infection, mais depuis plus de trente ans, les choses se sont nettement améliorées.
 Tout a commencé par une histoire de chauve-souris. Qui mange des chauve-souris ? Se délecter de volatiles qui collent aux cheveux, serait-ce chercher des poux dans des esprits tordus ?

 

Partout, dans le monde, les marchés entrent en eux-mêmes, se recroquevillent jusqu’à disparaître. Qui était au courant ? On ramasse les think-tanks à la pelle. Les professionnels du conseil, de l’analyse, de la réflexion géo-politique, de la sociabilité post-moderne fondent sous des tsunamis d’irrationnalités intercontinentales. A force de renifler l’air du temps, le temps passe, a passé… Il passera et, pire encore ! on perd l’odorat ces temps derniers et c’est un syndrome planétaire.

On a perdu le sens commun mais tout le monde cause sur tout. Au début, un petit virus. Mais c’est quoi un virus qui se promène à l’orée d’une cité gigantesque de onze millions d’âmes ? Qui a vu le virus flâner au coin des rues ?
Non mais ! Il est où ce virus qui transforme la connexion “pal”, “friend”, “buddy”, “click & go” en une fièvre qui vient et va, s’en va ou monte, volète et puis, bon, adieu. La virtualité n’est plus ce qu’elle était. Nous nous sentions unis. Certes pas pour longtemps : dix minutes, une heure, un jour, quelques jours ou semaines, voire plus si affinités. De l’émotion ou bien du commerce. Un petit click par une touche sur clavier. Quelques mots batardisés sur un écran ou partagés en sons temporaires. Des heures, des mois, déjà des années qui s’étirent sur la planète et captent jusqu’à l’intime de vies qui s’affichent… et que l’on peut effacer, du moins on le croirait.
M’enfin ! Ce virus, qui c’est qui l’ a vu, c’te virus ? Tous sont là à jaser : “Mais j’ai personne vu !” C’est un truc à la “Caméra cachée” ! Un bluff, quoi !? On ne peut plus se faire la bise. Enfin, la bise… Certains se bécotent quatre fois, d’autre deux – sur les joues, sur la bouche, dans le cou, sur les cheveux.
“Touche pas à mon pote”… une parole prophétique qui peut se terminer à la chambre mortuaire. Mais ça fait mal là où ça a piqué.
Ne plus se toucher. La cata ! Garder ses distances ? Alors on mesure selon des repères intelligibles : la longueur d’un kangourou en Australie, d’un cerf au Canada. En Israël, ce sont les voitures qui porte le panneau “sh’mor merakhoq/שמור מרחוק = gardez vos distances”. C’est presqu’aussi vieux que le pays…
On comprend qu’un “baiser = neshikah/נשיקה” puisse se changer comme un rien, un petit rien… un petit virus invisible à l’oeil nu, en une “arme = neshek/נשק” redoutable. On croit aimer et être aimé, eh voilà qu’une bestiole passe et l’amour s’en va… pas haineux, pas agressif. Non ; il s’est transformé en un ennemi destructeur, morbide…
Cela faisait vingt ans que l’on avait développé l’internet, le monde virtuel qui peut être vrai, faux, fake, attrayant. Une touche et le monde s’est soudain planétarisé. On se rencontre par écrans, par microphone. Il n’y a plus de distance. On clique et on accroche, on décroche, on raccroche sans même se rencontrer dans la vraie vie. Un écran, des protections avec des anti-virus qui envahissent le paysage des réseaux sociaux. Pas besoin de parler. Pas de mauvaises odeurs. On a du nez pour trouver l’âme soeur ou un(e) ami(e), voire faire connaissance aujourd’hui avec des personnes que l’on n’aurait jamais vues et qui ouvrent des horizons. Actuellement, les narines se cachent derrière des loups anti-coronavirus.
Il ne manquait plus que le “masque” dans une affaire médicale qui attaque directement les poumons, la respiration. La symbolique est forte : en hébreu “neshamah/נשמה – âme, être vivant” avec pour corrollaire “neshimah/נשימה = respiration”. Si la respiration est bloquée, l’âme et le corps périssent.
Dans toutes les urgences hospitalières du monde, les médecins et personnels soignants sont épuisés.  Le temps semble suspendu mais la course au vaccin est onéreuse.
On se croirait en pleine masquarade ! Il y a comme un paradoxe en cette année juive 5780. Le calendrier est passé, en septembre 2019, des années 70 (5779) à la décennie des 80 (5780). A peine si l’on a eu le temps de s’en rendre compte. La situation était en turbulence dans tout le Proche-Orient. L’Europe était un peu en furie, souvent teintée de jaune chez des gilets français, belges ou néerlandais. En Allemagne de l’Est, des jours d’effervescence et de rejet social, racial, idéologique.
On évoque alors la bouche (“peh/פה”) puisque “quatre-vingts” s’écrit avec cette lettre qui hésite entre le “p” et le “f”. Le mot “bouche” est bref, monosyllabique. Ancien, archaïque. Car les sens sont primaires. Il faut une bouche pour manger, un nez pour respirer (“af/אף = nez, narine, puis “colère” par extension sémantique), un oeil – deux yeux pour voir (”ayn/עין”). Des mots brefs mais vitaux. Il est question de vie, de survie parfois. Il y va des paroles apparemment si grégaires de la seconde prière de l’office juif du Matin (Shaharit/שחרית) : “Béni soit-Tu…/ Qui a créé l’être humain (Adam)… et les apertures, les orifices. Si un seul venait à ne pas être fermé ou s’ouvrir, il serait impossible de rester en vie ne fût-ce qu’une heure”.
La bouche permet de parler. Elle abrite et reçoit les sons issus de la gorge, qui combinent la parole à la respiration. La décennie s’annonçait comme une ouverture sur la richesse des connexions et des traditions nées de l’oralité. Il faudra désormais mettre des masques, couvrir le nez et fermer le bec par crainte des postillons.
En latin médiéval, masca signifiait “masque, spectre, cauchemar”. On suggère que le mot viendrait de l’arabe maskharah “bouffon, moquerie”, de sakhira “être moqué, ridiculisé”. D’autres pensent que le terme est plutôt lié au vieux-français mascurer “noircir (le visage)… En occitan de Béziers, masco veut tant dire “une sorcière” qu'”un nuage noire avant que la pluie ne tombe”.
La bouche est faite pour bouger, s’exprimer, laisser passer les sons. Maintenant, elle doit être voilée, dans certaines circonstances, pour faire face au danger mortel. Du jamais-vu ! hulule–t-on en français courant.  Pourquoi interdire la burqa… On hésite aujourd’hui entre la burqa faciale unisexe et le scaphandre soft tissu ou plastique. Tout le monde se lance dans le tricot en viscose ou en tissu, c’est aussi l’une des plus archaïques étymologies du masque, “mezg = coudre, mailler [cf. to mesh en anglais”].
Et puis, on découvre l’obligation de se laver les mains. Tout le temps, de manière presque compulsive. On assiste à la démultiplication outrancière du “netilat yadayim/נטילת ידיים = lavement, purification des mains” ou des ablutions rituelles de l’Islam.
Une minuscule bestiole, un virus. Depuis des années, on sent monter à travers les continents, des turbulences sociales, économiques, morales, philosophiques. Est-ce tellement neuf ? Certains ont la délicatesse de paraître blazés. L’histoire du globe Terre s’étend sur des milliards d’années et l’être humain est récent au regard d’une telle chronologie. Alors, un virus…!  Il y a eu bien pire, bien plus tragique, dramatique au cours de ces milliards d’années. Gutenberg, c’était hier. Le digital c’est aujourd’hui mais franchement primitif. “Digit”, c’est compter sur ses doigts. Il faut maintenant les protéger et les comptes financiers internationaux sont à revoir.
Le virus ? Continuons sur les mots. Le sanscrit visam est un venin, un poison” comme le grec ios ou le latin viscum (liquide visqueux, glue)… curieusement le slavon vishnya/вишнья (cerise) comme un beau fruit qui peut être vénéneux…
L’hébreu renvoie au psaume 58, 5 : “חֲמַת-לָמוֹ, כִּדְמוּת חֲמַת-נָחָשׁ; כְּמוֹ-פֶתֶן חֵרֵשׁ, יַאְטֵם אָזְנוֹ = leur venin (khamat-lamo) ressemble au venin du serpent   comme un cobra sourd   qui se bouche l’oreille”.
Khemah est le nom allégorique de l’un des anges de justice (Exode Rabba 24).
Qui oserait parler d’injustice ? Qui oserait dire que ce virus vient corriger des comportements que l’être humain affirme maîtriser grâce à sa toute-puissance. Serait-elle donc fictive ?
On connaît ce midrach où Salomon, le roi dont la sagesse légendaire s’est étiolée au cours d’un règne où la volonté de gloire a pris le pas sur l’humilité dont il avait preuve lors de son accession au trône d’Israël. Voilà qu’un jour il regardait une minuscule fourmi qui s’était logée sur le creux de sa main. Il dit à l’insecte : “Y aurait-il quelqu’un au monde de plus grand que moi ?” – “Eh bien, oui !”, lui répondit la fourmi. “Moi, je suis plus grande que toi parce que Dieu t’a placé ici pour me porter.”
On parle de confinement en français. L’hébreu “seger/סגר” indique une fermeture alors que tout, dans les traditions sémitiques, porte à ouvrir sur ce qui est inaccessible. Encore faut-il trouver le mot de passe. La fermeture ou les murailles séparent et relient : il y a des temps pour être en contact, d’autres pour se préserver des autres. Mais le Covid-19 introduit une autre notion par sa dimension, internationale, universelle, s’attaquant à tout être humain sans distinction de condition, d’origine, de culture.
Il y a d’autres aspects. Nous assistons à une neutralisation saisissante de tous les rites habituels de la vie religieuse monothéiste. Rares sont ceux qui auraient prévu la percée surpuissante d’un virus aussi dévastateur, insaisissable, invisible. Il s’est sans doute manifesté quelque part en Chine – les choses ne sont encore que de l’ordre de l’observation – aux alentours de la fête de Souccot 2019 (vers les 13-30 octobre 2019). Il est fort probable qu’il recouvrira tous les hommes d’une chape opaque tout au long de l’année 2020. Nous ne saurions préjuger de l’apparition prochaine d’autres virus destructeurs.
Les fidèles de tous les monothéismes ont directement subi la pandémie. La convivialité communautaire, les rites ont été brutalement interrompus (embrassades, toucher les objets du culte). Plus question d’embrasser une mezuzah, un rouleau de la Torah, de faire des circoncisions, de se tenir aux côtés de fidèles auxquels on accorde toute confiance humaine. Le chrétien arrête de se tenir par la main pour une chaîne de prière, ne peut s’approcher de la communion sacramentelle au Corps et au Sang de Jésus de Nazareth. La coupe de vin devient suspecte ; la patène peut-elle transmettre l’infection…? Les doigts des célébrants comme des laïcs deviennent porteurs de léthalité. Dans les Eglises orthodoxes, il devient dangereux d’embrasser ou de toucher tout ce qui est au coeur-même de la tradition orientale. Plus question de vénérer les icônes, l’Evangéliaire, l’autel, la croix, les gestes ordinaires comme embrasser la main de l’évêque ou du prêtre pour recevoir une bénédiction (également courant dans certains milieux harédiques).

Face à la généralisation du gel hydro-alcoolique, comment lire ces paroles de Jésus de Nazareth : “(Après avoir dit cela), Jésus cracha à terre, il fit une boue avec sa salive. Puis il appliqua cette boue sur les yeux de l’aveugle. Et il lui dit : “Va, et lave-toi au réservoir de Siloé (qui signifie “envoyé”). Il y alla, se lava et s’en retourna voyant clair” (Jean 9, 6-7).

 

On peut parler d’une vitalité pluriséculaire et plurielle, présente dans de nombreuses religions qui plongent à une source abrahamique commune. La Révélation diffusés par des prismes divers est soudain en suspens… des siècles de pratiques rituelles sont placées entre parenthèses.
La Pâque juive, les Pâques chrétiennes de rites occidentaux et orientaux , les prières à La Mecque et le mois saint du Ramadan sont claquemurés comme on dit si joliment en wallon.
On peut parler d’une éclipse. Les gestes les plus naturels, cultivés sur des centaines d’années – deux ou quatre mille ans, c’est peu de choses à dire vrai – s’estompent de la pratique, de l’expression de la foi. Ils sont présents. Ils le seront. Pourtant, il n’est plus question de parler d’un Dieu caché (El Nistar/אל נסתר, Deus Absconditus) comme on le fit pour évoquer la période de la destruction pendant la Shoah. Certains penseurs ont réfléchi sur un “Tzimtzum/ציםצום”, comme si le Créateur s’était effacé de la présence humaine, le laissant – ou l’abandonnant- à sa cruauté inhumaine et sordide.
Ne pourrait-on parler d’une autre forme d’éclipse ? Il s’agit de ce temps où l’être humain – unique nation d’Homo Sapiens – est obligé de s’éclipser des gestes et des actions si prégnants de ses cultures et, surtout, des expressions de Foi au Dieu Unique. Celles-ci se sont distanciées au cours des siècles et des tribulations au grand large des continents.
Dieu peut-Il s’absenter ?
Ne serait-ce plutôt l’être humain qui s’éclipse de la Face divine sans prendre conscience du processus de cette distanciation… Une dérive de puissance ? Le confinement est défini comme une “(auto-)isolation” dans certaines langues. La virtualité entraîne “hors les murs”, dans un en-soi où les périls semblent incertains, irréels.
“Rien ne sera plus comme avant !”… On a l’avenir court, la mémoire chancelante et ritualisée. Le 75-ème anniversaire de la libération des camps d’Auschwitz-Birkenau ? des camps de concentration et d’extermination ? Oui, certes. Ce fut le 27 janvier dernier. En revanche, les célébrations furent stupéfiantes tant elles révélaient les intérêts géo-stratégiques, politiques, économiques de nations européennes qui avaient toutes participé à la tragédie de l’extermination, du meurtre de millions d’êtres humains.
J’avais été frappé qu’à Jérusalem aucune personne rescapée ne soit vraiment intervenue en yiddish. Quelle est la langue qui témoigne, au long des siècles, de cette proximité distante entre le monde juif pieux et/ou apikoros (dubitatif) et l’ensemble du monde chrétien ? Le yiddish passe les murailles du non-dit dans une nostalgie triste et gaie à la fois. On ne l’entendit pas à Jérusalem. A Paris, le président français fut le seul à s’y aventurer. Il prononça ces mots “Mir zeynen do/מיר זיינען דא = nous sommes là” en visitant le Mémorial de la Shoah.
La chape se poursuivit avec les célébrations amputées du 75-ème anniversaire de la fin de la deuxième guerre mondiale. Des défilés restreints pour un temps inscrit dans l’Histoire. Il a passé.
Des milliers d’Américains meurent du virus. En Russie, il fait des ravages. Partout se profile le spectre de la faillite économique. Des millions de chômeurs. Des millions d’êtres humains souffrent de famine. Les Etats croulent sous le poids de dettes qui se sont accumulées au cours du 20-ème siècle.
Partout, l’être humain fait montre de sa capacité tenace à résister au mal qui l’atteint.
“Je vous en conjure, Filles de Jérusalem, n’éveillez pas, ne réveillez pas l’Amour
avant qu’Il y prenne Son bon vouloir” (Cantique des Cantiques 3, 5).

 

A Sabbatical Good Friday

(c) Ben Gray’s wonderful picture of the light over the Edicule of the Holy Tomb

You have certainly noticed that Israeli society develops new view about what European cultures used to call “weekend”, definitely influenced by the Christian tradition. Apparently, the Christian weekend consists in a secular understanding of two non-working days, e.g.: Saturday and Sunday that may start on Friday afternoon. With regards to the Work regulations in force in most countries, the obligation to stop any activity on one day of the week has not been very constant. Until nowadays, a lot of people throughout the world would not really benefit from any day-off, and this affects them for the better part of the year. Some cultures would simply ignore the right to get some rest. Even in dire times of pandemics.

In this respect, Judaism has introduced the Shabbat day-off, with the obligation to rest, not to accomplish 37 sorts of activities for a very special reason: it is a real “imitatio Dei” – the Jew and the strangers who abide in the midst of the Jewish community have been created at the Image and Likeness of God Himself. And, when God finished His labor that was the creation and fashioning of the world and its inhabitants, he rested from all the work that He had done while continuing to develop and create it (asher bara Elohim la’asot/אשר ברא לעשות) (Gen. 2:3). When entering the seventh day eve when sun sets on the sixth day, the prayer quotes the verse of the TaNaKh that explains why all activities should be stopped. “Yom shishi : sixth day. and, thus, were achieved, the heaven and the earth and all their array (Bereishit 2:1).

God made them to the fullest of their plenitude, which is explicit in the verb “Vayechullu\ויכולו”. It does not mean that He had “finished” a task, a work. It states that the six day intense activity was a time of conceiving, constructing, shaping, breathing-in life and bringing-in a full autonomous and systematic. It could also function and be self-sufficient. This is why “asher bara la’asot – which He created in a continual process” is meaningful. Let’s say that, God could have gone for a nap or a rest, not even the supposed 24 hours of Shabbat. The whole system and their numerous living, procreating devices and creatures could have stopped. We are perfectly aware that we exist and survive day by day, generation after generation by some automatically scheduled table that requires a repair or some adjustment from time to time. This is puzzling, precisely because God has accomplished, achieved His creation work. The root comes from “KOL/kolel/klal\כל-כול-כולל-כלל = fulfill, fulfillment. wholeness, entirety”.

“Vaykhullu” has another meaning linked to what shows fulfillment according to the Jewish tradition. God “achieved” His work on the sixth day in the sense that it was “total and one, unique”. So God shaped the universe, heaven and earth, with the substance of being a “bride – kallah\כלה” in two ways. Firstly, to be like a crown that ornaments the nature of the worlds as in Isaiah 49:18. Secondly, the perfect crown is figured out as the bride because she allows the bridegroom to continue this systematic action of creativity based on uniqueness and love. “The bride/kallah is to be found perfect in the house of her father-in-law” (Pessahim 87a). Kallah is also the name of the Great Assembly of the students who, like those in Babylon, study the Torah during the months of Adar and Ellul. God’s Presence is spicy as the k’lah/uchla – the full measure of spices (Bava Betza III.62b).

 

This is why the sixth day is so meaningful for the Jewish tradition. It realizes to the whole what was already unique and one, singular on the first day, “yom echad\יום אחד – day one” and not “yom rishon\יום ראשון” as we have it today for our weekly delays. In Hebrew (as in all Semitic languages), days are named by numbers from one to six. Modern Hebrew lined the initial creation day on the second, “rishon = first” sounds more coherent. And we have been launched in the whirling development of time in space. We may consider the biblical account of the 6 day creation as a tale. Still, it is certainly the best way to describe what happened in the realm of God’s big bang. The seventh day or “yom hashevi’i – Shabbat” implements and clarifies additional features of a “creative launching process”. As if the “day one/yom echad” might, in the future, appear as the one and eighth day in terms of symbolic existence. Biblical Greek (Septuagint) and Latin (Vulgata) are of course based on the Hebrew day compute. There is no Sun-day, Moon-day, Fri-day (Frijadagur – (Freyja/Venus) wooing day) or Satur(ne)-day) = Laugardagur in Icelandic: “laundrying, washing, bathing day –Dan. Lørdag”. Christianity – this is barely known even by the believers – has kept until now the Hebrew weekly compute to define the days and the hours for the prayers.

Thus, Friday (Gr. Paraskevi/παρασκευη; Rus. Piatnitsa-Пятница/5th day) is of major importance in Christianity since the very foundation of the faith that Jesus of Nazareth rose from the dead. Good Friday is Gr. Megali Paraskevi- μεγαλη παρασκευη/Great Friday (“Sad” in Arabic) Germ. Karfreitag (Lamentation day) or Slavonic Strasnoi Piatok/stranaia Piatnitsa6срастной Пяток-страстная пятница” (Passion Friday/5th day), Scand. Long Friday. Jesus died at the some hours before the beginning of the Great Feast (Pesach). The Greek word is in the LXX as “the day of preparation to the Shabbat” is referred as Friday in all the Gospel (Matthew 27:62; Mark 15:42; Luke 23:54; John 19:14 (Nisan 14 = Pesach).

It means that the Yom shishi took place in a full Jewish and ritual context, still under control of a foreign occupation Roman Empire governor, soldiers coming from all possible nations of that huge empire. The whole account of Jesus judgment is fascinating because it shows the acuity of Jesus’ words or silence in facing two heads of questionable institutions. Pontius Pilatus condemned him by fear then played the innocent. He sent Jesus to Caiaphas, the high priest but the Sanhedrin could hardly be decisional in the situation of occupation. The context is mostly biased in a unique messianic context. It is impossible to make any comparison with Shabtai Tzvi destiny or other false messiahs. In the case of Good Friday, it does correspond to the bridal end day of the creation of the world and the preparation to resting… thus not dying, but being prolonged over the apparent stop, cease. The women had brought the spices (cf. k’lah) for his embalming (Luke 23:55).

It is quite impossible for the Jewish communities to positively consider in the present any link between Yom shishi/Friday – entrance of the Shabbat and Good Friday. Ecumenical movements showed after World War II with strong interests for the ties that do exist and cannot be cancelled or denied between Judaism and Christianity. In this field, we are lying in some cradle of understanding, at some blurred dawn of a possible encounter that cannot be escaped. It will require centuries of patience and a lot of mutual humbleness.

The split between Judaism and Christianity does show with persistence and violence (bedin: with violence and unwillingly) hesitating between friendship, total ignorance or dreamy love and peace utopia. The recent change that Pope Benedict XVI decided with regards to the classical Good Friday Tridentine prayer mainly tends to ban the reading of the prayer as printed in the old books printed in Latin because it is the standard language of the Roman Church. Pope John XXIII had suppressed the words “Let us pray for the perfidious Jews (pro perfidis Judaeis)” in 1960.

Now, the version of the prayer said on Good Friday in the Roman Catholic Church after the final publication of the text in 1970 (Pope Paul VI) is thus: “1. Let us pray for the Jewish people, the first to hear the word of God, that they may continue to grow in the love of His Name and in faithfulness to His covenant. 2. Almighty and eternal God, long ago you gave your promise to Abraham and his posterity. Listen to your Church as we pray that the people you first made your own may arrive at the fullness of redemption…”

This change only concerns and is only observed by the Latin rite part of the Roman Church. The Oriental Churches have not revised any text. It would have presupposed the union of the Orthodox Churches and their agreement that was not possible for political and mostly theological positions. The new authorized Catholic Tridentine text states: “1. Let us also pray for the Jews: That our God and Lord may illuminate their hearts, that they acknowledge Jesus Christ is the Savior of all men. 2. Almighty and eternal God, who want that all men be saved and come to the recognition of the truth, propitiously grant that even as the fullness of the peoples enters Thy Church, all Israel be saved. Through Christ Our Lord. Amen” (Vatican, 2008).

There are positive expressions scattered in many Latin rite prayers (e.g. “the Israelite dignity” for Easter). All suggest that the Jews should confess and recognize the Savior. Thus, all the Churches call the Jews to convert to the Christian Creed. In this matter, we cannot be blind or keep arguing that this has been canceled. Some Churches would stop baptizing because they are afraid of Israeli or Muslim protests. Fear has nothing to do with faith, freedom of conscience, respect of the souls. Israel still bears, for a long time, the wounds and scars of the nails of the Cross.

This special year is like a Sabbatical year for paschal celebrations. It questions the rituals, the way we meet the days when the Lord is to come, is present indeed. Because, whenever we serve the Services and the Liturgies, He is in our midst. And the virus overshadows both our desire to confess true faith and still our natural tendencies to keep away, distanced from those who do share our own beliefs. The pandemic obstructs clergy people and laity, may stop them stiff in their places, their mental certitudes.

Good Friday remains the full day of silence, from life and moves, words and speech. In the mouth of Jesus of Nazareth, it end with “all is full, achieved, accomplished – tam/תם”. We are granted the privilege of a surplus in the development of redemption. In the Byzantine tradition, we have longed after the coming of the bridegroom during the first days of the Passion Week. May we be given the seal of communion in the Messiah.

Yom shishi – Friday as Good Friday is and remains a bridal day, a day of preparation to rejoicing and faith. Every Friday, Jews enter the time of rest, repose, calm and peace. This remains for all a day of fulfillment.