Certains se retrouvent, d’autres se cherchent, le Seigneur les trouve !

Quoi de neuf à l’Est ? Les choses  semblent se répéter, rebondir dans un temps que l’on n’aura pas apprécié à sa juste mesure. Il est dur de trouver une mesure qui soit compatible avec une région aussi tribalisée que le Proche-Orient. Un monde restreint, de longs espaces qui grandissent, se vident des âmes vivantes ou, au contraire, commencent à laisser poindre des cultures vives.

Il y a une sorte de silence sur la Russie dans la plupart des media européens ou occidentaux. Le plus souvent, on évoquera des forces obscures, un pays où la liberté a été apparemment démuselée voici trente ans mais qui, aujourd’hui, s’enfoncerait à nouveau dans une tentation de pouvoir, d’esclavagisme des êtres, des libertés sous contrôle. Un espace qui est le plus souvent trop vaste ,trop grand. Trop de superficies qui dépassent l’entendement. Le temps prend une tout autre mesure lorsque l’on a passé le brouillard des Carpathes, de Kosice (Slovaquie) à Ujgorod (Ukraine occidentale), à la frontière d’une Ukraine composite depuis des siècles. A Jitomir, le temps est déjà “à la russe”, à la post-soviétique. On entre dans un temps élastique, long, large.

Ensuite, il y a des mondes, des langages, des dialectes, des prononciations à la villageoise, souvent citadines, des accents dont les tonalités varient sur des milliers de kilomètres, des nations diverses et quasi universalistes. Il s’agit le plus souvent de peuples, de petits groupes disparates qui rassemblent des faisceaux d’une exceptionnelle richesse humaine, géographique. La russéité s’est métissée entre l’Euro-Asie, les paumettes hautes, les jambes très longues ou des carrures rondes, compactes, des cheveux noirs ou blonds, des yeux bleus ou verts. Un kaléidoscope qui unit les Slaves, les Grecs, les Romano-Daces, les Magyars, les Polonais et les Ukrainiens avec les Grands-Russiens ou des Caréliens finno-ougriens qui frayent avec les Nentsy. Plus loin, ce sont les cousins d’expressions turques, le macrocosme caucasien qui paraît surgir du Déluge ou d’ADN’s maillées entre l’Arménie, la Géorgie, la Turquie et le Plateau perse. Et puis la route se poursuit sur l’Asie centrale, l’Islam que les Juifs d’Ouzbekistan, de Kirghizie, de Tadjikistan, de Kazakhstan ont longtemps accompagné avant de revenir au bout de près de 2500 ans à Jérusalem, Holon ou Hadera en Israël, voici seulement trente ans. Ils furent suivis par ces autres Juifs, ukrainiens déportés en Asie centrale durant le seconde guerre mondiale. A longer le fleuve Amour qui serpente vers Chita, la Mongolie, le Sin Kiang, la Mandchourie, la Sibérie tisse sur la longueur les liens frontaliers avec les peuples de Chine, des cultures asiates (Bouriates), le Japonet la Corée. Un monde où les heures sont tellement escarpées qu’il faut presqu’un siècle à l’esprit pour savoir qu’un dossier sera traité à Moscou.

La Fédération de Russie est aujourd’hui amputée d’une large partie de son empire historique. Les quinze républiques socialistes soviétiques se sont disséminées dans des indépendances réelles, fictives, mêlant fierté nationale à des corruptions anciennes et persistantes. Les influences ont changées, les réseaux ont évolués. Il suffit de regarder un carte pour comprendre que le-dit empire demeure dans le tracé périphérique de la présence militaire de l’Otan. Certain parlera de l’affaiblissement de cet OTAN/NATO. Il est question de mort cérébrale tandis que l’organisation enserre le continent russifié sans vraiment le pénétrer.

L’immensité déroute. Elle apaise des populations qui s’acharnent à garder la mémoire des péripéties anti-nazies. Elles furent victorieuses au prix d’un sacrifice qui est naturellement énorme.

Comme en miroir de ce continent gigantesque, Israël est un “olam qatan/עולם קטן = un monde petit, en miniature”. Pourtant, l’immensité s’y exprime dans le temps de la civilisation, des cultures, des idées, des concepts. Ce monde en miniature est innervé par tous les neurones qui forment des milliards de réseaux par toute la terre.

Aujourd’hui, c’est un immense melting-pot, un laboratoire qui brasse les ADN’s et les civilisations. La russéité est immense. Israël serait la deuxième nation russe dans le monde… C’est le président Vladimir Poutine qui l’a affirmé. Dernièrement, les Ukrainiens ont prétendu que c’était la seconde terre ukrainienne du monde, tout cela parce que le numerus clausus pré-révolutionnaire cantonnait les Juifs dans les villes et villages du “Kordon/Кордон”, des marches périphériques de terres en recherche de pureté écologique ou faussement raciale, russes, attachée à la foi orthodoxe de la Sainte Russie ou cosnciences aux infleunces mêlées de tous les courants théologiques ou culturels.

Voici maintenant de nombreuses années, comme j’étais assis à mon habitude dans le petit jardin qui fait face au Mur Occidental du Temple de Jérusalem à regarder les personnes qui passaient, venant du monde entier mais aussi des Arabes du coin, je discutais en hébreu et en russe avec le vendeur de kippot, Géorgien de naissance. Une moniale de la Mission (Délégation) ecclésiastique russe du patriarcat orthodoxe de Moscou s’approcha et me demanda, selon la tradition, de lui donner la bénédiction. Un monsieur l’accompagnait. Il se taisait, un peu à distance. Elle lui servait de guide. Je le saluai. Il ne me répondit pas vraiment. Ils partirent faire le tour de l’esplanade du Mur. Une heure passa et ils revînrent. La moniale m’expliqua quelque chose et le monsieur, à qui je souhaitais un bon séjour, me dit : “Comment se fait-il que vous parliez russe ?” Je lui répondis que le russe est parlé dans le monde entier. Il répliqua : “Ah, bon ?” – Je dis : “Oui, vous le voyez, même à Jérusalem !” Le vendeur géorgien regardait la scène d’un air goguenard tandis que la moniale me disait “au revoir” et que le monsieur regardait alentours.

Le dimanche suivant, dans la partie orthodoxe du sanctuaire du Saint-Sépulcre, je vis ce monsieur à deux mètres de moi. Il avait revêtu les vêtements liturgiques qui correspondaient à son rang épiscopal. Nous avons échangé un long regard.

Il y a des immensités qui s’expriment dans le silence tacite d’une cohabitation inexplicable, imprononçable. Le silence couvre des siècles de fréquentations altérées. Pourtant dans un Lieu aussi compact que le Saint-Sépulcre, les distances cèdent involontairement devant le mystère qui rassemble des siècles de survivance.

Israël, deuxième nation russe du monde ? En l’an 2000, lorsque Boris Yeltsin héla des soldats israéliens parlant russe car venus de l’ex-URSS en leur intimant l’ordre de se plier à ses ordres, j’ai vu deux garçons et une fille de TzaHaL (Armée israélienne) lui répondre crûment qu’ils étaient là pour le protéger, qu’ils étaient désormais chez eux mais qu’ils n’avaient aucun ordre à recevoir d’un homme d’Etat russe en visite (sic). Le président resta coi, à peine bouche bée.

Ces jours-ci, la Fédération de Russie intervient dans le monde entier. Elle n’est pas présente à Berlin alors que les festivités du trentième anniversaire de la chute du Mur de Berlin exultent sotto voce. La Russie est présente dans tout le Proche-Orient. Elle avance ses représentants et ses armées dans une marche vers les Lieux Saints du christianisme et parvient à dialoguer de manière assez paisible avec l’Islam.

A soixante-quinze ans de la fin de la deuxième guerre mondiale, la diabolisation anti-orientale est largement prêchée dans le monde dit occidental. Celui-ci est polymorphe. Parlerait-on d’un monde occidental arabo-musulman ? D’un monde occidental africain ? Que dire de l’Inde ? La fracture sud-américaine a bien montré que l’Evêque de Rome reconsidère les équilibres économiques, politiques, intellectuels et spirituels à partir du monde plus proche de la Patagonie, des Malouines et du Venezuela que de Naples.

Il y a trente ans, le communisme chancelait comme structure politique et mentale dans les Pays de l’Est et tombait comme élément structurel dans l’ex-Union soviétique. Les quinze républiques éclataient, se démembraient, repriorisaient leurs alliances. Des liens historiques s’affirmaient à nouveau vers les familles turcophones, musulmanes. La Fédération de Russie y perçut un effondrement qui aurait mener à une profonde dépression.

C’est l’époque où les principales Eglises orthodoxes ont pu sortir d’un sommeil ancien, de catacombes, de temps de dictatures sanguinaires. C’est aussi un fait : il y a de la démesure dans les chiffres des néo-martyrs des Eglises chrétiennes assassinées dans les territoires soviétiques. On parlera des camps, des Goulags, de l’extermination, des famines. Les victimes – croyantes ou non – se comptent en plus de vingt millions de vies sacrifiées. La lutte pour une liberté aisément asservie continue et continuera comme une damnation que le “monde libre” interprète selon ses règles, ses rites. L’Est ne pourra jamais roquer à l’Ouest du continent euro-asiate.

On assiste partout au renouveau de la foi orthodoxe de tradition slave et russe qui inclut aussi les expressions ukrainiennes, biélorusses, moldaves et roumaines. La tradition russo-slave s’est aussi largement répandue dans les différentes langues d’Europe (allemand, anglais, néerlandais, langues scandinaves, espagnol et autres, sans compter les langues aléoutiennes ou d’Afrique, d’Asie). Celles-ci sont liées au patriarcat orthodoxe russe de Moscou ou bien au patriarcat de Roumanie, voire l’Eglise des Terres tchèque et slovaque ou celle de Pologne.

En 1967, à peine nommé à la tête du département des affaires extérieures du patriarcat de Moscou, le métropolite Cyrille – actuellement patriarche – avait été confronté à la difficulté de confirmer les droits de propriété et l’héritage de son Eglise particulière à travers le monde, notamment à Jérusalem. La révolution de 1917 puis la fin de la première guerre mondiale, les divisions territoriales et idéologiques du monde qui ont suivi la seconde guerre mondiale, les années quasi centenaire d’un régime communisme prétendument athéiste – souvent opportuniste envers la foi – avaient sapé jusqu’aux fondements les plus évidents de ce qui constitue l’Eglise russe orthodoxe

Jusqu’à une époque très récente, elle fut aidée par des groupe “libéraux” d’Occident. Des mouvements protestants comme les baptistes ou encore des catholiques (Aide à l’Eglise en Détresse) ou des communautés ouvertes à la dimension charismatiques qui ne cachaient pas leur désir de ramener une orthodoxie considérée comme délétère vers le pôle central de l’Evêque de Rome. Ce fut l’idée du Saint-Siège dès le début de l’ère communiste. L’Eglise officielle orthodoxe a survécu en Union Soviétique, avec des compromissions diverses entre l’Etat et le clergé, vivant, à l’instar des citoyens et des fidèles dans un esprit où s’affichait une vérité moralisatrice qui masquait des mensonges aux multiples facettes.

Les Eglises catholiques et protestantes ont ainsi sponsorisé de nombreuses communautés en diffusant des Bibles ou en accommodant de vieux textes publiés au 19-ème siècle à leurs nouveautés missionaires . Toutes furent fort surprises lorsqu’elles prirent conscience de l’émergence et de la cohérence de l’Eglise orthodoxe russe dont le territoire canonique s’étend à l’ensemble de l’ancienne Urss.

Il fallut alors à réfléchir sur les communautés de la dispersion, nées avant et lors de la révolution bolchévique. Cette question ne se posait pas pour les Eglises catholiques et protestantes qui n’arrivaient pas à prendre conscience du réveil, d’abord exprimé en douceur, puis de manière de plus en plus dynamique et pressante, de la présence de l’Eglise traditionnelle russe orthodoxe dans le monde entier.

Cela reste une question à peine conscientisée en Occident. Lorsque le future patriarche Cyrille de Moscou arriva à Jérusalem et tomba sur une nouvelle donne en terre israélienne, il comprit immédiatement la difficulté qu’il aurait à réaffirmer une ancienne présence orthodoxe russe en Terre Sainte. Voici deux ans, on célébrait les 170 ans de cette première mission ecclésiastique de Jérusalem – initialement lancée par le Synode de l’Eglise orthodoxe de Moscou puisque le patriarcat ne fut rétabli qu’en 1917. Dans toute la Terre Sainte, il existe des monastères acquis avant le milieu du 19-ème siècle. Les Russes sont fascinés par la Bible (la lecture de l'”Ancien Testament” selon le texte massorétique en russe ne fut autorisée qu’en 1862 et publié en 1876) et l’Evangile qui suit la tradition grecque de la Septante. Très tôt, ils firent des pèlerinages longs, pénibles mais fervents sur les pas de Jésus de Nazareth. L’Empire russe sauva la primauté de la Fraternité grecque-orthodoxe du Saint-Sépulcre lors de la guerre de Crimée (1856).

J’ai connu les jours d’avant le millénaire de la naissance de Jésus (an 2000) à Jérusalem. Les groupes et visiteurs orthodoxes de tradition russe se faisaient vertement rabrouer par un clergé grec habitué à faire face, au Saint-Sépulcre et dans d’autres lieux saints de la région, à toutes sortes d’adversités réelles ou supposées . A peine si les Slaves osaient chanter à voix haute le tropaire de la résurrection !

Les choses ont vite évolué au cours des quinze premières années du 21-ème siècle. L’Eglise Hors-Frontière qui avait vigoureusement soutenu le patriarcat de Jérusalem, se sentit délaissé lorsque le nouveau patriarche Théophilos recentra ses efforts sur la communauté d’expression grecque. Il y eut un temps “béni” où les pèlerins et touristes venaient facilement de Chypre et de Grèce. Puis ce furent les années de difficultés économiques pour ces ressortissants. Il y eut alors les péripéties internes aux Eglises chrétiennes dans l’Etat d’Israël, mais aussi dans les Territoires Palestiniens, tandis que le Roi de Jordanie se montrait de plus en plus exigeant sur l’ouverture du patriarcat orthodoxe au monde de l’arabité.

Cela prit du temps. Les Géorgiens et les Serbes avaient été priés de quitter Jérusalem. Le monastère de la Sainte-Croix (Jérusalem Ouest) hébergea des réfugiés russes et resta sous le contrôle du patriarcat de Jérusalem. Les fresques et objets les plus anciens du patrimoine géorgien furent gravement endommagés en juin 2004, les écrits en géorgien ayant été remplacés par du grec. Les monastères appartenant de longue date à l’Eglise orthodoxe serbe furent placés sous la main-mise du patriarcat grec-orthodoxe.

La Mission ecclesiastique de Jérusalem est un Lieu central dans le redéploiement spirituel de ce qui avait été mis en place au 19-ème siècle, suite à la guerre de Crimée. L’Eglise orthodoxe russe avait crée des écoles, surtout en milieu orthodoxe arabe. L’idée d’une “Palestine russe – Русская Палестина” avait été lancée dès 1845. De 1967 à ce jour, il faut souligner l’extraordinaire revitalisation des communautés d’expression russe, en lien avec Moscou ou des monastères connus de Russie. Une importante diaspora réside maintenant dans tous les continents et assure la présence effective, constamment en évolution, du patriarcat de Moscou.

Lorsqu’apparurent les flots de pèlerins (5000 russes, 3000 ukrainiens par jour à Jérusalem selon les époques de l’année, sans compter les Ouzbeks, Tadjiks, Kazakhs en nombre croissant) – totalement impavides aux dangers de la guerre et des intifadas réelles ou potentielles, les chrétiens locaux – orthodoxes grecs ou arabes – furent effrayés et comprirent difficilement l’enjeu spirituel ou même économique de ces ruées vers les Lieux saints. Il a fallu du temps pour que les réseaux se constituent entre les structures de Bethléem, d’Israël ou de Pétra en Jordanie.

La présence de plus d’un million d’ex-soviétiques d’expression russe, ukrainienne, biélorusse, yiddish et d’origine juive, ayant le droit de revenir en Israël au nom de la Loi du Retour, fut accentuée par la venue de personnes non-juives ou converties à l’orthodoxie et intégrés le plus souvent au pays. Ils sont devenus de fidèles Israéliens.

Pour les chrétiens orthodoxes, le patriarcat de Jérusalem reste une référence, d’autant que le patriarcat de Moscou est foncièrement respectueux du Droit canon. Moscou avait soutenu de manière outrancière la candidature au patriarcat du secrétaire général, fils d’un communiste grec notoire (Métropolite Timothée de Vostra, aujourd’hui représentant du Saint-Sépulcre à Chypre). C’était ignorer le sens de l’hellénisme viscéral de la Fraternité qui a maintenu depuis des siècles la présence chrétienne à Jérusalem. Avec les années, la venue en masse de pèlerins et l’élan des centres spirituels russes sur l’ensemble du patriarcat de Jérusalem contraignent à un dialogue respectueux et délicat avec une hiérarchie grecque qui doit maintenir son équilibre entre les Israéliens, les Arabes palestiniens et les Jordaniens… et le Roi de Jordanie.

C’est à Jérusalem que l’archevêque Marc de Berlin réussit à conclure, en 2007, la réunification de l’Eglise Hors-Frontière avec le patriarcat de Moscou. L’entité russe conservatrice, liée à la Grèce et la Couronne britannique, violemment anti-communiste accepta de rejoindre l’Eglise-Mère. Le scenario sera sans doute publié un jour. L’Eglise Hors-Frontière de Jérusalem, comme l’Eglise locale, avait connu les péripéties les plus invraisemblables (collusion avec les nazis comme avec les communistes en diaspora dans le monde) tandis que les moines, les moniales et le clergé étaient arabe, russe, américain, cubain ou encore de lieux les plus divers, y compris la Belgique pluriculturelle.

La présence et le soutien de l’ambassade et des représentations de la Fédération de Russie constituent un élément essentielle dans le déploiement de la présence spirituelle de l’orthodoxie russe en Israël, dans les Territoires palestiniens et en Jordanie. Les relations avec Israël sont distantes. Elles peuvent être chaleureuses comme celles de personnes qui se rencontrent naturellement, proches par la langue, la formation, un esprit commun. Mais Israël défend son territoire et son identité d’une manière tout aussi “féroce” que ce que font tous les chrétiens de Terre Sainte. Il y a peu de différences entre ce lien privilégié qui unit l’Eglise russe orthodoxe et les organes diplomatiques de la Fédération de Russie et les diverses instances représentatives d’autres pays réputés chrétiens (France, Belgique, Italie, Grande-Bretagne, Espagne, Allemagne, Autriche et autres pays issus du temps des croisades ou du colonialisme).

La Roumanie s’est violemment confrontée au patriarcat de Jérusalem pour avoir construit des lieux d’accueil des pèlerins orthodoxes au bord du Jourdain. La Géorgie vient de nommer pour un second mandat un ambassadeur qui est proche du patriarche Elia. Les rapports sont tendus avec l’Eglise serbe alors qu’Israel a accuelli un nombre non-négligeable de réfugiés suite à la guerre de Sarajevo-Srebenica et beaucoup d’habitants de l’actuelle République de Nord-Macédoine.

Alors, il y a le Mur de Berlin ! Berlin, ville schizophrène pendant plus de quarante ans, ville sous occupation américaine, anglaise, française et soviétique. Et, voici trente ans, voilà qu’il s’affaisse comme un château de sable ? Non. Cela a été préparé. Il y a trente ans, la résurgence des Eglises orientales, orthodoxes ou en communion avec le Siège de Rome, voire les sectes protestantes appartenait à un lubie encore utopique. Pourtant, les choses avaient été dûment anticipées, y compris dans le monde orthodoxe.

Il y a trente ans, les vieilles institutions jouaient les duègnes théologico-spirituelles par des réseaux qui sillonnaient la planète de manière encore clandestine (reprints, manuscrits-samizdats, ondes courtes et autres). A cette heure, serait-ce la guerre ? Chaque structure orthodoxe s’essaie à comprendre la place à laquelle elle a droit, à laquelle elle pense avoir droits et privilèges. Cela signifie qu’on jauge le voisin dans une ambiance irénique ou agressive. L’Orient ne fait pas l’autruche quand il s’agit de faire un clash. On clashe ! Cela peut être violent et puis les choses reviennent lentement à la normale lorsque les enjeux ont été réévalués. Trente ans ! Il faut du temps et de l’espace pour réévaluer.

L’Eglise orthodoxe russe reprend son souffle depuis quelque temps. C’est d’autant plus émouvant que son histoire est tragique. Je le redis volontiers : sa langue, le slavon (qui fascinait Staline par son côté esperanto pan-slave) est une langue fabriquée, un montage subtil au confins de l’ukrainien, du biélorusse et de parlers bulgares qui traduit au mot-à-mot l’original liturgique grec des Ecritures et des nombreux textes de prières.

Contrairement aux autres Eglises slaves qui sont passées aux langues nationales (par ex. le polonais, le bulgare, l’ukrainien, le serbe ou le macédonien), le slavon conserve une unité indubitable sur le plan phonétique, l’harmonie, la concision de l’expression. Pendant des années, le métropolite Cyrille passait volontiers au russe au cours de certaines célébrations difficilement compréhensibles. Plus tard, il resta fidèle à la nécessité de “chanter dans le choeur”, maintenant l’enracinement dans la langue d’Eglise. Une exigence réaliste pour un patriarcat qui connaît des difficultés historiques et synchroniques. Elle a peur d’être à nouveau fragilisée ou attaquée par des opposants qui ne sont pas des fantômes et ont tenté d’abattre tout en louant la beauté de ses traditions.

Il n’est pas surprenant que ce soit un évêque non-russe, Mgr. Jean (Renneteau) de Doubna qui ait “osé” – le mot n’est pas trop fort – précipiter le retour de l’Exarchat-Archevêché des paroisses de tradition russe en Europe occidentale vers l’Eglise-Mère qu’est le patriarcat de Moscou. Le 3 novembre/21 octobre (cal. julien) 2019, la Liturgie célébrée dans la cathédrale du Christ Sauveur à Moscou rassemblait, pour la première fois, depuis le temps de l’émigration, les tendances les plus diverses et désormais unies, cohérentes de l’Eglise orthodoxe russe. On ne peut chipoter sur des pourcentages ou faire des élucubrations chiffrées sur les taux de véritable “communion”.

Ce fut un moment historique, peut-être bien davantage que l’improbable réunification de l’Eglise Hors-Frontière avec le patriarcat de Moscou, en 2007.

Le 3 novembre 2019, dans une ambiance typique des célébrations russes, un ordre certain, une gestuelle choisie, un style mesuré dans un lieu immense, il y eut une ambiance “bon enfant”, directe. Les uns et les autres se connaissaient et se reconnaissaient dans un “chez-soi” qui avait éclaté voici cent ans. Cela tient du miracle.

Ensuite, il faut laisser gloser ceux qui gloussent par nature ou vocation. Qui, comment, pour qui, pour quoi et pourquoi ? Le métropolite Onuphre de Kiev et de toute l’Ukraine ne s’est pas montré pendant la célébration. Plus de cent-vingt représentants de l’Archevêché occidental étaient là, visitant le Kremlin, la Laure Saint-Serge de Radonège, chantaient, s’exprimaient en russe – et dans d’autres langues européennes – dans les media locaux.

Comme si le Mur s’ouvrait, traversait le temps et réunissait des personnes que l’on n’auraient pas imaginé venir ensemble pour retrouver des cousins séparés. Curieusement, comme pour tout ce qui touche la Russie, les media européens restent silencieux et ne perçoivent pas une ouverture, mais une scission. Les orthodoxes occidentaux parlent de “schisme”. Non ! Le Patriarche de Constantinople avait supprimé l’Exarchat-Archidiocèse des paroisses de tradition russe en Europe occidentale. Sans prendre l’avis des personnes concernées. Le clergé et les fidèles s’adressent librement aux structures qui leur paraissent d’assurer au mieux leur vitalité spirituelle. Tous peuvent demeurer au sein de l’Eglise orthodoxe et se juridictions canoniques.

L’Occident chrétien qui traverse des moments difficiles ne perçoit pas l’Orient pour ce qu’il est et sa tâche apostolique. Celle-ci ne s’improvise pas. Elle ne contourne pas la réalité des rangs patriarcaux historiques. La véritable question est celle de la “catholicité” du message.

“Aucune multitude dont chaque membre est isolé et impénétrable ne peut devenir une fraternité. L’union ne peut devenir possible que par devenir une fraternité. L’union ne peut devenir posssible que par l’amour fraternel réciproque de tous les frères séparés” (cf. Jean-Claude Larchet, En suivant les Pères… La vie et l’oeuvre du Père George Florovsky, p. 240. Ed. des Syrtes 2019)

Cette dimension s’exprime en ce moment par une trop grande diversité et désunion. Lorsque j’habitais en Islande dans les années 1970, nous étions trois russophones à Reykjavik. Aujourd’hui, le patriarcat de Moscou y est présent, ainsi que celui de Roumanie et d’Antioche (!), les catholiques sont originaires de toute l’Europe centrale et orientale en sus des luthériens locaux. C’est l’heure de la reprioritsation spirituelle dans le cadre de la mondialisation in vivo.

Le patriarcat de Moscou reprend ses réseaux asiatiques vers la Chine. Il a créé un centre pivot avec l’Exarchat moscovite  du Sud-Est asiatique qui assure un équilibre international par le nouvel Exarchat d’Europe occidentale. L’Eglise Hors-Frontière d’Indonésie vient de rallier cette nouvelle structure basée à Singapour. Dans de nombreuses régions d’Afrique, l’Eglise d’expression slave jouit d’un véritable prestige.

Il n’est pas question ici de l’Eglise russe orthodoxe stricto sensu. Elle prend le risque d’aller trop vite, de manquer des négociations auxquelles elle serait mal préparée.  Ses représentants de par le monde risquent de se coopter selon des critères incertains ou versatiles. L’Eglise russe a le droit de prendre sa pleine mesure et donner le meilleure de ce qu’elle est. Il lui faudra beaucoup de patience, de discernement pour rompre un isolement ou des temps de destruction. Les autres Eglises traversent ces mêmes remises à niveau, avec les mêmes hésitations, tentations et capacités créatives.

L’archevêque Antoine Kharpovitsky qui ouvrit la présence de l’Eglise orthodoxe russe en Terre Sainte l’a exprimé ainsi : “L’existence de l’Eglise ne peut être comparée à rien d’autre sur la terre, car sur la terre il n’y a pas d’unité, mais seulement la séparation. Ce n’est que dans le Ciel qu’il y a quelque chose comme cela. L’Eglise est une existence parfaite, nouvelle, une réalité particulière, unique sur la terre, un unicum, qui ne peut être strictement défini par aucun concept tiré de la vie du monde. L’Eglise est la ressemblance de l’existence de la Sainte Trinité, une ressemblance dans laquelle plusieurs deviennent un.” (Op. cité, p. 242).

Photo: Fr. Igor Kardapolov, priest in Ukraine,

The Edicule of the Holy Sepulcher

 

 

 

 

 

 

 

Orthodoxie : 55 ans sur le service public français

Sur une durée de 60 minutes, un remarquable panorama des 55 ans de l’émission ORTHODOXIE qui est diffusée depuis 1964 sur les ondes de la deuxième chaîne publique française, actuellement FRANCE 2, dans le cadre des “Chemins de la Foi”. Remarquablement bien conçue et montée par le père Jivko Panev avec Tania Rakhmatova, intelligence du déroulé, depuis la première retransmission de la messe catholique en 1948, puis l’évolution expliquée par Jean-François Colosimo, Mgr Jean de Dubna (ex-Charioupolis, ancien responsable de l’émission à l’appel de Gabriel Matzneff), Constantin Andronikof, Olivier Clément, Mgr Antoine de Souroge, Edouard Laham, Olga Victoroff… L’image prend tout son sens avec le père Nicolas Ozoline, spécialiste de l’iconographie qui met en image la dimension salvifique de l’Orthodoxie plurielle en France. Le propos de Régis Debray sur l’apport, la révélation de l’image en Occident et de la couleur à partir de Byzance reste essentiel. Une émission qui a donné de la chair de resurrection dans des temps d’effroyables persécutions – un devoir public de l’annonce du vivant comme le rappelle la rencontre entre Nikita Struve (YMCA Press) et J.F. Colosimo alors que paraissait en russe et en français l’Archipel du Goulag d’Alexandre Soljénitsyne. Et puis, la fidélité des camps, les “éternelles” interrogations sur foi et langue, ici ou mainteant, là-bas où encore à Syndesmos, le père Lev Gillet et le père Cyrille Argenti, le père Pierre Struve, Mère Thaïs et une finale sur la crypte et la voix off d’Olivier Clément. Le temps de décliner, sur une heure, les huit tons toujours inédits d’une orthodoxie qui se poursuit, en temps opportun dans le cadre d’une laïcité à la française. »

Le lien suivant permet de regarder l’émission jusqu’au 8 novembre 2019 :

https://www.france.tv/france-2/les-chemins-de-la-foi/1089997-orthodoxie.html

Faith & Speech 1 (19.10.31)

Please find attached here two links that allow accessing online the new cycles of chronicles and video-conferences that I start for 2019-20 on the Orthodox site “orthodoxie.com” based in Paris (France).

The first chronicle in English is “Faith and Utterances 1”:

https://orthodoxie.com/en/faith-utterances-1-by-archpriest-alexander-a-winogradsky-frenkel-patriarchate-of-jerusalem/”

These are the daily dates that I use to share every day on my different sites and blogs as they appear on this Sunday night:

יום א’ ראשון וראשי און א שיינעם זונטיק כ”ח דתשרי תש”ף.
Приятного Воскресенья 27-ого\14-ого Октября 2019-7528. Blessed Sunday 27\14 of October 2019-7528 – Safar 29, 1441.
6769, 29, (tishrin qadmaya) ܬܫܪܝܢ ܩܕܡܝܐ

It shows that we are on the first head day (of the week) [Hebrew], a nice Sunday [Yiddish] 28 of Tishri 5780 / a sweet Sunday or Day of the Resurrection 27/14 of October 2019-7528 [Russian] / on the 29th day of the Month Safar of the Year 1441 of the Hijri, i.e. on the 29th day of the first (month) on Tishrin in the Year 6769 after the Assyrian comput.

I daily refer to these traditions. Basically, it allows appreciating times and delays. It means that we are on the move, live on the same planet, in different locations and that we understand the deployment of measurable periods and spaces according to contrasting cultural patterns. They maintain the primacy of a diversified system, among all human beings, in view to approach the quality of living in a special generation. Contemporary existence and continuous streaming that advances ahead of future times.

A year ago, I had started to publish posts in English on this site. These were conceived as chronicles on the connection between the Eastern Christian Orthodox traditions and the way the Jewish traditions could meet at the present. It was just a sort of launch, merely a project. Serving as an Orthodox priest in Israeli society and being born a Jew of Hebrew, Yiddish, multi-faceted backgrounds, I have spent long years of reflecting on the present development of new diachronic and synchronic cultural, mental, social, linguistic and spiritual-theological trends. I continue the reflection with back and forth travels and experiences in Hebrew-, Yiddish, Slavic-speaking environments. (Cont’d online…).

The final video-conference in French on the cycle “Les Portes Royales” et le sens du sacerdoce, du Service Divin, du Sacrement de l’Ordre dans le judaïsme et le christianisme :

https://orthodoxie.com/pere-alexander-winogradsky-frenkel-les-portes-royales-7e-conference-fin-du-cycle-et-presentation-du-theme-pour-2019-2020/”

“Nous vous invitons à regarder la 7e conférence du cycle « Les portes royales » donnée par le père Alexandre Winogradsky Frenkel qui présente aussi le thème pour 2019-2020.” (Suite en ligne par le lien).

 

 

Days Of Hospitality, Autumn 2019

A sukkah is and only can be a “sikke” and Sukkot can only be “Sikkes\סיקעס” (Soviet revised script that aimed at wiping out the Hebrew memory of Yiddish). This Shabbat will be the “Shabbat chol HaMoed Sukkot\שבת חול המועד – Shabbat of the (ordinary) weekdays of the Feast of Sukkot”, intermediate days that may occur for Pesach and “Zeman Simchatenu\זמן שמחתנו – the time of our rejoicing”, i.e. “the Feast of the Tabernacles\חג הסוכות”.

This traces back to the creation of the world: God had set up the “me’orot birkiyah hashamayim\מאורות ברקיע השמיים – lights in the dome of the sky” to distinguish as a sign “le’otot lemoadim\לאותות למועדים – for the appointed times of encounter” (Gen. 1:14). Days and years pass, “moed\מועד – moadimמוכדים” are appointed – invariant times of special encounter between God and the beings. Just as the Shabbat\שבת, Pesach\פסח – Shavuot\שבועות (Spring New Year and the first harvest of Passover-Pentecost), Rosh HaShanah\ראש השנה-Yom HaKippurim\יום הכפורים  (Autumnal New Year and Day of Atonement) and Sukkot\סוכות (Feast of the Booths – Autumnal New Year Harvest).

On these Fall harvesting days that developed into the Canadian and then American Thanksgiving Days also related to the late local harvests, the Jews calculated that the season reaches out to salvation. Judaism starts New Year in accordance with the Sumerian, Chaldean and Gilgamesh computing system based on return, pardon and assembling the whole Community of Israel. There was a time when New Year started with Pesach and the Law-giving Pentecostal harvest. Curiously, it makes more sense for the South hemispheric countries, from Argentina, South Africa to Australia as they reach Springtime…

Sukkot is a good period for reflecting with insights on Jews and Judaic, Judean and Jewishness. Sukkot is also the perfect seven-day period that allows speculating upon the non-Jews, the Gentiles, the Nations of the world, the others indistinctively. The problem is that we still thoughtfully interrogate ourselves about who we are and not spontaneously consider how we are linked to others.

To begin with, it seems we hardly memorize the details of our soil produces. From the time of the exile in Babylon, we got city-addicted or compelled to reside in towns.  Still, “by the rivers of Babylon, (as) we were sitting and wept” (Psalm 137:1; cf. Blessing after Meals), we apparently forgot about the feast of the Booths and progressively got astray from hut-building, even the limited three wall sample (Succa 3a).

The produce would rather be used in the synagogues and we do have a lot of accounts written by Christians comparing the “lulav\לולב – palm branch” with the palm branches waved during the Christian Holy Week. Still, in the long periods of dispersion, the Jews forgot the taste and flavor of the products required in Eretz Israel – Holy Land : the lulav\לולב – palm branch (strictness / flexibility in faith), etrog\אתרוג – big lemon – citrus (big heart, love to every/anybody, gentleness and delicacy/good smell), hadas\הדס – myrtle (charm and seduction, sweet heartedness but no persistence) and aravah\ערבה – willow (thirst-quenching and fear to get bone dried) that should be gathered together and waved in a special way (Sukka 37b): toward the four winds, the heavens, the earth, symbolizing the overflowing wealth and prosperity, abundance of Divine love for each creature and human being as chanted during the Hallel (cf. Psalm 118:2.3.25.29).

It should be noted that the Feast of Sukkot does not exist per se in any Christian Church or denomination, contrary to all the other Jewish festivals that got included in the Christian festive calendar. The Christian scholars and traditions would endeavor to explain that all things got “accomplished” in Jesus of Nazareth. Both the Eastern Orthodox and Catholic liturgies insist on the (Second) Coming of Jesus in glory, which corresponds to the two Messiahs: (the suffering) Ben-Joseph and (glorious) Ben David of the Jewish tradition.

The Gospels account for the conception and birth of Jesus of Nazareth. They might also suggest that he was born during the Feast of Sukkot. This is just based upon the calculation of time starting with Zechariah, John the Baptist’s father, who accomplished his priestly service as a member of the Abijah order in the Temple (always in August), the visit paid by Mary to her cousin Elisabeth, Zechariah’s wife, at Eyn Karem.

Elisabeth was pregnant for five months and, in the sixth month, Mary also became pregnant (Luke 1:1-33). This allows calculating the possible birth of Jesus in the time of Sukkot. The end-time of the eschaton.

For the Jewish Community, Sukkot is not only the feast of some huts or booths. It is the festival that prolongs the journey throughout the wilderness of a world that may ignore God’s Presence. Strangely enough, it is appealing that some North American or “Protestant” (Evangelical) Christians would join Sukkot (as Shavuot) because of the strong impact of harvesting thanksgivings in the North American Christian culture. On the other hand, it includes the mitzvah of hospitality to all the ushpizin\אושפיזין (guests) from those who were the pioneers and paved the way for redemption and the end of ages (Yevamot 61b).

The Jewish prayers insist on the daily welcoming of the “guests” as it is chanted in Aramaic: “I invite to my meal the exalted guests: Abraham, Isaac, Jacob, Joseph, Moses, Aaron and David – אזמין לסעודתי אושפיזין עליין אברהם, יצחק, יעקב, יוסף משה אהרן ודוד”. And the community is warmly invited to join the sitting of the holy guests, also in a prayer uttered in Aramaic: “Sit, sit, exalted guests (for the ancestors). Sit, sit, guests in faith. Sit in the shade of the Holy One, blessed be He.”

During the Transfiguration at Mount Tabor, Jesus was speaking to Moses and Elijah. Both disappeared and Shimon-Peter asked Jesus if he could not build three “dwellings – sukkot\סוכות”: “one for you, one for Moses and one for Elijah” (Matthew 17.4); “not knowing what he said” added Saint Luke the proselyte Evangelist (Luke 9:33).

Indeed, Sukkot is the “tsel tsila\צל צילה – overshadowing shade” feast of a journey through eternity. Shades cover shades. The “fencing or wall separations” are definitely not the main focus of the festival. True, Jews can recall that they dwelt under tents in the desert. But does it only focus on a new year, a portion of life?

The Jewish tradition usually adds a “megillah\מגילה – a scroll” reading to the major Festivals. These scrolls underline that Redemption and God’s reign concerns every nation. At Shavuot / Pentecost, Megillat Ruth explains how a Moabite woman and Noemi joined the community of Israel. At Kippur/Day of Atonement, the Book of Jonah described how the Ninivites turned to God and repented under ashes.

When there was a Shabbat between the beginning of the feast of Sukkot and its conclusion on Shemini Atseret\שמיני עצרת (Day of the joyous assembly), it became a custom (minhag) to read the Megillat Kohelet\מגילת קהלת, the Book of Ecclesiastes. It is considered as a scroll and it seemingly depicts a plain if not dubious attitude toward faith in God and the lack of hope in this world. Say it sounds a bit blasé.

There were long disputes as whether to include or not this scroll into the canonical Books of the Scriptures. Interestingly, Judaism and Christianity did not feel at ease with the Song of the Songs too. As if extreme love and doubt could defy God’s existence and presence. Is Kohelet a preacher, eventually the son of David, i.e. Solomon (Eccl. 1:1, 2:7,9)? Or, is it the “gathering call, the one call that assembles the faithful”? Is “hevel – vanity – hevel havalim\הבל הבלים – vanity of vanities” a worldly nonchalant and disillusioned repeated motto for empty and futile senselessness?

“Absurd” is now a common word in English as it is also in Russian… and Hebrew! On the other hand, the Feast of Sukkot is a time of rejoicing. It is possible for some people to be caught up in the dizziness of festivities, food, pleasures even when joy can be felt in the study of the Scripture. “Hevel\הבל” also means “vapor”. Latin and Greek don’t presuppose a positive interpretation of the word. Hebrew could eventually be interpreted in the sense of “a light existing spirit” that can be sustained. Sukkot digs deeply to find sense beyond turmoil and void realities, “hevel” is meaningless and humanity, as a whole, is called to gather and unveil the concealed oneness and symphony of creation.

There is more: Sukkot means encountering, dating and freely sharing the treasure we receive and can share at any minute like glimpses compared to shades that do make sense. Just as the Day of Atonement called to pardon beyond absurdity and irrationality, we can feel as a special gift to meet and welcome each other under a sukkah. There to sit and learn, reflect and eat together, feel comfy to the full. Each of us embodies something of the time & space that is a limited framework of palm roofs that meet with others.

“The end of the matter; all has been heard – sof davar hakol nishma\סוף דבר הכל נשמע’” (Eccl. 12:13) induces that every divine matter and parole can be heard and thus accomplished to the fullest. Fear God and keep His Commandments for this is the whole (duty of) man – ki zeh kol ha’adam\כי זה כל האדם” (Eccl. 12:13b).

“Mah yitron\מה יתרון – what advantage is there for the man (Eccl. 3:9)?” is an overall tempo that runs throughout the scroll. But the Mitzvot cannot be compared to any advantage. We have the task to question ourselves about who we are, where and with whom we go? And to put the question mark on who the other humans are. The response is – if we follow the Hebrew text of Kohelet – that all the Mitzvot embody human beings.

The Commandments make sense and gather all humans without exclusion. It surpasses tribal identities, linguistic groups and subgroups and “nations” and this is an important feature at all periods of history. We are precisely in such an epoch of “fake legitimated rights to split for one’s own pleasure or self-comfort. It may be perilous. Jonah got angry when he saw that the Ninivites were privileged and saved by the Lord. It is quite frequent for individuals and groups to consider that they would truly represent the “true ingathering of faithful” versus the “others” whom they would reject or put aside from a society, a church body.

The feast of the Booths does not exist in the Christian traditions as a separate and real celebration. This is the only Jewish feast that intends to reach out to all humanity, all human beings in order to show how tight human limbs and souls are tied up in long chains of generations. Sukkot does not allow any temptation of substitution: Jews remain who they are – the same for all creeds (Christian, Muslim, and all the others). Sukkot is a puzzle to reflect on human breath and destiny, along with animal and vegetal existing creatures. The breath (“hevel”) can be long or short, infinite or restrained… it refers to the quintessence of dust.

The Autumnal celebrations are rather parallel to the Christian calendar: liturgical new year, feast of the Exaltation of the Holy Cross on the day after the Dedication of the Church of the Resurrection in Jerusalem (Anastasis). The Wood of Life as the Palm of the festive bouquet are waved up and down, to heaven and to Earth, to the highest and to the soil and the dust. The Eastern Church tradition call to rejoicing and not to mourning.

In the Cross as Wood of Life and life-giving substance and in the Four Species of Sukkot, the sign of joy cannot be private, personal, self-centered. It is a collective call to share joy with others, in particular, if they are excluded for irrational or so-called reasonable purposes.

“Hospitality is greater than welcoming the Divine Presence” (Talmud Shabbat 127a, Shevu’ot 35b). Indeed, “Be not forgetful to entertain strangers; for thereby some have entertained angels” (Hebrew 13:2).

Hospitality is at the heart of the questions and debates that affect the Orthodox Churches these days. Indeed, there are times and delays. Times to build or to destroy, to scatter or to assemble, but these show the pangs of birth of new patterns, new processes. On this Sunday of the Widow of Nain – a son is resurrected and given back to his mother (Julian cal.), the Divine Presence lauded under the Booths for eight-nine days and nights in the invisible presence of ancestors and angels reminds the Christians of the plenitude of the Hospitality that is shared when the Lord in Person is received so that the believers become His own Body and Blood, the seal of the eschaton.

I share this chronicle this Sunday 20th / 7th of October 2019-7528. Next week, I shall publish a new series on “Words and Souls” – chronicles on the multi-faceted ways words are used in speech, writing and liturgical traditions of the East.

Un appel à la communauté orthodoxe

img_20190511_135444

Cet appel de Daniel Struve​ mérite toute notre attention. Comme toujours, il exprime clairement des points fondamentaux, habituellement “élémentaires” de la vie en Eglise. L’Eglise orthodoxe passe par les douleurs d’un nouvel engendrement, de restructurations profondes. Le caractère hexagonal actuel des péripéties qui agitent l’Archevêché est effectivement regrettable, effectivement “monstueux”, cela manque de décence, souvent de plus élémentaires signes d’une foi vive.

On ne verrait pas St Serge de Radonège filmer son évêque canonique (le terme est pratiquement galvaudé comme le sens et le respect dû à un évêque) et prétendre que le hiérarque n’est plus chez lui. On est, à l’image des sociétés belgo-françaises actuelles, dans le déni de toute autorité (Gilets Jaunes/Gele Hesjes, grèves soudaines et impromptues, rejet de toute décision institutionnelle légitime, soupçon permanent sauf sur soi-même, sentiment de complotismes généralisés que certains dénoncent tout en appliquant aux autres des méthodes para-soviético-communistes caricaturales).

Un juridisme fallacieux, le plus souvent détourné de l’interprétation véritable, finit par s’imposer comme une girouette vidée de ses âmes – sans doute peut-on penser à un vrai désarroi, des formes de désespoir. Une ignorance crasse et totalement “fake” de ce que sont les comportements réels des Eglises auxquels certains souhaitent se rattacher ou, au contraire, à laquelle ils veut “échapper”. Ignorance pitoyable et assez inimaginable pour des personnes qui ont souvent fait confiance à des clergés originaires de l’authentique tradition russe. On invoque le prestige et certains agissent avec méchanceté. Il y a alors la tentation de juger. Les épreuves mènent parfois à la destruction. Cela peut être pire dans le domaine de la foi : elle éclate dans des brutalités rauques, comme des feux qui dévorent. D’autant qu’au bout de cent ans, la conscience a du mal à se recentrer sur les enjeux vrais de l’élan apostolique.

Que penser des élucubrations prétendument “théologiques” ou le détournement, la rigidité formelles dans l’exploitation de règles eucharistiques détournées du véritable but qui est celui du salut des fidèles ? En soi, la guerre était prévisible. A force d’avancer à reculons depuis de nombreuses années, il est évident que certains oublient la dimension profonde des grâces reçues dans l’Eglise orthodoxe par le lien de l’Archevêché et son rôle dans le concert des traditions orthodoxes qui ont sorti la tête des catacombes voici 30-40 ans, ce qui est bien peu. Peut-on à ce point devenir “vagants” après avoir bien sucé le lait de son Eglise pour ensuite l’insulter et – mine de rien, dit-on en français – se dégrader soi-même ? Oui, Daniel Struve a raison. Il ne mentionne personne. Peut-être est-ce mieux. Je ne le fais pas. Chacun est connu à sa façon qui est comme sécoué par un événement qui s’est posé depuis des décennies. Il y a des turbulences où les côtés pile et face s’inversent à temps et contre-temps (restons ecclésiastiques !) et finissent en toupies déraisonnables.

Le jour où l’évêque est accueilli à Moscou, le président démissionnaire de l’Institut Saint-Serge se prélasse sur un divan dans un article pertinent le concernant dans le domaine littéraire. En Belgique, à Bruxelles et banlieues, le doyen perd ses facultés et prend le maquis “ondergrond”. On assiste à un muppet-show destructeur – oui ! et dont la logique est suicidaire. Lorsque Mgr Jean (Renneteau) se rend à la Crypte de la cathédrale Alexandre-Nevsky à Paris et explique le choix qu’il fait pour le bien spirituel de l’Archevêché, la vidéo de son intervention parcourt l’église : on y voit l’un des signataires ex-membre du Conseil, chef de choeur violemment opposé à l’archevêque. Il est là parce qu’il dirige le choeur. Il le fait depuis des années. Et simplement, pour lui, comme pour d’autres, son droit prévaut sur celui de la hiérarchie. On peut parler d’inconscience ecclésiale ou de souffrance profonde. L’Archevêché est aussi confronté à de paisibles baronneries de clercs ou de laïcs qui s’approprient non les murs, mais transforment les attitudes en légitimités rigides.

Qui est alors conscient, dans une Europe plutôt libérale et bienveillante pour l’existence des juridictions chrétiennes, qu’ils agissent non seulon les principe de la foi, d’une obéissance naturelle dans le corps ecclésial ? C’ela consiste à user, abuser de droits pénaux et civils qui peuvent éventuellement s’appliquer aux Eglises. Mais le droit canon n’est pas figer : il permet de marcher en discutant, en “ob-audire = écouter ensemble” et essayer de trouver des voies qui ouvrent sur le devenir de chacun. Abram (Abraham) et Lot se sont séparés. Les exemples sont multiples dans la Bible. Les disciples se sont aussi séparés après la décision d’ouvrir la Porte de la Foi aux Gentils, bref à tout être humain. Ils déposaient leurs biens aux pieds des apôtres (Actes des Apôtres 4, 35). Ils partgeaient tout. Instant idyllique qui demeure dans le but eschatologique de la Foi telle que nous la partageons.

Deux prêtres participant à un colloque en Italie – l’un et l’autre affectés directement par la suppression brutale de l’Exarchat et de l’Archevêché – qui sont des amis proches, consacrés à servir et vivre de l’Eucharistie en arrivent à affirmer qu’il sont désormais “séparés” et ne peuvent plus communier à la même table ?! Où est-on ? C’est çà l’Ecole du Métropolite Euloge ? C’est comme cela que l’on vit la grandeur des Ecoles de Paris ? C’est celà être imprégné des Pères Florovsky, Schmemann, la Troïka de Saint-Vladimir ? Et la pauvre et sainte Mère Marie (Skobtsova) “de Paris” (et de Ravensbrück) dont on semble ignorer à quelle point elle a su se faire toute à toutes et tous ? Verrait-on dans les camps nazis des religieux chrétiens se battre pour la propriété de baraques où ils murmuraient les prières sans exclure quiconque ? Nous savons que cela n’existaient pas aux Iles Solovski, dans les baraquements de déportations, laboratoire des GouLags ? Ou bien doit- on penser qu’il existe un Goulag invisible constitués par des opposants qui, tels ceux qui sont prisonniers d’eux-mêmes, en arrivent à une volonté farouche de destruction.

Il faut entendre l’appel de Daniel Struve parce qu’il est imprégné de décence née de la foi et de l’espérance. Il sait, par son enracinement, ce que coûte la foi de tradition russe et qu’il n’est pas possible de céder à des chicaneries trop systématiques ou endémiques, de se détruire parce que l’on sait qu’un moment viendra où le masque va tomber et les petits despotes silencieux et terrés cèderont au temps opportun.

Une date-butoir aidera en ceci : le 3 novembre 2019, Mgr Jean (Renneteau) de Doubna signera à Moscou l’acte de réunification avec le patriarcat de Moscou. Il ne faudra pas jouer alors les comptables de propriétés. Lorsque ce jour aura passé, il est fort à parier que les positionnements continueront à se repositionner, pendant un temps, un certain temps.

Les choses ont été plus claires en Grande-Bretagne et en Scandinavie. Et puis, en France, en Italie, dans toute l’Europe, il faudra quand même arriver à se rendre compte que des millions d’orthodoxes sont des expats en Occident et qu’ils ont besoin d’un accueil eucharistique cohérent où l’on ne coupe pas le buis en quatre ou dix et que les moules au vert (mosselen in ‘t groen) ne peuvent pas être trop gluantes, inappétissantes.

Il y a un devoir de décence et de foi authentique. Les combinazioni de certains prélats phanariote cesseront lorsque sera venu le temps de réévaluer les rangs et les fonctions des uns et des autres dans une Europe occidentale dont l’avenir dépend bien davantage de l’élan apostolique mené à travers différentes régions du monde.

a) Ici le texte de Daniel Struve rédigé en français dans son LiveJournal :

https://d-st75.livejournal.com/657592.html?fbclid=IwAR0okewMHwA7twNXDnve_6-qNIjhzMvOzVlL5u5YuEIDma3q_tsDUTmoDLc”

Appel à la communauté orthodoxe

Appel à la communauté orthodoxe contre la tentative de destruction et de spoliation en cours contre l’Archevêché des paroisses orthodoxes russes d’Europe Occidentale

Je me permets de lancer cet appel à la communauté orthodoxe, parce qu’il me semble que toutes les personnes de bonne volonté devraient pouvoir s’entendre sur des principes fondamentaux sans lesquels nous seulement aucune église, mais aucune communauté humaine ne saurait se construire.

Je dénonce comme monstrueuse la tentative en cours pour détruire et spolier l’Archevêché des paroisses orthodoxes russes d’Europe occidentale conduite par le métropolite Emmanuel Adamakis avec le soutien d’un groupe d’anciens prêtres et laïques de l’Archevêché.

Après la suppression unilatérale et sans préavis de celui-ci par la décision du Synode de Constantinople le 27 novembre 2018, un large consensus s’était dégagé au sein de l’Archevêché autour de l’archevêque Jean pour refuser une décision à la fois inapplicable et inique, qui visait à la destruction et à la spoliation de l’Archevêché.

Il apparut très vite que la seule voie possible, si l’Archevêché voulait retrouver une assise canonique, était le retour à la situation d’avant 1931, c’est-à-dire la réintégration de l’Archevêché au sein du Patriarcat de Moscou, si possible avec la préservation de l’autonomie interne qui avait été la sienne depuis sa fondation et qui jusqu’en 2018 lui avait été garantie par des engagements solennels du Patriarcat Œcuménique, confirmées.

Alors que les négociations lancées avec le Patriarcat de Moscou avançaient et se concluaient par un accord, toutes les autres voies envisagées se sont rapidement révélées illusoires, soit du fait d’un manque de volonté des parties contactées, soit du fait d’une trop faible adhésion des fidèles de l’Archevêché, et surtout mal fondées d’un point de vue canonique et historique.

Cependant une minorité de paroisses, de membres du clergé et de laïques de l’Archevêché, conduite par sept membres du Conseil de l’Archevêché, s’opposa pour des raisons diverses à la seule alternative possible à la dissolution et tenta de bloquer les mécanismes de prise de décision de l’Archevêché, cherchant à délégitimer l’Archevêque et à lui faire porter contre toute évidence la responsabilité de la crise. Lorsqu’en septembre, l’archevêque Jean, assumant ses responsabilités, prit en tant qu’archevêque dirigeant la décision de rejoindre le Patriarcat de Moscou et de rendre ainsi à l’Archevêché une assise canonique perdue depuis le 27 novembre 2018, cette minorité non seulement refusa de reconnaître cette décision en rejoignant d’autres diocèses, mais se rallia au projet de destruction et de spoliation de l’Archevêché du métropolite Emmanuel Adamakis.

C’est cette tentative de destruction et de spoliation soutenue par d’anciens membres de l’Archevêché qui apparaît comme une imposture monstrueuse, destructrice du lien devant unir les membres d’une seule église fussent-ils séparés par les frontières juridictionnelles. Conduite au prix de violations grossières des Statuts de l’Archevêché (en continuité avec celles qui avaient gravement entaché la période d’intérim et les élections de 2013) et des moyens douteux comme les attaques personnelles et la calomnie, cette entreprise fourvoyée va manifestement au-delà d’une simple démarche de contestation des décisions adoptées par l’Archevêque et la majorité de l’Archevêché en vue de préserver celui-ci. Elle cherche à semer le doute dans les esprits et les consciences. Elle contrevient grossièrement à toutes les règles ecclésiales, comme à toutes les règles de comportement au sein d’une communauté humaine. Elle ne poursuit aucun but positif et ne s’appuie sur aucun projet clairement argumenté. Conduite par certains au nom d’une idée abstraite de l’église locale, elle consiste paradoxalement à s’en prendre à une des rares entités ecclésiales de la diaspora engagée dans une démarche authentiquement locale.

Toute en étant confiant que l’Etat de droit saura préserver l’intégrité de l’Archevêché et le prémunir contre la tentative d’usurpation et de spoliation en cours, j’en appelle à la raison, au sens des responsabilités et à la conscience de chacun pour refuser de prendre part à cette entreprise de destruction et de division, ne serait-ce que pour préserver l’avenir de l’unité orthodoxe en France et pour éviter le grave discrédit que ne manqueraient d’attirer sur l’Eglise orthodoxe pareils agissements.

Le retour de l’Archevêché des paroisses orthodoxes russes au sein du Patriarcat de Moscou à la veille du centenaire de sa fondation et après un parcours de près de 90 ans au sein du Patriarcat Œcuménique ne va pas sans déchirements et sans appréhensions. L’Eglise de Russie dont l’Archevêché a accepté la protection canonique portera encore longtemps les stigmates laissés par les décennies de persécution et d’oppression de la part d’un régime totalitaire. Néanmoins cette solution permet de préserver les institutions uniques de l’Archevêché, dont la reconnaissance officielle par l’Eglise de Russie est en soi un événement plein de signification. Elle permet à l’Archevêché de renouer avec son histoire et de se projeter dans l’avenir, ce qu’il n’aurait sans doute jamais fait sans le choc provoqué par la décision du Patriarcat Œcuménique à qui nous pouvons être reconnaissants pour cela. Ce qui devait arriver est finalement arrivé. En même temps, il est naturel qu’une partie des membres de l’Archevêché préfère pour diverses raisons rejoindre les métropoles grecques ou d’autres formations plutôt que de suivre l’Archevêché dans ce tournant. Une telle démarche est compréhensible. Elle ne brise en rien l’Unité de l’Eglise à condition d’être accomplie en conformité avec l’ordre ecclésial et dans le respect que se doivent mutuellement les membres d’une communauté. Ce qui est incompréhensible et destructeur du lien ecclésial en revanche, c’est l’acharnement de ceux qui, non contents d’avoir quitté l’Archevêché, s’associent aujourd’hui à une entreprise visant dès le départ sa destruction et sa spoliation.

Daniel Struve

Paris, le 18 octobre 2019

b) Version en russe mise en ligne par l’auteur à la suite du texte ci-dessus :

Обращение к православному сообществу в связи с попыткой уничтожения и сполиации Архиепископии русских православных приходов в Западной Европе

Обращаюсь с призывом к православному сообществу, полагаясь на то, что все люди доброй воли должны быть в состоянии договориться об основополагающих принципах, без которых невозможно существование не только церкви, но и любой человеческой общины.

Я осуждаю как чудовищную попытку уничтожения и сполиации Архиепископии русских православных приходов в Западной Европе, проводимую под руководством митрополита Эммануила Адамакиса при поддержке группы бывших священников и мирян Архиепископии.
После внезапного и одностороннего упразднения Архиепископии решением Константинопольского Синода 27 ноября 2018 года вокруг архиепископа Иоанна было достигнуто широкое согласие – отвергнуть несправедливое и неисполнимое решение, направленное на уничтожение и отнятия имущества Архиепископии.
Вскоре стало ясно, что единственным возможным путем восстановления канонической основы Архиепископии – возвращение к положению, существовавшему до 1931 года, то есть воссоединение с Московским патриархатом по возможности с сохранением внутреннего самоуправления, которое существовало с момента основания Архиепископии и до 2018 года было гарантировано ему торжественными обязательствами, принятыми Вселенским Патриархатом.
Если переговоры с Московским Патриархатом продвигались вперед и заключились соглашением, все другие намеченные пути вскоре оказались иллюзорными либо из-за отсутствия воли запрошенной стороны, либо из-за недостаточной поддержки верующих Архиепископии, а главное, плохо обоснованными с канонической и исторической точки зрения.
Однако меньшинство приходов, духовенства и мирян Архиепископии, возглавляемое семью членами Совета Архиепископии, по разным причинам выступило против единственно возможной альтернативы роспуску и попыталось заблокировать механизмы принятия решений Архиепископии, стремясь при этом делегитимизировать архиепископа и возложить на него вопреки очевидности ответственность за кризис. Когда в сентябре архиепископ Иоанн принял в качестве управляющего Архиепископией решение присоединиться к Московскому патриархату и тем самым вернуть Архиепископии каноническую основу, утраченную 27 ноября 2018, это меньшинство не только отказалось признать решение архиепископии, присоединившись к другим епархиям, но и примкнуло к проекту митрополита Эммануила Адамакиса по уничтожению и сполиации Архиепископии.
Именно эта попытка разрушения и сполиации Архиепископии, поддержанная бывшими членами Архиепископии, представляется чудовищным обманом, разрушающим связь, которая должна объединять членов одной церкви, пусть разделенных юрисдикционными границами. Совершаемая путем грубых нарушений Устава Архиепископии (аналогичных тем, которые запятнали период местоблюстительства и выборы 2013 года) и сомнительными приемами, такими как личные нападки и клевета, это запутанное предприятие явно выходит за рамки простого оспаривания решений, принятых архиепископом и большинством Архиепископии в целях ее сохранения. Оно стремится посеять смуту в умах и сознаниях. Оно грубо нарушает все церковные правила, как и все правила поведения в человеческом сообществе. Оно не преследует никаких положительных целей и не основывается на каких-либо четко аргументированных проектах. Руководимое в некоторых случаях абстрактной идеей создания «поместной церкви», оно парадоксальным образом приводит к агрессии против одного из редких церковных образований в диаспоре, приверженных подлинно местному подходу.
Будучи уверенным в том, что верховенство права сохранит целостность Архиепископии и защитит ее от попыток узурпации и сполиации, я обращаюсь к разуму, чувству ответственности и совести каждого с призывом отказаться от участия в этом деле разрушения и разделения, хотя бы для того, чтобы сохранить будущее православного единства во Франции и избежать серьезной дискредитации, которую могли бы навлечь на Православную Церковь подобные действия.
Возвращение Архиепископии русских православных приходов в состав Московского патриархата накануне столетия со дня ее основания и после почти 90-летнего пребывания в составе Вселенского Патриархата не может обойтись без разрывов и опасений. Русская Церковь, к канонической защите которой прибегла Архиепископия, еще долго будет нести следы, оставленные десятилетиями гонений и угнетений со стороны тоталитарного режима. Тем не менее это решение позволяет сохранить уникальный Устав Архиепископии, официальное признание которого Русской Церковью само по себе является событием, полным смысла. Оно позволяет Архиепископии восстановить связь со своей историей и смотреть в будущее, чего она, вероятно, никогда бы не сделала, если бы не толчок, вызванный решением Вселенского Патриархата, которому мы можем быть благодарны за это. Случилось то, что должно было случиться. В то же время вполне естественно, что часть членов Архиепископии по разным причинам предпочла присоединиться к греческим митрополиям или другим образованиям, нежели следовать за Архиепископией. Такой шаг понятен. Он ни в коей мере не нарушает единства Церкви, если он совершается в соответствии с церковным порядком и с уважением, которое должны друг другу члены одной общины. Но непонятно и губительно для церковного единства, ожесточение тех, кто, не довольствуясь тем, что покинул Архиепископии, сегодня присоединяется к делу, с самого начала направленному на ее разрушение и сполиацию.
Даниил Струве
18 октября 2019

 

קיום

קלייניקעס זיינען געגאנגען אויף דער גס,

א שמייכל, א לעכל, א האנט צו באגרוסן מיט פרייד און ניעזשנעם קוק.

קינדער אדער נערים און קטנות מיט א פלאש מילך,

אכילה – אפשר א ברויטעלע, אויך אין דער האנט אדער שוין אין מויל

מיט דעם טעם פון זיסקייט.

פארוואס

קומט דאס אזוי אין אונדזער דור אז מיר באהיטן בילדער פון פנימער?

מענטשן וואס מיר האבן ניט קיינמאל געטראפן,

נשמות, וואס ליגן אדער זיינען ארויספארשווונדען אין די שעהען פון שינאה.

מיר האבן די בילדער, פעם שווארץ און וויס

אנדערע האבן גערודעפט די נסתרדיקע פארבן.

א תקופה פאר אנדערע זכרונות,

צלם, פאטאגראפירן

די קלייניקעס אויף דער גאס.

און אין דידאזיקע

טעג און מעכט

דאווענען זיך די סליחות

”דער הער איז ברעמהארציק,

אל רחום וחנון,

פאר וואס, וווהין

נעמען אונדז די בילדער מיט געשוויגענע קולות.

א רוף אז בלייבט ביי אונדז אין דער נשמה

– האפענונג און א גארטן מיט שמייכלעך, מיט רו און מילך.

דעם ג’ טן דתשרי תש”פ  אברהם בן ברוך

Waterloo, Waterloo, morne plaine

Que de tumultes, que de rumeurs soufflées  par vagues de discussions interminables sur les réseaux sociaux, un peu en toutes les langues. Il y a des différences entre ceux d’expression anglaise, scandinaves. Les norvégiens sont partis sans arguties. Un chat est un chat, on reste dans le concret, le pragmatique. En Allemagne, les choses ne sont pas très claires : est-on passé à une métropole grecque ? Est-on toujours membre de l’Archidiocèse ? Un pied dans l'”Union Directrice” qui appartient davantage au droit associatif français qu’à celui en vigueur dans d’autres pays, fût-ce le Benelux, l’Italie… La France ! Ah, la France, cette France qui a fertilisé les semailles de l’âme russe (mais aussi grecque, bulgare, serbe, roumaine, macédonienne) après une longue absence de dialogue entre l’Orient et l’Occident chrétien…. parlerait-on des celtes orthodoxes, un lointain cousinage ? Ils appartiendraient à cette “Eglise locale” tant prisée par ceux qui attendent le retour aux sources et à la conversion du christianisme romain….

Mais peut-on conserver un pied dans une entité associative à la française et affirmer que, désormais l’on est passé dans une autre juridiction. Les choses sont énoncées paisiblement dans la lettre circulaire personnelle du père Christophe D’Aloisio, qui, dans la structure d’avant la dissolution de l’Exarchat et la suppression de l’archvêché de Eglise de tradition russe en Europe Occidentale, avait un statut de doyen à Bruxelles et la responsabilité pastorale d’une paroisse de langue française, la Paroisse de la Sainte Trinité et de Saint Côme et Damien sise Rue Spaak à Bruxelles.

Dans la circulaire du 19 septembre 2019, lettre écrite à titre rigoureusement personnel, le père Christophe affirme qu’ayant écrit à Constantinople avec  d’autres membres du Conseil de l’Archevêché dont il fait partie, aucune réponse phanariote ne leur est parvenue à ce jour. Bien qu’il ait, a priori, pris soin de ne pas s’adresser à Mgr Emmanuel (Adamakis) de Gaule désormais Locum Tenens de la structure dissoute de cet Archevêché russe. C’est du moins ce que l’on comprendra de cet imbroglio où le hiérarque hellène, fidèle parmi les fidèles du Patriarche Bartholomée, inclut prêtres et fidèles, paroisses et bâtiments dans sa métropole hexagonale tout en étant nommé à la tête d’un vicariat embryonnaire.

De fait, le Phanar a clairement énoncé aux paroisses, aux membres du clergé comme des fidèles qui le souhaitent, la possibilité de rejoindre l’omophore – se placer sous l’autorité de chaque évêque diocésain grec du patriarcat oecuménique. C’est ce qui s’est passé tant à Stockholm qu’à San Remo et à Florence où les paroisses et leur pasteurs se sont réorientés volens nolens vers les métropoles grecques phanariotes ou l’Eglise Hors-Frontière.

Pourquoi le père Christophe, citoyen belge, prêtre de langue essentiellement française,  ne reconnaît-il pas l’autorité du Locums Tenens de France, le Métropolite Emmanuel (Adamakis) ? Est-ce parce qu’il est en Belgique et qu’il devrait s’adresser au hiérarque Athénagoras, Primat de l’Eglise orthodoxe de Belgique, Exarque du patriarcat de Constantinople ?

Les choses peuvent s’expliquer autrement. Membre du Conseil d’Administration de l’Archevêché, le père D’Aloisio, connu pour son engagement dans Syndesmos, dans les mouvements de l’ACER MJO et des jeunes orthodoxes au niveau européen, craint-il que le patriarcat de Constantinople ne ferait qu’une bouchée d’un vicariat des “paroisses de tradition russe en Europe occidentale” alors qu’il maintient que l’Archevêché a une valeur fondamentale pour le développement actuel des Eglises orthodoxes. Tout le monde brandit à temps et contre-temps, hic et nunc (slogan pilote de la pensée théologale) l’importance du Concile de 1917-18 de Moscou, des règles liturgiques particulières (encore que cela peut donner matière à discussion), l’usage des calendriers julien et grégorien (parfois confus), la possibilité de célébrer dans les langues vernaculaires comme en slavon ou en grec et des saints dits “locaux” (Mère Marie Skobtsova de Paris).

Tout cela entre parfaitement dans le projet tel que le Patriarche Bartholomée de Constantinople le conçoit : il n’y a plus aujourd’hui de place pour un exarchat autonome de tradition russe et les paroisses d’Europe occidentale doivent harmonieusement intégrer les structures ecclésiastiques déjà existantes de la diaspora hellénistique. Pour parler vrai, il s’agit, depuis le 27 novembre 2018, d’un oukaze invitatoire phanariote  asséné à coups de knouts despotiques à la byzantine.

Le père Christophe D’Aloisio souligne que cela n’est pas possible et, que pour préserver l’identité et la tradition de ses paroisses en Belgique il a fait appel, en urgence à passer dans une autre juridiction. Il écrit donc: “C’est la raison pour laquelle plusieurs paroisses ont accepté l’hébergement canonique offert par le Métropolite Joseph d’Europe occidentale et méridionale (du patriarcat de Bucarest).”

Les choses ne sont plus claires à partir de ce moment. Habitant en Belgique, membre d’une structure juridictionnelle – l’Exarchat et l’Archidocèse – dissous le 27 novembre 2018 par le Phanar, il devrait s’adresser au Métropolite Athénagoras, Primat de l’Eglise orthodoxe en Belgique et se placer, ainsi que son doyenné sous l’omophore de ce métropolite. C’est lui qui a la tâche d’accueillir les communautés de son territoire qui refusent de rejoindre le patriarcat de Moscou à la suite de Mgr Jean (Renneteau) de Dubna. Et il peut gérer les demandes d’affiliation aux diverses juridictions orthodoxes présente en terres belges.

Que diantre ne le fait-il pas ?! Le père Christophe confond-t-il deux structures : celle de l’administration et celle de la canonicité ecclésiale ? A-t-il demandé une lettre de congé à Mgr Jean (Renneteau) ? L’a-t-il reçue, pas encore reçue de la part de l’évêque qui seul peut lui donner ce document ? Il semble davantage s’orienter, avec ses co-assistants, vers une sortie des structure religieuses et administratives de l’Archevêché. Dans ce cas, il est libre de partir et ceux qui veulent le suivre sont totalement libres de le rejoindre vers la direction canonique qu’il choisira. Ils peuvent aussi décider de se reprioriser vers l’un de ces patriarcats représentés à Bruxelles.

Pourquoi ont-ils écrit à Mgr Emmanuel de France et au Phanar alors qu’il est évident que, pour le Phanar, les choses sont précises et irréversibles. Le Métropolite Emmanuel est le Locum Tenens in situ, c’est-à-dire en France. Il n’a pas de juridiction directe sur la Belgique. Comment se fait-il que le père D’Aliosio et ses amis ou paroissiens qui aiment volontiers se référer à des articles canoniques et/ou juridiques, ne demandent pas à être canoniquement reçus dans la métropole grecque du Phanar, donc par Mgr Athénagoras , Exarque oecuménique du patriarcat de Constantinople ?

Les propos du père D’Aloisio se présentent de manière toujours identique. Ils consistent à contester de la manière la plus soutenue et répétée que le Conseil d’Administration aurait agi de manière illégale et en infraction au droit canonique des Eglises orthodoxes, plus précisément les Statuts qui régissent/régiraient l’Archevêché en accord avec les décisions du Concile de Moscou de 1917-18.

Dans ce cas, peut-il validement rester dans l’Administration diocésaine ? Il est et reste libre d’être accueilli par toute structure juridictionnelle canonique susceptible de le recevoir au titre personnel… comme Mgr Jean a été reçu dans le patriarcat de Moscou. Par ailleurs, il y a sans doute eu un vote ? … pour savoir qui, comment, quel nombre de personnes le suivraient vers l’obédience et l’hébergement temporaire canonique “proposé” par le Métropolite Joseph d’Europe occidentale et méridionale du patriarcat de Roumanie ?

Cela fait deux semaines que le site de la “Paroisse orthodoxe de la Sainte-Trinité et des Saints-Côme-et-Damien” bruxelloise a publié un entre-filet expliquant le “nouveau statut canonique de la paroisse” ainsi libellé  sans apporter aucun document officiel exprimant une demande de réception (provisoire) dans la juridiction roumaine ou encore un document dûment signé par le Métropolite Joseph confirmant la démarche. Il n’en est rien. Ainsi est-il écrit :

“Situation canonique et rattachement administratif

Depuis que l’Archevêché des Églises orthodoxes de tradition russe en Europe occidentale, anciennement Exarchat du Patriarcat œcuménique de Constantinople, se trouve sans archevêque dirigeant, la paroisse orthodoxe francophone de la Sainte-Trinité-et-des-Saints-Côme-et-Damien de Bruxelles se trouve sous la juridiction canonique du Métropolite Joseph d’Europe occidentale et méridionale, de l’Église orthodoxe roumaine. La paroisse demeure cependant membre de l’Union Directrice Diocésaine des Associations Orthodoxes Russes en Europe Occidentale, entité juridique regroupant l’ensemble des communautés concernées.”

Cette décision est tout-à-fait louable si elle remplit un minimum de critères de crédibilité. Quand les membres de la Communauté orthodoxe norvégienne de “Heilige Nikolai Menighet” (Oslo, Bergen et autres) ont quitté l’Archevêché, ils ont tenu à agir clairement, en conformité avec la loi norvégienne qui s’applique à leur statuts d’Eglise orthodoxe reconnue en Norvège et par la loi de ce pays.

Ils ont donc fait valoir leur droits, ont voté qu’ils décidaient de quitter l’“Archevêché des Eglise orthodoxes de traditions russe en Europe occidentale”. Ils ont indiqué les résultats de ce vote. Ils ont publié la décision et leurs droits de propriétés foncières leur furent garantis par l’Etat. Ils prirent aussi soin de publier la lettre reçue du patriarcat de Serbie qui les recevaient après un temps de réflexion. Ils publièrent l’accord et le fait qu’ils étaient officiellement, donc canoniquement, sous l’autorité du patriarcat de Serbie.

L’archimandrite Johannes Johansen fut officiellement reçu avec ses compagnons. D’autres prêtres scandinaves se sont ralliés aux métropoles grecques du patriarcat de Constantinople dans le nord de l’Europe.

Dans chaque cas, il y a eu un document attestant la réalité d’un accord et d’une union entre la communauté orthodoxe norvégienne et une structure du patriarcat de Serbie.

Depuis deux semaines, rien ne prouve que la paroisse “Sainte Trinité – Saints Côme et Damien” de Bruxelles et – à n’en pas douter – d’autres paroisses soient déjà sous l’omophore de Mgr Joseph. Ne parlerait-on plutôt d’une sorte de métathèse ? L’intention existe. Ne resterait-on pas dans l’illusion chimérique ? Cela manque de ferme propos. Le père D’Aloisio et d’autres membres du clergé belge, leurs fidèles pressés de trouver une solution juste et canonique en viendraient à anticiper un passage qui demande des négociations, des courriers, au moins un vote des paroissiens concernés sur le territoire d’une Belgique qui comprend des communautés linguistiques diverses.

C’est d’autant plus vrai que les réseaux sociaux ont relayé cet ardent désir de se placer sous la protection de l’Eglise-Mère de Roumanie. Encore faut-il que Monseigneur Joseph et le Patriarche roumain soient officiellement prêts à reconnaître canoniquement cet hébergement pour un hiver rude dans l’Eglise orthodoxe en marche. Et, de plus combien de personnes seraient concernées par cette ruée vers la juridiction roumaine ? Certains avancent l’argument selon lequel le Métropolite Joseph a fait ses études à l’Institut Saint-Serge et qu’il est proche des prêtres et paroissiens incriminés. Un prêtre, voire deux ou trois peuvent-ils engager la crédibilité d’un épiscopat en Christ aussi important que celui qui dessert les communautés orthodoxes d’expression roumaine dans toute l’Europe ?

Il ne suffit pas de diffuser sur le net des propos non reconnus par l’actuel responsable de l’Archevêché sans documents dûment signés du métropolite roumain.

La circulaire des 7 membres du Conseil archidiocésain affirmait aimablement : “Par ailleurs, le métropolite Joseph de la métropole orthodoxe roumaine d’Europe occidentale et méridionale accepte d’accueillir, de manière provisoire et réversible et dès ce soir, les membres du clergé qui lui en font la demande, afin qu’ils puissent célébrer la liturgie eucharistique de demain dans la paix, sous la couverture canonique d’un évêque en pleine communion eucharistique avec toute l’orthodoxie. Si des clercs souhaitent suivre cette voie, ils sont invités à écrire une demande dans ce sens au métropolite Joseph (cabinet@mitropolia.eu) et à en informer ensuite le Conseil de l’Archevêché.” (14.09.2019).

Qu’est-ce à dire ? On s’appelle et on déjeune ? On s’envoie des SMS avec, à la clé, Eucharistie et Agapes assurées ?! Ce serait “canon !”.

La question est beaucoup plus sensible. L’Archevêché ne peut être réduit à sa dimension francophone. Il y a des paroisses dans de nombreuses régions d’Europe. Il est peu question des néerlandophones de Belgique, voire ceux de langue allemande. Les fidèles des Pays-Bas s’expriment peu. Ils sont aussi plus “carrés” dans leurs décisions, un peu comme les scandinaves. En Grande-Bretagne, les discussions vont bon train mais sur d’autres bases. La partie britannique de l’ancien exarchat a connu des temps de grandes turbulences : la mort du Métropolite Anthony (Bloom) de Souroge puis le passage de Mgr Basile accueilli par l’Archevêque Gabriel (de Vylder) de Comane, reconnu par le patriarcat de Constantinople. Il quitta son ministère épiscopal pour se marier.

Il ne pourrait s’agir dans le cas de la paroisse belge d’une réaction presque “familiale” où deux membres connus du Conseil archidiocésain tenteraient d’obtenir des statuts dans l’Eglise roumaine alors que les flamingants et d’autres francophones, russophones ou ukrainiens, moldaves ne verraient pas l’urgence de cette requête.

Peut-on parler d’un pédigrée historique ? Il y a de grandes souffrances dont il faut tenir compte. Si un membre historique du Conseil, Alexis Obolensky, en arrive à vouloir réveiller les grandes familles historiques de l’émigration russe blanche au service de l’Eglise orthodoxe en Europe (comme celles disséminées à travers le monde !), il y aurait un risque de verser, même involontairement et par un mouvement d’angoisse compréhensible, dans une sorte de phylétisme élitiste qui n’existe pas vraiment dans l’Eglise de Moscou. On se souviendra de l’émotion de Monsieur André Schmemann, le frère jumeau du père Alexandre Schmemann, lorsque le Président Vladimir Poutine lui remit son passeport russe, le 6 juin 2004 (“http://orthodoxeurope.org/print/14/43.aspx).

 “Au cours de son séjour en France le 6 juin le président V. Poutine a remis le passeport russe à Monsieur André Schmemann, un des fondateurs du mouvement pour l’Orthodoxie locale de tradition russe en Europe occidentale. M. A. Schmemann est le frère jumeau du protopresbytre Alexandre Schmemann, illustre théologien russe de l’émigration.

Le président a insisté sur le sens symbolique de cet acte. «Je voudrais, dit-il, en s’adressant à M. A. Schmemann, vous exprimer ma gratitude pour votre service de la Russie». André Schmemann est depuis un demi siècle le starosta et le sous-diacre de l’église russe de l’icône de la Mère de Dieu Znaménié (du Signe) de Paris. Il est un des principaux partisans de la réunification dans une seule juridiction des Orthodoxes russes demeurant en Europe occidentale.

Pendant toute sa vie André Schmemann n’avait jamais demandé la naturalisation française et était resté sans nationalité. En 1995 il s’est rendu en Russie pour la première fois. Il y a deux mois il avait déposé la demande de recouvrer la nationalité russe. «Je pense, dit-il dans sa réponse au président Poutine, que peu de personnes sont capables de comprendre ce que je ressens en ce moment. Avoir vécu toute sa vie comme réfugié, sans citoyenneté, puis devenir Russe de plein droit tel que je m’étais toujours senti. C’est un immense bonheur pour lequel je rends sincèrement grâce à Dieu».

Il est curieux que lors de l’Assemblée Générale Extraordinaire du 7 septembre dernier, certains ont pu parler de l’aspect inédit de l’intervention haute en couleur du père moldave Vasile Sevciuc. Personne n’a relayé le moment où, tendant son index dans la direction du père C. D’Aloisio, il s’époumona avec véhémence : “Mgr Jean vous a sauvé ! Il vous a sauvé et est-ce ainsi que vous lui montrez votre reconnaissance ?”

Tel est le noeud du problème, pour peu qu’il y ait vraiment un problème. Car tout peut être résolu.

Le père Christophe D’Aloisio, inspecteur orthodoxe de l’enseignement belge en sa qualité de citoyen belge et de prêtre orthodoxe, cumule une fonction de pasteur avec celle d’un membre du département éducatif du Royaume de Belgique. Il a payé le prix fort pour cette double allégeance. Pourrait-il aujourd’hui se rendre chez le représentant légitime du patriarcat de Constantinople auquel il fait appel par une voie détournée ? Que ferait le Métropolite Athénagoras qui l’a contraint naguère à quitter son travail et être suspendu par le Phanar en 2015 ? (cf. “L’Institut de théologie saint Jean fut chassé de ses locaux, tous les clercs ont eu interdiction d’y enseigner (ce passage mériterait un article à lui seul) et un autre insitut (apôtre Paul) fut créé. Devenu Métropolite, Athénagoras exigea que p. Christophe (D’Aloisio) démissionne de son poste d’inspecteur. Voulait-il prendre le poste pour lui-même ou l’un de ses amis, importe peu: il voulait une personne faisant la métanie devant son autorité.” In “http://stmaterne.blogspot.com/2015/02/la-hierarchie-locale-et-le-pere.html”).

En 2015-2016, celà conduisit à la consécration épiscopale du recteur de la paroisse francophone de Genêve, l’archimandrite Jean (Renneteau) afin de seconder l’Archevêque Job (Getcha) de Telmessos contesté par certains membres du clergé et des laïcs, en particulier les membres des paroisses bruxelloises. Lorsque Mgr Job fut promotionné comme représentant du Phanar au Conseil Oecuménique des Eglises, Mgr Jean de Charioupolis le remplaça et plaida – “perinde ad cadaver” pourrait-on dire – la cause du père Christophe D’Aloisio. Au bout d’un an, il fut réintégré dans ses fonctions. (cf. Décision canonique concernant le père Christophe D’Aloisio en [1] et [2]).

Il y a des moments où il est important d’agir pour le bien spirituel du plus grand nombre, même lorsque la situation peut sembler inextricable sur le plan individuel.

Pour celà, il est indispensable de dire les choses comme elles sont. Il est des situations qui mènent à des confusions qui doivent être apurées en évitant des contorsions destructives. Au fond, il y a des cas où l’on cloche des deux pieds. L’un dans le domaine civil, l’autre dans le sacerdoce ecclésiastique. Ou encore en confondant les lois de la République – en évitant peut-être celles du Royaume de Belgique ou d’ailleurs – avec l’application fondamentale de la tradition canonique de l’Eglise orthodoxe. Ce twist endiablé risquerait de conduire le doyen à perdre son emploi civil et/ou être déposé car il ne disposerait plus de la protection d’un archevêque à la neutralité toute helvétique.

Il faut dire les choses clairement. Cela permettrait – et il est encore temps – de trouver une voie pacifique pour cesser des ragots, des insultes dégradantes, indignes de la qualité de foi authentique et de la Lumière Incrée que l’Eglise affirme confesser. Il y a toujours une manière d’intercéder pour une ou plusieurs personnes.

L’une des forces de l’Orthodoxie en la matière est le principe de l’Eikonomia. Elle permet de relativiser, sous la puissance de l’Esprit, des éléments que l’on croirait figés par l’orgueil et la crainte. Le principe d’ Economie permet de dépasser des conflits qui s’auto-alimentent sans lendemain. Il faut de la confiance, un dialogue christique. Il n’est pas question de compter les antimensions, les lettres de congé, la valeur des bâtiments, l’héritage si prestigieux de l’Ecole de Paris. Il est inutile d’ergoter sur le décompte des votes ; ou encore d’estimer leur valeur pour une association de droit civil contre une structure d’Eglise soumise à des règles ecclésiastiques. Il reste alors le devoir impérieux de continuer à marcher et de faire appel aux frères.

Il est question ici du Sacrement du Frère.

Le mystère du Frère en tant que mystère d’altérité et de communion n’est pas le huitième mystère ou sacrement à côté des sept sacrements de l’Église, mais plutôt la manière dont l’Église approche l’homme dans la présence du Christ crucifié et ressuscité qu’on célèbre dans la liturgie eucharistique. […] De leur côté, les grands docteurs de l’Église indivise, qui pour la plupart étaient en même temps liturges et pasteurs, ont exprimé avec force et talent le fait que le service rendu au prochain qui est dans le besoin ne relève pas tout simplement de l’éthique, mais plus profondément encore de la sacramentalité intégrale de la vie chrétienne.” [“Le Sacrement du Frère” par le Métropolite Daniel (Ciobotea) de Moldavie – actuel Patriarche de Roumanie, in “revue Contacts vol. 46, no. 2, 1994].

Le père Christophe et, avec lui, les nombreux paroissiens et membres des mouvements auxquels ils participent ont été préservés dans leur dignité de fidèles et de prêtres orthodoxes au prix d’un lourd sacrifice consenti par Mgr Jean anciennement de Charioupolis. Dans la période actuelle, alors que chacun est libre d’aller où il veut, n’est-il pas temps de se réveiller et de rendre le service à l’évêque qui a agi en Eglise au nom de la sacramentalité intégrale de la vie chrétienne.

“Lettre pastorale de l’Archevêque Jean du 17 septembre 2019, “http://archeveche.eu/spip.php?article2404&fbclid=IwAR0LmQ-NyjDy4n0SF-u9lHM4PQfKS6wMq2H-lCFYZpaSnwVdAd_8_H-EYCU”

[1]Communiqué du Bureau de l’Archevêque du 23 décembre 2016

DECRET N° 47-16

Par le présent décret, nous abrogeons le Décret n°55-15 du 21 juillet 2015 et rétablissons à compter de ce jour 23 décembre 2016 le Révérend Prêtre CHRISTOPHE D’ALOISIO, dans sa fonction sacerdotale, en qualité de recteur de la paroisse de la Sainte Trinité et des Saints Côme et Damien de Bruxelles (Belgique), avec toutes les prérogatives y afférentes.

En foi de quoi le présent décret lui est adressé.

Fait à Paris, le 23 décembre 2016.

† JEAN, Archevêque de Charioupolis,
Exarque patriarcal des paroisses orthodoxes de tradition russe en Europe Occidentale

[2] Lettres datant de 2012 et de 2016 :

Sur le conseil de Son Éminence l’Archevêque Jean de Charioupolis, archevêque dirigeant dont relève notre paroisse, nous communiquons, ci-dessous, copie d’un courrier envoyé en soutien au P. Christophe (ci-joint, l’original de la lettre).

Cher Père Christophe,

Nous avons évoqué votre situation lors de la réunion du Conseil de l’Archevêché du 7 mars dernier.

Nous attendons une réponse du Phanar en réponse aux nombreuses démarches entreprises par notre Conseil, par des prêtres de notre Archevêché et par moi-même.

Dans ce contexte le Conseil de l’Archevêché tient à l’unanimité à vous renouveler sa confiance en tant que clerc de notre Archevêché. Il tient à vous réaffirmer ce que le défunt Archevêque Gabriel de bienheureuse mémoire avait déclaré le 20 janvier 2012 « en tant qu’évêque du Père Christophe D’Aloisio, je confirme toute la confiance ecclésiale qui lui est accordée et lui suis (même) reconnaissant de servir l’Église comme il le fait ».

Nous aussi, nous vous renouvelons notre entière confiance et espérons que le litige dans lequel vous êtes impliqué soit jugé en toute justice afin que tous trouvent paix et sérénité pour poursuivre l’œuvre de l’Église.

Recevez ma bénédiction.

Fait à Paris, le 10 mars 2016

+JEAN, Évêque de Charioupolis,

Vicaire patriarcal et Locum-tenens

de l’Archevêché-Exarchat des Églises Orthodoxes Russes

en Europe Occidentale,

Patriarcat Oecuménique

 

La lettre du 20 janvier 2012 de feu l’Archevêque Gabriel de Comane, à laquelle il est fait référence dans le courrier de l’Archevêque Jean, est disponible ici:

Maastricht, le 20 janvier 2012

Son Éminence

le Métropolite

Panteleimon de Belgique

avenue Charbo 71

B – 1030 BRUXELLES

Éminence,

Je vous écris à propos du litige survenu entre vous et le Révérend Père Christophe D’Aloisio, litige qui risque de constituer une atteinte à la paix de l’Église orthodoxe en Belgique.

Le Père Christophe D’Aloisio est, depuis 2007, membre du clergé de mon archevêché. Au plan civil, il occupe un emploi de fonctionnaire au sein de l’État belge : depuis 2002, le Père Christophe D’Aloisio est inspecteur de l’enseignement pour la religion orthodoxe en Communauté française de Belgique.

Comme fonctionnaire, le Père Christophe D’Aloisio relève de la compétence exclusive du Ministère de l’enseignement, qui est, en droit civil, son employeur.

En revanche, depuis son ordination comme prêtre orthodoxe, le Père Christophe D’Aloisio relève de ma compétence exclusive : en tant qu’évêque diocésain, je suis le seul à pouvoir porter un jugement canonique à son égard.

Votre compétence de représentation des orthodoxes, reconnue par l’arrêté royal du 15 mars 1988 portant organisation des conseils de fabriques d’église du culte orthodoxe, ne vous confère pas le droit de vous substituer aux autres évêques orthodoxes, dans leurs prérogatives canoniques. Or, tout avis portant sur un membre du clergé d’un autre diocèse que le vôtre constituerait un dépassement de votre fonction de représentation.

En tant qu’évêque du Père Christophe D’Aloisio, je confirme toute la confiance ecclésiale qui lui est accordée et lui suis même reconnaissant de servir l’Église comme il le fait.

Le Père Christophe D’Aloisio se trouve être également un théologien de renommée internationale et un conférencier apprécié. Il est le secrétaire général du Forum Européen des Facultés orthodoxes de théologie et enseigne lui-même la théologie et la pédagogie religieuse, depuis de nombreuses années. Il est membre du collège directeur du Certificat universitaire en théologie pastorale de la Faculté de théologie de l’Université catholique de Louvain. Il est membre du comité de rédaction de la revue théologique « Le Messager orthodoxe ». Au sein de notre archevêché, il est directeur de la rédaction des manuels de catéchèse et d’enseignement religieux. En outre, il est le président du seul organisme orthodoxe à l’échelle mondiale, la Fédération mondiale de la jeunesse orthodoxe « Syndesmos », ainsi qu’aumônier des camps d’été de l’ACER-Mouvement de jeunesse orthodoxe.

Les sentiments qu’il peut inspirer à quelques personnes de votre entourage n’altèrent en rien la compétence professionnelle ou religieuse du Père Christophe D’Aloisio.

Derrière sa personne, il y a une famille, une communauté paroissiale, un archevêché et divers organismes orthodoxes. Nous sommes tous prêts à soutenir le Père Christophe D’Aloisio devant l’abus de pouvoir dont il est menacé.

Si le Père Christophe D’Aloisio devait être jugé dans sa profession, qu’il le soit pour les questions qui relèvent de sa carrière professionnelle, par les autorités publiques belges, selon les lois et les règles propres à l’État, avec les recours légaux que suppose toute décision à portée administrative.

En vous remerciant de votre aimable attention, je vous assure, Éminence, de mes sentiments fraternels en Christ,

+ Gabriel de Comane,

Archevêque des Églises orthodoxes russes en Europe occidentale

Exarque du Patriarche œcuménique de Constantinople